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usage, que d'observer l'assemblage que d'examiner com-
es de taille dont on a fait écieuses dans les bijoux de Dahchour,
énormes plerr des pierres pr
Frc. 272. — Vase à bec, cuivre. Abydos. 1/3 de la grandeur natureîle.
ages de la XIT° dynastie entre autres. Jamais on
pas en main les sarcoph manque de sûreté de main; l'exécution de
ne voit trace d’hésitation, de
Fe. 273. — Instruments de bronze du Nouvel Empire égyptien (Musée du Caire),
toutes ces œuvres est rigoureusement théorique. La technique égyptienne est la plus précise, la plus accomplie qui soit; il fallait done que la main
de l’ouvrier fût munie d’un outil capable d’obéir strictement à sa volonté et cet instrument était de cuivre!
D'où venait le cuivre dont les Égyptiens faisaient usage aux temps prédynastiques, d’où est venu l’étain, plus tard, et d’où, enfin, est venu le fer ? Voilà trois questions auxquelles il est encore impossible de répondre et qui en sont toujours au point où elles en étaient quand, il y a trente-cinq à quarante ans de cela, j’ai commencé à my intéresser.
L’Égypte et la Nubie sont les pays les plus pauvres qui soient en richesses minérales naturelles et les contrées qui l’avoisinent, la Tripolitaine et la Tunisie, la Syrie et la Mésopotamie, le désert africain ne sont pas plus favorisées par la Nature. On a bien signalé quelques gisements de cuivre, sans importance d’ailleurs, dans le désert du côté de Koséir, on a parlé des mines du Sinaï sur lesquelles je reviendrai longuement tout à l'heure; mais ces points ne peuvent être considérés comme ayant été des foyers métallurgiques primitifs : la connaissance du cuivre est donc venue de pays éloignés de la vallée du Nil. Je montre dans cette étude pourquoi j'estime qu’elle est arrivée
: . 274. — s-reli * dy- FEES Fra 2 Bas relief de la VI: dy : | nastie égyptienne représentant la
Si nous remontons au Nord de l’Asie fabrication des vases de pierre.
antérieure, nous voyons entre Smyrne et
la mer Caspienne un énorme massif montagneux d’une très grande richesse en métaux ; le cuivre, le fer, l’or, l'argent y abondent et peut-être aussi trouvera-t-on un Jour, dans ces pays encore si mal étudiés au point de vue géologique, soit des filons de cassitérite, soit des granulites stannifères, soit des sables riches en étain ; mais, plus près encore de l'Égypte, en Arabie, dans la grande chaîne qui borde la mer Rouge, dans le massif abyssin, sont assurément des richesses qu'il ne faut pas négliger, bien qu'elles soient encore inconnues.
C’est là que les égyptologues les plus avisés placent le fameux pays de Pount. Peut-être ces régions devaient-elles leur célébrité en Égypte parce que de bonne heure elles ontfourni des métaux.
On sait que l’ile de Chypre, très riche en minerais cuivreux, a joué un grand rôle dans l'antiquité ; maïs nous ne pouvons pas faire remonter l’exploitation de ses mines aux temps antérieurs au tombeau de Négadah.
Comment pourrions-nous parler de l’origine du cuivre égyptien, alors que l'Égypte se trouve au milieu de régions inexplorées, si nous ne possédions pas, de par ailleurs, d’autres informations pour nous guider ?
Je crois utile, cependant, d’insister sur l’insuflisance des mines de cuivre du Sinaï parce que presque tous les auteurs, pour la plupart peu versés ou
pas instruits dans les choses de la géologie et des mines, ont accordé aux gisements de cuivre de cette presqu’ile une importance qu’elle est bien loin d'avoir jamais eu, et lui ont fait jouer un rôle très préjudiciable à l’exacte connaissance des faits.
