CHAPITRE IV
ROBENHAUSIEN. — PIERRE RETOUCHÉE.
§ 4. Scies. — Les scies sont des instruments destinés à entamer le bois, l'os et même la pierre par un mouvement successif de va-et-vient. C'est la lame ou couteau ébréché qui a dû donner la première idée de la scie. En effet, pour qu'une lame de pierre puisse servir de scie, il faut que son tranchant présente une série de petites rugosités aussi régulières que possible. Ces rugosités sont produites par une suite de retouches. Dans la grande majorité des cas, on peut même dire d'une manière presque générale, au moins pour ce qui concerne l'Europe occidentale et méridionale, ces retouches ne sont pratiquées que sur une des faces du tranchant, du côté du dos ; la face d'éclatement reste entièrement lisse. Pourtant il existe des scies qui ont des retouches sur les deux faces. Leur tranchant est donc foiMué par une doublesérie de retouches. On peut citer, j)ar
exemple, les scies en silex du lac de Varèse (Italie) ; mais là on est déjà à l'âge du bronze {Musée préhistorique ^ n*^ 275). Les scies à retouches sur les deux faces paraissent un peu plus récentes que les autres.
Les scies en pierre sont presque exclusivement en silex ; pourtant il en existe quelques-unes en quartz, en jaspe et surtout en obsidienne.
Très fréquemment ce sont de simples lames qui ont un de leurs tranchants retouchés en forme de scie. Le musée de Saint-Germain possède une de ces belles lames transformée en scie. Elle provient de la Seine, à Grigny (Seineet-Oise). Sa longueur est de 0™,137 sur une largeur régulière de 0™,0'27. D'autres scies sont formées d'éclats divers, dont quelques-uns affectent un pourtour plus ou moins ovale [Musée préhistorique, n" 282).
Les scies en forme de lames ont souvent les deux bouts, ou tout au moins un, tronqués.
En France, scies en lame aussi bien que scies à pourtour ovale ont très fréquemment des coches bien marquées aux deux extrémités [Musée préhistorique, n"'' 276, 277). Il y a eu une très grande fabrique de ces scies à coches à l'Epargne, Grand-Pressigny (Indre-et-Loire) ; mais on en a fabriqué aussi ailleurs. On peut en citer en silex divers du bassin de la Seine, à Braisne (Aisne), Bcauvais (Oise), Villeneuve-Saint-Georges, Epone, le Vésinet (Seine-et-Oise), Saint-Léger (Aube), Vic-de-Ghassenay (Gôte-d'Or), Olendon (Calvados); du bassin de la Loire, à Orvault (Loire- Inlérieure}, Pontlevoy (Loir-et-Cher), Gergovie (Puy-de- Dôme) ; du bassin du Rhône, à Cognin (Isère). Cette dernière, à retouches sur les deux faces, a été rencontrée dans une grotte avec du bronze, ce qui vient confirmer ce que j'ai dit, à propos de Yarèse, de la moindre antiquité des types à double rang de retouches.
Pourtant ce principe peut ne pas être général. En effet,
certaines scies sont faites avec de minces plaquettes de silex. Les bords de ces plaquettes, quelque minces qu'i's soient, conservent pourtant une certaine épaisseur. Il a fallu dès lors, pour obtenir le trancbant de la scie, reloucher sur les deux faces. La grotte sépulcrale de Durfort (Gard) a fourni des scies de ce genre, mais elle appartient au commencement du bronze ; il n'en est pas de même de la station lacustre de Treytel, lac de Neucliàtel, qui est bien robenhausienne et qui a fourni aussi un certain nombre de ces plaquettes de silex transformées en scies par des retouches dans les deux sens sur un des cotés. Le côté opposé à celui retouché restant plat, ces scies pouvaient être facilement maniées à la main, sans blesser les doigts.
Il est aussi quelques autres scies qui présentent le même avantage. Parfois même, comme dans une des scies du dolmen d'Argenteuil (Seine-et-Oise), le bord opposé an tranchant a été uni, presque poli, pour pouvoir être employé directement sans blesser la main [Musée p7'éhistorique, n° 271).
Mais habituellement les scies étaient emmanchées. C'est pour faciliter l'emmanchement que les bouts ont été parfois tronqués et même pourvus de coches. Les palafittes de la Suisse nous ont fourni des exemples divers de scies emmanchées {Musée, n°^ 273, 274, 281). Les manches sont en bois, le silex est engagé dans une rainure et tixé au moyen de bitume. Ces manches habituellement sont percés d'un trou de suspension. A Crécy (Seine-et-Marne), on a trouvé, dans une sépulture, une scie emmanchée dans un fragment de corne de cerf également percé d'un trou de suspension.
