S, XXXVI, 10. — Cf. In Psalm., xxvi ; Enarr. , ii
SAINT ALGLSTIN lOi
sorte de concomitance et plutôt en modératrice d'une impulsion venue d'ailleurs. Il semble que, chez Aug-ustin, nous devions lui attribuer plus directement l'initiative habituelle des rapprochements, des appels d'idées, en notant du reste que les autres facultés la suivent toujours et la secondent. Ainsi Chrysostome serait plutôt l'imagination et la sensibilité raisonnables; Augustin, la raison colorée et chaleureuse.
Cette distinction faite, essayons de saisir et d'apprécier par ses résultats les plus notables ce concours des puissances del'àme; ce sera fixer autant que possible les traits originaux de l'éloquence d'Augustin. Ils sont multiples comme les ressources de cette nature exceptionnelle, mais ils peuvent se ramener à un seul, la popularité, la communication. C'est bien là que vise et qu'atteint l'effort combiné de toutes ses facultés oratoires.
Rien de populaire comme le rapprochement, surtout quand il ajoute à la lumière la couleur et la chaleur, c'està-dire quand il est évoqué par la raison, l'imagination et la sensibilité tout ensemble. Voyez le mauvais riche enseveli dans l'enfer. « Qu'y a-t-il trouvé? Une soif éternelle, des flammes qui ne s'éteignent pas. Le feu a remplacé la pourpre; le misérable brûle dans cette tunique dont il ne peut se dépouiller. Au lieu des festins d'autrefois, c'est le dessèchement, c'est la goutte d'eau implorée des doigts du pauvre, comme le pauvre implorait hier les miettes de la table du riche*. » Ici le rapprochement est contraste; il saisit par l'interversion des rôles, si brièvement et fortement accusée. Ailleurs il relève la pensée et l'ennoblit. « Que le riche compte pour quelque chose le pauvre son frère. Qu il ne dédaigne pas d'être appelé frère du pauvre. Si riche soit-il, plus riche encore est Jésus-Christ qui a voulu les pauvres pour frères et leur a donné son sang^. w Quelquefois au contraire Tobjet semble rabaissé; mais