‹ La Prehistoire orientaleChapitre 125 sur 308 · II · texte numérisé non relu

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les nombreux morceaux de charbon qui se trouvaient épars dans le tombeau, j'en ai rencontré beaucoup présentant encore la Se de planchettes munies de mortaises et de tenons; mais ces débris n'ont pu être conservés. Les meubles étaient donc fort nombreux dans cette sépulture ; quant à la forme qu’ils affectaient nous n’en pouvons rien dire, les

Fire. 254. — Fragments de meubles en bois. Tombeau royal de Négadah. 1/2 grandeur naturelle.

vestiges parvenus jusqu'à nous étant trop fragmentés pour que nous en puissions tenter une reconstitution (fig. 254).

Objets d'art. — Je désigne sous ce nom de petits objets qui, n'ayant pas appartenu à des meubles, étaient plutôt des amulettes que des parties de bijoux. Ce sont des figurines d'ivoire, de cristal de roche ou de serpentine, représentant des animaux, des hommes ou des fruits. [Je m’abstiendrai de tout commentaire quant à l’usage de ces objets.]

[Parmi les animaux, on voit le Chien, représenté par une petite figurine d'ivoire. L'animal est couché sur le ventre, les pattes de devant allongées, la tête en avant, dans une attitude très naturelle; puis vient Le Lion dans la même pose, qu'il soit en ivoire ou en cristal de roche. Si nous en

jugeons par les dimensions de la tête par rapport à celle du reste du corps,

de très bonne qualité. D’après le docteur Scxwe1in- FURTH (Pflanzen geographische Skizze des Gesammièen Nil-Gebeils…, in Petermans Mittheilungen, 186%, p. 62), cette espèce compte parmi les plus importantes de la région des forêts (Waldgebeit), région limitée au Nord par un angle rentrant, dont le sommet serait à Gondokoro, et dont les deux côtés aboutiraient l'un au Nord-Ouest, à El-Obeïd, l’autre au Nord-Est, à Massaoua. Il est permis de penser que c'est ce même Ebénier qui jadis croissait en abondance dans l'ile de

Méroë (Strabon) et qui se rencontrait, quoique rarement, jusqu'à Syène (Pline) (Cf. Docteur G. BEaAuvisAGE, Recherches sur les bois phuraoniques. IT. Le bois d'ébène, in Recueil des tra vau», etc., vol. XIX, p. 17 et sq.). Celte espèce semble ètre celle que les Egypliens nommaient Habni (£6evos, ebenus, ébène).Sa présence dans le tombeau de Négadah, ainsi que celle de l'ivoire d'Éléphant, implique l'existence de relations commerciales suivies entre les gens de la Haute- Egypte et les tribus nègres du Haut-Nil.

la figurine d’ivoire représenterait un Lion adulte et celle de quartz, un Lionceau.| É

Ces trois figurines sont fort remarquables par leur exécution, elles .dénotent de la part de l’artiste une observation très attentive de la nature et, de même que les pieds de meubles en ivoire, présentent des analogies frappantes avec les représentations du même genre, provenant de la Chaldée et de l’Elam (1). Les tombes d'Abydos renfermaient également de ces figurines, et l’on (pouvait) voir dans les collections rapportées par E. AMÉLINEAU, un Lion d'ivoire semblable à celui du tombeau de Négadah.

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Fe. 255. — Poissons en ivoire. Tombeau royal de Négadah. 1/2 grandeur naturelle.

Les Poissons étaient largement représentés dans le mobilier funéraire de Négadah ; ils appartenaient peut-être à un collier, car tous portent à la bouche un trou de suspension. Ces figurines, toutes en ivoire (fig. 255), . sont d’une exécution très remarquable ; les diverses parties du corps sont reproduites avec une telle fidélité qu'il est aisé de retrouver le nom des Poissons qui ont été pris pour modèles. [On y reconnait (fig. 255) les Salmonidés, si abondants encore dans le Nil à Assouan, les Cyprins, rares aujourd’hui dans le fleuve, mais abondants dans le Birket-Karoun (Fayoum) et qui jadis peuplaient les marais latéraux de la vallée :

(1) CF. LAMPRE, la Représentation du Lion de Suse dans Mém. de la Délég. en Perse, t. VIII. Paris, 1905, p. 159-1892, pl. VIII et IX.

04 Here PRÉHISTOIRE ORIENTALE

enfin, les Poissons sans écailles ou à écailles très fines (fig. 255), appar-

tenant à plusieurs espèces encore actuellement représentées dans le fleuve

et dans les marais.]

L'usage de représenter les Poissons ne s’est pas perdu dans les âges postérieurs; car nous voyons, au musée du Caire, plusieurs figurines de ce genre, en pierre verte, provenant de San-el-Hagar et remontant

à l’époque des dynasties saïtes. Maïs alors les Poissons

figuraient comme offrandes ou ex-voto dans les temples,

alors que ceux de Négadah faisaient probablement partie d'un collier.

Fic. 266. — Fruit in- Je citerai encore, parmi les objets d’art que ren- CNE frs fermait le tombeau de Négadah, un fruit indéterminé mouchetée de (lig. 256), fait d’une roche vitreuse dont la pâte verte AREo à TS est mouchetée de blanc. Ce fruit ne peut être confondu Négadah.1/2gran- AVEC celui du Palmier doum qui est bien moins allongé. deur naturelle. [Puis ce sont des fragments, malheureusement bien

incomplets, de figurines humaines articulées en ivoire

(fig. 257). L’Ancien Empire nous a laissé un grand nombre de figurines

de bois (1), analogues à celles dont nous avons retrouvé les traces dans

Fire. 257. — Fragments de statuettes articulées en ivoire. Tombeau royal de Négadah. 3/4 de la grandeur naturelle.

la sépulture de Négadah. Ces figurines jouaient un rôle religieux dans les tombes.]