Les scies, avec quelques modifications de formes, se retrouvent partout, France, Suisse, Italie, Egypte, Palestine {Musée p7'éhùtorique, n°^ 278 et 283), Hongrie,
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Angleterre. En Scandinavie (n°^ 284 à 286), elles affectent la forme de croissant et sont admirablement retouchées sur les deux faces. Au Japon (n°287), elles portent au-dessus un petit appendice servant de manche.
Quelques personnes ont cité comme scies des silex garnis de dents. C'est une erreur, ces dents auraient gêné le sciage en empêchant le va-et-vient de l'instrument. Dans le Danemark, il y a de belles pièces ainsi dentées. Ce sont des armes, pointes de flèche ou de lance que les dentures doivent rendre plus meurtrières [Musée, n° 332). La station d'Ouargla, en Algérie, a aussi fourni des lames de silex calcédonieux avec dentures. Ce qui démontre bien que ce ne sont pas des scies, c'est que les dents parfois ne se développent pas suivant une ligne régulière droite ou arquée^ mais bien en ligne torse.
§ 2. Grattoirs. — Les grattoirs, très abondants pendant les deux dernières époques des temps géologiques (voir p. 361), le sont peut-être encore plus à l'époque robenhausienne.
Le grattoir quaternaire est généralement plus étroit, plus allongé, plus léger; le grattoir robenhausien est plus discoïde, plus épais, plus lourd. On peut donc, avec un peu d'habitude, dire si un lot de grattoirs appartient oui ou non aux temps actuels. Les grattoirs quaternaires ont été généralement faits en retouchant l'extrémité de lames de silex ; ceux de l'époque robenhausienne, en retouchant le pourtour d'éclats {Musée préhistorique , pi. XXXVII).
Ces instruments étaient généralement employés à la main. Dans certains gisements, comme dans l'atelier du Camp Barbet (Oise) et dans les habitations du Campigny
Fig. 54. Grattoir robenhausien, silex, camp de Catenoy (Oise). 1/2 gr.
(Seine-Inférieure), ils sont extrêmement nombreux; il sont plus rares dans les sépultures. Leur volume varie suivant les dimensions et Tahondance de la matière première. Ainsi au camp de Chassey (Saône-et-Loire), où le silex est importé, ils sont tout petits. En Scandinavie, ils sont grands, souvent allongés et taillés avec soin. En Italie, ils sont beaucoup plus exigus et plus exceptionnels qu'en France.
Aux grattoirs se rattachent d'autres instruments. Ce sont des éclats de silex, avec une entaille plus ou moins large, en arc de cercle, retouchée avec soin d'un côté; c'est ce qu'on a appelé (jrattoirs ou racloirs concaves. Ces outils servaient pour racler et polir des morceaux de bois ou d'os que l'on frottait contre la partie retouchée de l'entaille. Dans certains gisements, les grattoirs concaves ne sont pas rares, comme à la Charmotte (Marne) et à Baron, près Caen (Calvados).
Il est aussi certains grattoirs ordinaires qui portent sur un de leurs côtés une coche ou petite entaille retouchée* C'est la combinaison des deux types convexe et concave»
§ 3. Perçoîrs. — Les perçoirs, lames ou éclats de silex retouchés de manière à produire une pointe plus ou moins déliée et plus ou moins longue, sont beaucoup moins nombreux que les grattoirs. Ils étaient très fréquemment remplacés par des poinçons en os.
Les perçoirs en pierre peuvent se subdiviser en poinçons^ éclats longitudinaux de silex retouchés dans toute leur longueur des deux côtés (Musée préhistorique^ n^ 302). On peut rapporter aux poinçons de petits silex complètement retouchés, taillés en pointes aux deux bouts {Musée ^ n° 310), qui se rencontrent en certain nombre à Ouargla (Algérie).
En vrilles ou percerettes ; ce sont des éclats avec une longue pointe partant de leur côté le plus large {Musée^
t:6 ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE.
n"* 303, 304). On en rencontre dans le département de rOise, dans le pays d"Otbe (Aube et Yonne). M. Doigneau (il a recueilli 23 des plus caractérisées àlaGroue, commune (le la JVIadeleine (Seine-et-Marne).
En perçoirs latéraux^ lames dont le sommet est taillé eu biseau, de manière à laisser une pointe qui se développe de côté {Musée préhistorique, n" 308). La station de Beauregard, à Nemours, a fourni de beaux types de ce genre. C'est aux perçoirs latéraux que je rapporte aussi ce que M. Chierici a appelé silex rhomboïdaux (n° 309). Ce sont des lames dont les deux bouts sont taillés en biseau en sens inverse, leurs angles extérieurs forment ainsi un double pcrçoir. Ces charmants petits outils paraissent jusqu'à présent propres à Tltalie, où ils sont môme rares. En 1876, M. Chierici n'en connaissait que 31 finis et 51 ébauchés.