Dans son livre récent Des Clans aux Empires (1923), M. A. Morer, bien qu’averti et parlant d’une question hors de sa compétence, du domaine de la géologie, tranche très cavalièrement la question en faveur de l’erreur commise par Lepsius et me citant (/umanité préhistorique, p. 123), va jusqu’à dire (p. 188,note 3) : « M. de Morgan exagère peut-être la pauvreté des mines de cuivre du Sinaï. » Mais, de ce point de vue, le passage le plus curieux de cet ouvrage est le suivant : « Dans la vallée d'Ouadi-Maghara, dit M. A. Morer (p. 202), les parois rocheuses recélaient en abondance des minerais plus ou moins productifs : les pierres à turquoises contenant 3 à 4 p. 100 d’oxyde de cuivre. On a peut-être exagéré l’importance de ces gisements ; peut-être y a-t-il aujourd’hui tendance à la trop diminuer (MorGan, Hum. préhist.,p.123). Berthelot admettait qu'ils avaient pu jouer un grand rôle dans l’évolution humaine (C. R. Acad. Sc. août 1896) (1). Il est probable que c’est dans ces gorges montagneuses, autour d’un feu allumé par les nomades sur un sol couvert de minerais en débris, que l’homme a vu pour la première fois, dans la région méditerranéenne, le cuivre, fondu par la chaleur du foyer,se dégager de la gangue, et ruisseler tout rouge dans les cendres (2). Le Sinaï a été l’un des lieux du monde où fui inventée la métallurete. »
Ainsi, non seulement M. A. Morer refuse de se ranger à l’avis des géologues, mais il tranche d’un trait de plume la question des origines métallurgiques au profit de la thèse de l’évolution africaine de la culture prépharaonique, que l'absence de cuivre au Sinaï ne permet pas de soutenir.
J'avoue que moi-même, quand, en 1896, je suis allé au Sinaï, j'ai été fort désappointé, car je croyais trouver là un sujet d’étude intéressant pour un ingénieur des mines. Comme tout le monde alors, je croyais aux assertions de Lepsrus.
Je ne parlerai pas du bel ouvrage de M. G. GLorz; intentionnellement l’auteur en est resté aux idées de 1922, négligeant, dans sa Civilisation égéenne,les principales questions endiscussion, c’est-à-dire la chronologie, l'existence ou non de l’industrie néolithique en Egéide et l’origine asiatique de la culture prépharaonique.
(1) Berthelot s'en rapportait à l'opinion admise d'Égypte : mais je ne m'étais pas encore entredepuis Lepsius, mon volume Rech. sur les Orig. tenu avec lui de la géologie du Sinaï. de l'Egypte n'était pas encore paru. Berthelot (2) Je recommande la lecture de ce passage. avait, à l'Académie, parlé de ses analyses des aux personnes au courant des procédés métallurmétaux et minéraux que je lui avais envoyés giques.
[. Les mines du Sinaï. — En 1906, M. W. M. Frinpers PerriE a publié un fort volume intitulé : Researches in Sinai (1) rendant compte de son expédition de l’année précédente dans la péninsule. Ce volume renferme une quantité de documents fort intéressants, mais a le grand tort d’ignorer, pour la plupart, les expéditions scientifiques qui ont eu lieu dans la presqu'ile antérieurement à celle de l’auteur. A peine M. W. M. Funoers Perris cite-t-1l en passant (2) le Recueil des inscriptions égyptiennes du
F1G."275. — La presqu'ile du Sinaï aux temps pharaoniques (d’après G. MA sPéRo).
Sinai (1894), par le capitaine Raymonp WEizr. Quant à l'exploration de 1896 par le Service des Antiquités, les observations archéologiques de MM. G. Jéquier et G. Lecrain, les analyses de BERTHELOT, mes propres études (3), 1l,n’en est pas question, alors que c’est dans ce même volume
ee
que j'ai, pour la première fois, démontré l’existence du préhistorique
(1) Grand in-8°, Londres, John Murray, édit. (3) 1896. Recherches sur les Origines de l'Égypte, XVIII + 280 pages, 186 illustralions et 4 cartes. — l'Age de la pierre et les métaux, chap vu. (La (2) Préface, p. vi. presqu'île du Sinaï), p. 215 sq.
