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Fr&. 370. — Carte des environs de Gafss.
Si ce soulèvement était dù à des causes orogéniques et faisait partie
d’un ensemble, il ne serait pas aussi localisé et nous en retrouverions les traces au loin vers l’Est et vers l'Ouest, ce qui n’est pas le cas; 1l convient donc de l’expliquer par un phénomène local.
Toutes les couches relevées sont durcies et forment aujourd’hui des
poudingues extrêmement résistants; le ciment ést calcaire et, lors de la minéralisation, le carbonate de chaux s’est trouvé en si grande abondance qu'en certains points, séparant les couches comme un coin placé entre les feuilles d’un livre, il s’est cristallisé, formant ainsi de grandes lentilles de calcite pure. En examinant avec soin les divers lits, on voit que, suivant qu’ils étaient plus ou moins poreux, leur minéralisation en carbonate de chaux s’est produite d’une manière plus ou moins intense et d'autant plus abondante qu’on approche davantage des couches profondes. Il en est résulté un gonflement de la masse et, probablement, dans la profondeur, au contact avec les couches crétacées relevées, un ou plusieurs boutons de calcite qui ont achevé le soulèvement tout en bouchant l’orifice de la source (fig. 371). Ainsi les couches alluviales, quand a disparu leur porosité, ont été tordues et relevées d’un côté. Ces sources existaient probablement déjà quand les
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JE R A Fic. 371. — Coupe hypothétique de la colline de Gafsa. æ, 5, Alluvions dans leur position primilive; — +, à, Terrains crétacés moyen et inférieur ; — A, Faille supposée et sources minérales ; — B, Couches alluviales durcies, soulevées ; — C (en hachures)
Carbonate de chaux.
alluvions, aujourd’hui durcies, se sont déposées, car, dans les masses cal caires des poudingues, on rencontre de nombreuses empreintes végétales (Equisétacées) et des Mélanopsidés (Mollusques Gastéropodes).
Quand les alluvions se sont produites, c’est-à-dire entre l’époque de l'industrie chelléo-moustiérienne et celle du Capsien, il existait, tout au moins à droite et à gauche de la vallée de POued Baïèch, des marais , entretenus par la rivière et par les sources thermales que les couches de graviers sont venues combler; puis l’asséchement de l’Oued étant survenu, les marais ont peu à peu disparu et il n’en est plus resté que les sources thermales avec leurs eaux incrustantes d'autant plus actives qu’elles n’étaient plus diluées par les eaux douces de surface. L'action de ces sources incrustantes s’est arrêtée quand les couches ont perdu leur porosité et quand le poids des poudingues et des calcites n’a plus permis l’écoulement des sources. Le phénomène thermal s’est continué, fort atténué, jusqu’à nos jours dans la source d’eaux chaudes qui alimente l’oasis de Gafsa.
Ces poudingues contiennent en grand nombre les mstruments PCnRe thiques ; mais on n’y rencontre jamais de restes de lindus pie capsienne. [1 faut donc placer leur dépôt au Quaternaire, à la fin du Chelléo-Moustiérien.
Le docteur G. SenweinrurTH (1) qui, en 1907, a étudié la colline de Gafsa, a pensé y voir des lits successifs appartenant à des époques distinctes, voire même des couches à éolithes; mais 1l ne semble pas que ces déductions soient justifiées. Le savant naturaliste allemand n’avait vu de Gafsa que les poudingues et ne connaissait pas les ateliers d’où proviennent les instruments, pas plus que la voie suivie par les alluvions. Il en est de même du travail du docteur CoLLIGnon (2) qui découvrit le gisement de Gafsa (ville) et a cru y reconnaitre trois niveaux stratigraphiques très nets (3).
M. P. Boupy, inspecteur des forêts, qui, pendant des mois, a exploré cette colline, voisine de sa maison, a constaté que toute la moitié supérieure de ces alluvions renferme, sans ordre spécial, les types amygda loïdes, tandis que la base ne lui a livré que des éclats n'ayant rien d’éolithique et mes propres observations confirment complètement l'opinion de mon collaborateur de 1907.
Après ce que j’ai dit de la conduite dés courants alluviaux dans la région de Gafsa, il n'est pas utile de chercher à subdiviser les alluvions ; car il est évident qu’on ne parviendra jamais à séparer les lits réguliers de dépôts et ceux dont la présence est due à des remaniements. Il se peut que les courants qui ont apporté les alluvions de la base de la colline soient venus de régions inhabitées, alors que les ateliers d'El-Mekta, en pleine activité, n’avaient pas encore été touchés par les eaux. Il se peut aussi que les alluvions venant d'El-Mekta aient pris temporairement une autre direction.
