‹ La prédicationChapitre 76 sur 218 · Profunda Dei. (I Cor., ii · texte numérisé non relu

Profunda Dei. (I Cor., ii

6. Bossuet, Sur la lecture des Pères et des écrivains pour former un prédicateur, écrit composé pour le jeune cardinal de Bouillon.

puissance de peindre et d'émouvoir n'éclate si bien que dans l'exposition et l'application de ces histoires sacrées dont il semble aujourd'hui que l'on prive beaucoup trop l'auditoire chrétien, comme s'ils n'avaient de charme et d'autorité que pour l'enfance. Chrysostome, lui, s'y délecte, et, ce qui vaut mieux, il en dégage au bénéfice des âmes un vrai trésor de doctrine et de morale. Mais c'est à condition d'en scruter les détails avec une sagacité pénétrante et une sainte avidité, à quoi l'on n'arrive que par l'habitude de la méditation et de la prière. Voilà qui, bien mieux que le talent, explique cette fécondité admirable de Chrysostome, tirant huit discours entiers de la parabole du mauvais riche et de Lazare, trouvant dans le seul fait de Saûl épargné par David la matière de trois homéhes.

Et de quelle puissance il tourne et retourne, sans les violenter, les détails du fait, pour en dégager toutes les applications directes ou allégoriques ! Il vient de rappeler les trois jeunes Hébreux jetés dans la fournaise à Babylone, pour avoir refusé d'adorer la statue d'or. Sur-lechamp le miracle historique prend à ses yeux une signiQcation morale universelle, riche en conséquences! « Aujourd'hui encore, la statue d'or est debout; c'est la tyrannie de Mammon. Mais ne prenons point garde au bruit des tambours, des flûtes, des harpes^ à tous les prestiges de l'opulence. Fallût-il tomber dans la fournaise de pauvreté, n'adorons pas l'idole, et parmi les flammes la rosée du ciel nous viendra. » — Or, qu'arriva-t-il à Babylone'.' Le feu épargna ceux qui se refusaient à l'idolâtrie, et dévora les complaisants du faux dieu. « Ecoutez riches, vous qui attisez la fournaise de pauvreté. Elle ne nuira pas aux pauvres sur qui la rosée viendra; mais vous vous livrerez à ce feu allumé par vous-mêmes. » — Ici l'application change et se multiplie, mais toujours naturelle, aisée, éloquente. — « Comme l'ange descendit vers les trois Hébreux, descendons avec l'aumône dans la fournaise de pauvreté. Allons voir ces sages qui s'y promènent sans peur, foulant

les charbons aux pieds; allons voir cette chose inouïe, merveilleuse : un homme dans la fournaise et qui chante, un homme dans les flammes et qui rend grâces, un homme lié par la plus étroite indigence et qui n'envoie que bénédictions au Christ. » Il faudrait pouvoir suivre jusqu'au bout ce beau parallélisme si plein d'enseignements pour le riche et de consolation pour le pauvre. Heureux seulement si ces quelques traits nous mettaient en goût d'exploiter cette veine intarissable des faits bibliques à laquelle nos maîtres doivent tant!

Dans sa fonction de professeur, de catéchiste, Chrysostome nous présente un dernier caractère bien pratique. lia, pourrait-on dire, tous les secrets du métier, toutes les industries aimables ou puissantes. Il interroge et répond, il objecte et réfute; il prend et conduit de front tous les rôles. Son discours devient souvent une réelle conversation avec l'auditoire, quelquefois piquante, joyeuse, pleine d'entrain et de bonne humeur^ quelquefois incisive, militante, véritable bataille à outrance contre le préjugé ou la passion. Il est tel endroit oii, à propos des Innocents et de la Providence qui a permis le massacre, il semble jouer avec l'intelligence des fidèles *. Ailleurs, de quelle vigueur il dialogue avec les maîtresses de maison assez cruelles et indécentes pour flageller leurs filles de service! « Mais c'est une race dépravée, impudente, incorrigible. — Je le sais, mais corrige-la autrement. — C'est une engeance intolérable si on lui fait grâce. — Je le sais encore, mais il y a d'autres moyens d'en venir à bout — Et si elle se débauche? — Marie-la... — Et si elle vole? — Veille sur elle, garde-la de ce vice. — Oh! l'exagération! Moi me faire sa gardienne! — Oh! la sottise 1 Et pourquoi, s'il te plaît, ne serais-tu pas sa gardienne? N'a-t-elle pas une àme comme toi?... — Mais si elle est mauvaise langue, insolente, bavarde, gourmande?... — Hélas 1 que de femmes libres en

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