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\ Le J \, 314 PRÉHISTOIRE ORIENTALE
Un autre argument en faveur des contaminations asiatiques remontant aux origines est fourni par les noms de nombres.
La numération égyptienne semble procéder de deux origines distinctes ; l’une, considérée comme africaine, comprenant les cinq premières unités, l’autre indiscutablement sémitique. On est donc amené à penser que les premiers colons de la vallée du Nil employaient la numération quinaire et que les nombres de 6 à 9 ont été apportés par les Asiatiques sémites. |
« À un moment donné, dit M. G. Jéquier (1), les Égyptiens éprouvèrenét le besoin de compléter leur système en créant des noms.spéciaux pour les nombres de 6 à 9, en empruntant des mots appartenant à une autre langue, non pas tels quels, mais en les déformant de manière à leur donner un aspect égyptien et en les rapprochant ainsi, au point de vue phonétique, de certaines racines indigènes.
« Cette modification, qui doit être très ancienne, ne peut guère avoir eu lieu que lors du changement de régime provoqué en Égypte par linvasion ou l'immigration de peuplades asiatiques, caractérisée pour nous par le nom des Chesou-Hor, et à laquelle sont attachées tant d’autres transformations importantes, telles que, dans la langue, l'introduction de nouveaux pronoms personnels. »
Parmi les arguments qui ont été mis en avant à l'appui de l’origine africaine de la langue égyptienne, je ne puis passer sous silence celui qui s’appuie sur l’africanisme des motifs qui ont servi à l’établissement des signes hiéroglyphiques. Ces motifs, en effet, appartiennent tous à la vallée du Nil; quelques-uns sont, cependant, attribués à l'Afrique centrale.
Gette observation n’a rien à voir avec l’origine de la langue ; elle montre seulement que les initiateurs de l'Égypte en étaient encore à la pictographie quand ils sont arrivés dans la vallée du Nil, et que pour créer leur système hiéroglyphique, les Égyptiens ont pris les motifs qu'ils avaient sous les yeux ; rien n’est plus naturel. Quant aux motifs communs avec l'Afrique centrale et même méridionale, il est plus à penser qu'ils ont émigré de l'Égypte vers l’intérieur du Continent, que du Centre africain dans la vallée du Nil, suivant l'opinion émise ci-dessus par M. DeEra- Fosse et, sil s’agit d'animaux, rien ne prouve que jadis ces animaux n’ont pas vécu au nord de leur habitat actuel.
sémitiques; 2° l'égyptien ancien avec le copte; 3° les dialectes berbères; 4 les langues couchitiques (dans la région abyssine). Les preuves morphologiques de cette unité sont désormais suffisamment nettes.
L'unité chamito-sémitique est en même temps une unilé géozraphique : le domaine du groupe est continu sur le terraio. 11 semble en outre correspondre à une unité ethnographique dont l'ex-
pression la plus claire, dans l'état actuel des études, est l'absence du polythéisme développé et du fétichisme. Au point de vue anthropologique, ces gens, sur le domaine africain comme sur celui de l'Arabie, sont des blancs méditerra néens pour la plus grande partie ({nst. fr. d'Anthrop., 17 mai 1922).
(1) Voi. du Centenaire de Champollion, 1922, p- 482.
Ainsi, quelle que soit l’origine de la langue égyptienne, qu’elle soit apparentée à l'Asie ou à l'Afrique, il n’en est pas moins un fait que tous les linguistes reconnaissent: c’est que dès les temps les plus anciens auxquels nous puissions remonter, l’Égyptien possède des traces (contaminations ou autres) de l'influence asiatique (sémitique ou asianique).
Les contaminalions linguistiques. — C’est dans les contaminations de la langue égyptienne qu’on trouve l'argument décisif. N’étant pas linguiste et ayant pour principe absolu de ne jamais traiter une question sous un jour qui ne soit pas de ma compétence, Je n'avais, jusqu’à ce jour, abordé que les côtés archéologique, historique et géographique du problème et je considérais les arguments si nombreux et si clairs que j’avançais comme plus que suffisants; mais, devant l’opposition qui m'était faite par les égyptologues, voyant qu'ils ne se rangeraient qu’à des preuves de leur spécialité, je me suis adressé à quelques-uns de mes amis versés dans ces études et plus spécialement à M. C. Aurrax dont les belles études de linguistique comparée ont fait l’un de nos savants les plus autorisés en la matière.
