Æ=L-QU D
« Une chose est certaine, c’est que Î ce que je sais, en effet, pour l’avoir remarqué moi-même, le confirme). Ceci :
(4) Zn titt., 5 mai 1923.
(2) En grec, la boisson fermentée p£lu, oïvos estégalement un motcommunavecl'Asieet l'Inde.
(3) L'Epautre grecque Cerat est un mot commun
On peut'donc déduire à coup sûr qu'il s'agit en l'espèce d'une céréale sacrée. Aux Indes divya = la chose des devas, désigne l'Orge, mais ce seu! mot sanskrit diviya (adjectif), montre d'abord que les
à l'Inde-lran etaugrec,etl origine sacrée du lerme est atlestée par Homère, qui qualifie la Lerre arable de l'épithète religieuse Cet dwpos ag cOuo4, qui donne l'Épautre
vocables de ce genre sont susceptibles d'être . rendus .par des périphrases ou des qualificatifs, que ces qualificatifs varient d’une langue à une autre pour un même produit, c'est normal.
donnerait donc, du côté égyptien,une certaine vraisemblance à une ossibilité d'emprunt, d'autant plus que la boisson fermentée parait figurer sur la glyptique asiatique, antérieurement à l'Égypte monumentale; qu’elle est associée en outre, semble-t-il, au grand culte asianique dont l’enthousiasme mystique constitue l’une des manifestations caractéristiques rituelles.
« De toutes façons, le rattachement de ie à haku — mélanger, décidé par HroznY (p. 175) ne s’impose nullement.
On voit, par les lignes qui précèdent, avec quel soin M. C. AuTRAN procède à l’analyse des termes avant de se prononcer et aussi qu re serait imprudent d'accepter sans contrôle les affirmations des auteurs, même quand ils jouissent de la considération de HrozxŸ ou d’En. Meyer.
Mais, fort heureusement, tous les enseignements que fournissent les contaminations linguistiques ne ‘sont pas aussi fragiles, on s’en rendra compte par ceux que M. Aurrax a bien voulu me signaler, et dont l’exposé suit.
« Pour les mots religieux, dit-il, il y a lieu de tenir compte de nata — W + des textes des Pyramides, qui est capital, c’est le pain sacré, dont le nom fait partie du lexique sémitique #0, mais y est allogène égament (1). Ce vocable forme bloc avec la grande liturgie agricole (2), d’origine astanisante.|Cette remarque de M. Aurran montre que ce mot serait arrivé en Chaldée avec les Sumériens, puis y serait passé dans le lexique sémitique ; mais il se pourrait qu’il fût passé directement des Asianites aux Égyptiens sans l'intermédiaire de la Chaldée. Sa présence et son origine montrent que les contaminations sémitiques de la langue égyptienne ne sont pas venues directement de la péninsule arabique, mais sont arrivées de Mésopotamie. On pourrait arguer de la présence d’influences asianiques dans l'Hadramaout, mais les faits archéologiques ne permettent pas cette hypothèse.]
« IL y a lieu, dit M. Aurran, de mentionner ici des noms de Msn à bière qui sont identiques en assyrien et en sesphen, et HRozNY (op. c. p. 177, n° 2) relève avec raison, à mon sens :
« Babylonien namzitu (3), égyptien KR os nemst — cruche., — Tell el Amarna : 2amSa (4) éme sens).
« HrozwŸ relève en outre Labantu, pluriel : kabânait (5) — cruche,
ainsi que Aubunnu (6) = p.-e jen, en égyptien TJ à à — Lbnt, attesté dès l’ancien empire (7). À « Vu l'importance précoce des fabrications céramiques de l'Asie mi-
(1) Cf. Tarkondemos, p. 32, n° 3. (5) Disc. d'ISar aux enfers. Rev. 25. (2) Id., ch. I, in fine. (6) M. Arxocr, op. cit., p. 302, col. a. (3) JENSEN, X. B., VI, 1, p. 371. (7) L D. 43/44.
(4) ERMAx. A. Z.; NON EV, P. 166.
neure [antérieure|, fabrication déjà si développée à l’époque proto-élamite, l’on peut admettre, à mon [C. Aurrax] sens, qu'il s’agiteffectivement d'objets dont l'utilité et la fabrication sont très étroitement connexes à l’usage et au commerce de la boisson artificielle. De ceci l’on doit rapprocher le fait que l’industrie méditerranéenne préclassique est particulièrement renommée pour la fabrication des récipients de terre où de métal, voire même les deux, comme la Syrie, la Phénicie (Djah1, Rotonou, etc.), ce qu’attestent à profusion textes et monuments ; qu'en Grèce même les noms de la plupart des récipients (Xé6ns, dotuivboc, xbabos, cxÜyos, etc...), sont allogènes et vraisemblablement äçtuvôce correspond au sumérien asam — bassine.
