‹ La Prehistoire orientaleChapitre 145 sur 308 · TE · texte numérisé non relu

TE

Dépourvus des connaissances qui viennent d'être sommairement éuumérées, les aborigènes (?) de la vallée du Nil étaient encore fort primitifs ;

; ILE la preuve en est dans ce qu'ils ne savaient compier que Jusqu à cinq,

comme tous les peuples les moins avancés : c’est donc dans un milieu

extrémement rudimentaire qu’est venue s'implanter la culture asiatique.

Les contaminations sémitiques très nettes de la langue égyptienne, d’après M. C. Aurraw, et les remarques de M. M. Derarosse, quant à l'influence égypto-asiatique dans le cœur de l’Afrique, montrent que cette influence de l'Asie sur PÉgypte a été extrêmement intense et ceci explique les hésitations des linguistes quant à la nature de la langue pharaonique.

Les contaminations sémitiques en égyptien n’ont pas pu venir directement de l'Arabie, parce qu’elles sont intimement liées à l’origine des céréales, de l’agriculture et des connaissances spéciales aux pays chaldéoélamites ; étant sémitiques, elles excluent toute hypothèse d’un contact direct de l'Asie avec l'Égypte sans passer par la Chaldée.

Aucune influence égyptienne ne s’est manifestée en Chaldée avant les très basses époques historiques.

La rareté du métal en Égypte à l’époque thinite résulte de ce que le métal était importé de l'Asie. Les gisements de Ouadi-Maghara, les seuls exploités alors, ne pouvaient fournir que des quantités très minimes de cuivre, si toutefois elles ne donnaient pas seulement des turquoises et

Grâce à la date de Sargon d’Agadé, fixée par Nabonide, nous pouvons placer soit à la fin du VIe millénaire, soit au commencement du Ve le départ vers l'Égypte de l’influence chaldéenne ; mais, ne possédant aucune chronologie exacte des débuts de l'Égypte, nous ne pouvons pas préciser l’époque relative égyptienne à laquelle cette influence est parvenue dans la vallée du Nil. |

L'état de culture dont les tombes royales de Négadah et d’Abydos témoignent montre que cette influence s’est manifestée longtemps avant

des couleurs {sels de cuivre).

l’époque de Ménès, car déjà les principes asiatiques avaient évolué suivant les goûts locaux et à partir du règne de Nermer les hiéroglyphes étaient appliqués.

Il est à penser que les initiateurs asiatiques correspondent aux Chasou- Hor des traditions égyptiennes ; car ce sont eux qui ont apporté toutes les connaissances qu’on attribue aux « suivants d'Horus ».

Au-dessus des faits dont il vient d’être parlé planent de mystérieuses influences, antérieures à cette période, qu’on ne peut pas considérer comme primitive au sens absolu du mot, ces influences englobant tout l’ancien monde de la Méditerrannée aux {[ndes, mais elles sont encore ténébreuses .pour nous.

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Telles sont les principales conclusions auxquelles nous pouvons arriver aujourd'hui quant aux origines de la civilisation de l'Egypte prépharaonique.

Voie suivie par les Asiatiques. — C’est de l’Asie que la Genèse fait venir la population égyptienne lors de la dispersion des peuples et, pour elle, la race égyptienne est khamite et non sémite. L’anthropologie parait lui donner raison. Quant à la culture elle-même, ce que je viens d’exposer suffira, je pense, pour entrainer les plus convaincus des défenseurs de la thèse africaine.

Entre deux peuples sans rapports entre eux, il peut exister des conceptions communes, des pensées conduisant aux mêmes résultats, l’archéologie pré-colombienne de l'Amérique en montre d’extraordinaires exemples. Toutefois ces analogies se bornent, en général, à des procédés, à des usages, à la création d'objets dont la nécessité est universelle; mais la culture, dans son ensemble, demeure personnelle, surtout au point de vue artistique.