égyptien, démonstration dont M. Fiinpers PETRIE a fait son profit dans ses publications postérieures. |
Cette ignorance de nos conclusions dénote de la part de l’auteur une bien fâcheuse tendance à s'approprier les résultats d’études faites avant lui, et à faire croire au public accoutumé à le lire que son livre est le premier paru sur la matière (1). Les conclusions de M. Frinpers PETRIE ne différant en rien de celles que nous émettions en 1896, il y a là une manière de faire très regrettable que je ne saurais passer sous silence. Je regrette d’avoir à formuler un blâme de cette nature; mais la volonté d’'induire le public en erreur est si flagrante que j'avais sous la plume un mot. extrêmement dur. On n’est pas coupable seulement quand on copie le texte d’un autre auteur sans le citer, on l’est tout autant en feignant d'ignorer les travaux de ses prédécesseurs.
Entre l’époque à laquelle MM. G. Jéquier, G. LEGrain et moi-même nous avons exploré le Sinaï (1896) et celle du voyage de M. FrinNoers Pgrrie (1905), une compagnie s’est constituée en vue d'exploiter les gisements de turquoises de la Péninsule et, avec grande raison, l'archéologue anglais s’indigne du vandalisme avec lequel les ingénieurs de cette compagnie, ses compatriotes, ont détruit les monuments qui rappelaient les nombreuses campagnes des Égyptiens dans la presqu’ile. « Une compagnie s’était formée, vers 1903 ou 1904, dit M. Fumpers PErRiE (2), pour enlever aux indigènes leur vieille ressource de la recherche des turquoises.
- Afin de développer ces recherches au profit d'actionnaires anglais, tout fut bon pour satisfaire l’avidité des bénéficiaires des dividendes, mais le résultat fut que les promoteurs de cette affaire ont perdu leur argent, que les indigènes ont été dépouillés de leurs turquoises, et que le monde a perdu bon nombre de ses plus anciens monuments. Il semble que le service d'État qui a donné cette concession n’a pris aucune mesure pour protéger les monuments antiques ; on n'a mis au Sinaï aucun inspecteur, aucun gardien pour veiller à la conservation des restes historiques et des ingénieurs ignorants ont détruit ce qui, pour les musées de l’Europe, présentait une valeur bien autre que toutes les turquoises que cherchaïent ces gens (3). » À Wadi-Magarah, les inscriptions de Khufu, d’Assa, de Pépi, d'Amenemhat ont disparu, et bien d’autres encore. Ce fut le plus odieux des vandalismes... N’avons-nous pas eu d’ailleurs à enregistrer le désastre
de Philae ?... N’avons-nous pas vu refaire les plafonds du temple de Deirel-Bahri en ciment armé !!
(1) En bien des occasions, dans mes travaux, j'ai eu l'occasion de faire état des découvertes de M. W.M. Flinders Petrie, et M. Petrie conviendra que je n’ai jamais manqué, non seulement à la bonne foi, mais à la plus parfaite courtoisie.
(2) Res. in Sinaï, chap. 1v, p. 46 sq.
(3) Les quelques stèles de Wadi-Maghara, qui n'avaient pas été détruites au moment de l’expédition de M Petrie, furent enlevées et transportées au Musée du Caire (G. Jéquier).
Il. La presqu'île du Sinaï. — Boulevard avancé de l'Égypte vers l’Asie, la presqu’ile du Sinaï a joué un très grand rôle dès l'aurore des civilisations. C’est bien certainement par le Sinaï que les Asiatiques sont venus en Egypte, c’est là que, depuis les temps les plus reculés, ils ont conservé leurs établissements les plus proches de la vallée du Nil, là que les Pharaons leur ont pendant des milliers d'années opposé la barrière de leurs armes.
Mais en dehors de l'intérêt politique que ces montagnes arides présentaient pour les maitres de l'Égypte, le Sinaï leur était précieux par ses richesses minérales : aussi est-ilintéressant de parler avec quelques détails de cette presqu’ile à laquelle, d’ailleurs, la plupart des auteurs ont fait jouer un rôle industriel bien supérieur à celui qu'ont jamais permis ses richesses naturelles (1).
La péninsule Sinaïtique doit son origine à une éruption granitique d’une grande importance qui, perçant les couches sédimentaires et les relevant sur ses bords, a formé le massif montagneux principal où s’élevent les monts Serbal et de Sainte-Catherine, pics les plus importants de la région.
