DE LE
F1c. 148. — Silex blond opaque. Kariétin, près de Palmyre.
appartiennent au plus tôt à la période de transition entre la pierre polie et le métal.
Les fouilles méthodiques de M. M. Pézard à Tell-Nebi-Mend (Syrie), site que l’on attribue à la célèbre Qadech, n’ont pas encore fourni de documents préhistoriques en place. Les silex taillés rencontrés jusqu’à ce jour, en petit nombre d’ailleurs, ne se trouvaient dans les diverses couches qu'à l’état sporadique.'Ce sont des éléments de faucille, des lames au dos retouché, une hachette en pierre noire, polie, un fragment de grande pointe taillée sur l’une de ses faces, polie sur l’autre, suivant la méthode égyptienne ; l’ensemble de cette petite série rappelle les formes énéolithiques qu’on rencontre communément en Syrie.
La présence de la faucille daus l'outillage des gens de cette industrie implique forcément la culture des céréales, par suite la vie sédentaire. Or ce sont là les conditious d’existence que nous constatons chez les premiers colons de la Chaldée, de la Susiane et du Poucht-è-Kouh, nouveaux venus qui ont apporté avec eux, dans ces régions, la connaissance du cuivre. Il
Fic. 149. — Silex taillé. Erek, désert de Syrie entre Deir-el-Zor et Palmyre.
n’est donc pas naturel d'admettre plusieurs phases dans cette colonisation et de reporter la plus ancienne d’entre elles, en particulier à Soukhna et à Aïn-Tab, à la culture néolithique. Je doute d’une civilisation purement néolithique en Égypte, à plus forte raison suis-je porté à penser qu’il n’en a jamais existé en Mésopotamie. Le métal (cuivre) dans les premiers temps
Fic. 150. — Silex taillés. Erek, désert de Syrie entre Deir-el-Zôr et Palmyre.
de son usage était une substance rare et précieuse, il n’est pas surprenant que les hommes d’industrie énéolithique ne l’aient pas abandonné comme ils faisaient des outils de silex ou même des instruments de roches dures. Il est donc naturel que, sauf dans les sépultures, on ne rencontre pas de métal. ;
Diffusion de la seconde céramique susienne.
Nous avons vu que la première céramique susienne parait être spéciale à l’Élam; qu’elle correspond à une civilisation dans laquelle l'écriture était probablement encore inconnue, même à l’état d’hiéroglyphes ; que sous des influences qui semblent être chaldéennes les arts céramiques se sont modifiés en Susiane et ont donné naissance à une nouvelle école, en même temps que se développait la science de la figuration de la pensée sous deux formes distinctes ; et qu’enfin, au triomphe du cunéiforme sur l'écriture proto-élamite, correspond à peu de chose près, en Élam, la fin de la peinture des vases. Mais cette période a été fort longue et, au cours de son développement, elle s’est étendue sur les pays voisins où elle est venue se superposer à la céramique rustique qui, d’origine très ancienne, a survécu pendant des millénaires, dans tous les pays, pour répondre aux besoins de la classe pauvre des peuples.
Nous avons examiné les centres principaux de la seconde céramique susienne ; ils sont dans l’Élam, et probablement aussi dans certaines parties de la Chaldée. Si nous gagnons les vallées du Louristan et des Bakthyaris, nous rencontrons, dans presque tous les tells, des fragments de vases appartenant à cette école. Plus loin, sur le plateau persan, dans la Médie méridionale, et jusqu’à Ragès, près de Téhéran, la céramique susienne a laissé des traces. Je ne sais pas ce qu’il en est dans la Perside et le Seïstan qu'il ne m'a pas été douné d'étudier, mais la même céramique, ou tout au moins une technique et un art inspirés par elle, a été retrouvée dans la Transcaspienne par M. Pumpelly (1), et de nos jours encore, à Kouratchi, se fabriquent des vases de ce style par les mêmes procédés techniques, auquel on a ajouté le véritable tour de potier (2).
Ïl est difficile de dire actuellement si cette poterie des confins de l'Inde est réellement une descendance de celle de Susiane, parce que les pays intermédiaires entre la Susiane et l'embouchure de l’Indus n’ont pas été étudiés de ce point de vue. Si cet ilot d'industrie céramique n’est pas indépendant, il est né à la suite de communications soit. par terre, soit par mer. Dans le premier cas, on doit rencontrer des traces de la même céramique dans la Perside et l'Orient de l'Iran; dans le second, c’est aux points d’eau douce des côtes septentrionales du golfe Persique que les diverses étapes intermédiaires se montreront. Dans tous les cas, cet art n’a pas, semble-t-il, dépassé les bouches de l’Indus et gagné les Indes.
