‹ La Prehistoire orientaleChapitre 148 sur 308 · K FAN · texte numérisé non relu

K FAN

LH (fl

Vers Met/aour

Légende

ë Filomètres

@G Gisement Chelléo-mousterien — id Capsien

À.B.— Ligne des sources

thermales ( Faille ?}

Fig. 367, — Gisements préhistoriques des environs de Gafsa.

est à sec et l’oasis n’est plus alimenté d’eau que par ses sources thermales. Cependant, lorsqu'il pleut en abondance, les oueds tributaires s’emplissent avec une extrême rapidité, par suite de la stérilité absolue des

RS PRE CT De

vastes districts dont ils reçoivent les eaux. Le courant atteint en quelques instants une intensité et un débit énormes, et se dégonfle avec la même promptitude.

Au moment de ces crues, le lit se déplace, les anciennes alluvions sont arrachées, entrainées en aval, et vont accroitre le volume du cône de Gafsa. Puis les eaux s’étant débarrassées des graviers s’élancent dans la plaine basse, ne portant plus que des limons et vont alimenter les chotts.

Aujourd’hui encore ces inondations produisent de grands effets d’érosion et de charriage ; mais leur action est bien modeste, en comparaison de ce qu'elle dut être alors que le degré hygrométrique de l’air étant plus élevé, il tombait des pluies abondantes et fréquentes.

Nous avons vu que, vraisemblablement, les campements paléolithiques d’El-Mekta se trouvaient, non pas sur les collines, mais dans la plaine, à proximité de la rivière qui coulait alors dans lOued-Séfioun. Les inonda-

à p Affleurements'

Oued Bayech

Fic. 368. — Coupe de la vallée de l’Oued-Bayèch à Sidi-Mansour, près de Gafsa.

A, Collines calcaires où se trouvaient probablement jadis des abris ou des habitations. — B, Bande glauconieuse, industrie paléolilhique. — C, Sable fin, industrie paléolithique. — D, Sables marneux (en hachures les alluvions caillouteuses), industrie paléolithique. — F, Couches renfermant des instruments archéolithiques et des coquilles d'Hélices (genres Macularia et Pomatia) — a, 5, Ancien niveau des alluvions antérieurement aux érosions. — Ô, Alluvions modernes de l'Oued.

tions sont venues balayer tous ces terrains, et les restes des habitations ont été entraînés en aval: c’est ainsi qu’à Sidi-Mansour, dans les graviers, on rencontre parfois en examinant les berges du lit creusé par le torrent, des coups de poing et autres instruments paléolithiques, accompagnés de fragments d'os pulvérulents, roulés, indéterminables et de morceaux de charbon. |

Le profil primitif de la vallée de POued-Baïèch, à Sidi-Mansour, après la destruction du barrage par les eaux, s’est fréquemment modifié. Tout d’abord le fond de la vallée s’est couvert d’alluvions, puis les dépôts ont été remaniés par places, creusés de sillons profonds, comblés à leur tour, alors qu’il se formait un nouveau chenal. Cependant il reste encore de nombreux témoins de l’ancien état de choses (fig. 368).

Le lit de l’oued est encombré de sables et de galets, très rarement on y voit affleurer les couches crétacées qui forment le fond de la vallée. A la

base, et sur une assez forte épaisseur, les bancs de galets alternent en désordre avec des lits de sable et sur toute la hauteur de ces couches on rencontre des instruments paléolithiques. Au-dessus sont des sables glauconieux produits de la décomposition des roches cénomaniennes voisines, puis, au-dessus de ces lits glauconieux, sont des marnes et des argiles fines, se superposant en couches multicolores, grises, jaunes ou brunes, alternant avec des bandes de cailloux roulés. Au sommet, sur des buttes respectées par les érosions récentes, nous avons rencontré des couches d’argile grise, minces (épaisses de 30 à 40 centimètres au plus), l’une contenant avec des os très fragmentés tout l'outillage de l’industrie capsienne, une autre (F. de la coupe) ne renfermant pas d’ossements, mais une immense quantité de coquilles d'Escargots d'espèces vivant encore de nos jours dans le pays. Avec ces coquilles est une industrie capsienne ou post-capsienne composée d'instruments minuscules.

Au sujet de l’origine de ces couches renfermant les produits de l’industrie archéolithique, deux hypothèses se présentent : ou bien les habitations se trouvaient dans les rochers voisins (A de la coupe), ou bien les foyers étaient à peu de chose près sur la place même où nous trouvons aujourd'hui leurs restes. Dans les deux cas ces débris ont été plus ou moins remaniés par les eaux de ruissellement.