[Dès 1909, dans mes Premières Civilisations (1), j'ai (J. ne Mona) montré comment je concevais la diffusion de la technique céramique dans l’ancien monde oriental ; les observations de M. C. AUTRAN viennent à l’appui de mes conelusions d'alors, le fait que les mots techniques de cette industrie sont allogènes chez les Égyptiens comme chez les Grecs montre que cette industrie n’est pas indigène dans ces pays, et qu’au contraire elle y est venue des pays sémitiques ou sémitisés par le langage, tels que la Chaldée et l’Élam; mais rien jusqu'ici, dans ce qui a été dit, ne prouve l'origine sémitique de ces termes qui paraissent plutôt être asianiques, d’après les données archéologiques. Ceci tendrait à prouver également que les aborigènes de la vallée du Nil, quand l'influence asiatique s’y est introduite, ne connaissaient pas la céramique, à l’exemple de beaucoup de primitifs.]
« Pour l’agriculture, continue M. C. AurTran, on peut également citer, plus utilement que bet-t— (?) bututtu, que je considère comme étant peu sûr, le © — mer — hoyau égyptien que W. Max Müccer (2) a voulu rattacher au sémitique babylonien, marru — pioche, hoyau, mais qui parait n'avoir pas été proprement sémitique, à en juger, du moins, par l’idéogramme sumérien MAR — assyro-babylonien marru, ce qui autorise à inférer un sumérien #ar — hoyau, ou un outil analogue (3).
« Ceci me paraît d'autant plus important que ce mot est un mot technique d'outillage agricole, et qu’il est inclus dès l'origine avec cette valeur dans le syllabaire hiéroglyphique : HroznŸ insiste avec raison sur ce fait.
€ Quant à bedt— bututtu, plus encore qu'aux conclusions de HrozwŸ, je ferais crédit à G. ScHWEINFURTE (4) qui note l’origine asiatique des céréales en Egypte. [es botanistes, ici, me paraissent devoir garder le dernier mot. » =
[Le hoyau, nous l’avons vu (chap. ur, p. 82) existait en Égypte dès
(1) Cf. p. 199 sq, carte p. 201 et tableau OL, ZA, p.23: DE GENOUILLAC, O. EL. Z., XI, p: 203. etes 1906, p. 469 sq.
(2NONL: Z.; XII, 1909, p. 107. (4) Wiss. Verüff. der deutschen Orient. Gesells- (3) BroznY renvoie à ce propos à Ung. Beiheft chaft., p. 158.
les temps préhistoriques, puisque nous le rencontrons en silex dès l’époque des kjækkenmæddingers, c’est-à-dire au temps des Semsouhor, peut-être même avant. Son usage implique la culture des céréales. D’après son nom, tant en égyptien qu'en babylonien, cet instrument serait d'origine sumérienne, asiatique par conséquent, ce qui n’a rien qui doive surprendre.]
Les contaminations linguistiques dont il vient d’être parlé, ne sont certainement pas les seules concernant l’action très ancienne de l’Asie sur l'Égypte. Celles qui viennent d'être citées sont extrêmement précieuses, car elles concernent les bases fondamentales de la civilisation. Ces apports, nous l'avons vu, n’ont pas pu venir directement des contrées sémitiques de l’Arabie, ils ne peuvent pas, non plus, être arrivés de la Haute-Mésopotamie sans passer par la Chaldée.
Mais il existe, j'en ai déjà parlé en traitant des cultes, une partie encore mystérieuse dans cette évolution du vieux monde oriental dont l'effet s'est fait sentir aussi bien en Égypte qu’en Asie occidentale. Cette influence extrèmement ancienne, encore insaisissable d’une manière positive, n’en plane pas moins sur les origines de toute la très haute antiquité; c’est dans les cultes et dans les langues qu’elle est Le plus sensible, elle englobe toute la partie méridionale de l'Asie médiane, l’Asie antérieure et l'Égypte. C’est pourquoi il faut être d’une prudence extrême dans les conclusions qui, basées sur des phénomènes secondaires, peuvent ménager bien des surprises.
Conclusions. — De l'exposé qui précède, il résulte, sans contestation possible, qu’il existe un lien très étroit entre les débuts de la culture égyptienne et ceux de la civilisation chaldéenne. Nulle part, soit en Asie, soit en Afrique, on ne rencontre ailleurs que sur le Bas-Euphrate d'éléments de nature à faire penser au berceau du développement pré-pharaonique.