Entre l'Égypte et la Chaldée, non seulement les liens sont extrêmement nombreux, mais en dehors des procédés, ils portent sur des conceptions beaucoup plus intimes, les affectant avec plus ou moins d'intensité. Partout et en tout, dans l'Égypte prédynastique et thinite on retrouve l'impression donnée par l’Asie, céramique, arts décoratif et plastique, métallurgie, mesures, architecture, construction, usages, panthéon, toute la vie égyptienne se ressent de l'impulsion donnée dès les origines par les Asiatiques, et la langue elle-même estremplie de contaminations allogènes.

A eôté des traditions, la notion d'une invasion des Asiatiques dans la Basse-Égypte s'était conservée dans les contes populaires malheureusement trop peu nombreux encore. Le papyrus de Saint-Pétersbourg, sommairement publié par Gorenisexer (1) et qui date de la XX° dynastie, contient une histoire contée au roi Snofrou par un prêtre nommé Nofirhir, dans laquelle il est question d’une ancienne invasion des Asiatiques dans les régions du Delta (2). Ce conte, probablement copié et recopié cent fois, se fait l'écho de vieux souvenirs populaires. Il était d'usage dans la littérature profane de l'Égypte de faire intervenir comme auditeurs d'anciens souverains et de leur conter des événements plus ou moins fabuleux. C’est ainsi que le papyrus Westear fait intervenir Khéops, le successeur de Snofrou.

Cet usage, d’ailleurs, n’est pas spécial à l'Égypte, il existe chez tous les peuples: « Il y avait une fois... ». Les vieilles légendes chaldéennes pré-

(1) Zeitschrift, 1876, p. 109-110. (2) R. Wei, 0p. cil., 1908, p. 49.

332 PRÉHISTOIRE ORIENTALE sentent les réminiscences d’antan sous une autre forme ; mais le résultat est toujours le même, et l'interprétation n’en.est pas plus aisée.

Maitres de la Chaldée, Sumériens et Akkadiens n'étaient pas encore imb- |

mement mélangés ; ils vivaient aussi bien en Akkad qu’en Choumir, par clans, comme il est d'usage encore en Orient quand deux éléments ethniques sont en présence. Ils ont suivi le seul chemin qui s’offrait à leurs pas vers Ouest en suivant, en remontant, le cours de l’'Euphrate. Au nord ils se sont heurtés à des populations asianiques qu’ils ont mis bien des siècles à déposséder (1), alors qu'en remontant lEuphrate, ils ne rencontraient, sur cette étroite bande de terre fertile, que des tribus peu nombreuses et très clairsemées.

A ces époques très reculées, la sécheresse n'avait pas encore fait du désert arabique les espaces désolés d'aujourd’hui, il existait encore quelques ruisseaux dans les vallons et de nombreux points d’eau qui facilitaient singulièrement les voyages. Soit que les émigrants, suivant toujours le fleuve, fussent arrivés en Cœlesyrie, soit qu'ils eussent gagné le Haurän, il leur était aisé de parvenir aux vallées plantureuses du Liban puis, longeant la mer, de descendre jusqu’à la branche pélusiaque du Nil en traversant le Sinaï, ou bien en longeant la plage (2).

Le delta du Nil était alors en formation et ressemblait fort à celui du Chatt-el-Arab de nos jours. Ces îles vaseuses étaient-elles déjà peuplées ? nous l’ignorons ; étaient-elles même habitables ?, Dans tous les cas le chemin était libre au delà des lacs Amers par les collines, jusqu’à la tête du Delta (Héliopolis, Memphis).

Là les Asiatiques rencontrèrent probablement destribus fort mélangées, très barbares, de chasseurs et de pêcheurs, pratiquement en pleine industrie néolithique, mais connaissant peut-être déjà le métal par des émigrés de Syrie, pays de districts de survivance.

Les immigrants asiatiques étaient peu nombreux, cela ne peut faire aucun doute, puisqu'ils n’ont pas imposé leur langage aux indigènes ; mais ils apportaient avec eux une foule de connaissances, de goûts, d’usages, de principes qui devaientservir de base à la culture pharaonique.

