Homélie XX surl'Epître aux Ephésiens
SALNT JEAN CHRYSOSTOME 149
liste complet, le directeur ferme et doux s'unit en lui au catéchiste apôtre, et tous deux ensemble achèvent ce type de prédicateur, l'un des plus accomplis qui furent jamais^. En terminant, nous nous sentons ramenés, sans pouvoir nous en défendre, à un regret déjà exprimé, ou mieux, à un désir qui n'a certes rien de chimérique. Après des études seulement passables, un effort de quelques semaines nous mettrait en état de lire Chrysostome dans sa langue originale; et que ne gagnerions-nous pas à pratiquer directement un pareil maître! Au contact de cette imagination opulente, de cette sensibihté mobile et contenue, nous découvririons en nous des ressources ignorées, et, commençant d'en prendre conscience, nous prendrions du même coup la hardiesse de les mettre en œuvre. Les habitudes, les routines littéraires de la prédication traditionnelle s'effaceraient peu à peu, laissant place à la communication simple et affectueuse, à la parole naturelle et vivante. L'idée même de notre haut minislère ne tarderait pas à s'étendre et à se préciser. Catéchistes, professeurs de religion, commcntaleurs attitrés de la Sainte-Ecriture, nous la goûterions mieux en voyant ce que lui doit l'illustre maître, et nous donnerions à nos auditeurs la sainte joie de renouer connaissance avec elle. Moralistes d'office, directeurs autorisés de la conscience chrétienne, nous apprendrions à sortir du vague, à poursuivre avec sagesse et courage la conversion et l'avancement des âmes. Yoilà quel trésor est dans nos mains, et Dieu aura béni ces pages si elles inspirent à quelques-uns le désir de l'exploiter.
1. Rappelons seulement une des gloires de Chrysostome, la prédication de l'aumône, chez lui si continuelle et si pressante. Dans 1 entraînement de sa pitié pour les malheureux, il peut lui arriver d'excéder légèrement, et saint Augustin, par exemple, tiendra la balance plus exacte entre le riche et le pauvre ; mais il ne nous apprendra pas mieux que Chrysostome à établir la charité du prochain sur sa vraie base, la charité de Dieu, l'identité morale du pauvre avec Jésus-Christ, bien plutôt que sur la compassion naturelle et les sentiments généraux d'humanité.