Quelques égyptologues, accordant à l'Égypte la priorité, en font le foyer initial de la civilisation mondiale. « Pour apporter une culture perfectionnée dans un pays, dit M. A. Morer (1), il faut soi-même posséder une organisation supérieure, il faut qu'un centre de civilisation plus avancée se manifeste, depuis des siècles, à proximité suffisante. Or ni dans le voisinage de l'Égypte, ni nulle part ailleurs, aucun peuple oriental n’est arrivé à un degré pareil de civilisation vers le milieu du IV millénaire (chron. red. lisez V*). Les Sumériens auxquels on pense tout d’abord, apparaissent brusquement dans la Mésopotamie inférieure, au cours du IVe (Ve) millénaire. Leurs annales permettent de remonter encore plus haut ; mais nous ne savons rien de leur évolution primitive. Au moment où nous
(1) Des clans aux empires, p. 180.
les discernons pour la première fois, ils ont déjà dépassé l’âge de la pierre; ils connaissent le cuivre, la céramique, les constructions en briques ; 1ls ont une écriture idéographique et des institutions rudimentaires, mais ni leur langue, ni leur écriture n’ont le moindre rapport avec celles des Égyptiens : leur industrie est autrement inférieure pour la technique. Ont-ils été en contact avec l'Égypte, rien ne s’y oppose. Les ressemblances signalées entre la céramique, les armes, les édifices, les motifs décoratifs peuvent attester des rapports commerciaux, par voie de terre ou maritime, etc. En résumé, l'hypothèse que la civilisation de l'Égypte dynastique est asiatique d’ origine, se heurte à cette remarque essentielle : partout, jusqu'à présent, l'Égypte paraît avoir la priorité dans le domaine de la culture et de l'invention. »
Dans ce plaidoyer pro domo, l’auteur amoïndrit dans d’injustes proportions l’état de civilisation chaldéo-élamite. Pour moi qui ai l’honneur de la paternité de la préhistoire, aussi bien en Égypte qu’en Élam, je ne puis avoir de préférences et j’admettrais fort bien la thèse de M. A. Morer, si elle me paraissait être soutenable ; malheureusement, pour bien des raisons, elle ne me semble pas l’être, Ces raisons nous allons les examiner; mais avant tout il importe d'établir le parallélisme chronologique entre ce que nous connaissons de plus ancien en Chaldée, et ce que nous savons de PÉgypte.
Tout d’abord il n’est pas possible de poser en principe que la civilisation égyptienne a la priorité sur toutes les autres, pour cette raison que nous ne possédons, pour les premiers temps de l'Égypte, aucune date certaine et que jusqu’au temps des Ramessides, les estimations ne reposent que sur des conceptions théoriques plus ou moins rationnelles, comme celles d’'En. Meyer dont j’ai parlé plus haut, et dont on commence à faire justice dans le monde scientifique, après en avoir beaucoup trop fait état.
Pour la Chaldée nous possédons une date certifiée par un document officiel antique et plaçant en 3800 avant notre ère le règne de Sargon d’Agadé : ce document offrant toutes les garanties, nous ne pouvons que le prendre pour base de nos évaluations. Quant à l’époque de Ménès, que rien ne permet de déterminer d’une manière sérieuse, nous nous en rapporterons aux estimations des égyptologues les plus compétents, estimations qui, en moyenne, nous reportent à la fin du V° millénaire avant notre ère.
J'adopterai donc la date approximative de 4000, à quelques siècles près, pour les débuts de l'Égypte pharaonique (Ménès) et la date indiquée par le Scribe de Nabouide, 3800 pour le règne de Sargon d’ Agadé. Ces deux
dates nous serviront de base.
Mais antérieurement à la dynastie impériale d'Akkad, nous voyons à
Lt
Kich une dynastie qui dura 150 à 200 ans et dont fait partie le roi Ma- nichtousou, puis, plusanciennement encore, deux dynasties contemporaines, celle akkadienne de Kich, avec son premier roi Mesilim, et celle sumérienne de Lagach avec ses dix princes, d’Ur-Nina à Urukagina. Si nous accordons deux ou trois siècles à cette suite, cela nous reporte vers le milieu du V*° millénaire, c’est-à-dire en pleine période égyptienne des dynasties divines. Or je ne pense pas qu’on doive placer vers l’époque d’Ur-Nini l’arrivée de l’influence asiatique en Égypte : je crois ce fait beaucoup plus ancien de 500 ans, de 1.000 ans peut-être, c’est-à-dire au cours de cette période pour laquelle nous ne possédons encore aucun document écrit, et qui s'étend de la première ville susienne, de la base des tells de Chaldée, à l’époque de la dynastie de Lagach. Si,enelfet, les Suméro-Akkadiensavaient visité la vallée du Nil dans la seconde moitié du Ve millénaire, ils y auraient introduit l’usage de l'écriture, alors qu’ils ont apporté seulement celui du cylindre avec représentations pictographiques. Le cylindre, on le sait a, en Chaldée et en Élam, succédé au cachet plat, et le cachet plat n'existe pas dans l'Égypte primitive. Ces limites fixent done approximativement aux débuts du Ve ou à la fin du VI® millénaire l’époque probable de l'expédition des Asiatiques en Égypte. Mais cette conclusion n’implique pas que cette expédition ait été la première et la seule ; il se peut qu’elle ait été précédée d’autres apportant entre diverses connaissances celle du métal, il se peut aussi que cette diffusion de la métallurgie ait été faite directement par des Asianites, venant des pays du Nord par la Syrie, sans passer par la Chaldée. Là serait l’origine des contaminations asianites très anciennes, que me signale M. C. Aurran dans la langue égyptienne, alors que d’autres contaminations prouvent l’origine chaldéenne en Égypte de la technique céramique, de l'usage du hoyau, donc de l’agriculture, des pains sacrés, et probablement aussi des céréales, de la bière, sans compter celles pour lesquelles nous n’avons que des preuves ar-
chéologiques.
