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Frc. 318. — Petits vases en albâtre figurant des animaux. Suse.
a fait intervenir des migrations supposées, des relations hypothétiques entre les peuples les plus éloignés, les plus séparés par des obstacles matériels ; certes il n’en est pas ainsi en ce qui concerne l’hypothèse de l'origine africaine de la stéatopygie, mais cette explication a le grand tort de faire entrer en comparaison deux éléments chronologiquement distants . pour le moins de cinq à six mille ans.
Les, figurines animales sont nombreuses en Élam comme en Égypte ; mais, dans la vallée du Nil, elles ont pris rapidement, par suite des idées religieuses, une importance hors de pair, sous forme d’amulettes, d’attributs de la divinité, de bijoux, etc... En peu de temps, ces images ontrevêtu
(1) Le vase figuré par E. Naville comme acheté (2) CE. M. loue, l'Anthropologie,XT,1909, p. 759 ; à Louxor (figure égyptienne de l'époquearchaïque) J.Caparr, les Débutsde l'art en Egypte, 1904, p.158. in Recueil, XXII, 1900 p. 65-56, pl. 1, II et TT, (3) Les figurines n°° 2,3 et 4, qui paraissent être et représentant une déesse Nana, n'est assuré- de basse époque, montrent la survivance du mo-
ment pas de fabrication égyptienne. tif n° 1 (fig. 317, p. 278).
le caractère pharaonique; toutefois les figurines archaïques ont encore conservé la liberté primitive et, dans bien des cas, si l’on ne connaissait pas la
Fig. 319. — Vases et plaques en pierre. Hiérakonpolis et Négadah (Haute-Égypte).
provenance des objets, il serait fort difficile de dire s'ils ont été trouvés en Susiane ou en Haute-Égypte.
La sculpture. — Dans l’art du sculpteur, il ÿ a lieu d'envisager deux parties bien distinctes entre elles, la composition et le rendu. L’une et Pautre, quand elles ont subi des influences, en conservent des traces très longtemps ; parfois même ces vestiges d’un enseignement primitif ne s’effacent jamais.
Nous ne reprendrons pas tous les éléments de la sculpture chaldéo-assyrienne et élamite pour les comparer aux conceptions analogues des Égyptiens, on trouverait une foule de points communs. Nous nous contenrons de parler de deux ou de trois motifs, pour lesquels nous possédons des monuments égyptiens et chaldéo-susiens fort anciens et dûment datés.
Tout d’abord examinons une scène qui
US suit un massacre ou une lutte sur le champ F1e.320. — Représentation du Lion.
TS ) FA Pen eu ete de bataille, telle qu’elle nous est fournie
cire blanc, Négadah(Haute-Egypte}; par un bas-relief archaïque trouvé à Suse
— n° 3, cristal de roche, Négadah. ne :
8/4 de la grandeur naturelle. (fig. 321) et remontant certainement à l'époque des Patésis, c’est-à-dire au temps
de la stèle des Vautours de Tello.
Devant les remparts garnis de tours d’une ville située sur une mon-
Pul
tagne rocheuse, au pied de la colline et sur les flancs, gisent les cadavres des défenseurs, jetés par-dessus les murailles après la prise de la place. Trois corps suffisent pour donner | limpression du massacre. Deux Vautours commencent à déchirer les cadavres. La composition est impressionnante par sa simplicité, par l’évocation qui en résulte de la pensée d'un grand massacre.
Je ne reproduirai pas ici le fragment de la Stèle des Vautours de Tello dans lequel on voit ces Oiseaux emportant les têtes des en-. F:6: 321. — Vautours dévorant les morts sur
ù ; un champ de bataille. D’après un bas-relief nemis vaincus, Ce morceau est trop trouvé à Suse (Mémoires Délégation Perse,
connu pour qu'il ne suffise pas de 1905, pl. Il. fig. 23).
le rappeler simplement. Cependant
il se rapproche moins du sujet égyptien dont je vais parler que le basrelief de Suse, l’idée est la même, la composition diffère.
La curieuse plaque de schiste que je veux citer (fig. 322) appartient au Musée britannique ; elle a été trouvée dans la Haute-Égypte et, comme toutes les plaques de ce genre, date de la période des sépultures de Né-
gadah et. d’Abydos, peut-
être même sont-elles, pour | quelques-unes, un peu an-
térieures à cette époque.
C’est donc là un spécimen
des débuts de l’art égyp-
tien.