Assurément les Asiatiques n’ont fpas fait qu’une seule expédition en Égypte, ils ont dû venir pendant des siècles, par petites bandes, chacune d’elles apportant son tribut de connaissances nouvelles et, peu à peu, ces bandes se sont fondues dans la masse composite des débuts qui, formant un véritable peuple, se répandit dans la Haute-Égypte, dans le Fayoum, partout où la vie était possible. |

(4) Dans le tome I de ma Mission scientifique au Asiatiques, cf. Kurt SETHE, Die Aegyptischen

Caucase (1889), j'ai montré l'avancement des Sé- Ausdrüke [ür rechts und links und die Hieroglymites (Assyriens) vers le Nord, chaseant devant phen zeichen für Western und Osten, dans Nachr eux les Asianites. a. Wissensch. zu Gottingen, 1922.

(2) Sur l'occupation du nord de l'Egypte par les

L'Égypte était-elle déjà partagée en clans, c'est fort probable; mais

c’est vraisemblablement sous l'influence des gens du Nord que ces clans se sont transformés en principautés, que sont nées les. petites dynasties des serviteurs d’'Horus. Cependant les pré-pharaoniques paraissent avoir eu plus tard à se défendre contre de nouvelles migrations venant d'Asie, soit déjà sous les Chem-sou-Hor, soit sous les Pharaons thinites, la lutte contre les Asiatiques commença : les

Egyptiens occupèrent le Sinaï et bientôt s’avancèrent jusqu’en

Syrie (à Byblos), afin de protéger leur frontière.

Un curieux ivoire (fig. 358), découvert à Abydos par Frinpers Perrie (1), et par conséquent de l'époque thinite, montre un Asiatique de type sémitique, prisonnier du roi Qa, Pharaon des débuts de la première dynastie : les rôles étaient alors renversés, l’aurore des temps pharaoniques se levait. Mais ceci se passait bien des siècles après la première apparition des gens de l’Asie dans la vallée du Nil.

« Les inscriptions des pyramides (Pépi [, Raméren I, Pépi IT) décrivent la manière dont le roi prit possession de l'Égypte à l'instar du roi des dieux en disant : « Le roi est la contrée des cataractes (Setti) qui a pris possession des deux pays (l’gypte), la flamme qui à saisi les deux bords du Nil. » Une description plus détaillée se trouve dans le mythe d’'Horus d'Edfou qui ne nous est malheureusement parvenu que dans une inscription de date très récente (2). « Ce dieu, dit le texte, conquit l'Egypte en vainquant Set- Typhon avec l’aide des Mesuitiu », qui sont, comme l’a très bien déterminé Maspero (3), des forgerons qui devinrent la suite de l’Horus d’Edfou. C’est donc, d’après l’idée de lauteur de ce mythe, des forgerons qui furent les conquérants ; des hommes connaissant les métaux auraient remporté la victoire sur des ennemis qui, probablement, ne possédaient que des armes non métalliques. L’invasion d’une peuplade armée de bronze aurait déterminé l'assujetissement de l'Homme néolithique (4).

La suite du texte montre la conquête s’opérant du Sud

au Nord. Le point de départ aurait été Edfou ; puis viennent

Fic.358.— [voire de la tombe du roi Qa (FL. PETRIE, Royal Tombs,

1900, tp, Thèbes et Dendérah. XII, n° 13).

(1) Royal Tombs, 1900, t. I, pl. XII, n° 13. (3) Études de mythologie, II, 313. (2) Ep. Navizze, Mythe d'Horus, 1, 90; A. Wis- (4) A. WIEDEMANN, in J. DE MORGAN, Rech Orig.,

DEMANN, Relig. of the Ancian Egyptians, p. 69. 1897, p. 225.