État social en Chaldée aux V° et VI: millénaires. — Pour nous rendre ” compte de ce qu'était la vie des peuples de la Chaldée et de l'Élam durant la période qui a précédé Ur-Ninà de Lagach,. il nous faut nous reporter à ce qu’il en était sous le règne de ce prince et de ses successeurs, l’état de civilisation d'alors n'étant que la conséquence des eflorts pendant ces pé-
riodes antérieures.
« C’est vers 3500 av. J.-C. (chron. red. — 4500. Chron. de Nabonide),
dit M. CHarces F. Jean (1), qu’en Mésopotamie commence l’histoire pro-
(1) Crrarces F. JEAN, le Milieu biblique avant Jésus-Christ, t I, Histoire et civilisation, 1922, p. 8 à 12.
prement dite, et elle commence à Lagach (Tello) (petite principauté située sur l’Euphrate non loin, à cette époque, du golfe Persique), régulièrement constituée, religieuse, de mœurs paisibles, gouvernée par des princes indépendants (1), Ur Ninà, Akurgal, Eannatum, etc. ; sous leur houlette, prospère dans la plaine fertile une population de pasteurs, d'agriculteurs et d'artisans, charpentiers et menuisiers, fondeurs, orfèvres, statuaires, préparateurs de parfums, ouvriers qui construisent ou callatent les bateaux, corroyeurs qui tirent parti des peaux d'animaux offerts en sacrifice. Le salaire est proportionné au travail utile fourni, les femmes reçoivent en plus de leur part personnelle un supplément fixe par enfant, et les orphelins touchent une part égale à celle de leur mère décédée. »
Les principaux fonctionnaires : intendant, maître du cellier, chef des tisseurs, de même les chefs de culture, vachers, gardiens d’ânesses, recevaient 120 gaa (2) de blé par mois. Les autres officiers du palais recevaient un traitement variant entre 120, 80, 60 qaa. Les gardiens d’ânes ou de volailles recevaient 80 qaa, les pêcheurs 60, les femmes du harem 30 qaa par mois.
Et M. C#arces F. Jean poursüit, d’après les sources contemporaines des faits, son énumération des bienfaits dont jouissaient les peuples. Les terres étaient partagées entre domaines du roi et propriétés particulières et, dès le règne d’Ur Ninà, l'irrigation était même devenue une entreprise de travaux publics. ;
L'élevage portait sur les Anes, les Bœuts, les Moutons, les Chèvres. On savait faire le beurre, peut-être aussi le fromage. On cuisait des pains blancs, des pains noirs, des gâteaux à la graisse, au lait, et la nourriture était abondante, viandes de Bœuf, de Mouton, de Chevreau, volailles de la basse-cour, Oies, Canards, poulets, Tourterelles, poisson de la mer, du fleuve et des étangs si nombreux alors en Chaldée.
Comme légumes, le sol fournissait en abondance l’oignon, la rave, le concombre ; comme fruits, la datte, la figue, la grenade et le raisin. Alors que dans les montagnes voisines (3) on faisait du vin, dans la plaine on fabriquait des liqueurs de Palmier et des vins de dattes.
« Les transactions commerciales sont déjà intenses, continue l’auteur. Il est particulièrement attachant de lire les vieux contrats de cette époque : on y voit des gens acquérir des champs, des maisons, des métaux précieux, des esclaves, des animaux domestiques, payer en argent (4) ou en blé, et l’acheteur faire au vendeur, et aux témoins, en échange de leur témoignage, des cadeaux en nature, vêtements, huile, vin, laine, pains et
(1) Taureau DANGIN, Inser. de Sumer et d'Ak- (4) Avec des métaux au poids, or, argent et kad, 1905, 12, 212. cuivre ou bronze généralement sous forme d'an- (2) Le qaa était d'environ 81 centilitres. neaux.
