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léens, alors qu’en d’autres on ne trouve que du Moustiérien (1). Mais ces distinctions ne sauraient mener à des conclusions chronologiques; car il est fort probable que la fabrication s'est opérée en un endroit ou en un autre suivant que la matière première se prêtait plus ou moins bien à la taille de tel ou tel genre d’instrument.

Gette observation trouve sa justification dans ce fait qu’à chacune des formes correspond une nature spéciale de roche. Les types grossiers du Chelléen sont généralement faits de pétrosilex, alors que les coups de poing acheuléens de facture soignée sont en beau silex noir ou gris foncé et qu'aux formes moustiériennes correspond le silex de belle qualité jaune, gris clair ou blanc laiteux, dont la facilité d'éclatement permet une grande finesse de

F1G. 366. — El-Mekta. Coupe relevée dans la région B.

a, Affleurement des lits de silex ; — c, Lits renfermant des ipstruments paléolilhiques.

travail. On ne doit donc pas chercher ailleurs que dans le choix de li matière l’abondance d’un type sur un point, au détriment des autres formes.

Ce faitest si général, à El-Mekta, qu’il est impossible de se tromper au sujet même d’une ébauche. Rien ne ressemble plus, en effet, à première vue, à une hache chelléenne, qu’une ébauche acheuléenne, bien que ce dernier type soit plus largeau talon. L’examen de la matière dont cette ébauche est faite permettra, neuf fois sur dix, de préciser le type que l’ouvrier voulait obtenir. Ainsi, à El-Mekta, les trois types paléolithiques doivent être considérés comme ne représentant qu'une seule et même industrie (2) com-

(1) En Afrique (P. Pallary) il est souvent difficile de distinguer les pièces du Moustiérienu de celles, en tout semblables, du Néolithique décadent (Cf. l'Anthrop., t. XX VII, 1916, p. 445).

(2) « On sait aujourd'hui que le coup de poing existe à tous les niveaux du Paléolithique, jusqu'à l’Aurignacien. Le type amygdaloïde apparaît à Saint-Acheul et Abbeville dans les couches les plus inférieures (préchelléennes), il domine dans tout l'Acheuléen et se perd peu à peu dans les niveaux moustiériens. Cet instrument, récollé isolément, ne peut donc servir à dater un dépôt archéologique (V. Commonr, les Hommes contem-

porains du Renne dans la vallée de la Somme, ds. Mém. Soc. Antig. de Picardie, 1913 (Amiens, 1914). Les silex taillés sur une seule face (type Moustiérien) se trouvent parfois exclusivement dans les gisements archéologiques les plus ancieans qu'on connaisse et cette forme d'instruments, la plus primitive, la plus élémentaire qu'on puisse imaginer, à dû précéder, nécessairement, et a précédé, en effet, la confection des silex lancéolés, taillés sur les deux faces des types chelléen et acheuléen » (M. BouLe, ds. l'Anthrop , 1. XXVI, 1915, p. 58. La Paléontologie hu-

maine en Angleterre).

posée de ce qui, dans nos pays, a été considéré comme caractéristique de trois périodes successives. Nous avons vu qu'il en est de même en Egypte, et l’on retrouve le même fait au Somal et aux Indes.

Dans la région À des collines, se trouve un vaste cirque dans lequel les pluies ont entrainé des limons fins, produits de la décomposition des calcaires par les agents atmosphériques. La pente de cette cuvette est presque insensible, le sol est uni et luisant, poli par les pluies et le vent. De petits ravins en grand nombre recoupent ces alluvions et les coupes qu'ils offrent montrent les trois industries intimement mélangées. Au fond de l’un de ces ravins, à même les couches, nous avons vu côte à côte un type chelléen et une superbe pointe moustiérienne.

Toutefois, comme dans cette partie de la montagne le silex est gris clair et fin, c’est le type moustiérien qui domine dans ces alluvions fines.

De deux choses l’une, ou ces alluvions se sont produites alors que les ateliers de taille étaient en activité, ou bien elles sont postérieures à l’abandon des mines. Dans le premier cas la présence des trois industries confondues prouverait qu’elles sont contemporaines, dans le second cas aucune déduction ne peut être tirée des observations. Malheureusement il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer l’âge de ces limons.