La plaque est à deux faces sculptées ; d’un côté sont figurées deux Girafes affrontées, sans intérêt
«Fire. 322, — Plaque de schiste trouvée en Haute-Égypte RON ONRSEUS la seconde (Musée britannique). face est la représentation d’un massacre de prison-
niers ; malheureusement la partie supérieure du tableau est brisée.
En haut, à droite, est un personnage vêtu d’une longue robe, probablement un Asiate, poussant devant lui un captif les bras liés derrière le dos. À gauche un Lion dévore un prisonnier aux cheveux crépus alors que plus loin un des vaincus s’enfuit. Au-dessous sont trois cadavres que les
rapaces des diverses espèces, Aigles et Corbeaux, dévorent; l’un de ces
corps à encore les bras liés. Un Corbeau est figuré lui arrachant les yeux, ce qui dénote de la part du sculpteur une observation très approfondie des mœurs
des Rapaces.
Il est inutile d'entrer dans des comparaisons de détail entre le bas-relief susien et la plaque de Londres, examen seul des deux figures ci-contre en dira plus long que toutes les explications.
Je dois dire cependant que ces divers monuments sont loin d’être contempo-
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Fre. 323. — Massacre des captifs d'après un bas-relief trouvé à Suse (Mémoires Délégation Perse, 1905, pl. IT, fig. 23). rains (1). Ceux de Susiane (fig. 321
et 323) appartenant probablement à l’époque de Ba Sa-Suëinak ; mais le rapprochement de monuments aussi anciens ne perd rien de son intérêt parce qu'ils ne sont pas absolument contemporains. Nous ne possédons pas encore les spécimens les plus archaïques de ces motils.
Le même monument de Suse fournit, sur une autre de ses faces, un bas-reliel du plus grand intérêt, également, au point de vue de la composition de la scène qu’il repré- PRES UT, 2 sente (fig. 323). beau du Den, à Abydos (Égypte).
Le fond du tableau est le même que
celui du bas-relief précédemment cité, RE NAKSAVE
ECS)
il représente une enceinte de ville.
À gauche un homme armé d’un
are, portant dans la main gauche une sorte de massue (peut-être un boumérang), le carquoi à l'épaule, pousse
devant lui un prisonnier aux bras liés derrière le dos ; à droite un autre personnage tient par les cheveux un cap-
| üf agenouillé et suppliant, et se pré- Fic. 325. — Stèle de Snefrou au Sinat Pare, le bras levé, à de frapper de sa (d'après G. Jéquier). massue (?). Quatre personnages suffi-
sent pour exprimer la scène complète :
es prisonniers amenés au pied des remparts de leur ville sont mis à mort.
(1) Remarque de M. PazarD in litt.
Tout l'intérêt de ce bas-relief, au point de vue spécial qui nous occupe, est dans la représentation de droite ; car, sous la même forme, exactement, nous retrouvons fréquemment la même scène dans l’art égyptien. Quelques exemples suffiront : parmi les plus anciens, je citerai la plaque du roi Den (fig. 324), publiée par AmÉLINEAU (1), la stèle du roi Snefrou au Sinaï (2) (fig. 325), et parmi les figurations du Moyen Empire se range en
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DE 7777U TTL LUE F16. 326, — Couteau découvert à Gebel-el-Arak. Musée du Louvre.
«première ligne le pectoral au nom d’Ousertesen [1(3) dutrésor de Dahchour.: Puis ce type de représentation du Pharaon victorieux s’est conservé jusqu'a l’époque romaine, on le voit sur les murailles des temples, sur les rochers, sans changement appréciable.
On objectera que cette représentation correspond à l’idée bien naturelle de saisir la victime par la chevelure pour la pouvoir mieux frapper ;
(1) Nouvelles fouilles à Abydos, 1899, pl. XXXIII. (3) J. bE MorGAN, Fouilles à Dahchouwr, 1895, , (2) G. JÉQUIER, ap. J. DE MorGaN, Rech. orig. pl. XX et XXI. Egypte, 1896, p. 233, fig. 594.
je n’en disconviens pas, mais la similitude d’attitude du hi ci qui frappe et l’ensemble de la scène, sa composition ne peuvent assurément. pas être des ressemblances fortuites. Sur une. foule de sculptures et de médailles antiques, nous voyons semblable scène figurée ; mais ces représentations diffèrent très sensiblement de celle commune à la Chaldée et à l'Égypte (1).