(3) Louristan, Pouchthé-Kouh, Bakthyaris.
poissons. La laine brute et les étoffes de laine font déjà l’objet d'échanges. » Car à Lagach, comme au temps de la première ville de Suse, l’art du tisserand atteint à la perfection.
Les relations commerciales étaient déjà fort étendues, car on voit Manichtousou, dynaste de Kich antérieur à Sargon l'ancien, envoyer au pays de Maghan, c’est-à-dire sur le Khabour (1) chercher le bloc de dacite dont
il a fait l’obélisque qui est au Louvre (2).
« Le gouvernement et l’admimistration sont aux mains du roi et du
patési. L'organisation des entreprises d'intérêt public et des travaux agricoles est confiée à l’intendant du palais, qui est en mémetemps trésorier du roi, économe de la maison royale et notaire pour tous. À côté de cet intendant général, il y a l’agent d’affaires, le juge, le surveillant du grenier, le scribe qui joue un rôle dans la comptabilité et est témoin dans les contrats, des chefs d’équipe, des surveillants, des gardiens. »
Les femmes jouissent de la liberté et des honneurs. La monogamie est la pratique normale, mais le concubinage légal est probablement permis. Nous avons d’elles des listes de paiement au personnel de la déesse Bau, à des ouvriers, des comptes de pêche, de fourrage, de fournitures de bois et d'outils. La femme peut étre témoin dans les contrats, elle échange des cadeaux avec les grands personnages, Les droits des veuves et des plus pauvres femmes sont sauvegardés.
Et les dieux sont à la base de toute cette organisation sociale ; chaque bourgade a son temple, son collège de prêtres qui président aux sacrifices, aux rites funéraires et magiques, aux cérémonies cultuelles ; car, en Chaldée; le peuple est très religieux et les moindres actes de la vie se passent sous l'égide de la divinité. Tout comme en Égypte chaque groupe d'hommes, chaque clan, possède son dieu.
Veut-on se rendre compte de l’état de la langue et de l’écriture à cette époque ? les documents sur argile et sur pierre ne manquent pas.
Veut-on se faire une idée des goûts artistiques à Lagach, le magnifique vase d’argent d’Entemena montre, en même temps qu’une technique très avancée, et une grande habileté d'exécution, un art sûr de ses compositions comme de son exécution et Entemena est antérieur aux Pharaons de la première dynastie thinite.
Certes, la stèle des Vautours est une œuvre d’exécution encore bien barbare ; mais la composition en est remarquable et dénote de la part de
l'artiste un sentiment profond de la réalité. Qu'est la sculpture égyptienne jusqu’à la IIT° dynastie? Elle n'existe pas. Cette stèle, dite des Vautours, est de nombreux siècles antérieure aux belles œuvres de l'Ancien Empire
(1) Mém. D.S. P, Rech. archéol . (2, Salle de Morgan.
égyptien, œuvres auxquelles la stèle de Naram-Sin ne cède en rien d’ailleurs, si même elle n’est pas supérieure par la conception synthétique et: l’ensemble de sa composition.
« La Chaldée nous apparait, dit M. Es. Porrier (1), comme le réservoir d’où les formules d’art les plus connues se sont déversées sur le monde entier. » |
Telle était la situation sociale, artistique et industrielle des Suméro- Akkadiens vers 4.500 ans avant notre ère. Quant à l’état politique, il était depuis longtemps sorti des clans de l’origine. Une multitude de principautés s'étaient formées, plus ou moins puissantes, en Sumir commeen Akkad et les compétitions entrainaient des guerres incessantes ; à l’époque où fut sculptée la stèle des Vautours, un conflit était ouvert entre la ville de Lagach et celle d'Oumma, au sujet de la frontière entre les deux territoires. Oumma est vaincue, détruite, et le reste de ses habitants se soumet, signe un traité, verse un tribut sous forme de grain. Le traité est affirmé par serment et placé sous la protection des dieux; mais cette lutte n’est pas la première expédition militaire des Lagachiens ; leur roi Eanatoum a déjà vaincu l’Elam et Ouroua, puis il s’est emparé d’Ourouk, d’Our, de Ki- Babbar, a soumis‘tout le Sumer. Il sort des frontières des gens de sa race et porte la guerre en dehors, encore une fois jusqu’en Elam. Déjà les principautés sont puissantes, leurs armées sont nombreuses, leurs villes bien fortifiées. Dans une seule bataille les Oumméens laissent 3.600 morts sur le terrain.
Beaucoup de ces principautés nous sont inconnues, même de nom; cependant nous voyons surgir, presque en même temps, des dynasties à- Our, Ourouk, Adad, Lagach en Shumoi, Hawan, Hamazi en Élam, à Mari sur le moyen Tigre, à Kich, Achkad, Agadé en Akkad, et chacune de ces principautés cherche à s'emparer de la suprématie. La menace, le danger, l'ambition entre voisins proches, toujours en contact sur toutes leurs frontières a été pour les petits états chaldéens un stimulant que n'avaient pas les clans de l'Égypte; aussi verrons-nous l'empire s'établir fermement dans la vallée du Nil alors que la Chaldée restera toujours agitée, que jamais elle ne connaîtra la stabilité et le repos (2).
