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pour que les tombes fussent pillées. C'est donc à une pensée plus élevée qu’il faut attribuer cet usage. | C’est la conséquence d’idées philosophiques ou mieux de conceptions religieuses communes à beaucoup de peuples, sans qu'il soit possible de leur attribuer une origine commune.]
Le fait de la destruction des objets ayant servi pendant la vie, fait que j'ai reconnu à Négadah d’une façon indiscutable et qui ressort également des trouvailles d’Abydos, est aussi fort important en ce qui touche les différences entre les usages des indigènes de la vallée du Nil [prédynastiques] et ceux des premiers Égyptiens [pharaoniques|. Les tombes néolithiques [prépharaoniques], en effet, ne renferment que des objets entiers, aucun ustensile n'ayant été brisé lors de la mise du corps au tombeau, [alors que dès les débuts de la période dynastique apparait cet usage. Ces deux.couches humaines successives] croyaient donc toutes deux à la vie future ; mais elles la comprenaient de manière différente. [Je serais tenté de voir dans cet usage une importation asiatique.]
L’incendie du tombeau de Négadah et de ceux d’Abydos a, par le fait, rendu inutiles les offrandes [et les provisions] que renfermaient les sépultures. Devons-nous y voir le désir de détruire en entier tous les biens du mort, ou la pensée, plus élevée, de rendre immatérielles, pour la vie future, les richesses de ce monde en même temps que le corps ? je ne saurais me prononcer, laissant aux spécialistes le soin de tirer parti de mes
observations.
Je passerai en revue le mobilier que renfermait chacune des chambres
du monument, afin qu’on puisse mieux se rendre compte des conditions dans lesquelles s’est faite l’inhumation. Malheureusement l’incendie fut s1 violent que bien des objets ont été entièrement détruits, les vases-de granit, de porphyre, de grès siliceux (fig. 211), d'argile (fig. 210) ont été vitrifiés et les amas considérables de scories qué renfermaient quelques salles montrent à quel point de fluidité étaient parvenues certaines matières sous l’action de cette chaleur intense qui calcina les murailles sur 0 m. 40 de profondeur, en certains points.
L’intensité de la chaleur n’a pas été la même sur tous les points du tombeau, dont certaines parties ont échappé à la destruction : c’est ainsi que nous avons retrouvé des objets d'ivoire, d’albâtre, d’écaille de tortue, voire même de bois dur, et des étolfes qui, recouvertes de poussière et de
-cendres, se sont consumées à l’abri du contact de l’air, sans changer de forme. C’est à cette inégalité de chaleur que nous devons la plupart des objets déposés aujourd’hui au musée du Cairé.
La fouille du monument dura quinze jours, car le travail ne pouvait être mené rapidement ; le fond de chacune des chambres devant être examiné avec le plus grand soin, les cendres étaient enlevées au couteau,
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[par nous-mêmes] et les poussières ont été tamisées. Les quatre archéologues présents à la fouille ont eux-mêmes fait tout le travail délicat, en sorte qu'aucun objet n’a été perdu (1) et que les notes les plus précises ont pu être prises sur le terrain même. Il est bien rare, surtout en Égypte, qu’une fouille soit faite avec autant de soin et de patience.
Le monument royal de Négadah, dont les ruines, aujourd’hui dégagées, seront encore visibles pendant bien des années (2), se compose d’un vaste rectangle (fig. 212) dont les grands côtés font avec le nord magnétique un angle de 15 degrés vers l'Est (3). Sa longueur est de 54 mètres et sa largeur de 27 mètres (4).
Les murailles sont construites en briques crues, cimentées avec du limon du Nil. A l'intérieur comme à l'extérieur, les murailles sont enduites de terre, sans peintures ni blanchissage à la chaux.
[En plan, les murailles sont, à l'extérieur, composées d’une suite de rentrants et de saillants réguliers semblables à ceux qu’on voit sur les stèles de l'Ancien Empire et sur les sarcophages de pierre de la XII° dynastie. Mais cette ornementation extérieure, au sujet de laquelle j’entrerai plus loin dans plus de détails (5), est recouverte d’une seconde muraille qui l’enveloppe, la cache entièrement, et est elle-même terminée extérieurement par une surface unie.]
