AVANT-PROPOS ; XVII
En ce cas, les fragments de vase et les éclats de silex avaient pour moi joué le rôle des fossiles dans les couches géologiques, avec cette différence que, dans la plupart des cas les diverses stratifications naturelles offrent des couleurs différentes qui permettent de limiter les niveaux, alors que dans les tells antiques, toutes les couches sont de même couleur et leurs limites sont vagues, imprécises et irrégulières. Il est donc impossible & priori d'établir dans un tell des niveaux chronologiques qu'on n'obtiendra que par des fouilles sur une grande échelle, en observant les couches sur lesquelles ont été posées les fondations des édifices.
Quoi qu’il en soit, cet examen sommaire me démontra que, sur plusieurs points des ruines de Suse, à l’acropole et au lieu dit le donjon, on rencontrait des traces de toutes les civilisations depuis les temps préhistoriques jusqu'à l’époque arabe. Quelques fragments de briques inscrites, gros comme une noix, tout au plus, permettaient d'espérer des découvertes épigraphiques. Je n'ignorais pas, d’ailleurs que, dans les vitrines du Louvre se trouvaient quelques grandes briques carrées portant des textes sur la tranche, rapportées jadis par la mission Dieulafoy.
Ce premier séjour à Suse me permit aussi de voir les traces de lApadana des Achéménides, découvert jadis par Loftus et dans lequel Dieulafoy avait opéré quelques sondages pour retrouver l'emplacement des colonnes de ce monument.
Un peu plus loin vers l’est, à 200 mètres environ de l’Apadana, était une fouille profonde, carrée, d’où Dieulafoy avait extrait les briques émaillées des archers. Ces briques, comme nous avons pu nous enrendre compte plus tard,avaient été employées, probablement sous les Séleucides à la construction des égouts. Plus tard en déblayant les salles du palais achéménide contigu à l’Apadana, au nord et au nord-est, M. M. Pillet a constaté que ces matériaux ornaient primitivement des murailles de cours intérieures. Leur poids d’ailleurs ne permettait pas qu’elles fussent placées en frise, au-dessus des colonnes de l’Apadana, comme l’a supposé Dieulafoy.
Je dois ajouter qu'ayant étudié le plan en relief de Suse, fort bien fait d’ailleurs, d’après les levées de M. Babin, je croyais trouver toute la grande salle de l’'Apadana déblayée, comme l'indique le plan, alors qu’en réalité la mission Dieulafoy n’avait opéré que des sondages.
*En 1891, quand je suis arrivé à Suse, c'était en septembre, je venais du Louristan dont j'avais fait la carte et étudié la géologie. Mes pérégrinations au travers de ces montagnes m’avaient mis en présence de nombreuses ruines et d’une foule de tells. A Tépèh Goulam, au Poucht-è-Kouh j'avais découvert un gisement de silex taillés et, dans les tells, récolté bon nombre de tessons de vases peints semblables à ceux des niveaux inférieurs de Suse. J'ai donc quitté cette région convaincu que l'exploration