Il est certain que les populations suméro-akkadiennes et élamites ne sont pas arrivées d’un seul coup au degré de développement dont nous venons de voir l’exposésommaire; cette culture a été le produit de nombreux siècles d’efforts, pendant la période de durée encore indéterminable qui a séparé les premières colonisations (Suse, Ourouk, Yokha, etc.) du
(1) Ep. PornEr, les Sumériens de la Chaïdée (2) Voi j joi î i 3 9 $ , oir au sujet des origines historiques de la dans Revue de l'art ancien el moderne, XXVII : À
Chaldée lexcellent ouvrage de L DELAPORTE, la \ ; , (1910), p. 40 sq. Mésopotamie 1923.
règne d'Ur-Ninà à Lagach, et l’on se demande comment M. A. Moer a pu “qualifier de barbares ces populations.
État social de l'Égypte aux Ve et VI° millénaires {1). — Tout ce que nous savons de l'Égypte prédynastique, au point de vue de la civilisation matérielle, je l'ai dit en parlant de la préhistoire de ce pays. Cependant je pense utile d’ajouter ici quelques mots des dynasties dites divines, c’est-
Fic. 356. — Registre supérieur du fragment de stèle du Musée du Caire, d’après GAUTHIER.
à-dire de ces dynastes, analogues aux princes de la Chaldée, qui ont régné, non seulement sur la Haute et sur la Basse-Égypte, mais probablement aussi sur de petits lÉtats qui, peu à peu, ont disparu pour se fondre dans les domaines des derniers Clem-sou-hor.
La pierre de Palerme porte tout d’abord environ 48 cases d’égale grandeur précédant 9 noms conservés, qui eux-mêmes sont suivis de 64 cases, ce qui fait en tout 121 noms. Ep. Meyer (2) considère que la moitié environ des 48 premiers noms devaient appartenir aux dieux, il n'en reste pas moins environ une centaine de cases pour les princes : or,
Fc. 357. — Registre supérieur de la Pierre de Palerme, d’après Scnirer.
si nous examinons la constitution de l'Égypte, au point de vue géographique, nous sommes obligés de conclure que les clans primitifs se sont d’abord constitués en petites principautés (les nômes) qui, s’amalgamant, ont formé de petits États et que de ces États sont sortis les deux royaumes d'Hiérakonpolis et de Bonto. Le papyrus de Turin, la chronique d’Eusèbe, la pierre de Palerme et celle du Caire sont d’accord pour indi-
Cr
(1) Hist. anc. des peuples de l'Orient classique, t. I, 1895, p. :76 à 845 pour l'Egypte, et p. 732 à 745 pour la Chaldée et, en notes, la bibliographie de la question. (2) Chronot. Egyt., p.292. ;
quer un très grand nombre de dynastes; quant aux périodes, il semble plus prudent, actuellement du moins, de ne pas en tenir compte. ..
Antérieurement aux premiers rois dont on connait l’existence et qui tous, comme le montrent leurs titres, réunissaient déjà sous leur souveraineté l'Égypte entière, se place une période de formation certainement très longue que l'on peut continuer, provisoirement, à nommer « prépharaonique » sur laquelle nous sommes relativement bien renseignés au point de vue archéologique par les tombeaux, mais qui, jusqu’à présent, n’a pas fourni de textes, et dont on ne sait que bien peu de choses au point de vue historique proprement dit. C’est au cours de cette phase que les prédécesseurs de Ménès ont groupé sous leur sceptre les nombreuses principautés échelonnées le long du fleuve. A la fin de cette période, quand Ménès devint roi, l'Égypte était déjà constituée en nation.
De tout temps, dans la titulature des princes, la Haute-Égypte a eu la prééminence sur la Basse-Égypte et, par suite de la présence à Négadah et Abydos des sépultures des Pharaons thinites, on est porté à penser que ces souverains résidaient dans la Thébaïde. Cependant il est peut-être fort imprudent de se baser sur l’existence de ces nécropoles royales pour en déduire la position du centre thinite du gouvernement pharaonique; on sait que le site d’Abydos était, par la tradition, consacré au dieu Osiris; il était done naturel que les pieux souverains l’aient choisi pour leur dernière demeure. Peut-être ces rois résidaient-ils plutôt en Haute-Égypte que dans le Delta; mais ils ne négligeaient certainement pas le nord de leur empire, car on trouve leurs traces au Sinaï et jusqu’en Syrie.