Parmi les piècces archaïques découvertes en ces derniers temps dans la Haute-Égypte, l’une des plus intéressantes et les plus concluantes, en ce qui regarde le problème qui nous occupe, est un magnifique couteau découvert à Gebel-el-Arak,
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Fie. 327. — Jeux: que-‘possède aujourd’hui le Musée du Louvre (2). N° 1, Égypte (Négadah)[FL Pe- 8 " ee trie, Néqadh, pl. XLVII, n° Une longue et large lame de silex, polie
29]; — n° 2, Suse (Mémoires l’une de ses faces, retaillée avec une rare perfec-
Délégation Perse, t. VII, 1905, ; j
p. 104, fig. 345). tion sur l’autre, est emmanchée d'ivoire finement sculpté (fig. 326).
L'une des faces montre au sommet une scène guerrière : une dizaine de personnages se battent : la masse d’armes joue le principal rôle dans leur armement. Au-dessous, dans un registre qui occupe environ la moitié de la surface disponible, on voit six ou huit barques relevées à la proue et rappelant non seulement celles figurées sur les vases peints d'Égypte, mais aussi le dessin gravé sur un tesson de poterie rustique trouvé à Suse. Ces barques se distinguent entre elles par les emblèmes qu’elles portent, caractère commun à la vallée du Nil, comme à la Susiane (3).
Sur l’autre face de ce manche d'ivoire, on voit à la base des animaux figurés, des Fie. 328. — Supports de vases. Chiens portant le collier, des Antilopes ou des N° 1 et 2, Prédynastiques ; — n° 3 È . er et 4, VI‘ dynastie, tombeau de Pépi- Bouquetins,et un Lion dévorant un Bœuf (4). Nakht.
Ce dernier motif s’est, pendant bien des siècles, conservé dans l’art oriental et nous le trouverons communément Jusque dans la numismatique grecque et perse. On le voit, notamment,
sur les monnaies du satrape Marzaïos frappées en Cilicie (5).
(4) Bien que ce monument ait été trouvé à et fig. 294, n°° 1, 2 et 3, pour l'Egypte
Suse, il est Lrès certainement d'origine chal- (4) CF. LEGRAIN, Mém. miss. archéol. en Perse.
déenne sémitique. L XVI, Empreintes de cachets élamites, 1921, (2) CF. Monum. et mém. de la fondation Piot, pl. XI, fig. 179.
t. XXII, 1916, -p. 13, fig. 16. (5) Cf. J. ne MoRGAN, Manuel de Num. or.; 1922,
(3) Cf. fig. 294, n° 4 et fig. 295, pour la Susiane, p.51, fig. 30 et 31.
La représentation la plus curieuse est sculptée dans le registre supérieur. Un personnage barbu coiffé du bonnet à rouleau chaldéen des rois d'Ur, le bas du corps vêtu d’une longue jupe ouverte sur le devant, lutte contre deux Lions dressés devant lui et l'attaquant. L'homme, par son aspect physique, comme par son costume est, à n’en pas
douter, un Asiatique; quant sai à l’ensemble du tableau, on le Fire. 329, — Supports de vases en terre cuite. Suse. retrouve communément sur
les cylindres chaldéens les plus archaïques, antérieurement même à l’invention de l’écriture.
C’est la figuration classique de la légende de Gilgamech. En Chaldée, c’est dans le monde des demi-dieux que ce motif puise son origine, légende exclusivement asianique, sumrienne et élamite (1).
Il est à penser que le couteau du Louvre, tout en reproduisant le motif d'Asie, n'avait pas la prétention de rappeler la fable de Gilgamech; car Eabani et la femme (prostituée sacrée ?) n’y fgurent pas; d’ailleurs la présence de ces deux personnages n’était pas indispensable, souvent ils font défaut sur les cylindres chaldéens et élamites.
Dans cette curieuse pièce, rien ne rappelle le goût égyptien, certes le style des représentations est fort barbare
er mais la composition des motifs décèle me . Supports de vases. déjà des goûts fort avancés et une tech- N° 1, Suse ; — n°2, Abydos. nique très étudiée, quoi qu’elle soit encore rudimentaire. Si cet objet était parvenu
en Europe il y a moins de trente ans, aucun archéologue n’aurait osé l’attribuer à l'Égypte et l’on eût pensé que, sculpté en Asie, il avait été importé en Égypte. Cette hypothèse, aujourd’hui, ne se présente même pas. La lame de silex, par la nature de la matière, par la technique de son travail est franchement égyptienne, la sculpture du manche est certaine-
(4) Cf. L. Lecrain, op. cit , 1924, p. 27, fig. 24?, 247 à 257, p. 56, n° 252. En Chaldée, ce motif est extrêmement abondant.
ment aussi due à un artiste de la vallée du Nil, guidé pour le moins par l'esprit asiatique, s’il n’était un Asiate lui-même.