À l'intérieur, sont vingt et une chambres partagées en deux séries [et sans communication entre elles]. L'une, celle du centre, se compose de cinq salles, dont la plus grande, située au milieu, semble avoir contenu le mort pour lequel le monument avait été élevé ; les quatre autres o, , «,3 sont égales de dimensions.
La seconde série est de seize salles semblables (A à P), situées autour des pièces du milieu et les encadrant dans un rectangle.
Entre les salles «, 8, y, 8, , il existait autrefois de larges portes, mais elles furent fermées au moyen demurs en briques crues, présentant la même épaisseur que les murailles maitresses. [La salle « s’ouvrait sur les salles O et P et les salles extérieures semblent n'avoir été qu’un long couloir faisant le tour du groupe central, recoupé plus tard en chambres de dimensions égales. Entre la salle e et les chambres H et G, il n’y a jamais eu communication. Il est à noter que dans ce couloir, les murs séparantles chambres pénètrent de quelques centimètres dans les murailles majeures. Il entrait
(1) Malgré tous ces soins, un fragment de la plaque d'ivoire au nom du personnage nous a échappé. Il a été retrouvé depuis, lors d'un second tamisage des déblais.
(2) J'apprends que depuis 1897 ce monument si intéressant a été complètement détruit par les fellahs, il n’en reste plus que d'informes débris.
(3) Les grands côtés de ce monument étaient assurément orientés Nord-Sud (Nord viai),
l'écart actuel de 15 degrés provient du déplacement du nord astronomique depuis l'époque de sa construction.
(4) L. BorcnARDT [Zeitsch. für Agyptische Sprache, 1898, vol. XXXVI. Der Grab des Menes (5 pl et 7 fig.). p. 87 à 1405] a donné toutes les mesures du monument jusque dans les moindres délails.
(5) Voir le chapitre relatif à l'influence asiatique sur la culture pharaonique.
Fic. 214. — Vue perspective du monument royal de Négadah. Dessin de J. ve MorGax,
donc dans la pensée de l’architecte de les bâtir après achèvement du monument et à la suite de circonstances que nous ignorons.]
Telle est la disposition du tombeau royal de Négadah. Les coupes (fig. 213) montrent que les murs étaient bâtis avec un fruit assez important, tant à l’intérieur qu’à l'extérieur. |
IL semblerait que la partie centrale du monument ait été construite a d’abord, la porte d’entrée s’ouvrant au nord ; puis qu'après avoir nee le corps et la majeure partie du mobilier funéraire dans les chambres 2, f,7,5,e, et avoir muré les portes, on ait construit la muraille extérieure et transformé le couloir en une série de chambres (A à P) remplies de provisions et d’offrandes. [Ce couloir ne présente aucune communication avec l’extérieur.|
Dans la figure 214 j'ai reconstitué, autant qu'il était possible avec les documents dont je disposais, l’état primitif du monument. Nous ne connaissons que la partie basse des constructions, la toiture [probablement en terrasse] et la corniche, si jamais il en a existé, s’étant écroulées lors de l'incendie [peut-être même étaient-elles en bois].
Dans les fouilles de 1896-97, à Abydos, E. AMÉLINEAU à rencontré une sépulture semblable à celle de Négadah, mais renfermant un bien plus grand nombre de chambres. Grâce à la situation souterraine de cette construction, la partie du mur voisine du plafond s’est conservée et j’ai pu voir les restes des poutres qui supportaient la terrasse. Elles étaient en bois non équarri et fort rapprochées les unes des autres (1). ILest permis de penser que le monument de Négadah était recouvert de la même manière.
Quant à la position qu'occupait le corps dans ce tombeau, il est impossible de la préciser ; nous savons cependant qu’il était placé au centre de la salle y, au-dessus d’une petite dépression conique X dont on voit l’indication sur le plan. J’ai moi-même fouillé cette cavité aux environs de laquelle les cendres étaient accumulées en quantité plus considérable que sur les autres points de la salle : jy ai rencontré quelques fragments de vases et des débris calcinés d’un squelette humain, quelques phalanges de la main droite, des fragments de crâne, des dents et quelques morceaux d’os indéterminables. Dans les autres chambres, les os qu’on a rencontrés n'avaient pas été brülés et provenaient de tombes de la surface.
Avant d'entrer dans le détail des objets que renfermait cette sépulture J'exposerai les conditions dans lesquelles ce monument avait été construit dans le désert.
