‹ La préface de Cromwell: introduction, texte et notesChapitre 5 sur 24 · AVANT-PROPOS XIII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XIII

en toute vraisemblance : nous les soulignerons dans les notes du texte.

J'ai cru qu'il était bon de mettre avant la Préface elle-même une introduction très développée, pour bien faire comprendre quelle place cette Préface tient dans l'évolution du génie de Victor Hugo et dans l'histoire littéraire de notre siècle. Cet Art Poétique du Romantisme, à la différence du code de Boileau, a été écrit avant les chefs-d'œuvre qu'il réclame, au lieu d'en être la conclusion. Probablement à cause de ce caractère de critique a priori, la Préface, après les enthousiasmes de la première heure, a passé, pendant quelque temps, du premier rang au second, dans l'œuvre de Victor Hugo, jusqu'au jour où une mesure libérale du ministère de Tinstruction publique a restauré la Préface et Ta mise au rang des livres classiques : en attendant qu'on l'explique en rhétorique, on Ta commentée dans les Universités.

La matière ne manque pas aux commentaires, car la multiplicité des idées dans ce manifeste est prodigieuse. Comme on l'a remarqué, Victor Hugo y remue assez de théories pour exercer pendant cent ans l'esprit de tous les critiques littéraires (1).

(1) Petit de Julleville, p. 366-367.

Mon intention n'est pas du reste de discuter les assertions historiques ou dogmatiques du poète. Chaque lecteur peut se livrera ce travail suivant ses préférences et ses goûts. Je voudrais simplement expliquer comment Victor Hugo a été amené à rédiger ces théories, et montrer que la Préface est l'aboutissement de toute une série d'efforts, conversations, articles de journaux, préfaces, livres, dont quelques-uns appartiennent en propre à Victor Hugo, dont la majeure partie est empruntée à ses prédécesseurs, à ses contemporains.

Ce serait à son insu, s'il fallait en croire un critique bien informé (1), que Victor Hugo aurait continué une entreprise commencée longtemps avant lui. Et l'on pourrait, à l'appui de cette thèse, rappeler ce long article de la Gazette de France, auquel le Témoin de la vie de Victor Hugo a accordé les honneurs de la reproduction, article où, tout en attaquant à fond la bizarrerie des idées de la Préface, le journaliste en reconnaît l'originalité. C'est une citation habile ; mais la Gazette se trompe, et le Témoin aussi. Ce n'est pas la nouveauté des idées qui est le vrai

(1) Cf. le chapitre très intéressant sur les origines françaises du romantisme, dans les Etudes de M. Larroumet.

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