Le soulèvement est postérieur à l’époque Eocène, car nous voyons les assises de cette période relevées tout comme les couches du Sénonien et du grès qu’elles recouvrent. Il est en connexion avec les mouvements du sol qui en Égypte ont déterminé la formation de la vallée du Nil. D’épais filons dioritiques traversent les granits, et la matière éruptive s'étant lirgement épanchée au dehors recouvre fréquemment les terrains sédimentaires et les granits eux-mêmes.
La région des mines, le pays de Wafek des anciens Égyptiens, est située à la limite des terrains granitiques, au nord-ouest de la presqu’ile ; elle comprend tous les affleurements des terrains dits grès sinaïtiques (2), qui, ne renfermant pas de fossiles, n’ont pu jusqu'ici être rangés chronologiquement, mais appartiennent probablement au terrain Permien. Ce district s'étend du nord au sud suivant le 31° degré de longitude est (méridien de Paris) sur une distance de 40 kilomètres environ entre Gébel-Mokatteb (3) et Sérabit-el-Khâdem. Cette contrée présente à peu près 6 kilomètres de largeur (fig. 275).
(1) Ce chapitre reproduit, avec quelques relouches, celui qu'en 1896 je publiais dans mes Recherches sur les Origines de l'Egypte. — L'Age de la pierre et les métaux, p. 216 et suiv.
(2) I ne faut pas confondre les grès nubiens avec ceux du ‘Sinaï, leur faciès est très différent. Ces deux formations ne contiennent pas de fossiles, cependant il est permis de supposer . que les grès nubiens doivent être rangés dans le Cénomanien, tandis que les grès sinaïtiques appartiendraient à la formation Permienne.
(3) Le Wadi-Mokatteb ou Vallée écrite lire son nom des inscriptions dites sinaïtiques qui sont gravées sur les rochers, sur les routes menant d'Arabie en Égypte, et qui se trouvent là en beaucoup plus grand nombre que partoul ailleurs. La plupart sont écrites en nabatéen, la langue des peuples du nord de l'Arabie, ou en arabe préislamique, d'autres en grec ou en copte Ces dernières ont généralement été gravées par des pèlerins chrétiens, tandis que les autres, beaucoup plus nombreuses, proviennent des habi-
Plus au sud, près du mont Serbal, il existe encore quelques gisements, mais leur importance semble avoir toujours été secondaire par rapport à, celle des mines du nord.
C’est dans les assises des grès sinaïtiques que se rencontrent les parties métallisées : elles sont en couches pour le fer, en veines et en imprégnations pour le cuivre. La coupe suivante, passant par les mines de Wadi-Maghara (fig. 276) (1), montre quelle est, dans cette région, la posi-
Wadi Badrah
Wadi Maghara
Æ S: ZZ a Ne 97%
GFarha. L.
Fire. 276. — Coupe de la région minière de Wadi-Maghara.
GR, granit rouge ; —.GG, granit gris ; — d, diorile ; — gq, quartz ; — m, marnes; — gn, gneiss sinaïlique ; — S, couches fossilifères sénoniennes ; — E, couches écènes ; — h, couches d'hématite ; — ce, couches cuivreuses.
tion des couches et les conditions dans lesquelles on y rencontre les parties métallifères.
Les grès affleurént à Wadi-Magbhara, ils présentent dans cette localité une légère pente vers l'ouest, mais, bientôt recoupés par de nombreuses failles, ils plongent rapidement au Wadi-Boudrah sous les assises crétacées et disparaissent.
Au nord, Sérabit-el-Khâdem (2) et Wadi-Nasb présentent égalementdes gites miniers situés dans les mêmes couches. Les assises sont presque horizontales, mais les affleurements apparaissent très nettement dans les ravins profonds et abrupts qui déchirent:en tout sens ce massif montagneux.