Au nord du Cheikh (tombeau musulman) et du cimetière moderne, est un plateau assez vaste, sillonné de ravins, composé d’alluvions caillouteuses
(1) Le plafond des chambres de certains masta-
phile montre, reproduiten pierre, le même dispobas de l'Ancien Empire dans la nécropole mem- $ | ÿ
silif de poutres jointives. À
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[terrasse inférieure du diluvium] ; c’est entre deux ravins, sur un éperon des alluvions, qu'avait été bâti le tombeau royal. Il se trouve aujourd’hui à peu de distance des cultures; mais à l’époque de sa construction, il était à plusieurs centaines de mètres, peut-être à 1 kilomètre des limites de la crue du Nil.
Au sud-sud-ouest (Cf. fig. 207) du monument royal, se trouve un tombeau de grandes dimensions, creusé dans le sol et l’on ne voit plus au-
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Fe. 215. — Mode de fermeture des jarres de terre cuite el cône d'argile portant la bannière royale.
jourd’hui que la fosse béante laissée par les spoliateurs modernes. Bien que cette sépulture eût été pillée, j’aiexaminé avec soin le peu de débris qu’elle renfermait encore et jy ai rencontré bon nombre de fragments de vases semblables à ceux du tombeau royal. Ces deux monuments étaient donc, à peu de chose près, contemporains.
Au sud des deux sépultures monumentales est la nécropole des gens du commun. Les tombes y sont très nombreuses et nous en avons fouillé
plusieurs centaines. Toutes présentent les mêmes caractères et sont bien de celles que nous avons reconnues comme appartenant aux premiers Égyptiens.
Encore plus au sud, sont des kjækkenmæddingers dont la surface est couverte d'instruments et d’éclats de silex. A l’ouest du cimetière musulman était autrefois une nécropoie archaïque ; mais elle avait été en majeure partie spoliée par les fellahs, avant mon arrivée à Négadah.
Gà et là, dans cette vaste plaine, on rencontre des sépultures des fellahs de l’ancienne Égypte, soit que ces tombes appartiennent à l’époque pharaonique, soit qu'elles ne remontent qu'aux temps grecs, romains ou même coptes. Ces nécropoles ne viennent en rien troubler l’homogénéité des restes archaïques, leurs tombes ont percé les kjækkenmæddingers, bouleversé quelques sépultures plus anciennes, mais sont sans conséquence au point de vue des recherches archéologiques.
Mobilier funéraire. — Toutes les chambres ne renfermaient pas des objets, toutes celles du groupe extérieur, sauf C, étaient absolument vides,
Fi6. 216. — Sceaux d'argile portant la bannière royale. 2/3 de la grandeur naturelle.
soit qu’à l’origine elles n’eussent rien contenu, soit que les matières qui y avaient été enfermées se fussent entièrement consumées pendant l’incendie. Une seule, C, contenait un mobilier intéressant ; quant aux cinq salles du centre, elles étaient bondées de vases et d'objets de toute nature.
Chambre «+. — Un racloir en silex taillé. — Eclats de silex, — Meule ou mortier en grès. — Environ quatre-vingts jarres de terre cuite rouge, bouchées à l’aide de cônes d'argile portant le sceau [cylindre] royal (fig. 215). — Nombreux vases cylindriques en terre cuite grise (type de la fig. 226, à droite). — Quelques vases arrondis en terre cuite jaune (type de la fig. 226, au centre). — Restes d’étolfes brülées appartenant à deux ou trois tissus différents. |
Chambre 8.— Un petit Lion en ivoire. — Trois Ghiennes en ivoire. — Quatre Poissons en ivoire (fig. 255, les quatre premiers croquis). — Une
aiguille en os ou en ivoire (fig. 261, au milieu). — Un bâton à kohl en ivoire. — Deux fragments de bracelets en ivoire (fig. 259). — Une demi-sphère en ivoire). — Un fragment d’anneau en ivoire (fig. 259). — Plusieurs os de Poissons taillés en forme de poinçon. — Nombreuses perles de pâte de verre (fig. 258) formant jadis un réseau. — Deux coquilles (Tritons) de la mer Rouge. — Nombreuses plaques rectangulaires de schiste (type des figures 262) demi-fondues ou tordues par la chaleur.
