VIII AVANT-PROPOS
À ce sujet on peut penser tout ce qu’on veut pour satisfaire son esprit, chacun suivant son goût. L'homme actuel, tel que nous le connaissons, at-il eu pour ancêtre des simiens, c’est bien possible. Est-il issu d’un être parallèle aux simiens ? C’est encore eroyable. Cet être a-t-il été la souche d’une ou plusieurs espèces d’hominiens? Ceci est encore laissé au sentiment de chacun. Sur cette question, on peut avoir une croyance, maïs non pas une certitude scientifique. Or, en matière de science (et pas seulement là, hélas!) la croyance sans bases, irréfléchie, est le pire des maux : elle est réfractaire à tout raisonnement, et se transforme immédiatement en passion. Bien rares sont les auteurs qui sur cette question ne s’abandonnent pas à des sentiments extra-scientifiques. [1 en est, cependant, qui savent se tenir en dehors des passions; mais je ne les citerai pas, afin de - ne pas indiquer quels sont les autres ; en relisant quelque peu ces œuvres, chacun dévoilera facilement ce que cache la censure que je m’impose.
Je viens de parler des nombreux cas, hélas ! dans lesquels les gens de science font fausse route; mais heureusement il en est qui, guidés par d’intangibles principes scientifiques, planent au-dessus des petites misères que je viens d'exposer.
En ce qui concerne les origines naturelles de FPhomme, je n’ai rien à dire, après Les lignes qui précèdent. Ce n’est pas notre pauvre documentation qui peut permettre aujourd’hui de tirer des conclusions d’ordre général. Nous savons qu'aux temps pléistocènes il existait sur le globe plusieurs races d'hommes fort primitifs, si nous en jugeons par la nature de leurs ossements. Tenons-nous-en là pour l’instant; et que chacun en pense ce qu’il voudra.
D'ailleurs, sommes-nous bien certains que les caractères sur lesquels nous basons nos études sont réellement caractéristiques des divers groupes humains? La forme du crâne, la disposition de la mâchoire sont aujourd’hui considérés comme devant servir de base aux études sur la race humaine : mais ne faisons-nous pas fausse route en considérant ces caractères comme un critérium ? N’en est-il pas d’autres beaucoup plus importants qui nous échappent?
Au point de vue de l’évolution de l'esprit humain, depuis ces époques reculées, nous paraissons être moins mal documentés, et, nos connaissances s’accroissant chaque jour, nous pouvons espérer que le moment n’est pas bien éloigné où nous pouvons espérer voir clair dans les lois qui ont régi le progrès aux temps préhistoriques.
Jusqu'à la fin du xix° siècle l’existence de l’homme avant l'Histoire n'avait guère été étudiée que dans l'Occident de l'Europe et, je l'ai dit, c’est à cause de cela même que les préhistoriens ont, pendant si longtemps,