Enfin il y a en certain nombre d'autres perçoirs plus petits {Musée, n° 306), disséminés un peu partout. M. Costard en a surtout recueilli au Mont-Joly, à Potigny (Calvados). 11 en est quelques-uns à plusieurs pointes.
Les perçoirs en silex se maniaient à la main. Comme ces outils sont appropriés pour une main déterminée, on peut, grâce à eux, reconnaître qu'à l'époque robenhausienne les hommes étaient généralement droitiers ; pourtant, exceptionnellement comme de nos jours, il y avait des gauchers.
:^ 4. Pics et retoachoirs. — Les pïcs sont des silex allongés, taillés assez grossièrement, à larges éclats dans toute leur longueur et sur tout leur pourtour, affectant plus ou moins la forme de coin ou de pointe à un bout, parfois aux deux. Ils se montrent dans la plupart des ateliers robenhausiens. On en a rencontré en certain nombre dansles exploitations anciennes de silex, à Spienncs el en Angleterre. On reconnaît là qu'ils ont servi à creuser
la terre et à entamer la craie. Ce sont donc bien de véritables pics.
D'autre part, on trouve des silex également allongés, soigneusement retouchés , mais généralement sur une seu\eïa.ce {Musée py^éhistorique, n°^ 411, 412), dont les extrémités sont souvent comme polies par l'usure ; c'est ce qu'on a appelé des écrasotrs ou relouchoirs. On a supposé que ces silex servaient à faire, par pression, des retouches sur les silex que l'on voulait tailler avec soin (voir p. 83). C'est à cet emploi que leur extrémité s'est usée et polie. Des silex taillés tout au pourtour ont aussi leurs extrémités usées et polies. C'est ce qui nous a fait rapprocher les retouchoirs des pics.
Mais entre ces deux types extrêmes se développe une abondante série de silex diversement et plus ou moins grossièrement taillés [Musée, n"^ 413 à 418), auxquels il est difficile d'assigner une attribution précise. Les stations du Camp Barbet (Oise), du Campigny (Seine-Inférieure), etc., en sont remplies.
§ 5. Tranchets. — Les tranchets forment une autre série d'instruments sur lesquels on a beaucoup discuté. Ce sont des silex dont la forme générale se rapproche plus ou moins du triangle; ils sont taillés à grands éclats sur toutes leurs faces, sauf à l'extrémité inférieure, la plus large, qui se termine par un biseau uni, finissant en tranchant rectiligne très vif [Musée préhistorique, pi. XXXIX). Le biseau est habituellement simple ; cependant, exceptionnellement, il y a des tranchets à biseau double.
Les tranchets sont tout à fait caractéristiques des kjoekkenmoeddings du Danemark. Ils abondent dans ces dépôts qui passent pour les plus anciens de l'époque robenhausienne de ces régions.
Les gros tranchets sont disséminés sur tous les points de la France, Pas-de-Calais, Aisne, Aube, Yonne, Calvados,
Dordogne, Ain, Haute-Saône. Mais ils se trouvent groupés surtout en très grande abondance dans certaines stations^ comme celles du Camp Barbet (Oise) et du Campigny (Seine-Inférieure). Ce sont justement les stations où l'on rencontre en grand nombre ces pièces indéterminées que nous avons signalées au paragraphe Pics et l'etoucltoirs. Ces stations, très pauvres en haches polies, ont un cachet tout particulier; elles pourraient bien représenter en France le commencement de l'époque robenhausienne. Le gros tranchet n'exclut pourtant pas la hache polie. Au Camp Barbet, on en a rencontré des fragments, et, fait plus concluant encore, au Mont-Joly (Calvados), parmi d'autres tranchets, il y en avait un fabriqué avec un morceau de ces haches.
§ 6. Flèches à tranchant transversal. — Outre les gros tranchets, il y en a beaucoup de petits. Comme aspect, forme, confection, petits et grands se ressemblent ; souvent ils se trouvent mêlés ensemble et alors ne constituent qu'un tout. C'est ainsi qu'à l'exposition des sciences anthropologiques, en 1878, M. Baudon, à côté de 102 gros tranchets en a exposé lo petits tous du Camp Barbet ; M. Doigneau a produit une série de tranchets de Nemours (Seine-et-Marne), variant de 0^,090 de long à 0°',026; et M. Demairé a envoyé une suite de tranchets de Montmorillon (Vienne), descendant de 0™,102 de long jusqu'à 0°^,016. Sur certains points, comme à Arcachon (Gironde), il n'y a que de petits échantillons ; cela tient à ce que dans cette localité la matière première est très petite. Mais dans certains gisements, au milieu des régions riches en grands et gros silex, on ne trouve également que de très petits tranchets. Tels sont ceux qui proviennent des grottes sépulcrales de la Marne. M . de Baye, qui en a recueilli de grandes quantités dans ces grottes, ne les considère plus comme des tranchets, mais bien comme des pointes de flèche, et les ap-
HOMME ACTUEL. olO
pelle Pointes de flèche à tranchant transversal. Dans cette hypothèse, le silex aurait été emmanché par sa partie la plus étroite, et ce serait le tranchant en biseau, la partie la plus large, qui représenterait le sommet ou pointe de la flèche. Gela est contraire à toutes les règles de la balistique.