— Quatre racloirs doubles en silex (type de la figure 264, à gauche). — Quatorze racloirs pointus Fire. ae — Sceaux d'argile. 1/2 grandeur naturelle. en silex (fig. 264.) — Un
grand couteau courbe en silex (type de la figure 263). Cet objet a échappé à l’action de la chaleur. — Deux grands couteaux courbes en silex, calcinés (fig. 263). — Nombreux fragments de silex brûlé, ayant appartenu à environ douze couteaux du type de la figure 263. — Un sceau d’argile au nom du roi. — Un fruit de Palmier doum (?) en serpentine (fig. 256). — Un vase massif (mortier ?) en granit à gros éléments (fig. 248). — Un galet de quartz hyalin (fig. 233). — Douze vases en roche dure. — Nombreux fragments de vases en roches dures. — Un vase cylindrique en pierre dure (fig. 236). — Dix coupes d’albâtre de diverses formes. — Fragments appartenant à vingt-
GE
* APN I) J D ;
Fic. 218. — Marques relevées sur les jarres d'argile du tombeau royal de Négadah.
cinq ou trente vases cylindriques en albâtre du type de la figure 235 — Un cône d’albâtre portant des côtes (fig, 274). — Environ quatre-vingts jarres ” de terre cuite bouchées par des cônes portant l'empreinte du cylindre royal. — Très nombreux vases cylindriques en terre grise, plus ou moins brisés.
Chambre +.— Plaquette d'ivoire portantla bannière royale (fig. 219 brs). — Petit vase en ivoire portant les signes W W W (fig. 244). — Deux petits. vases d'ivoire (fig. 244). — Fragments d’un vase d'ivoire portant les signes * (fig. 244). — Fragment d’épaule d’une statuette articulée en ivoire (fig. 244, en hautet à gauche). — Fragments de bracelets en ivoire (fig. 258).
__ Nombreux fragments d'ivoire appartenant à des objets indéterminables. — Fragments d’un grand coffret en ivoire (fig. 252). — Deux bâtons à kohl.— Deux racloirs doublesen silex du type de la figure 264, à gauche. — Vingt racloirs pointus en silex du type de la figure 264. — Deux grands couteaux courbes en silex du type de la figure 263. — Fragments d’une vingtaine de couteaux semblables aux précédents. — Deux racloirs circulaires en silex. — Fragments d'un petit vase en calcaire rose veiné de blanc (fig. 242).— Fragments de huit ou dix vases de quartz laiteux et de cristal de roche. — Un fragment de galet en quartz. — Débris d’une vingtaine de vases en pierre dure. — Neuf coupes en pierre dure du type des figures 230 et 231. — Un grand vase à côtes en pierre dure du type de la figure 241. — Quatre grands vases en pierre dure du type de la figure 237. —
‘. Fic. 219. # Étiquettes d'ivoire portant des indications numériques. Tombeau royal de Négadah.
Un petit vase en pierre dure du type de la figure 236. — Un mortier en granit rose. — Cinq ou six grandes plaques rectangulaires en stéatoschiste (brisées). — Quatre ou cinq vases brisés en stéato-schiste. — Sceau d’argile avec inscription LV L'4 VW. — Une grande coupe plate en terre rouge, dont l’intérieur porte un vernis noir (fig. 226, en haut et au milieu). — Débris calcinés d’un squelette dans la cavité (X) centrale de la chambre.
Chambre à. — Fragment d’un gros pied de meuble en ivoire représentant un pied de Taureau. — Pied de devant et pied d’arrière de Taureau ayant appartenu à un meuble en ivoire. — Deux gros pieds plats de meubles en ivoire (fig. 250). — Un pied cylindrique de meuble en ivoire (fig. 250). — Un pied de meuble en ivoire en forme de sabot (fig. 250). — Divers fragments de meubles en ivoire. — Réseau de perles de pâte de verre, du typte de la figure 258. — Quatre perles cylindriques en pâte de verre. — Une perle courbe en pâte de verre (fig. 258). — Un bouton de cuivre (fig. 258). — Un sceau au nom royal. — Une coupe de porphyre. — Fragments de quatre coupes en pierre dure et d'un grand vase de pierre dure orné de côtes. — Six fragments de silex taillés éclatés
par la chaleur. — Quarante ou cinquante jarres plus ou moins entières, bouchées à l’aide de cônes d’argile scellés du cylindre royal.