334 PRÉHISTOIRE ORTENTALE

Cette réaction des princes du Saïd contre les occupants du Nord est, d’ailleurs, conforme aux indications que fournissent la pierre de Palerme et le papyrus de Turin. Mais, jusqu’à ce jour, on n’a pas encore trouvé, dans la Basse-Egypte et dans le Delta, de preuves matérielles de cette très ancienne occupation du pays par les Asiatiques. C’est là, cependant, que s’est passée cette phase dans laquelle se sont formés les hiéroglyphes et ont pris naissance la plupart des notions fondamentales de la culture pharaonique. Mais les nouveaux venus s'étant vite fondus dans la masse indigène, il n’y a pas de raison pour qu’on trouve dans le Nord plus de traces asiatiques que dans le Sud et ces traces pré-pharaoniques sont aujourd’hui enfouies sous d'épaisses couchés de limons.

Quelques auteurs ont supposé que l'influence asiatique était venue en traversant la mer Rouge, soit qu’elle fût partie du centre de l’Arabie, soit qu’elle eût coupé court par le désert arabique pour arriver de Chaldée. Ces deux hypothèses ne sont acceptables ni l’une ni l’autre, par suite des difficultés des lieux à traverser. Celle qui fait venir par l’Euphrate et la Syrie les Suméro-Akkadiens, est de toutes les solutions la plus rationnelle, parce que cette route passe constamment au travers de régions fertiles, que les premiers émigrants, quittantla Chaldée pour des raisons qui nous échappent et marchant vers l’inconnu ont trouvé la vallée de l’Euphrate ouverte devant leurs pas. C’est ainsi, assurément, de proche en proche, sans but précis que s’est effectuée la première expédition des Chaldéens vers la vallée du Nil; peut-être d’ailleurs ont-ils été guidés par des Syriens dans leurs dernières étapes : puis le chemin étant tracé, d’autres Asiatiques sont venus, sur les pas de leurs devanciers.

Quant à l'hypothèse qui fait venir la civilisation égyptienne au travers de l’Arabie, elle est basée uniquement sur ce fait que la conquête du Nord par Ménès est partie de la Hante-Égypte: l’on a pensé que la Thébaïde était le foyer initial de la culture pré-pharaonique et que, par conséquent, c’est en Haute-Égypte qu'étaient arrivés les serviteurs d'Horus. Ce raisonnement ne repose sur aucune base. Pourquoi ne pas admettre plutôt que l'Égypte entière était occupée par les Chem-sou-Hor ? Parmi les États qui se sont formés le plus puissant étant celui de la Haute-Égypte, Ménès a soumis les districts du Nord, régions d’où ses ancêtres étaient venus.

D'ailleurs, l'aire venir des tribus de la Chaldée, voire même de tout autre point de la Mésopotamie, au travers de la péninsule arabe, est une solution dans laquelle il n’est tenu aucun compte des possibilités matérielles d’une semblable migration. Les tribus primitives qui s’expatrient marchent au jour le jour, mais n’ont pas de but très éloigné ; elles ne s’aventurent jamais dans des régions où elles ne sont pas certaines de trouver leur subsistance et celle de leurs troupeaux.

Or, pour arriver en Égypte au travers de l'Arabie, les émigrants avaient à traverser une immense plaine, brûlée aujourd’hui mais certainement déjà peu fertile à ces époques reculées ; puis ils rencontraïent une chaine de hautes montagnes, dont les vallées, vraisemblablement, étaient habitées. Parvenus à la côte, il leur fallait construire des vaisseaux, en un temps où l’on ne connaissait que de frêles et légères embarcations. Comment alors faire traverser les troupeaux, les bêtes de somme? Parvenus sur la côte africaine (vers Kogeir) les voyageurs avaient encore à traverser un désert pour arriver enfin dans la vallée du Nil.

Quant à faire venir directement les Sémites d'Arabie, il n’y faut pas songer; car ces peuplades étaient encore très barbares, elles avaient be-

a LÉGENDE

ère Ps L 1 mvasion sémitique me

a. 1Ehypothése

L= Limites de l'influence semitique apres la seconde Invasron Fer sémitique —

12 Colonisation sémitique — Se...

ti et rare —|

Fire. 359. — La première expansion sémitique.

soin du contact des Sumériens pour jouer un rôle civilisateur ; d’ailleurs, nous l'avons vu, la nature même des contaminations linguistiques, sans compter les autres impossibilités, excluent cette solution.

