‹ La préface de Cromwell: introduction, texte et notesChapitre 6 sur 24 · AVANT-PROPOS XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XV

mérite de la Préface, Car il est peu de ses théories dont on ne puisse trouver le germe, ou même un développement déjà considérable, dans des œuvres antérieures, œuvres que Victor Hugo connaissait certainement, grâce à ses immenses lectures, qu'il n'avait pu oublier, grâce à sa prodigieuse mémoire (1).

Sans doute, en matière littéraire, la méthode des rapprochements est dangereuse ; on risquerait souvent de se tromper si l'on concluait toujours, en cas de ressemblance, de l'antériorité à l'imitation ; si l'on faisait par exemple de Victor Hugo le plagiaire de Johnson, parce que telle idée de la préface de Cromwell figure à l'état embryonnaire dans la préface de Shakespeare. Je ne prétends donc pas que toutes les citations que Ton trouvera en note, empruntées aux œuvres antérieures à Fessai de Victor Hugo, sont certainement les sources de sa pensée, qu'il n'y a pas là quelquefois simple coïncidence. Du reste, là où l'emprunt est formel, je le dis. Quand la chose est douteuse, je souligne le côté

(1) On a pu dire, sans trop d'exagération : « de toutes les idées qui lui ont été attribuées, et auxquelles il a su attacher son nom en faisant retentir la trompette plus fort que les autres, il n'en est pas une qui n'ait été proclamée avant lui par les éclaireurs du vrai romantisme. » (Reymond, p. 112.)

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problématique de lhypothèse. Enfin, lorsque vraisemblablement Victor Hugo n'a pas eu connaissance d'une pensée analogue et antérieure à la sienne, j'indique que le rapprochement n'est qu'une comparaison, un éclaircissement (1).

En montrant dans l'Introduction les larges courants d'influence qui ont parcouru et fécondé l'imagination de Victor Hugo, en indiquant dans les notes du texte, les innombrables emprunts, les dérivations de l'esprit ou de l'érudition d'autrui, tentés par le poète, mon but n'est pas de renouveler la tentative piteuse faite pour convaincre Victor Hugo de copie ou de plagiat ; je veux montrer chez le poète, encore à demi enfermé dans la gangue pseudo-classique, et plus prisonnier qu'il ne le pense de la théorie de l'imitation des modèles, la dernière trace de cette méthode, en même temps que la première manifestation de son génie propre. Victor Hugo, à ce moment, va devenir un maître à son tour : mais la Préface n'est que son « chef-d'œuvre » d'apprenti ; c'est la fin de Victor Hugo disciple d'autrui, mais disciple comme on en voit rarement, comme Platon était l'élève de Socrate. Il

(1) J'ai eu grand soin d'indiquer les citations ou allusions dont je n'ai pu découvrir la provenance ; cela m'est arrivé pour une vingtaine de passages.

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