Entre Sérabit-el-Khâdem et Wadi Maghara les grès sinaïtiques se continuent, mais leur étude présentait en 1896 de réelles difficultés, car non seulement le pays, très accidenté, ne renferme pas d’eau, mais les Bédouins mettaient tous les obstacles pour en empêcher la visite: c’est là qu'ils ont leurs mines de turquoises les plus importantes, et ils craignaient toujours que le gouvernement égyptien, venant à connaitre leurs ressources, ne les frappât d'une redevance (3). Depuis que j'ai écrit ces
lants païens de la contrée, qui adressent des invocations au soleil, à la lune et aux étoiles. En général, ces inscriptions, très courtes,ne contiennent guère que des noms; les plus anciennes ne doivent pas remonter au delà du n° siècle de notre ère, Sur ces mêmes rochers se trouvent aussi beaucoup de représentations d'hommes et d'animaux naïvement gravées (V. Esers, Durch Gosen zum Sinaï, p. 174). — [G. Jéquier.]
(1) Ce nom signifie « Vallée des grotles » ; le
vrai nom est Wadi-Ghinné.
(2) Mot signifiant hauteurs fortifiées (V.EBERS, Durch Gosen zum Sinaï, p. 607).
(3) Bien que les Bédouins cachent avec grand soin la produclion des mines, ïl est constant qu'ils vendent chaque année pour environ 250.000 francs de turquoises et que ces pierres représentent une valeur supérieure à un million de francs. C'est à Suez qu'est le marché des turquoises sinaïtiques.
lignes, comme on l’a vu plus haut, le gouvernement anglo-égyptien a en effet dépossédé les bédouins de leurs mines
Cette région, alors encore inexplorée, renferme des exploitations antiques : Les conditions géologiques s’y prêtent.
À Sérabit-el Khâdem, comme à Wadi Maghara, les métaux se trouvent dans les grès, mais toutes les couches ne renferment pas en égale abondance les turquoises et les minerais ; les bancs riches sont les mêmes dans les deux localités. Voici la coupe relevée dans les ravins du nord à Sérabit el-Khâden :
1° Grès jaune clair, plus de 43 mètres.
2° Bioxyde de manganèse (1) en masse compacte et hématite. . . 0 m. 30 à 0 m. 80 3° Marnes blanchâtres avec veines de minerais de fer, de manga-
nèse et de cuivre (2)... : : . ? RE nt ue OU 200 em 50 4° Grès brun ou gris en lames avec veines de minerai cuivreux. . 0 m. 80 à 1 m. 50 5° Grès blanc, très fin, en couches minces . . . . . . . . . 0 m. 80 à 2 m. 00 6° Grès jaune en bancs épais. . . RTS ER CRT in) a TE T° Grès jaune avec banes riches en PAR ME rene RS ne D ne O0 8° Grès jaune compact en bancs épais. . . . . . . . . . . 30 à 40 mètres.
Les bancs n° 2 et n° 3 fournissent des minerais de fer (limonite et hématite) d’une qualité parfaite. Ils ne semblent pas avoir été très largement exploités ; cependant on voit, non loin du temple de Sérabit-el- Khâdem, quelques tranchées ouvertes dans la masse et des indices d'exploitation souterraine. L’hématite était très employée par les Égyptiens pharaoniques pour la fabrication des statuettes et de menus objets funéraires.
L'aspect noir et scoriacé de ces couches de fer et de manganèse, la position qu'occupent certains lambeaux sur le sommet des plateaux, a fait croire à Lepsrus qu'il avait affaire là à des restes de fourneaux métallurgiques qu’il nomme sur sa carte de détail Schlackenhaufen ou scories. Cette erreur, partagée depuis par presque tous les voyageurs qui ont écrit sur le Sinaï, a fait penser que les Égyptiens avaient établi sur les hauteurs leurs usines, alors que c’est dans la vallée seulement qu'ils traitèrent les minerais. W. M. Fzinpers P£TRIE (op. c., p. 27) signale dans le Ouadi Nasb un amas considérable de scories qu'il évalue à cent mille tonnes.
Ce serait là le centre métallurgique le plus important de la péninsule, centre bien modeste, car ces scories seraient les restes de travaux qui ont duré plusieurs milliers d’années. Ailleurs les restes de métallurgie sont
insignifiants.