Enfin quelques égyptologues, avec lesquels je me suis entretenu de cet intéressant problème, m'ont suggéré l’idée que la culture pharaonique et celle de la Chaldée pouvaient fort bien avoir reçu les principes et leurs goûts communs d’un même foyer initial que nous ne connaissons pas encore, mais où le premier développement aurait eu lieu, et que, par suite, 1l ne serait pas nécessaire de faire intervenir directement la Chaldée en Égypte.

Cette hypothèse est séduisante, au premier abord, Cependant, s’il en était ainsi, nous ne rencontrerions aucune trace de goût sémitique dans la culture pré-pharaonique ni aucune contamination dans le langage, parce

que les Sémites cantonnés à cette époque reculée dans le delta des deux fleuves, ne pouvaient avoir d’action que concurremment avec les Sumériens et qu’il ne pouvait exister aucune influence akkadienne dans le foyer d'incubation supposé de la culture commune à la vallée du Nil et à celle de l’Euphrate.

Certes, ce foyer initial a existé; car les débuts en Égypte, en Chaldée et en Elam montrent des RER très avancées déjà dont les caractéristiques sont la céramique, le tissage, la métallurgie du cuivre, etc. Or cette métallurgie, nous le verrons, est certainement née dans le nord de l'Asie antérieure, chez les Asianiques, très’ loin de la limite septentrionales des peuples de parler sémitique.

Ainsi d'une part la connaissance du cuivre chez les pré- pharaoniques nous reporte vers l’Asie, et d'autre part, les éléments sémitiques de la culture égyptienne primitive nous conduisent en Chaldée, on ne peut donc

pas accepter l’action directe d’un foyer asianique d’incubation sur l'Égypte et l’on est obligé de faire de la Chaldée un intermédiaire.

Peut-être devons-nous admettre la multiplicité des périodes dans lesquelles l'Asie a eu de l’action sur l'Égypte, certaines de ces migrations de connaissances provenant directement du foyer primitif, mais il est impossible de nier que les vagues qui ont envahi la vallée du Nil sont pour la plupart parties de la Chaldée.

Je ne parlerai pas de l’hypothèse dans laquelle les Sémites seraient originaires des pays araméens et non de l'Arabie, nous avons vu que cette thèse ne peut être soutenue.

L'hypothèse joue nécessairement un rôle dans l'exposé qu’on vient. de lire. Je ne me dissimule pas l'importance que prend l’interprétation des faits quant aux mouvements des peuples, mais j'espère avoir montré que d’indéniables affinités existent entre la culture primitive de l'Égypte et celle de la Chaldée, que c’est en Asie qu’il faut aller chercher la source de la culture pharaonique, et que la voie la plus rationnelle pour les envahisseurs était celle qui conduit au Delta par l’Euphrate et le Sinaï.

Il ne faut jamais perdre de vue, quand on traite des questions relatives aux premières civilisations dans le Proche-Orient, que les efforts se sont concentrés dans une Asie très restreinte, parfaitement limitée, et que tous les éléments ethniques, chacun pour sa part, ont contribué à l’avancement général; qu’il existe une solidarité marquée, souvent très étroite entre les civilisations des divers peuples, que tout se lie dès les origines et continue à se lier pendant bien des siècles appartenant au domaine de l’histoire. Traiter d'une contrée isolément, sans faire à chaque instant appel à l’évo-

lution des pays voisins, est fausser les grandes lois de l’enchainement préhistorique et Hrdorique

Il est utile, je crois, de rappeler en terminant, les principaux arguments qui entrent dans l'exposé des origines chaldéennes de là culture prépharaonique : ;

1° L’incubation de la culture pharaonique n’a pas eu lieu dans la vallée du Nil; & |