Pourquoi le « séjour de paix » des Pharaons s’est-il transporté d’Abydos
à Memphis, nous l’ignorons parce que nous ne possédons aucune information quant aux conditions de la vie politique de l'Égypte en ces temps reculés; mais ces faits sont du domaine de l’histoire et l’on est en droit d'espérer que quelque monument épigraphique éelaircira un jour cette période encore si mystérieuse.
Il w’en sera fort probablement pas de même pour les temps qui ont précédé Ménès, parce que, jusqu’à ce jour, aucun indice n’a été relevé qui puisse faire soupçonner l'écriture d’avoir existé en Égypte avant le début des dynasties thinites.
Cependant les rares traditions parvenues jusqu’à nous, soit gravées dans la pierre, soit tracées au roseau sur papyrus, affirment que Ménès n'a pas été le premier maitre dans la vallée du Nil, que d’autres princes ont régné avant lui sur la Haute et sur la Basse-Égypte, et Manéthon n’a pas négligé de nous transmettre le vague souvenir des temps antérieurs à l'écriture.
Les seuls documents que nous possédons à cet égard sont tous posté-
rieurs de beaucoup aux princes thinites : ce sont la pierre dite de Palerme (Hg. 357) et le fragment de Ghizeh (fig. 356) datant de la V° dynastie, enfin le célèbre papyrus de Turin.
Cinq noms de rois antérieurs à Ménès figurent sur la pierre de Palerme; ils sont coiffés de la couronne rouge, c’est-à-dire de la Basse-Égypte, alors que le fragment du Caire porte les noms de quatre princes seulement, princes de la Haute-Égypte, c’est-à-dire avec la couronne blanche. Il y avait donc alors deux royaumes, mais nous ne savons rien de leur situation relative l’un par rapport à l’autre. Étaient-ils apparentés, gouvernaientils des populations de même origine ethnique, ou deux nations différentes ? Si nous en jugeons par les restes préhistoriques, une même culture s’étendait alors sur toute la vallée du Nil, depuis Silsileh jusqu'aux plages du Delta.
Bien qu'il soit très fragmenté, le papyrus de Turin fournit cependant une liste des précurseurs de Ménès, les Ckem-sou-hor, mais, dans ce texte, certains signes sont très douteux, entre autres celui dans lequel on a proposé de voir la mention de memphites ou gens du‘Nord. On aurait, pour le mot Memphis Ï& un groupe tout à fait inusité au lieu de [fe et pour les gens du Nord le mot Ÿ ?? qui est fort sujet à caution (1).
Manéthon donne aussi avant Ménès, au moins trois groupes de rois dont les uns sont de la Basse, les autres de la Haute-Égypte.
Certainement ces données sont bien incomplètes; mais il n’en reste pas moins acquis qu’un régime royal a précédé l’élévation au pouvoir de la première dynastie thinite et que le souvenirs’était conservé, tout au moins dans les temples, d’une suite de rois prodigieusement anciens, qui auraient partagé l'Égypte en deux royaumes distincts.
C’est pendant cette longue période que la culture égyptienne s’est nl mée. Nous avons vu, à propos de la sépulture royale de Négadah,où en était parvenue l’industrie, et les tombeaux d’Abydos nous ont révélé l’art dans son enfance. Le métal était encore rare sous les thinites, très rare même, et l’usage du silex taillé était à son apogée. La culture était florissante et l’élevage débutait en apprivoisant les bêtes du désert.
. La religion, certainement, était encore flottante. Cependant il existait déjà des temples en Égypte avant l'avènement de la première dynastie thinite. Dès l’époque de Ménès et de Narou-Mer, Hiérakonpolis avait son sanctuaire du faucon d’Horus et le temple d’Abydos recevait des offrandes. Il est certain que la plupart des centres de population de la vallée du Nil avaient leurs monuments religieux, leurs collèges de prêtres ; car sous les trois premières dynasties, les fondations pieuses sont très nombreuses, et
(1) G. Jéquier, ên litt., 13 oct. 1922.
ivinités locales, de celles des nômes; mais ces
à peu disparu pour faire place à des édifices plus t avec la puissance et la richesse
toujours en faveur des d temples primitifs ont peu
grands, plus somptueux, plus en rappor toujours croissante des Pharaons. Les sites ont été respectés et les traces
des sanctuaires primitifs se cachent aujourd’hui sous les grands monuments, à des niveaux tels que la plupart du temps les eaux d'infiltration empêchent de les atteindre ; c’est ainsi qu'à Memphis (Mit-Rahiné) mes ouvriers ont été chassés par les eaux, alors que, sous le dallage du monument des Ramessides, j’atteignais seulement encore les restes du temple du Moyen Empire.