Chambre +. — Deux planchettes d’ébène provenant d’un meuble (fig. 253). — Un pied de meuble en ivoire, en forme d’un pied d’arrière de Taureau. — Une plaquette d’ivoire percée de trois trous (fig. 251). — Un poinçon en silex. — Deux colliers de pâte de verre. — Deux fragments d'un grand vase de pierre dure orné de côtes. — Deux fragments de coupes en porphyre. — Un fragment de petit vase en quartz rose.
Chambres À et B. — Fragments de vases en terre cuite.
Chambre C.— Six plaquettes d'ivoire ayant servi d'étiquettes, portant d’un eôté des indications numériques, et de l’autre les inscriptions * m0 et +, (fig. 219). — Huit plaquettes d'ivoire d’Hippopotame (fig. 258)
ayant probablement fait partie d’un collier. — Un bras de statuette en ivoire (fig. 258). — Deux fragments de bracelets, en écaille de Tortue (fig. 259). — Dix Poissons en ivoire (fig. 255). — Un fragment de bracelet en nacre. — Une longue perle d’or (fig. 260). — Fils de cuivre
entourant les restes d’un objet indéterminable de bois (fig. 254). — Un petit Lion encristal de roche. — Deux fioles en cristal deroche(fig. 233). — Plusieurs coupes brisées en cristal de roche (fig. 233). — Fragments de plusieurs vases en obsidienne (fig. 234). — Deux coupes d’albâtre. — Fragments de plusieurs vases cylir driques en albâtre. — Quatre racloirs doubles en silex. — Vingt-cinq poinçons ou racloirs pointus en silex, du type de la figure 264 (deuxième figure, à gauche), et quelques fragments de mêmes instruments brisés par la chaleur. — Un grand couteau courbe en silex, du typede la figure 263 et fragments de quatre où cinq Couteaux semblables. — Deux petits vases en géobertite portant la marque des trois Oiseaux (fig. 240). — Un morceau de vase en pierre verte portant la même inscription. — Divers fragments de vases de pierre dure. — Trois perles de terre cuite. — Une perle de cornaline. — Fragments d’un coffret de bois. — Étoffes abondantes, appartenant à quatre ou cinq tissus différents dont quelques-uns d’une grande finesse. — Débris de cordes et de ficelles.
Chambres D, E,... P.— Ces chambres ne contenaient que de rares débris de poterie sans intérêt.
Tous les objets que je viens de citer et qui vont être décrits se trouvaient au fond des salles, sur le sol, dans une épaisse couche de cendres, de débris des parties hautes du monument, de scories provenant de la fusion de certaines matières et de morceaux de charbon de bois [ce bois semble avoir appartenu aux essences qui croissent encore de nos jours en Égypte]. | Beaucoup de pièces avaient été éclatées par la chaleur et tous les morceaux se trouvaient réunis, alors que pour d’autres, brisés intentionnellement, les fragments étaient disséminés dans les diverses chambres.
Après avoir décrit en détail le monument et exposé la position qu’occupaient les divers objets dans les différentes salles, je passerai à la description détaillée des objets signalés en les rangeant non plus suivant la place qu’ils occupaient dans la sépulture, mais d’après leur nature et, par suite, l'usage auquel ils étaient consacrés. On se rendra mieux compte ainsi du développement que présentaient alors les arts et les industries, ainsi
que des différences très notables qui séparent la civilisation des premiers Egyptiens pharaoniques de celle
des habitants du Nil au cours de la période nettement historique.
Aucune conclusion utile ne peut être tirée de la position dans laquelle se trouvaient ces objets, de leur groupement, de leurs rapports-entre eux. Nous ne possédons d’ailleurs que de bien modestes témoins de ce qu'était le mobilier funéraire de cette tombe, avant qu'il fût livré aux flammes, et la même observation s'applique à toutes les tombes royales de la nécropole d'Om-el- Gaab à Abydos.
Description des objets (1).
— Les textes. — Les inscriptions sont relativement abondantes dans cette sépulture, [bien qu’elles soient très peu variées. On les rencontre le plus
Fic. 219 bis. — Plaquette d'ivoire portant la bannière royale. Tombeau royal de Négadah.