La carte des environs de Gafsa que donne le docteur CoLLiGnon, dans sa belle étude sur la Tunisie, présente un grand intérêt par le nombre considérable des observations qui y sont consignées. L’auteur a trouvé presque partout à la surface des alluvions des instruments de type paléolithique et plus encore dans le lit de l’oued; mais, pour lui, le Moustiérien domine et je crains fort qu’il n'ait fréquemment confondu les formes capsiennes avec celles du Moustiérien, car, d’après tout ce que j’ai pu voir, les instruments de type Chelléo-acheuléen sont beaucoup plus nombreux que ceux de forme moustiérienne.
(1) G. ScnweinFuRTH, Sleinseillische forschun- l'homme, 21° année, 3° série, t. IV, 1887, p. 171-
gen in Süd Tunisien, in Zeitsch. [. Ethnol., année XXIX, 1 et II, p. 137-481. Berlin, 1907.
(2) Docteur R. CoLLiGNON, les Ages de la pierre en Tunisie, ds. Matériaux pour l'histoire pr. de
(3) La coupe que donne le docteur CoLLiGNon,
(op. cit., p. 174) est inexacte et ne permet en rien de comprendre l'origine de cette colline.
A Sidi-Mansour, comme au nord de Ksour, le docteur Corriexon a pris le Capsien pour du Néolithique; cependant, pour quelques gisements, il montre de l’hésitation. Toutefois il faut se souvenir que cette étude est aujourd’hui vieille de 34 ou 35 ans et que, malgré ses imperfections, nous devons à son auteur beaucoup de gratitude.
Sije me suis très longuement étendu sur les conditions dans lesquelles se présentent les gisements paléolithiques de Gafsa, si j'ai décrit et expliqué non seulement les détails des ateliers, mais aussi ceux des alluvions, c’est que le groupe Gafsa-El-Mekta offre un ensemble si complet qu’on chercherait en vain dans le monde entier une réunion aussi parfaite des éléments divers de la question paléolithique. Certes, il y manque les habitations en cavernes contemporaines de l’activité de ces ateliers ; mais, les aurions-nous, que les données qu’elles fourniraient n’ajouteraient rien à ce que nous savons par les grottes de l’Europe occidentale, quant à la succession ou à la prédominance des trois types principaux de l'industrie paléolithique.
Aucun site quaternaire de l'Occident européen ne se présente d’une façon aussi nette, parce que, dans nos pays, la végétation, les cultures et les conditions atmosphériques se sont pour ainsi dire liguées pour effacer les traces des faits; les données fournies par les alluvions sont en quelque sorte sporadiques et nulle part on ne peut suivre pas à pas l'instrument paléolithique depuis le lieu de sa fabrication, en passant par les cours d’eau qui l'ont emporté, jusqu’au point où nous le trouvons dans les graviers, Malheureusement, en Afrique, nous sommes encore fort mal renseignés quant à la faune contemporaine des industries paléolithiques et archéolithiques et à ses transformations successives, et la paléontologie ne peut pas encore entrer utilement en ligne dans l’étude des temps quaternaires.
Les ateliers analogues à celui d’'El-Mekta sont nombreux dans le Nord de l’Afrique. Tous les archéologues en ont découvert : mon frère en a signalé dans la vallée du Nil et Séron-Karr en a fait connaitre un fort remarquable du Somal; parler plus longuement de ceux de la Tunisie et de l'Algérie serait se lancer dans de perpétuelles redites. Je m’en abstiendrai et passerai à la description de l'outillage paléolithique de cette partie de l'Afrique, non plus en m’en tenant aux gisements d’'El-Mekta et de Gafsa, mais en passant en revue toutes les formes d'instruments provenant de la Tunisie connues jusqu’à ce jour.
L'industrie paléolithique. — En Tunisie, comme dans beaucoup de pays, les coups de poing du type chelléen sont généralement, nous venons de le voir, taillés dans le pétrosilex, et non dans le silex de la meilleure
qualité. Le pétrosilex, matière grossière, se prêtait probablement mieux | estinait ces instruqu'une substance plus fine aux usages auxquels on d Le ments. On rencontre le type chelléen à El-Mekta dans les ateliers mêmes en même temps que les formes acheuléennes et moustiériennes; par conséquent il eùt été aisé pour les ouvriers de choisir des matières premières de meilleur grain, s’ils n'avaient pas eu de bonnes raisons pour faire usage
ol
| instr tai érieurs à CEUX du pétrosilex et, assurément, SL Ces instruments étaient antérieurs