L'activité des ateliers d'El-Mekta a été certainement très grande, si nous en jJugeons par l’énorme quantité des éclats et des débris qui couvrent la montagne et les pentes. Quant au nombre des objets achevés, il est également considérable, bien que ce que nous avons récolté ne soit qu’une très faible partie de la production : l'exportation a dû être fort intense: car, fort probablement, ce sont les instruments d'El-Mekta qui ont outillé une bonne partie de la population de la Tunisie à cette époque : de plus, nous venons de constater que les limons renferment une foule d'objets et nous verrons que les alluvions caillouteuses n’en sont pas moins riches.

Quant aux foyers, nous en avons retrouvé des traces sur presque toutes les collines ; mais vraisemblablement ces foyers n’étaient pas ceux des habitations ; les campements devaient se trouver au pied des hauteurs, près des rives du cours d’eau, dans la plaine qui graduellement s’abaisse vers l'Oued-Séfionn. Mais ces stations ont été emportées par les eaux ou recouvertes par les graviers, les sables et les limons et l’on n’en retrouve plus trace.

Peut-être se trouvait-il également des habitations dans les cirques À et B du plan (fig. 363) : car, sur ces deux points on rencontre, outre bon nombre de pierres calcinées, une quantité d'instruments achevés, taillés avec soin et propres à l’usage. Il semble que de tels outils n’ont pu être abandonnés que dans des campements et, à l'appui de cette supposition, il convient

d'ajouter qu’en tout autre point des collines, à proximité immédiate des couches de silex, on ne trouve, la plupart du temps, que des instruments rebutés, et que les pièces parfaites sont rares.

Je ne pense pas que les hommes paléolithiques d’El-Mekta, pas plus d'ailleurs que ceux de Chabet-Réchada, près de Jénéyen, se soient installés à demeure fixe pour l’exploitation des mines de silex. Ces gens étaient des chasseurs et par conséquent des nomades : je crois plutôt qu’ils venaient soit pour s’approvisionner eux-mêmes d'armes chaque fois qu’ils en éprouvaient le besoin, soit pour fabriquer des instruments destinés à l’exporta-

- tion quand les demandes leur parvenaient, puis que, munis d’une bonne provision, ou ayant satisfait leurs clients, ils retournaient aux terrains de chasse et de pêche.

Nous venons d'examiner la station paléolithique d’'El-Mekta au point de vue de sa situation topographique, de la nature des industries paléolithiques qu'on y rencontre,et de l'énorme production dont elle a été le foyer ; mais ce ne sont pas là les seuls souvenirs qu’elle nous a laissés de son existence, les alluvions situées en aval de ses collines sont remplies de ses produits.

Alluvions de Gafsa. — La station paléolithique alluviale de Gafsa comprend deux gisements distincts bien qu’ils soient tous deux issus d’une même origine (fig. 367). L'un est à Gafsa même, l’autre auprès du petit village de Sidi-Mansour (1), à 4 kilomètre environ au nord de la ville, près du point où l’Oued Baïèch traverse la chaine de Djébel-Assalah, fleuve ordinairement sans eau, formé par la réunion de l’Oued-Séfioun qui descend de la vallée d'El-Mekta, et de l'Oued-Sidi-Chich qui passe à l’est de ces collines.

L'Oued Baïèch, en raison du développement de son cours et de l’importance de ses affluents, est le grand collecteur de toute la partie occidentale de la Tunisie présaharienne. Il descend du plateau crétacé boisé de Dernaïa, traverse la plaine de Fériana, couverte de ruines romaines et, à partirde Djébel-Sidi-Aïch, présente un lit de 500 à 600 mètres de largeur. Il reçoit l’'Oued Oum-el-Ksob ou Oued Séfioun, et atteint la grande fracture

transversale qui a divisé en deux la chaîne de Gafsa entre le Djébel-ben- Younès et le Djebel Orbata. Rejeté au sud-est par la barre de Crétacé moyen d’Assalah, qui se détache de la chaîne principale, l’Oued-Baïèch traverse ensuite le Bled-Tafaoui et se jette dans le Chott Rharsa.

Au débouché de la fracture de Gafsa se développe un vaste cône de déjections’appuyant sur le versantnord de la chaîne, et constitué par les alluvions quaternaires et par celles qui se produisent encore de nos jours.

(1) Inscrit par erreur sur la carte sous le nom de Sidi-Mansouv.

C’est sur ce cône qu’est bâtie la ville de Gafsa, Capsa des Romains. Actuellement. l’Oued Baïèch, dont le débit était si considérable au Quaternaire,

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