Grandeur naturelle.
communément sous forme d’impressions de cylindres soit sur les fermetures des amphores (fig. 215 et 225), soit sur des boules d'argile (fig. 216 et 217) qui bien certainement avaient tenu lieu de sceaux pour fermer des ballots, des caisses, des paniers ou des meubles, peut-être même aussi des sacs et des outres. Ces textes sont tous des empreintes de cylindres, analogues à ceux de la Chaldée, qu’on roulait sur l'argile molle] (2). :
On rencontre aussi des inscriptions gravées sur les vases d'argile (Hg. 218); mais ce ne sont, dans ce cas, que de simples ifdications du contenu des jarres, signes qu’il n’est pas possible d'interpréter aujourd’hui.
(1) Tous les objets découverts dans la sépulture royale de Négadah sont au musée du Caire. (CF. M. QuieL, Cutulogue général, etc. Archaïc Objects, &. I et t. IL, pl. Iaventaire sans aucun commentaire.
(2) Après mes fouilles de Négadabh, j'ai, comme il élait de mon devoir, déposé les objets découveris au musée du Caire, où les égyptologues ont pu en avoir Communication. La plaquette dont il
estquestion, p.181,afait immédiatement l'objet de nombreuses publications en dehors de mon livre, entre autres : Borcarpr, Sitsungsbericht der Künig. Preus. Akad der Wissenschaften, 1897, XLVIIL, n° 1054; A. WiEDEMANN, Proc. of the Soc ofbibl Archeot., March, 1898, p. 107; FR. W. von BISSING, l’Anthropologie, t. IX, 1898, p.244. Voir Cat. gén. (du musée du Caire), Archaic Objects P: 222, n° 14142.
En outre, on trouve des inscriptions gravées en creux sur des plaques d'ivoire (fig. 219 bis) et sur les vases de pierre dure et d'argile où les trois signes ŒVKV, très fréquemment reproduits, semblent être soit un titre, soit un nom du personnage pour qui le monument à été construit.
Les inscriptions obtenues par l’empreinte d’un cylindre ne sont pas toujours bien nettes sur les cônes d'argile, soit que la pâte füt trop grossière pour recevoir une impression très nette, soit que l'imposition du sceau eût été faite rapidement ; toute- FR a PPS DUO CARRE
n° 1 sur un cône d'argile. Dessin fois, comme les exemplaires de ces cachets de G. Jéquien.
sont fort nombreux, il est facile de trouver sur l’un ce qui manque sur un autre, et de reconstituer, sans le moindre risque d'erreur, l’image complète que le cylindre portait gravée en creux: Ce travail a été fait avec Le plus grand soin par M. G. JÉQUIER, qui a relevé sur les cônes et les sceaux, l'impression de six cylindres différents. 1° Cylindre (fig. 220), le plus petit de tous, mesure 0 m. 037 de hauteur sur 0 m. 019 de diamètre, ne porte que deux bannières royales séparées entre elles par les signes «<< æ (1); 2 Cylindre (fig. 221), hauteur 0 m. 062, diamètre O0 m. 019, porte gravées deux séries de la bannière royale, sans séparation entre elles ; 3e Cylindre (fig. 222), hauteur 0 m. 076, diamètre O0 m. 024, représente la bannière royale des cylindres n° { et 2, mais chaque bannière est séparée de sa voisine par
Frc. 221. — Cylindre n° 2 du tombeau royal à ! : A à de Négadah. Dessin de G. Jéquien. les trois oiseaux dont il a été parlé
plus haut.
[Ces trois cylindres ne sont que trois variantes de l'agencement de la ‘bannière royale.]|
4e Cylindre (fig. 223), hauteur 0 m. 070 ; diamètre 0 m. 027. Ce cylindre porte deux bannières différentes des précédentes, accolées, puis séparées du groupe suivant par un groupe de trois fleurs. Ces bannières sont ellesmêmes partagées en deux par le signe Ÿ composé de deux flèches croisées sur un montant vertical ;
4) Cf. M. Quisec, Catalogue général, etc. Archaic Objecls, . IL, pl. V, fig. 97-98, pl. VI. fig 99, etc...
5e Cylindre (fig. 224), hauteur 0 m. 42, diamètre 0 m. 026. Ce cylindre porte la représentation d’une série d'animaux et d'instruments. On y reconnaît l’Antilope, le Renard, le Chien, le Crocodile, l’Autruche, le double protome de Lion, celui du Lion collé à celui de l’Antilope, la houe, la charrue (?) Il ne porte aucune inscription et semble avoir été composé de représentations plus ou moins cabalistiques ;
Ge Cylindre), haut. 0 m. 078, diamètre 0 m. 068. Ce cylindre, le plus grand dont nous avons rencontré l'empreinte dans le tombeau royal de Négadah, représente la façade d'une maison à deux portes, placée au milieu d’une plantation de Dattiers (?)