Ailleurs, un peu plus en amont, les eaux torrentielles avaient, quand j’ai visité cette localité, creusé un chenal de 5 à 6 mètres de profondeur montrant les calcaires qui forment le fond de la vallée, et la berge de ce chenal présentait une coupe verticale très nette. Là nous avons trouvé, avec quelques rares coups de poing et des racloirs paléolithiques, une quantité de lames capsiennes parfaitement caractérisées, gisant en désordre dans toute la hauteur de la coupe jusque dans les lits les plus profonds, ceux qui reposent sur les calcaires crétacés.

Ainsi, à Sidi-Mansour, on voit d’une part la superposition dans les diverses couches des industries paléolithique et archéolithique et, d’autre part, les deux mêmes outillages intimement mélangés dans certaines couches alluviales. Cette différence est due à ce que les lits E et F de la coupe répondent à des campements situés dans le voisinage de Sidi- Mansour, alors que les alluvions contenant les deux types industriels proviennent de l'érosion de terrains situés très en amont, peut-être même d’El- Mekta, et que ces bancs de graviers ont été remaniés à plusieurs reprises et le sont encore fréquemment de nos jours mêmes. Le même fait s’est produit certainement lors de l’érosion des lits E et F de la coupe, couches dont il ne reste plus que des témoins, les parties enlevées ont été entrainées par le courant vers le cône de déjection de Gafsa et là, fort probablement, les instruments capsiens se sont trouvés mélangés avec ceux des

stations paléolithiques. Ces mélanges résultent des phénomènes récents et doivent être pris en considération dans l’étude des successions alluviales, car ils peuvent être la cause de graves erreurs. Or, dans les environs de Gafsa, ilkest bien difficile de distinguer entre les couches de gravier quaternaires et celles apportées par des inondations plus récentes (1).

Au pied méridional de Dijebel ben-Younès et de Djébel Orbata, perpendiculairement à la direction de l’'Oued-Baïèch, passe une faille très importante (A, B, carte, fig. 367), non pas parce qu’elle a modifié la direction des couches crétacées sur les deux bords ou seulement l’un d’eux, mais parce qu’elle a donné passage à des eaux thermales très fortement chargées de carbonate de chaux pendant longtemps, aujourd’hui chaudes seulement.

Cette faille passe sous les allüvions caillouteuses anciennes. Si nous parcourons le terrain en suivant sa direction, nous observons qu’en deux points les couches alluviales ont été relevées d’une manière très notable,

Fre. 369. — Coupe de la colline de Gafsa.

A. Faille supposée ; «, alluvions durcies, instrumen's chelléo-moustiériens et nombreux éclats ; — b, c, alluvions durcies avec carbonate de chaux ; — y, alluvions non soulevées ; — x, limons de ruissellement.

alors que dans la traversée de la ville elles n’offrent aucune particularité, de même que celles situées dans la plaine de Sidi-Ahmed-Sahroug.

Les deux points où les alluvions ont été soulevées sont : les collines de Roghib au nord du village de Léla et une grosse butte au sortir de Gafsa, à l’ouest de la ville, auprès de la maison du service des eaux et forêts: Cette dernière colline est de beaucoup la plus intéressante, aussi l’ai-je . étudiée de préférence à celle de Léla.

La coupe de cette butte (fig. 369) montre, au sud, les alluvions soulevées et, au nord, les mêmes couches en place et presque horizontales.

(t) Les alluvions ne permettent pas une certitude en ce qui concerne les successions des faunes et des industries et ce fait est reconnu pour la plupart des gisements paléolithiques. L'importance considérable des alluvions de l'Oise, vers Noyon, témoigne de l’activité des cours d'eau à celte époque, et c'est ce qui explique qu’en d'autres vallées et en certains gisements plus anciens, les alluvions déjà déposées

antérieurement ont été recouvertes par des alluvions moustiériennes les ayant même complètement ravinées et qui ont ainsi mis en contact des industries humaines et des faunes d'âge différent rendant ainsi parfois les recherches difficiles. (V. Common, les Terrains quaternaires des tranchées dw canal du Nord, ds. l’Anthropologie, t. XXVII, 1916, p. 350.)

La puissance de ces couches alluviales est de D à 100 mÉpoers elles se composent de lits alternants de sables et de graviers agglomérés par un ciment de carbonate de chaux sur une longueur de 4 à 500 mètres seulement. L’inclinaison de ces couches vers le sud est de 35 degrés environ.

Page 1