Il y a un fait^ dit-on, et tous les raisonnements doivent s'effacer devant l'observation d'un fait. C'est très vrai. Examinons donc le fait cité. M. Madsen a figuré un petit tranchet en silex recueilli en Danemark, dans un milieu tourbeux. Ce petit tranchet est hxé à l'extrémité de deux demi-tiges ou petites lattes de bois attachées ensemble au moyen d'un ruban d'écorce [Musée préhistorique^ . \\^ 334). C'est ce qu'on donne comme une extrémité supérieure de flèche dont la baguette serait en partie cassée. D'abord le bois n'est pas cassé, il est donc trop court pour une baguette de flèche et bien suffisant pour un manche. Aussi M. Madsen, ancien militaire, en publiant cet objet, ne l'apasdonné comme uneportiondeflèche. Le bois n'est pas et n'a pas pu être une baguette de flèche. Ces baguettes sont d'un seul morceau, tandis que le manche du petit tranchet est formé de deux demi-tiges appliquées l'une contre l'autre. C'est donc bien un simple tranchet ; seulement, comme il est trop petit pour être manié à la main, on lui a adapté un manche. C'est comme on voit notre détermination qui se trouve confirmée par l'observation exacte du fait.
En Danemark, d'après Engelhardt, on n'a trouvé qu'un seul de ces petits tranchets dans les kjoekkenmoeddings, oij les grands abondent. Plus de 1 i200 ont été rencontrés dans un îlot de LoUand, station qui serait intermédiaire entre les kjoekkenmoeddings et les dolmens. Enfin ils ne sont pas rares dans les dolmens du pays. On voit par là que, dans le Danemark, les petits tranchets sontpostérieursaux grands.
Il en est de môme en France. Les grands tranchets abondent dans les stations les plus anciennes du robenhausicn. Les petits tranchets, au contraire, se rencontrent dans les grottes sépulcrales et les dolmens de la fm de cette époque. Ce n'est plus qu'un instrument de rite funéraire, rappelant un vieil usage du passé.
Les observations de M. Castelfranco, en Italie, viennent confirmer ces déductions. Il cite 5 petits tranchets de la palafitte de Lagozza et 6 de celle de l'île Virginia, au lac Varèse, stations de la fm du robenhausien et même du raorgien.
§ 7. Pointes de flèche. — Les pointes de flèche en silex varient considérablement de forme. On peut les grouper ainsi qu'il suit :
4° Pointes de flèche sans 7'etounhes. Ce sont de simples petits éclats de percussion, généralement assez minces, à sommet plus ou moins aigu. Il est évident que ces petits éclats devaient être fréquemment utilisés pour armer l'extrémité des flèches, bien qu'ils n'aient pas été recherchés intentionnellement.
i" Pointes de flèche en lames affûtées {Musée préhistorique, n° 399). Petits tronçons de lames de couteau, retaillés en pointe vive au sommet et en pointe mousse à la base, pour servir de point de fixation à la baguette. M. Fortoul en a rencontré plusieurs dans le dolmen de Saint-Laurent (Basses-Alpes). Elles sont communes dans les kjoekkenmoeddings de Portugal.
3" Pointes amygdaloïdes [Musée, \\° 365). Petites amandes de silex, retouchées assez grossièrement, affectant, en très petit, la forme des coups-de-poing chelléens. Ce sont des ébauches destinées à être transformées en véritables flèches. On en rencontre en abondance dans les palalittes du lac de Varèse (Italie).
4° Rebuts [Musée, n° 3G6). Ce sont des pointes de
llècho de formes diverses inachevées ou manquées. On en rencontre assez fréquemment. Souvent elles ont été utilisées, malgré leurs imperfections.
5° Pointes de flèche en losange {Musée pi^éhistoriquer n° 398). Le nom indique la forme. Le musée de Saint- Germain en possède une de Yilliers-le-Bois (Aube). Ellessont un peu moins rares en Angleterre. Retouchées avec soin sur les deux faces.
6° Pointes de flèche en forme de feuille. Comme les^ précédentes, assez minces, finement retouchées sur les deux faces, mais sans angles latéraux et souvent un peu arrondies à la base. Toujours disséminées et rares.