(1) Ces minerais, analysés par M. Le Chatelier, cuivre et de phosphate de cuivre mélangés de ont fourni 56 p 100 de manganèse. phosphate de chaux (Analyses de M. Le Cha-
(2) Ces minerais se composent de carbcnate de telier).
Les couches n° 3 et 5 ont été l’objet d’une exploitation très active sur certains points : les roches étaient arrachées des affleurements, puis écrasées à la main à l’aide de pilons et triées. C’est auprès de ces gisements que se rencontrent, à Sérabit-el-Khädem, les silex taillés et les indices les plus archaïques. à
Dans les couches n° 7 sont toutes les grandes exploitations antiques ; les grès y sont Jaunes et tendres par places, rouges, bruns ou violacés et durs dans d'autres. La roche friable contient les rognons de turquoise entourés d’une gangue ferrugineuse; dans les grès rouges ou bruns, on rencontre la pierre précieuse à l’état de veinules plus où moins épaisses.
La méthode d'exploitation usitée par les anciens était fort simple, elle consistait en une attaque à la pointe des affleurements des bancs riches. L'usage avait amené les ingénieurs de cette époque à ménager dans les exploitations des piliers plus ou moins rapprochés, suivant que les assises exploitées se trouvaient être plus ou moins chargées par les couches substratifiées. Ainsi à Sérabit-el-Khâdem, où les grès exploitables occupent presque les sommets des hauteurs, les vides sont beaucoup plus grands qu'à Wadi-Maghara où ces mêmes couches sont recouvertes de 100 mètres environ de roches. Dans les mines du nord, les vides sont laissés sans remblais, tandis que dans celles du sud les cavités ont été comblées à l’aide des matériaux stériles jusqu’à 5 ou 6 mètres du front de taille, et d’étroites galeries ont été ménagées pour donner accès dans les chantiers.
Lorsque les affleurements étaient solides, l'ouverture des mines se faisait sur toute l’étendue des bancs en ménageant çà et là quelques piliers. Quand, au contraire, la roche était fissurée et menaçante, les travaux étaient commencés en galeries étroites et ne s’élargissaient qu’alors qu’on avait atteint des parties plus sûres. |
Aujourd’hui, que les Bédouins ont brisé à la poudre la plupart des entrées des mines, qu'ils ont supprimé beaucoup des piliers laissés par les anciens pour soutenir le toit du gite et les toits secondaires des divers étages, bien des mines antiques se sont écroulées et il est souvent malaisé, si ce n’est impossible, de les visiter.
Les cavités sont parfois considérables ; à Sérabit-el-Khâdem entre autres, il en est de très vastes: elles communiquent avec la surface, non seulement par des galeries horizontales d'accès, mais aussi par des puits rectangulaires destinés à l’aérage aussi bien qu’à l'extraction.
Quant aux outils employés pour couper la roche, leur nature est indiquée par les traces laissées sur les parois des mines. Il semblerait que, dans les travaux les plus anciens, le silex et le grès (1) aient été employés
(1) CF. FL. Perte, Op. cit., fig. 56, 57, 58.
(ig. 279 et 280) et que les blocs aient été détachés au moyen d’une série de trous destinés à provoquer des plans de rupture à l’aide’ de coins de bois. Plus tard, sous la XIIe dynastie, c’est la pointerolle métallique seule qui était en usage. J’ai rencontré un fragment d’instrument de ce genre dans les maisons des mineurs (fig. 279, à droite), à Wadi-Maghara, et la largeur et la forme du tranchant correspondent absolument aux traces laissées dans la pierre.