20 Elle n’a pas eu lieu dans les pays voisins, y compris le Bahr-béla-mà ;

3° Le fond de la population primitive de l'Égypte paraît être africain :

4° La langue égyptienne paraît également être de fond africain, mais elle renferme des contaminations asiatiques (sémitiques et asianiques) extrêmement anciennes ; ;

59 Parmi les contaminations sémitiques, les plus anciennes portent sur des choses d'usage courant dès les temps les plus reculés (agriculture, céramique) ;

6° Les céréales et les instruments agricoles ont été importés en Égypte par la Chaldée (noms sémitiques du hoyau, des vases, de la bière faite - avec les céréales, etc., hoyau de silex, faucille armée de silex commune à la Chaldée et à l'Égypte) ;

7° Les céréales sont originaires de Mésopotamie ;

8° Il n’existe pas de minerais de cuivre dans la région égyptienne et la valeur minière du Sinaï est nulle. Les Égyptiens n’ont donc pas pu découvrir le métal ;

9 Le cuivre paraît en Égypte dans les mêmes conditions de métallurgie et d'usage qu’en Chaldée et dans l’Élam ;

10° En outre des noms d’outils ou stnsles les Sémites ont importé en Égypte les noms de nombres de 5 à 9;

11° Quand les Asiatiques ont apporté leur influence en Égypte, le peuple y était encore très primitif (ceci découle du n° 10);

12° Les traditions égyptiennes font venir de l’étranger des cultes (le Faucon, Sôthis, Horus, Hathor, etc.) qui, en Asie, remontent à la plus haute antiquité ;

13° Dans les temps très anciens l'Égypte n’a rien cédé à l’Asie ; 44° La Chaldée et l'Égypte possèdent une foule de connaissances qu’on rencontre dans les deux régions dès les temps de l’industrie énéolithique primitive (écriture hiéroglyphique issue de la pictographie, cylindrecachet, céramique peinte, le métal [cuivre sans alliage d’étain], la barque, les enseignes des clans, le travail des vases en pierre, la brique crue, l'architecture, les murailles ornées de saillants et de rentrants, les mesures, [la coudée], la faucille armée de silex) ;

15° Beaucoup de divinités égyptiennes sont allogènes (le Faucon, Horus, Hathor, Sôthis) et leur culte asiatique est extrêmement ancien ;

16° En Égypte comme en Élam les usages funéraires sont les mêmes ;

17° L’Égypte et la Chaldée appartiennent à la même école d’art, les exemples en sont innombrables ; |

18° Ni dans les langues, ni dans les arts, ni dans les industries on ne trouve, en Asie, de contaminations égyptiennes.

Pourquoi chercher à faire de l'Égypte un monde à part dans ce petit domaine de la lumière, pourquoi ne pas admettre une solidarité que tout indique d’ailleurs entre les divers peuples qui ont été les auteurs du progrès initial ? Il ne s’agit pas là de questions ethniques, les mélanges datent des temps quaternaires, peut-être même tertiaires, ce sont les progrès seuls qu'il importe d'étudier, leur évolution, leur marche ascendante.

Je pense m'être assez étendu sur le sujet pour convaincre tous les partisans de l’origine africaine de la civilisation pré-pharaonique ; les arguments, comme on le voit, sont tous en faveur de la thèse asiatique; mais il ne faut pas oublier que les questions d’origines sont les plus ardues

qu'il soit en histoire, que dès que nous entrevoyons leur existence les

hommes sont déjà très mélangés à tous les points de vue, et que si nous pouvons aujourd'hui discerner les grandes lignes de leur évolution, mille détails sont encore à régler et ne s’éclairciront que suivant les découvertes de chaque jour. L’Égypte préhistorique n'est connue que depuis vingtcinq ans, l'Élam que depuis quinze tout au plus ; quant à la Chaldée, à la Haute Mésopotamie, à la Syrie, leur étude est seulement ébauchée et le Haurân et l'Arabie sont encore des pays complètement inconnus.

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