7° Pointes de flèche à hase convexe [Musée, n°' 275,. 276). Les pointes de flèche en feuille passent insensiblement à celles franchement triangulaires à base convexe. Les unes et les autres ne sont souvent que des ébauche;^ de pointes d'autre forme, surtout de pointes à pédoncule. Aussi sont-elles toujours rares et exceptionnelles.
8° Pointes de flèche « base rectiligne (n"® 368 à 370), c'est-à-dire en ligne droite. Toujours triangulaires, parfois en triangle équilatéral, plus souvent en triangle isocèle, avec les grands côtés un peu arqués. Assez rares en France, plus rares encore en Italie, communes en Suisse ; se trouvent aussi en Angleterre, en Irlande, en Scandinavie et même en Amérique.
9° Pointes de flèche à base concave (n°^ 371 k 374 et 391). La base évidée plus ou moins décrit habituellement un arc de cercle, parfois un angle, ou un profond sinus de forme variée. Rares en France et en Italie, moins rares en Angleterre et en Irlande, devient la forme la plus commune en Suisse et en Scandinavie et surtout en Prusse et en Basse-Autriche.
10" Pointes de flèche à crans (n" 376, 377). Ce sont des pointes en forme de feuille ou à base convexe, avec un
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cran de chaque côté à la hase. C'est une preuve de plus que ces deux formes ne sont que des éhauches, des transitions. Toujours très exceptionnelles en Europe. Le musée de Duhlin possède une pointe à hase concave avec crans. Les pointes à crans sont fréquentes chez les peuples sauvages actuels.
11° Pointes de flèche à pédoncule {Musée préhistorique, n°^ 379 à 383, 383 à 390, etc.), c'est-à-dire avec une petite tige à la hase. Sont de beaucoup les plus nombreuses en France, en Italie, en Algérie et même en Angleterre, Se retrouvent un peu partout. Dans l'Amérique du Nord, elles sont fort abondantes et bien caractérisées par la forme du pédoncule, qui, au lieu d'être terminé en pointe et plus étroit que le corps de la flèche, est, au contraire, au moins aussi large et terminé carrément (n°^ 356, 337, 402).
Les pointes de flèche à pédoncule peuvent se subdiviser de plusieurs manières :
En allongées et en courtes, soit en longues et en ti'iangulaires. En France, sauf dans les dolmens du Centre et du Midi, qui contiennent généralement des longues, ce sont les triangulaires (n°' 367, 381, 392) qui dominent. 11 en est de môme en Algérie. En Italie, au contraire, les longues (no' 630, 394) sont beaucoup plus abondantes .
Fi- 55 Pointe à ^^ retouchécs dcs deux côtés et en barbeiures et à pointes dc flèchc à uue facc plane. Les
pédoncule, silex. •, .•, ,, ,, ' ' \
Païaûtte du lac de prcmiercs constitucnt la règle générale.
Varèse (Lombar- Ellcs sout finement ct Complètement retouchées sur les deux faces. Les autres, rare exception, conservent sur une face le plan uni de dégagement du nucléus (n"^ 39o, 397).
Ces pointes, avec face d'éclatement^ sont propres à Ja Scandinavie.
Enfin les pointes de flèche à pédoncule peuvent se classer en sans ôarbelure, à simple barbelure et à double barbelure. Celles sans barbelure sont rares ; celles à simple barbelure sont tout à fait exceptionnelles. Comme robenhausienne , je n'en connais qu'une en France. Concezio Rosa, sur plusieurs centaines à double barbelure, n'en a trouvé que 24 à simple barbelure [Musée préhistorique, n» 133) dans la vallée de la Vibrata (Italie). La grande majorité, presque la totalité, est à doubles barbelures, mais ces barbelures ou pointes latérales varient énormément de forme et de grandeur. Elles tombent presque verticalement [Musée, n° 382) ; elles se dirigent obliquement (n° 381), ou bien se développent horizontalement, ce qui est le plus habituel (n>^^ 380, 383).
L'ext':émité des barbelures est généralement aiguë. Pourtant parfois le bout est équarri, c'est-à-dire coupé droit, soit horizontalement, soit d'une manière plus ou moins oblique. Cela constitue le groupe des pointes de flèche à barbelures équarries (nos 332, 392, 393), groupe d'autant plus intéressant qu'il paraît se rattacher à la première époque du bronze, le morgien.
Les tranchants latéraux des pointes de flèche en silex sont généralement continus et sans échancrures, ne présentant que la simple rugosité produite par les retouches. Pourtant il est de ces tranchants qui se trouvent finement crénelés et même plus Fig- 3g. poînte
7 ' "ir^r, . « \ i-i dentée, silex,
ou moins dentés (no® 386 a 391). Ces cre- Aveyron. Gr. nelures et dentures s'observent non seulement sur des pointes à pédoncule, mais encore sur des pointes à base concave.
o24 ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE.