M. W. M. Fcinpers PETRIE (1) signale de Wadi-Ahmar, de Narvamis et d’autres points, des instruments de silex qui, assurément, n’étaient pas destinés au travail des mines, mais bien à la vie courante des gens établis dans la péninsule. Ce sont: (fig. 277) des perçoirs très effilés (n°° 4, 5 et 6),
Fi. 277. — Silex taillés du Sinaï: n° 1 à 7, Wadi-Ahmar; n° 8 et 9, Narvamis. D’après Funpers Permis (Res. in Sinaï, 1906).
des burins, des racloirs, des lames retouchées sur leurs bords, des pointes taillées sur les deux faces {n° 7); d’autres sur une face seulement (n°s 2 et 3), présentant la forme d’une feuille de laurier ; des pointes de flèches de type classique (n° 4): d’autres en forme de tranchet (n°* 8 et9). Enfin, l’archéologue anglais figure (2) un beau couteau courbe du type de Négadah et d'Abydos, pièce qui assurément a été apportée de la vallée du Nil. Quant aux petits objets, ils présentent des formes plus voisines de celles de la Syrie et de la Mésopotamie que de celles de l'Égypte.
Nous savons par ailleurs que, dès les temps les plus anciens des annales pharaoniques, le Sinaï était peuplé d’Asiatiques ; il n’est donc pas surprenant de rencontrer dans la presqu’ile, en même temps que des
(4) Resh. in Sinaï, 1906, p. 15, 16, 50, 126, 160. (2) Zd., fig. 144, p. 136. Fig. n° 170 et 171 (p. 240), 179 (p. 244), 60 (p. 50).
instruments importés de la vallée du Nil sous les dynasties thinites, une industrie indigène ‘de facies asiatique. Quant à la date de ces silex, je pense qu’elle est celle des débuts du régime pharaonique. Pour la grande lame égyptienne que M. FL. Perrie range dans la XII° dynastie, se basant sur ses propres observations, mal interprétées, à mon sens, de ses découvertes (1), je ne puis partager l'opinion de l’archéologue anglais quand 1l dit : « C’est l’un des types bien connu pour appartenir à la XII° dynastie, et publié comme ayant été découvert à Kahoun. » Ce type de couteau caractéristique des premières sépultures royales, a certainement été apporté au Sinaï par les expéditions égyptiennes les plus anciennes. Si ces sortes d'instruments avaient encore été en usage au Moyen Empire, je n'aurais pas manqué d’en trouver au cours de mes grands travaux dans la nécropole de Dahchour : or je n’en ai pas rencontré un seul; bien mieux, les nombreux mastabas, contemporains du roi Snéfrou qui, dans cette partie de la nécropole memphite, avaient précédé la construction de la pyramide d’Amenemhat IT (2), ne contenaient pas un seul silex taillé. Ceux que j'ai recueillis à Dahchour provenaient d’une station préhistorique et n'avaient rien à voir avec les monuments de l'Ancien comme du Moyen Empire. De même, si le silex taillé avait encore été en usage aux temps des FV°, Ve et VI® dynasties, on trouverait en grand nombre ces objets à Saqqarah, et l’on n’en a jamais rencontré un seul qui puisse être daté comme appartenant à cette époque.
Les grès riches extraits des mines du Sinaï étaient transportés au jour, puis écrasés à l’aide de pilons de pierre dure : la roche friable se transforme facilement en sable et les rognons de turquoise sont dès lors aisément reconnaissables à leur couleur brune foncée.
Je ne sais quelle est la richesse des gisements situés dans l’intérieur du massif montagneux, je n'ai pu les parcourir; mais ce qu’on peut voir à Wadi-Maghara et à Sérabit-el-Khadem ne dénote pas une grande abondance de matières cuivreuses. Les pierres précieuses y sont rares, de qualité inférieure, et perdent rapidement leur couleur. Les gemmes provenant des gisements voisins du mont Serbal présentent des qualités bien supérieures à celles des mines du nord.
I est à supposer que les Égyptiens ne tiraient pas seulement du pays de Maïek les turquoises, mais qu'ils en exportaient, en même temps que la pierre précieuse, les matières colorantes dérivées du cuivre et quelque peu de cuivre métallique obtenu par le traitement métallurgique des produits de l'exploitation qui demeuraient sans valeur pour la joaillerie et la fabrication des couleurs. C’est ainsi qu'afin de traiter sur place ces minerais,
oe M. Fuinpers P£TRiE, Sénaï, p. 136. (2)CF.J.nE MorGan, Fouilles à Dahchour en 1894 ei OU RUN (Vienne,1902). Mastabas de l'Ancien Empire, p.1 à 27.