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Homélie ii sur l'Epître aux Ephésiens

SAINT JEAX CHRYSOSTOME 147

secrets codifies plus tard par d'illustres ascètes, Clirysostome les connaît, il les propose finement et hardiment, non pas à des moines mais à des chrétiens du monde.

Les enfants remarquent d'abord la forme des lettres, après quoi ils s'appHquent à les reconnaître séparément' pour s'essayer enfin à la lecture. Faisons de même, commençons par attaquer l'habitude des jurements, des imprécations ; ensuite viendra le tour de la sensuahté, de la paresse ; puis nous nous élèverons à la pratique des Vertus. « Exerçons-nous dans notre intérieur, dans nos rapports avec notre femme, nos amis, nos enfants. « S'a-it-il des jurements par exemple? Que d'occasions dans la vie domestique ! « Un esclave nous met en colère ; une femme cha-rinenous impatiente; un enfant malappris et récalcitrant nous pousse à éclater en menaces et en gros mots... Un jour ta femme fait l'éloge d'un autre homme et se prétend malheureuse, et tu t'emportes et tu vas la maudire Mais non, ne dénigre pas celui qu'elle vante, sois fort et laisse dire. Tes serviteurs louent quelque autre maître? Ne t'émeus pas, possède-toi, sois homme. Fais-toi du lo^-is une arène, un champ de combat et d'exercice. Alors°tu pourras te produire au dehors bien armé. « — En cas de défaite, on se prescrira d'avance quelque sanction le jeûne, le sommeil pris sur la terre nue, ou quelque autre macération de ce genre ; - car voilà quels énergiques secours le prédicateur osait offrir au bon vouloir des simples chrétiens.

Mais encore pouvaient-ils oublier les résolutions prises au pied de la chaire. Pour qu'il n'en soit rien, que chacun, rentre chez soi, appelle sa femme, lui confie son plan de reforme et la prennepour auxiliaire; puis que, sans retard, aujourd hui môme, il descende dans celte belle arène, non pas frotté d'huile comme l'athlète, mais avec l'onction du baint-Esprit. « Vaincu une fois dans ce laborieux exercice, ne perds point cœur, ne te décourage point, mais relèvetoi et combats encore. )> -N'est-ce point là toute la théorie pratique delà vertu?

Esprit fin, expérimenté, mais surtout àme charmante, Chrysostome a la sagesse, la mesure, la douceur, la grâce, tout aussi bien que l'énergie et la vigueur. Ainsi pourraiton trouver dans ses homélies le code entier des relations conjugales ; et de quelle main délicate il est tracé ! L'époux doit p^'orter l'épouse à la vertu, mais avec combien de ménagement, de condescendance ^ avec quelle affection sainte î Les premiers jours de l'union y sont tout particulièrement favorables. « Quel temps mieux choisi pour instruire et former ta jeune épouse, que celui où elle révère son mari avec une timide pudeur?... Et que lui dire alors? — Eh bien! dis-lui dune façon toute gracieuse : Chère enfant, je t'ai prise pour compagne de ma vie; je t'ai fait entrer'dans ma maison pour t'associer aux intérêts les plus graves, à la continuation de ma race, au gouvernement de mon intérieur... Je pouvais prendre une femme encore plus riche, encore mieux née; je ne l'ai pas voulu; c'est toi que j'ai aimée, c'est ta vertu, c'est ta douceur et ta sagesse... J'ai tout dédaigné pour m'altacher aux qualités de ton âme, et je les préfère à tout l'or du monde. Une jeune fille sage, noble de cœur et pieuse vaut tout l'univers. Voilà pourquoi je me suis attaché à toi, pourquoi je t'aime et plus que ma propre vie. Car ce n'est rien que la vie présente, et je prie et je supphe et je fais tout afin que nous méritions de la passer assez bien pour vivre ensemble là-haut dans la pleine sécurité du siècle à venir. Le temps est court et périssable; mais si nous méritons de le traverser en plaisant à Dieu, de quelle joie vivrons-nous sans fin avec le Christ et l'un avec l'autre ^ 1 » Est-ce bien là ce même orateur qui invectivait contre le mal avec tant de force et d'ironie? Des accents si opposés ont-ils pu sortir de la même âme? Oui vraiment, parce que la nature Favait faite merveilleusement souple et que Jésus-Christ l'avait pénétrée tout entière de sa divine suavité. Ainsi le mora-

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