Homélie lxxxix sur saint Matthieu
à frapper sans relâche sur le même point, à tout quitter pour courir sus à un vice, et le poursuivre à outrance jusqu'à la victoire obtenue. Leçon exquise et de tous les temps. Il y a la faiblesse coupable qui n'ose pas dénoncer aux chrétiens leurs misères avec leurs devoirs. Il y a le demi- courage qui croit assez faire de rappeler tout cela de temps à autre en traits fugitifs ou vagues. Il y a le vrai zèle, qui se tenant responsable des âmes, entre résolument en lutte avec leurs ennemis et ne pose les armes qu'après avoir vaincu. C'est celui de Chrysostome, et, pour nous-mêmes, à quel titre nous en dispenser?
On se tromperait fort du reste si l'on croyait que, chez notre grand modèle, le zèle est toujours véhément, toujours sévère, si on le jugeait par quelques impétuosités de parole qui lui échappent ici ou là. Cet orateur fougueux par instants, ce prédicateur saintement indigné contre le vice, €st tout ensemble un vrai directeur d'âmes, plein de sagesse pratique, de bon sens, de douceur aimable. — Il sait par exemple que le cœur ne peut rester vide, sans objet, sans désir, sans amour; que, pour le détacher d'un bien, il est nécessaire de l'attacher fortement à un autre. On demande : Est-il donc possible de mépriser lafortune ? « Oui, répond le moraliste, à condition de vous mettre au cœur un autre amour, celui du ciel^. » —Il sait que la grâce n'éteint pas la nature, que l'art n'est point de détruire les passions, le tempérament, le caractère, mais de les tourner au bien. « Tu es colère : sois-le contre tes péchés, malmène ton âme, fustige ta conscience, fais-toi l'inquisiteur sévère, le juge inexorable de tes propres fautes^, » — Il sait encore que les défauts ne se peuvent déraciner ensemble, quil faut les attaquer l'un après l'autre en s'aidant de mille industries. Division du travail, petites victoires préludant aux grandes, sanctions volontaires, saintes complicités que l'on appelle à son secours, tous les