En Algérie, à l'extrémité sud de la province de Constantine, à Ouargla, existe un atelier où l'on fabriquait de charmantes pointes de flèche en silex calcédonieux. Elles sont à pédoncule et double barbelure, mêlées de quelques pointes à base concave et même à base droite. Au musée de Saint-Germain, sur 136 pointes à pédoncule, il y en a 3 à base concave. Chez M. Boban, j'ai vu de la même localité, parmi un très grand nombre de pointes à pédoncule, une pointe à base concave et une rectiligne.
Dans la vallée de la Vibrata, Abruzzes, où il y a eu de grands ateliers de fabrication de pointes de flèche en silex, Goncezio Rosa a recueilli :
Ebauches amygdaloïdes et pointes en feuille 195
Pointes à pédoncule et double barbelure 1321
Pointes à pédoncule et simple barbelure 25
Pointes à base rectiligne 3
Pointes à base concave 24
loG8
Une active fabrication de pointes de flèche a également existé au camp de Ghassey (Saône-et-Loire). Les pointes à pédoncule et barbelures abondent. Il y a aussi quelques pointes à base convexe, pas mal de pointes à base rectiligne et grand nombre de pointes à base concave. Cet ensemble de pointes sans pédoncule offre une proportion beaucoup plus considérable que dans les deux ateliers précédents, tout en restant bien inférieur au total des pointes à pédoncule.
Si maintenant nous examinons les palafittes suisses, nous trouvons des proportions fort différentes. Le musée de Saint-Germain, par suite de diverses acquisitions, possède soixante et une flèches des palafittes suisses, qui se répartissent ainsi :
Pointe en feuille 1
Pointe à base convexe 1
Pointes à base rectiiigne 24-
Pointes à base conoave 25
Pointes à pédoncule, seulement 10
Ces diverses formes paraissent contemporaines ; pourtant il en est qui sont certainement d'époques différentes. Ainsi, dans les palafittes du lac de Varèse, où existaient des ateliers de fabrication de pointes de flèche en silex Lrun ou rougcàtre de la localité, on ne trouve que des ébauches amygdaloïdes et des pointes à pédoncule, courtes, triangulaires, à barbelures longues et aiguës. Tout à coté, dans les marais du voisinage^ on recueille des pointes disséminées, également à pédoncule, mais allongées, à bords latéraux unis et à barbelures horizontales et courtes. Ce sont deux types tout à fait différents. Celui des palafittes, plus récent en ce point, se rapporte au morgien, comme les pointes à barbelures équarries et les pointes crénelées ou dentées, soit des dolmens du midi de la France, soit des palafittes du lac de Garde.
Les pointes de flèche sont presque exclusivement en silex. Pourtant parfois ce silex passe à la calcédoine, comme à Ouargla, ou au jaspe et au diaspre, comme en Italie. On cite aussi quelques pointes en obsidienne, en quartz laiteux et même en quartz hyalin.
Les pointes de flèche en silex se fixaient à l'extrémité de légères baguettes ou de roseaux, au moyen de ligatures et de bitume. Les palafittes nous ont fourni de ces pointes encore entourées de bitume à leur base [Musée préhistorique, n° 406).
§ 8. l'ointes de javelot. — Entre les pointes de flèche et les pointes de lance, il existe un certain nombre de j.ièces trop grandes pour être confondues avec les pre-
526 ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.
mières, trop petites pour être rangées parmi les secondes. On les désigne généralement sous le nom de pointes de javelot. Elles garnissaient très probablement des armes de jet destinées à être lancées à la main. Bien que très distinctes, la détermination de ces pointes reste toujours un peu arbitraire.
En France, on peut dire qu'il y a deux séries de pointes de javelot. La série ancienne, composée de pointes retouchées sur une seule face. Le dos est retouché avec soin tout au pourtour; le dessous présente la face d'éclatement tout unie {Musée préhistorique^ n°* 359, 360). L'extrémité supérieure est pointue, la base est taillée un peu en forme de grattoir. Le silex est assez épais. L'autre série, beaucoup plus récente^ touchant au bronze, est composée de pointes retouchées sur les deux faces, les unes en feuille de laurier, les autres avec deux ou quatre coches à la base (Musée, n'^ 354, 355). On les rencontre dans les sépultures, dolmens et grottes du Midi.
En Italie, les pointes de javelot sont de belles et grandes pointes allongées, à pédoncule et petites barbelures.
En Angleterre, ce sont de grandes pointes en feuille ou en losange. Elles se rencontrent surtout dans les tumulus.