(D) Exploration in Turkestan (1904). Prehistoric (2) J'ai offert des types de la poterie de Kourat- Civilis. of Assan, 2 vol; Washington, 1908. chi au musée de Saint-Germain,
Le fait que cette céramique paraît au Baloutchistan dès les débuts du peuplement de cette région semble indiquer que c’est par voie de terre, peut-être par les deux chemins, que s’est faite la propagation. M.Noetling(1), qui signale ces trouvailles, fait remonter la culture de ces stations à l’industrie néolithique, mais on sait ce que vaut en Orient le terme « néolithique », auquel j'ai dû moi-même renoncer en ce qui regarde l’Asie antérieure. .
Il entrait dans mes projets d'explorer les côtes persanes du Golfe, de m'arrêter à tous les ancrages, de rechercher les traces des établissements antiques, et d’y opérer des fouilles, afin de jalonner la route du cabotage entre la Chaldée et les Indes et de préciser autant que faire se peut l’époque des débuts de ce trafic maritime. C’est dans cet esprit que M. Pézard, attaché à la Délégation, a été envoyé à Bender-Bouchir.
M. Maurice Pézard (2) figure un certain nombre de fragments de vases appartenant à la [le phase de la céramique peinte susienne ; ces débris se sont rencontrés dans toute l’épaisseur du Tell, mais plus spécialement au centre et dans les couches profondes. Il est à remarquer que ces vases ne portent que des motifs géométriques et qu’on n’y voit aucune figuration animale, contrairement à l’avis généralement adopté. Je pense que cette céramique doit être considérée comme moins ancienne que celle représentant des animaux ; que les deux, pendant longtemps, ont vécu côte à côte en Élam, ne dépendant que de la fantaisie de l’artiste, puis que peu à peu, Le goût pour les figures animales cessant, c’est l’ornementation géométrique seule qui s’est conservée en même temps que la technique. Sur le plateau iranien, et jusqu'en Transcaspienne, comme à Bender-Bouchir, on ne rencontre que l’ornement géométrique.
Nous avons vu que la seconde période céramique à Suse et à Tépèh- Moussian a été de très longue durée. J’estime que, dans ce foyer, la figuration des êtres vivants n’a été que la survivance des goûts des artistes de la Ir céramique, modifiés par des influences extérieures, que l’ornement géométrique associé aux représentations animales a fini par dominer complètement, et que c’est alors seulement que cet art s’est répandu dans les pays orientaux, par voie de terre comme par voie de mer.
Dans ces conditions, si mes déductions sont justes, l'expansion de la céramique peinte vers les pays du Levant se serait produite à une époque relativement basse, correspondant à celle du grand développement de la culture et de la puissance de l’Elam, soit au cours du troisième millénaire avant notre ère au plus tôt, comme date de départ; mais il faut tenir compte
© (1) Ueber eine prähistorische Niederlassung im lassungen in Butuchistan, id., 1899, p. 104. oberen Zhob-Thal in Baluchistan, in Zeitsch. f. (2) Op. e., p. 18, pl. IV et pl. VL fig, 1 à 3, Ethnol., 1898, p. 460. Ueber prahistorische Nieder-
du temps qui a eté nécessaire pour que s’effectuñt ce mouvement de proche en proche jusqu'aux dernières limites qu'il devait atteindre et qui, en l’état actuel de notre documentation, sont Anau, d’une part, et Kouratchi, d'autre park.
En ce qui regarde Anau, dès 1909 (1), je me suis élevé contre les conclusions de M. Pumpelly, qui pense pouvoir remonter jusqu'au vrn° millénaire pour le premier habitat qu’il croit être néolithique, vers le ve ou le vi pour la période énéolitique, et propose de faire venir de Transcaspienne l’origine de la céramique susienne, et je me suis rallié à l'opinion de M. H. Schmidt qui, chargé de l’étude spéciale de la céramique de cette mission, incline à voir des influences d’origine occidentale venant enrichir le fonds pauvre de la station transcaspienne (2). Je suis plutôt porté à suivre l’archéologue américain dans toutes ses évaluations chronologiques, quand il place au ru° millénaire les couches d’Anau les plus anciennes, et vers l’an 1006 avant J.-C. la troisième couche. En 1910, M. Hubert (3) partage mon avis quant au rayonnement de l’Elam vers le Turkestan, et, en 1912, M. Ed. Pottier (4) admet cette manière de voir et ajoute : « Je dois dire que pour ma part l’examen des planches qui reproduisent la céramique du North et South Kurgan m'a donné l'impression d’une industrie fortement apparentée à celle de Suse, mais dans un état de: décadence et de dégénérescence plus que de formation. Le décor géométrisé y règne seul; on n'y sent aucun de ces efforts vers les représentations naturalistes, aucune de ces qualités d'invention qui caractérisent les industries primitives à leurs débuts. On y sent, comme dans le géométrique de Ragae et de l'Arménie, des habitudes plutôt machinales. »
Dans la Médie septentrionale et occidentale, on ne rencontre plus que des traces très vagues et fort douteuses de l’influence susienne dans la céramique. J'ai exploré à plusieurs reprises et avec grand soin les sépultures, dolmens et autres du Tâlyche russe et persan et de l'Arménie caucasienne et n’ai trouvé que bien peu de traces des goûts méridionaux dans ces pays du Nord. Le vase offert au Louvre par le baron de Baye (5) me semble être une exception, car dans la région de l’Ararat, où il a été trouvé, Je n'ai jamais rien rencontré de semblable. Mais ces pays ont été tant de fois traversés et retraversés par les peuples les plus divers, qu’on ne peut pas se prononcer quant à l’origine de ce vase.