En ce qui concerne Le parler, que le fond en soit africain, asianite ou sémitique, il datait des premiers temps de la colonisation. Probablement que, dans Les débuts, les populations étant d'origines diverses, les idiomes en usage étaient nombreux; mais ces différents parlers se sont fondus ensemble et avec les apports allogènes, formant ainsi une langue dont Îles origines simples sont difficiles, peut-être même impossibles à retrouver, d’où les grands obstacles'que rencontrent les linguistes.
« On n’a aucune raison de douter, dit M. R. Waicc (1), qu’au temps de Ménès, la langue égyptienne soit déjà constituée depuis de longs siècles ; mais l’art de l'écriture est encore très voisin de ses origines et commence à peine à se dégager du pictographisme dont les monuments de l’époque archaïque antérieure, vases et cylindres, conservent le témoignage. Bien que l’histoire de cette évolution soit encore à faire, on peut dire qu’au temps de Ménès et de Narou-Mer, la transformation du pictogramme primitif en signe représentatif est accomplie, et que, dans une foule de cas, de plus, le signe représentatif est en voie de devenir un signe phonétique ordinaire. Mais les mots écrits au moyen d’un signe unique, dans les inscriptions de la première époque thinite, sont beaucoup plus nombreux, proportionnellement, qu’il n’a lieu plus tard. Quant aux signes alphabétiques ou syllabiques des temps suivants, beaucoup d’entre eux ne sont pas encore dégagés de leur fonction représentative primitive. Beaucoup de ces signes anciens ont disparu très vite, d'autres, plus robustes, ne s’évanouirent qu’au début de la IVe dynastie, après avoir rempli les inscriptions de la période précédente de singularités incompréhensibles. »
Les métaux. — Nous avons vu que le sol égyptien ne renferme aucun gisement métallifère capable de fournir à ses besoins et que malgré leur réputation imméritée les mines du Sinaï étaient à peine capables de fournir chaque année quelques centaines de livres de cuivre métallique. Ceei :
(G)R. Werzc. La II° et la III Aynasties (1'° partie), Annales du Musée Guimet, t. XXV, 1908, p. 476 sq.
explique l’extrême rareté du métal pendant tout l'Ancien Empire. Mais cette pauvreté en cuivre est d'une portée plus grande encore ; car elle apporte l’indéniable preuve de l'influence asiatique dans la vallée du Nil, dès le temps des dynasties divines. La connaissance du métal en Égypte est une importation asiatique, au même titre qu'en Chaldée et en Élam, elle est une importation venue des montagnes du Nord. Pour la plupart des pays, en dehors de cette région du proche Orient qui a été le berceau des civilisations, il serait possible de discuter quant à l’origine de leurs connaissances métallurgiques ; mais en ce qui concerne l'Égypte et la Chaldée, aucune discussion n’est possible; ces pays ne possédant pas de minerais dans leur sol, ont toujours été tributaires de l'étranger. Plus tard, lors de la grande puissance des Pharaons, Pile de Chypre a fourni l'Égypte de cuivre, alors que les Phéniciens apportaient de l'Espagne et des pays occidentaux le bronze et l’étain. Mais ce sont là des faits relativement récents. Pendant de longs siècles, c’est l'Asie qui a fourni l'Égypte, la Chaldée et la Syrie du cuivre qui leur était nécessaire.
Quant à l'or que nous trouvons dans les tombes royales thinites et dans les sépultures contemporaines, probablement venait-il de l'Afrique centrale, à moins que, par le commerce, de proche en proche, il n’en vint du pays où plus tard se sont établis les Hétéens.
Ainsi l’on n’est pas en droit de dire que durant la période qui s’est étendue entre le temps de la première ville de Suse et l'avènement de la première dynastie de Lagach (Our-Ninà) la Chaldée était dans un état de civilisation inférieur à celui de l'Égypte, alors que tout au contraire au point de vue social, militaire, politique, industriel et artistique, elle était très supérieure à l'Égypte sous les Chem-Sou-Hor. Les récentes découvertes anglaises à Eridon se rapportent justement à cette période et montrent que l’Élam n’était pas le seul pays civilisé à cette époque.
La présence du cylindre en Égypte montre que l'influence asiatique dans la vallée du Nil s’est produite pendant cette période, alors que les principes de l’écriture hiéroglyphique étaient déjà trouvés, mais que leur application était encore en incubation.
. Il est probable que les Asiatiques ont apporté en mêmetemps en Égypte le métal, la céramique, le tissage, les céréales, l’agriculture, l’usage de la brique crue, l’architecture, les mesures, les goûts et les principes artistiques ; car nous voyons toutes ces connaissances paraître subitement dans la vallée du Nil.
Par suite du manque des minerais métalliques dans le sol de l'Égypte et des pays voisins, les pré-pharaoniques étaient dans l'impossibilité de passer d'eux-mêmes de l’industrie de la pierre à celle du métal (cuivre), l'assistance de l’étranger leur était donc absolument indispensable.