Dans la Scandinavie, les pointes de javelot sont tout simplement des pointes de flèche de dimensions plus grandes. Mais dans la Norwège et le nord de la Suède, on en trouved'un caractère tout particulier. Ce sont de longues pointes, triangulaires ou quadrangulaires, en schiste siliceux brun, avec un tout petit pédoncule (n» 35 i).
En Portugal, il y a aussi des pointes de javelot qu'on pourrait même appeler pointes de lance, qui ont une forme toute spéciale. Ce sont des plaquettes de silex, largement triangulaires, retouchées tout au pourtour sur les deux faces, ayant à la base comme un très court, mais très large appendice en guise de pédoncule (n-^ 400).
§ 9. rointes de lance. — Les jDointes de lance en silex françaises sont généralement de grands éclats d'un seul jet, à face lisse du côté de l'éclatement, et en dos d'àne retouché de l'autre. Elles sont légèrement arquées par suite de la cassure conchoïdale du silex. Souvent on les désigne comme grands et beaux couteaux retouchés. C'est une erreur, les couteaux sont toujours caractérisés par des bords vifs et tranchants.
Le sommet de la pièce est taillé en pointe ; la base est mousse, parfois retouchée en forme de grattoir, parfois avec une petite concavité. Les pointes les moins travaillées laissent encore voir sur le dos les nervures des arêtes naturelles des lames ; la pointe et les bords seuls sont retouchés (Musée préhistorique, n° 346). Mais habituellement le dos est complètement retouché avec soin. Pour faire des retouches régulières, symétriques, on a commencé par polir le dos; puis, par pression, on a fait sauter des esquilles toutes dans le même sens, ce qui laisse sur la pièce une série de petits sillons allongés, qui ressemblent à des coups de gouge qu'on aurait donnés sur une matière molle. Sur un grand nombre d'échantillons, et des plus beaux, on remarque encore des traces du polis sage [Musée, n" 347). A Aubercourt (Somme), on a même trouvé une pointe de lance en silex dont tout le dos est poli. Elle n'a pas été achevée^ il lui manque le retouchage.
Les pointes de lance de ce type, du musée de Saint- Germain, varient comme longueur entre 126 et 250 millimètres. La moyenne de 13 échantillons est 182 millimètres. *La moyenne de 18 autres échantillons de collections diverses serait 191 millimètres; mais ce chiffre est trop fort, les amateurs ayant une tendance à toujours exagérer la longueur des pièces qu'ils possèdent.
Gomme largeur, la moyenne des 13 pointes du musée de Saint-Germain est de 34 millimètres. Tout naturelle-
ment ces pièces sont d'autant moins larges proportionnellement qu'elles sont plus retouchées, plus travaillées. Ainsi une pointe presque sans retouches de la Vendée mesure 43 millimètres de largeur sur 202 de longueur, tandis qu'une fort belle des environs d'Evreux n'a que 25 millimètres de largeur, bien que longue de 250 millimètres.
Ces pointes de lance sont en sile.v divers; pourtant le plus grand nombre est en silex du Grand-Pressigny. Elles proviennent des grands nucléus dont j'ai parlé page 508. En effet, ces nucléus montrent des départs de lames qui atteignent jusqu'à 300 millimètres de longueur et parfois même au delà. Le Grand-Pressigny était donc un actif atelier de fabrication de pointes de lance. De ce point elles se disséminaient partout. On en a trouvé non seulement dans tout le bassin de la Loire, mais encore en Bretagne, dans les bassins de la Seine et de la Garonne, et jusqu'en Suisse.
Les pointes de lance que je viens de décrire, en diverses qualités de silex, se trouvent disséminées sur toute la France. Bassin de la Seine : Somme, Oise, Aisne, Aube, Seine-et-Marne, Seine, Seine-et- Oise, Eure; bassin de la Loire : Morbihan, Maine-et-Loire , Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Nièvre, Allier, Indre, Creuse, Vienne, Vendée, Deux-Sèvres ; bassin des Charentes : Charente ; bassin de la Gironde : Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne^ Aveyron; bassin du Rhône : Ardèche, Saône-et-Loire ; bassin
Fig. 57, Pointe de lance, silex, Meulan (Seine - et - Oise;. 1/2 gr.
HOMME ACTUEL. o2U
du Rhin : Meiirthe ; soit 27 dépariements. On en a aussi signalé des habitations lacustres de la Suisse du côté du Jura. Quelques-unes ont été recueillies en Angleterre, mais elles y sont fort rares.