Je ne crois donc pas que l’influence susienne, en ce qui regarde la céramique, se soit avancée jusqu'aux pays de l’Ararat et, a fortiori, ait dépassé la grande chaîne caucasienne. Assurément, dès les débuts de la colonisa-
(1) Les Premières Civilisations, p. 74 sq. (5) CF. Ep PorTier, Mém. D. S. P., L. XIII, 1912, (2) C£. Mission de M. PumreLey, t. 1, p. 88 et sq p. 73. Note sur des poteries du Caucase. Mém. Soc. (3) Rev. Archéol., 1910, 1, p. 307. Antig. de Fr., 1901, t. LX.
(4) Mém. D. S. P., 1919, t. XIII, p. A.
tion de la Chaldée et de l’Élam, il a existé des relations entre les peuplades transcaucasiennes et le Sud, le commerce de l’obsidienne en fait foi, mais ces matières d'échanges sont assurément passées en de nombreuses mains avant de parvenir aux habitants de Suse ou de Yokha, de telle sorte que le goût artistique susien s’est arrêté en cours de route. Certes, je ne nie pas l'influence de l’Asie sur les nomades des steppes de Scythie, mais je crois que les enseignements du Sud n'ont atteint les plaines de Russie qu'aux temps, beaucoup plus récents, où l'empire du monde était remonté vers le Nord, en Assyrie d’abord, en Perse ensuite, et qu'avant cette époque la culture des peuples septentrionaux est demeurée originale.
En 1909, dans mes Premières civilisations (p. 197-205), je m’ Fe enints ainsi au sujet du rôle qu'a joué la seconde céramique susienne par rapport au développement de cette industrie et de cet art en Occident : « La céramique peinte ne se montre que rarement en Chaldée, parce que, probablement, la conquête de ce pays par les Sémites ne fut effectuée qu'après la découverte de cet art, et peut-être aussi parce que nos recherches dans les sites archaïques étant encore insuffisantes, nous n’en connaissons que peu d’exemples ; mais nous la trouvons largement représentée en Assyrie, en Palestine, à Chypre, en Crête, en Syrie, en Cappadoce, et surtout dans l'Égypte préhistorique »: J'étais loin de penser toutefois que Suse était la seule source d’où étaient sortis les arts céramiques de tout le monde antique, et je m’attachais plutôt à la technique qu’à l’art décoratif qui, forcément, a suivi le génie de chaque peuple, touten bénéferant d’influences étrangères.
M. Ed. Pottier, en 1912 , ne partageait pas entièrement ma manière de voir et disait : « Nous espérons montrer la très grande importance de la poterie susienne dans l’histoire de la céramique orientale, sa diffusion et ses dérivations dans l’Asie antérieure, sans en faire cependant la source unique et primordiale de toute la CARAnE répandue dans la Méditerranée (1). » :
Si nous envisageons la question dans toute son ampleur, nous voyons dans le monde antique deux grands courants céramiques s’etablir: lun, au Nord; dans l’Europe, l’autre au Sud, en Orient et dans la Méditérranée, les deux étant précédés par la poterie « rustique », c’est-à-dire la céramique grossière des débuts de l’humanité.
Dans les pays du Nord, la céramique rustique évolue, se Der uene en développant les moyens primitils de technique et de décoration. C’est un style spécial qui, parfois, produit de fort belles œuvres, comme en
(1) Mém: D. S. P., 1912, t. XIII, p. 69.
Scandinavie, mais les traditions des ouvriers se perpétuent et si l’art se modifie par suite d’influences extérieures, ces modifications ne portent pas sur l’ensemble des procédés. C’est ainsi que les vases peints de l’Europe centrale n’abandonnent rien de leur technique ornementale, de l’incision et du lissage (fig. 151, 152).