Fr. 222. — Cylindre n° 3 du tombeau royal de , Négadah. Dessin de G. Jéquren. dans laquelle est un Lion cou-
DRE [I est impossible de dire d’une façon précise ce qu’étaient les personnages auxquels appartenaient ces cylindres : à coup sûr, sur les trois premiers de ces cachets étaient ceux de personnes de la famille royale alors que les deux derniers peu-
vent être attribués à des fonctionnaires ou à des prêtres, personnages probablement chargés de certains détails de l’inhumation.
Quoi qu'il en soit, ces cylindres, surtout le numéro 5, sont extrêmement archaïques et ne le cèdent en rien aux plus
anciens cachets de la Chaldée et de l'Élam. Le n° 5 aurait été
trouvé en Asie, que personnene Fi. 223. — Inscription du cylindre n° 4 du
ourrait songer à le rendre :
P : 8 endre à tombeau royal de Négadah. Dessin de G. Jé- Il Egypte. QUIER.
Cette tombe de Négadah, qui certainement est la sépulture pharaonique la plus ancienne qui soit, n’a pas, comme les tombes d'Abydos, donné de stèle de pierre au nom du souverain. MM. A. Wiepemann et G. Jéquier étaient alors d'avis que nous
nous trouvions là en présence de la sépulture du premier roi de la [re dynastte, le pharaon Menès. D'autres égyptologues ont, depuis, proposé d'y voir le monument de Veëthetep, épouse du roi Menès (1).]
Vases. — Comme on a pu s’en rendre compte par les listes qui précèdent et donnent le détail du mobilier funéraire reufermé dans chacune des salles, les vases étaient en extrême abondance dans le monument de Négadah. Ce fait n’a rien qui doive surprendre ; car il en est de même [toute proportion gardée entre l’état social du mort] dans toutes les sépultures appartenant aux indigènes {[prépharaoniques] et aux premiers Égyptiens [dynastiques|. Les tombeaux d’Abydos contenaient une prodigieuse quantité de vases, tant en pierre qu’en argile.
L'ensemble des découvertes faites | depuis vingt-cinq années] dans la Haute-Égypte, tant dans les nécropoles royales d'Abydos et de Négadah
LES ago FR Nas
Fré. 224. — Inscription du cylindre n° 5 du tombeau royal de Négadah. Dessin de G. Jéquier.
que dans les nécropoles appartenant à la classe pauvre de la population, permettent aujourd’hui de classer avec une grande précision les vases des époques les plus archaïques de l'Égypte, aussi bien en ce qui regarde la céramique proprement dite, qu’en ce qui touche aux vases de pierre.[ Avant que j’eusse établi d’une manière indiscutable l’existence, dans la vallée du Nil, de la culture préhistorique] les égyptologues, lorsqu'ils parlaient de l'art du potier, faisaient les plus regrettables confusions, mélangeaient les époques, attribuant, de la façon la plus fantaisiste, les diverses formes préhistoriques aux âges historiques. Ils donnaient dans leurs livres les idées ‘les plus fausses sur les débuts de l'art égyptien (2). La série des vases du
sur plusieurs petites plaquettes d'ivoire. Peu
(1) Le tombeau de Négadah a été attribué à Mé- ) nombreux sont les égyptologues qui partagent
nès par les égyptologues qui m'accompagnaient,
en raison de la plaquette d'Aha, nom qui, du reste, d'après la pierre de Palerme, serait celui d'Athotis et non de Ménès. Mais, comme il y a à Abydos un autre tombeau appartenant à un personnage du même nom, on a inventé une femme Neit-Hotep qui aurait été l'épouse de Mënès, en se
basant sur les signes ae qui se répètent
cet avis (Cf. W. M. FLINDERS PETRIE, Prehistoric Egypt, Londres, 1920, p. 1). Ce changement de nom n'apporte d'ailleurs aucune modification dans les considérations que cette sépulture permet d'énoncer quant, au degré de civilisation des premiers Egyptiens pharaoniques
(2) Voir, entre autres ouvrages, G. MASPERO, l'Archéologie égyptienne, 1887, p. 243 et 244
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