La longueur et le peu d'épaisseur de ces pointes de lance nécessitaient un puissant soutien dans l'emmanchure. Le sommet de la hampe devait être à demi entaillé et présenter une langue de bois plate s'amincissant progressivement. G'estsur cette langue que s'appliquait la face plane de la pointe en silex, qui était fixée par des ligaments avec interposition de matières bitumineuses ou résineuses. Néanmoins ces pointes se cassaient facilement ; aussi trouve-t-on beaucoup de débris. Les pièces entières viennent des tourbières, du lit des rivières et surtout des sépultures. M. Souche en a retiré 9, dont 3 brisées, d'un tLimulus de Pamproux (Deux-Sèvres i. Le dolmen de la Justice à Presles (Seine-et-Oise) en a fouiMii 3 variant entre d20 et 204 millimètres de longueur. Les dolmens du Moustoir à Carnac, du Rocher et de Rono, à Plougoumelen (Morbihan), ont donné -4 pointes de lance en silex du Grand-Pressigny, ce qui montre que cet atelier est couteni porain des dolmens de Bretagne. M. Ollier de Marichard a retiré d2 belles pointes de lance d'un dolmen de Salavas (Ardèche), du commencement du bronze, preuve que les belles pointes de lance sont de la fin de l'âge de la pierre.
Le musée de Saint-Germain possède une fort belle pointe de lance en silex, recueillie dans un dolmen entre les Salzes et le Luc, à Gampestre (Gard), par M. Aurès. Cette pièce [Musée, n' 348) a le dos à deux pans soigneusement polis, et le dessous est retouché de manière à faire disparaître la courbe conchoïdale de détachement. C'est un passage aux pointes retouchées des deux côtés, qui ont été signalées comme pointes de javelot au paragraphe précédent. Certaines de ces pointes pourraient aussi bien être
530 ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.
rangées parmi les pointes de lance que parmi les pointes de javelot {Musée, n° 153). Il en est de môme en Angleterre.
En Italie, les grandes pointes en silex avec pédoncule et barbelures sont dans un cas analogue. Il en est qui atteignent jusqu'à 125 millimètres de long sur 25 millimètres de large.
C'est en Scandinavie que les pointes de lance retouchées sur les deux faces prennent un grand et brillant développement {Musée, n"^ 349 à 331). Elles sont aplaties dans toute leur longueur et affectent la forme de feuilles de laurier. La taille est tantôt à éclats, tantôt à fmes retouches en coup de gouge. Les dimensions varient. La plus longue du musée de Saint-Germain atteint 302 millimètres. Il y a toutes les grandeurs entre cet extrême et 130 millimètres. On trouve bien encore des pointes audessous de cette longueur ; mais elles n'ont plus la régularité des précédentes, et elles peuvent être rangées parmi les pointes de javelot.
Les pointes de lance Scandinaves, par exception, sont parfois fortement dentées sur les côtés (Musée, n® 332).
§ 10. Poignards. — En fait de pointes de lance, il est difficile de dire qui l'emporte, comme beauté et fini du travail, de la Scandinavie ou de la France. Mais, comme poignards, c'est sans contredit la Scandinavie qui a le dessus. Certains poignards en silex de ce pays sont de vrais chefs-d'œuvre {Musée p7'éhistorique,n^ 335). Non seulement la lame, fort acérée et fort tranchante sur les côtés, est très régulièrement retouchée en coups de gouge, mais la poignée, à quatre faces, a toutes ses arêtes comme plissées ou froncées par de fines et habiles retouches. La base ou pommeau est aplati en losange.
De cet élégant modèle, les poignards passent insensiblement [Musée, n°^ 336 à 338) jusqu'aux lames ayant siin-
plement une tige plus ou moins quadrangulaire ou cylin- (iiique pour manche.
Les poignards sont beaucoup moins fréquents en France. Il y en a de deux types opposés, ceux qui ont la lame plus large que la poignée, et ceux qui ont la poignée plus large que la lame.
Du premier type, on peut citer un très bel échantillon ligure par M. Fleury, venant de Bohain (Aisne). C'est une large et grande lame de silex, à deux arêtes dorsales, qui a été soigneusement retouchée en pointe au sommet et dont les tranchants ont été abattus à la base pour faire une poignée qui ne blesse pas la main. Un autre analogue, en silex du Grand-Pressigny, a été recueilli à Saint-Julien du Sault (Yonne).
Le musée de Saint-Germain en possède deux du second type : l'un (Musée, n° 344) de Saint-Bernard (Ain); l'autre (n° 339) des dragages de la Seine, au Pas de Grigny (Seine-et-Oise). Les lames sont étroites et toutes retouchées d'un seul côté. Les poignées plus larges sont dans l'échantillon de Saint-Bernard, simplement à tranchants abattus, et dans celui de Grigny à dos poli.
Enfin un autre poignard, également du Pas de Grigny, est intermédiaire [Musée, n° 345). Lame et manche ont été fortement retaillés et ne sont pas plus larges l'un que l'autre. Les deux poignards de Grigny sont en silex du Grand-Pressigny,