Bijoux. — La bijouterie, à cette époque, semble avoir été encore très rudimentaire; car, bien que la sépulture de Négadah n’eût pas été spoliée,

(1) Voir entre autres J. ne Moncan, Fouilles à Dahchour e € i ‘ . c n 1894-1895. Vienne. 1 5 45 et 46, pl. III et IV, époque de Snéfrou. CE APR do

les scories ne dénotent pas que les métaux précieux y fussent en quantité importante. C’est à peine si, en dehors d’une grosse perle d’or dont je vais parler, quelques grenailles imperceptibles d’or se trouvaient dans les cendres ; par contre, j'ai rencontré une grande quantité de perles de pâte vernissée, les unes faisant partie de réseaux, les autres ayant probablement appartenu à des colliers. J’ai trouvé en outre des perles de cornaline, une perle de cuivre,un bouton de même métal, et de petites pendeloques d'ivoire d’Hippopotame.

Les perles en pâte vernissée sont bleues et en tout semblables à celles des temps postérieurs, [elles ne se rencontrent que dans les tombes contemporaines du tombeau de Négadah et de ceux d’'Om-el-Gaab. L’art de l’émailleur était encore en enfance; on employait, je crois, comme base de

Fire. 258. — Objets divers. Tombeau royal de Négadah.

la pâte le kaolin qu’on trouve parfois par poches dans le massif granitique d’Assouan. Cuit à haute température, ce kaolin donnait de la porcelaine et l’on colorait la surface des petits objets, perles et amulettes, en les ‘enduisant d’un verre de cuivre porphyrisé qui, sous l’action de la chaleur, formait un enduit vitreux.Le même procédé a été employé en Asie dès une époque fort ancienne.

[Les bracelets étaient assez nombreux, mais tous à l’état de fragments ; l’ivoire, l’écaille, la nacre étaient alors employés pour ces bijoux, sans compter les autres matières qui ont été détruites par le feu. Certains bracelets portaient des ornements très simples (fig. 259), d'autres n’étaient que des anneaux lisses. Un petit anneau peut avoir servi comme bague.]

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Fic. 259. — Fragments d'anneaux et de bracelets. Ivoire, écaille de Tortue et nacre. Tombeau royal de Négadah. 2/3 de la grandeur naturelle.

Fic. 261. — Instruments d'ivoire (en haut) ; au milieu, corne de Gazelle ; en bas, os de Poisson. Tombeau royal de Négadah. 1/2 grandeur naturelle.

Le seul bijou réellement précieux du tombeau est une longue perle d’or en spirale. Elle ne porte aucune trace de soudure et semble avoir été découpée en plein bloc (fig. 260).

[L'or n’est pas rare dans les sépultures de cette époque et, depuis 1897, on en a rencontré dans un assez grand nombre de sépultures; il se présente sous forme de bijoux primitifs, d’amulettes, de garnitures d’instruments de silex. La soudure n’était pas encore connue. Le métal était employé tel qu'il était fourni par le lavage des sables et, le plus souvent, contenait une forte proportion d’argent. Quant à sa provenance, il venait assurément de l'Afrique équatoriale, en même temps que l’ivoire d’Eléphant et probablement aussi de bien des matières premières.|

Objets divers. — |En dehors des objets dont je viens de parler, la tombe contenait encore un grand nombre de fragments indéfinissables et quelques petits objets dont l’usage est inconnu, en ivoire, en os, en corne. Certains d’entre ces objets paraissent n’être que la copie en ivoire de petits instruments de silex du type de la figure 264 (la 2e figure à gauche).]

Plaques de schistes. — [Les plaques de steato-schiste (fig. 262) étaient très nombreuses dans le monument funéraire de Négadah, toutes

Fire. 262. — Plaques en stéato-schiste. Tombeau royal de Néoadah. 1/3 de la grandeur naturelle.

étaient rectangulaires, aucune ne fournissait de figuration animale comme celles qu’on rencontre dans les sépultures du commun, antérieures à l’époque de Ménès.] Ces plaques atteignent parfois de grandes dimensions. J'en ai rencontré mesurant de 0 m. 40 à 0 m. 45 de côté; elles sont généralement ornées de petites lignes droites gravées sur leur bord. Toutes avaient été brisées par le feu; quelques-unes même, demi-fondues, étaient

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Fic. 263. — Grand couteau en silex. 2/3 de la grandeur naturelle.

LE TOMBEAU ROYAL DE NÉGADAH 209 tordues, leur pâte s’étant ramollie sous l’action de la chaleur. [J'ai constaté qu'il fallait porter le stéato-schiste au rouge vif pour obtenir son ramollis-

sement.| Silex taillés. — Pour en finir avec la description du mobilier funéraire

de Négadah, je parlerai des instruments de silex taillé, objets très caractéristiques de cette époque, fort nombreux dans la tombe, mais qui, malheureusement, sous l’action du feu, se sont, dans la plupart des cas, fendus et brisés en un grand nombre de fragments.

Les couteaux (fig. 263) sont courbes, pointus à l’une de leurs extrémités, obtus dans la partie destinée à être saisie à la main, et qui, vraisemblablement, était entourée de peau ou d’étoffe. Leur longueur atteint parfois de 0 m. 30 à 0 m. 32; leur épaisseur ne dépasse jamais 0 m. 005 à 0 m. 006. La taille en est beaucoup moins régulière que dans certaines

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