Tout d’abord, j'ai déjà fait observer que les noms des nombres de 1 à 9 étudiés par un égyptologue de haute valeur, M. G. Jéquier, montrent déjà des contaminations très suggestives. Les cinq premiers nombres portent des noms indigènes et les quatre suivants sont allogènes et d’origine sémitique.
Or on sait que les peuples primitifs ont une numération très restreinte, s’arrêtant généralement, au nombre des doigts de la main, quelquefois même ne l’atteignant pas. Le fait a été reconnu chez bien des peuplades de l'Océanie, de la Sibérie, de l’Eurasie, et je l’ai constaté moi-même chez les négritos de la presqu'ile de Malacca; les habitants de la vallée du Nil étaient donc encore extrêmement primitifs quand jeur langue à reçu ces contaminations, et ceci nous reporte à des temps fort reculés, certainement contemporains des « serviteurs d’Horus » si ce n’est plus anciens, et ces mots étant sémitiques, nous avons là une preuve manifeste de l’action des sémites dans la vallée du Nil. Ces contaminations sont à coup sûr fort anciennes; mais elles indiquent plutôt qu’une époque, un degré très inférieur de culture chez les pré-Égyptiens qui les ont accueillies.
S'appuyant sur lestravaux de HrozxY, En. Meyer (1) signale comme contaminations sémitiques de la langue égyptienne les noms de l’Épautre
(4) « Le mot hgt, qui en égyptien signifie genre de froment très répandu dans le pays ; bière, s'emploie également pour désigner une égyptien boyet, babylonien boulouttou, » [En. autre espèce de bière qu'on fait à Babylone, hi- Meyer, Hist. de l'antiquité, trad. fr., t. IL, gou. De même, on trouve dans les deux langues p. 182.] un mot identique pour désigner l’ « Amidonier »,
et d’une certaine qualité de Bière qui se fabriquait encore en Égypte et en Chaldée aux temps historiques. J’ai demandé à M. C. Aurran son sentiment à cet égard; voici ce qu'il m’en a dit (1).
« ie signifie bien effectivement bière, boisson fermentée (2) (kg+é, du féminin) et Ÿ ( — bed+t, dont le déterminatif prouve qu'il s’agit dûment de dents répond au copte 6wze, est bien épautre (3).
« Malheureusement le côté assyro- -babylonien est moins sûr.
« Il me semble difficile d'accepter pour Épautre l’équivalence buyuitu (soi-disant bed-t), d’abord parce que bufutiu parait être une simple variante de bufnatu, nca — Pistachier, pistache. Comme nyw2 paraît avoir signifie la bonne chose pour le ventre (xe2) rien ne s oppose en théorie à ce que bututtu ait pu signilier aussi céréale ou Épautre. Ce sens, toutefois, me semble n’avoir été attesté nulle part. En outre, le nom de butnu, dont on récolte la butnatu ou bututtu est un arbre, ce que prouve l’idéogramme és — bois, qui en précède l’expression alphabétique.
«Je crois done qu'il est plus prudent de ne rien construire sur cette première équivalence qui est sans consistance.
« Pour Lig-n — heg-t(égyptien), HRozNŸ (Anzeiger der Wien.AK.phul. cl., 1910, p. 175) donne effectivement Ligu comme signifiant brère. Je ne l'ai, pour ma part, jamais rencontré dans les textes, mais il fort possible qu’il y existe, puisque HnozxŸ l’affirme; malheureusement lAssyrische . H.W. B., de Decrrzseu ne le renferme pas.
« Le Ave Dictionary of the Assyr. language de W. Muss Anozr (Berlin, 1905), I, p. 333, col. 6, donne bien ue ee æiqu), mais dit simplement « adj? Zeitsch. f. Assyr., X, 205, R. 7 2 (&) e-lip(?)- Éum :
« Il s’agit donc d’un bois, semble-t-il.
« HrozxY donne ce Lïqu comme correspondant à la bière mêlée d’eau dont le nom est exprimé graphiquement par KAS-A. SUD; sumérien Ka$bir; mais l’absence de références et de mention dans les lexiques commande l’abstention en ce qui concerne ce mot.
2. — heqgt en égyptien est isolé de sa série dérivatoire comme l’a noté ERMAN (HROZNŸ, op. c., p. 175) (et