CHAPITRE PREMIER
L'industrie paléolithique en Syrie et en Mésopotamie.
C’est à la fin du Pliocène que se sont formés les plis montagneux du Liban et de l’Anti-Liban, que s’est soulevé le plateau iranien et qu’en compensation se sont produites la dépression jordanique, entre les deux chaînes syriennes, et la grande cuvette mésopotamienne. La fosse |ordanienne, celle de la mer Morte de nos temps, formait alors un vaste lac d’eau douce et comprenait la vallée actuelle du Jourdain, le lac de Tibériade (altitude 208 m.), la mer Morte et l’Akabah jusqu’à un seuil existant dans cette vallée, à la hauteur de Pétra. Ses eaux s’élevaient à 30 mètres environ au-dessus du niveau des mers, alors qu’elles sont aujourd’hui à 394 mètres au-dessous.
La largeur de ce lac pliocéno-pleistocène est difficile à évaluer par suite des érosions qui ont enlevé la majeure partie des dépôts qu’il avait laissés sur les bords; d’après Blanckenhorn elle aurait varié entre 5 et 25 kilomètres.
Le Liban a connu des glaciers, alors que la Palestine semble n’en avoir jamais vu (1). Mais les glaciers de la chaine libanaise n’ont pas joué un grand rôle, et les phénomènes alluviaux du désert arabique sont
(1) H. Vincent, Canaan, 1907, p. 366.
plutôt dus à de grandes pluies qu’à la fonte des glaces. Toute cette région, d’ailleurs, séparée depuis si peu de temps de l’Afrique, était soumise aux mêmes conditions climatériques que l'Égypte et que l’Arabie, péninsule dont malheureusement nous connaissons très mal jusqu’à la géographie physique (1).
Près de la côte arabe de la mer Rouge sont de grandes chaines de montagnes fort élevées et qui, fort probablement, aux temps pliocènes et quaternaires, se sont couvertes de neige et ont eu leurs glaciers tout comme le massif abyssin : au delà sont, dans le nord, des régions désertiques comprenant le Chammar et toute l'étendue située entre ce vaste district et la rive droite de l’Euphrate, c’est le pays des sables et des alluvions caillouteuses. Au nord, la Mésopotamie, bien que traversée par les collines du Sindjar, n’est encore qu’une plaine d’alluvions descendues des montagnes du Kurdistan et de l'Arménie, jadis pourvues de glaciers.
Ainsi la fonte des neiges, sur tout le pourtour du bassin arabo-mésopotamien, se joignant aux pluies torrentielles du Pliocène récent et du Pleistocène ancien, toute cette région plate a été balayée par les eaux, dévastée, dépeuplée et couverte de bancs épais de graviers. De riche et plantureuse qu’elle était autrefois, elle est devenue ce désert que nous voyons de nos jours, immense plaine, légèrement mamelonnée, brûlée par le soleil et dans laquelle les points d’eau sont d’une extrême rareté. Là les fleuves sans eau sont nombreux. Quand on remonte la rive droite de l’Euphrate, entre Féloudja (latitude de Bagdad) et Deir-el-Zôr, on rencontre un grand nombre de ces vallées. Les principales sont, en marchant du sud au nord, Ouadi el Amik, Ouadi Haurân, Ouadi Ratka et Ouadi Souab et, plus au sud, à la hauteur de Basrah, est l’'Ouadi Ermek, long chenal descendant du centre de la péninsule, des régions situées au sud du Chammar et qui jadis a porté ses eaux au golfe Persique, des milliers d'années avant que le Tigre et l’Euphrate fussent réunis.
De l’Anti-Liban, du Haurân, du Taurus, des monts du Kurdistan et du plateau de l'Arménie, des chaînes bordières de l'Iran et de la région montagneuse de l’Arabie, en tous sens, bien que se dirigeant vers un même centre, les eaux sont venues apporter leurs alluvions dans la cuvette mésopotamienne encore largement occupée par la mer, en prolongement du golfe Persique.
C'est dans cet immense désert, qu'entre Deir-el-Zôr et Damas, à
(1) Tout le sud de l'Arabie (Yémen)est de forma- ramènent par degrés la série volcanique de la
tion volcanique, on y rencontre des roches éruplives anciennes, quelques formations sédimentairesetdes laves récentes; près de Sana sont de petits cratères, Les plus hauts sommets de la chaîne atteignent 3.000 mètres d'altitude. A 150 kilomètres d’Aden commence la série d'effrondrements du désert de Dabna, effrondrements qui
cole 3000 au niveau de la mer. Les éruptions récentes, probablement quaternaires, sont postérieures à ces effronidrements. (P. LamarE, Note préliminaire sur la structure de la région du Yémen (Arabie) des C. R. S. Soc. Géol. de France, 19 mars 1923.)
Soukhna, j'ai, en 1900, rencontré des instruments paléolithiques parfaitement caractérisés (coup de poing), des grattoirs et une multitude de ces éclats sans forme définie (fig. 1), qui accompagnent les pièces caractéristiques, dans tous les gisements d'objets de ces époques.
Dans son bel ouvrage intitulé Canaan (p. 366), le R. P. H. Vincent, suivant la succession reconnue par Blanckenhorn (1), partage en cinq
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