Objets divers. — Parmi les objets qu’on rencontre en même temps dans l’Élam primitif et l'Égypte archaïque je citerai : k
Les miroirs métalliques, disques de cuivre de diamètre inférieur à 20 centimètres, que renferment les sépultures de femmes appartenant aux temps les plus reculés de Suse (Wém. D. S. P., t. XII, 1912, pl. XXIIF, fig. 7, 9 et 10) et les tombes des premiers temps du métal en Égypte. Ces miroirs sont tout d’abord de simples disques qui, en Égypte, se garnissent rapidement d’un manche (cf. G. Bénépire, Catalogue gén. Mus. Caire. Miroirs, 1907), puis s’ornent au revers de gravures. Ce type est passé de l'Égypte (ou de la Syrie) aux iles méditerranéennes et, de là, en Grèce et en Étrurie.
Les étolfes d’un tissu fort habile se rencontrent moulées dans la patine des haches de cuivre à Suse (1er niveau) (cf. Mém. D. S. P., t. XXIII,
Fic. 331. — Cachets plats susiens en albâtre et en calcaire.
9 g: | : AT ; :
1912, pl. XXIIL, fig. 1 et 2). Les Égyptiens étaient également fort habiles : c ? : ; dans l’art du tisserand, on en trouve des preuves dès les débuts de l’ère pharaonique ; mais nous n'avons pas de documents permettant de penser cr ER qu'ils étaient en possession de cette industrie avant Ménès. je ee Ce ; É x L'incrustation se montre en Egypte dès les temps d'El-’Amrah dans les plaques de schiste, sous forme de petites rondelles d'os, d'ivoire ou de nacre scellées dans la pierre. Le centre de ces rondelles blanches est souven! é soit par inér ir i 1 t occupé soit par un minéral noir, soit, plus rarement, par une petite
cornaline rouge (fig. 327, n°1) (AE
(1) Cf. FL. Perrier, Nagadah, pl XLVII, n° 29. enlre autres.
Le même procédé d’incrustation se retrouve en Élam (fig. 327, n° 2) (4), mais les témoins que nous possédons sont beaucoup moins anciens que ceux des tombes d'El-Amrah, Abydos, ete.
Parmi Les formes céramiques, tant dans la vallée du Nil qu’en Élam, on rencontre de singuliers troncs de cônes dont, en Égypte, l’usage s’est continué pendant tout l'Ancien Empire. Ces troncs de cônes sont des supports de vases ; peut-être que dans les deux pays ils jouaient le rôle d’autel portatif (Hg. 328, 329 et 330).
Du même genre sont des sortes de colonnes tronconiques en bitume (2), souvent ornées de représentations d'hommes ou d'animaux ou portant ie incrustations (Fépèh-Moussian) (3). Ces objets appartiennent aux débuts de la seconde céramique de l’Élam. On! les retrouve en Égypte, au cours de la première dynastie, présentant les mêmes caractères et le même mode de décoration (4).
Le Cachet cylindrique. — En llam l’usage du cachet débute par Femploi du sceau ee (fig. 331) qui se montre peu de temps après la première ville, alors qu’en Égypte les premiers cachets sont cylindriques
DEEE à re ral |
ASE | Ts
mi
Fic. 332. — Cylindres archaïques. Hiérakonpolis et Abydos (Égypte).
ig. 332) et que dans le pays le sceau plat, le scarabée, ne parait que beaucoup plus tard. Tout porte à croire que l’usage du cylindre est originaire d'Asie.
En effet, en Chaldée, en Élam, en Assyrie, on roulait ce cylindre sur l'argile encore molle des tablettes, avant que d'y inscrire au stylet les
(1) R. pe Mecouenem, Trésor de fondation du fig:2,3, 5, 6 el-pl: XXXIV, fig. 1 à 6 (Suse). temple de Chouchinak, in Mém. D. S. P., 1905, (3) C£. Méem. D.S. P.,t. VIII, 1905, p. 79, fig. 106 t. VII, p.194, fig. 345. et 107.
(2) Cf Mem. D. S P., t. XIII, 1912, pl. XXXHII, (4) Cf. Fz. PETRIE, Abydos, &. Il, pl. XIE
textes qu’elles devaent porter, le cylindre dis donc d'usage que vopiine complément de l'écriture. Dans ces conditions il nature) qu il ne s’en. rencontre pas alors qu'on ne savait pas encore écrire, C est-à-dire au premier niveau de Suse, et que, dans les temps qui ont précédé l'emploi des hiéroglyphes, précurseurs
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