‹ La Prehistoire orientaleChapitre 214 sur 308 · AY · texte numérisé non relu

AY

Fic. 159. — Coup de poing en quartzite. District de Cuddapah, province de Madras.

bar et du plateau du Dekkan : on les trouve soit à la surface, soit dans les graviers, dans les districts de Kurnoul, de Guntour, de Nellore, au nord de l’Arkot, au sud du pays de Maharatta, dans bon nombre de localités de la Présidence de Madras. Au nord de cette région, ils sont moins abondants ; cependant on les rencontre, dans les mêmes conditions de gisement, dans les vallées des rivières Nerbouddah et Godaveri, c’est-à-dire sur le versant septentrional du plateau du Dekkan puis au nord des monts Vindhya, dans les provinces centrales. Quelques gisements sont signalés au Radjpoutana et dans le Bengal, à Bihar et Orissa.

Fic. 160. — Disque’en silex brun.

Conté de Mahratta, rivière Mal- Dans toute la plaine indo-gangétique prabba (Indes et sur les pentes de l'Himalaya, l’on ne

rencontre pas trace de l'homme paléoli-

thique. Quant à l'époque des alluvions, les géologues’ de l’Inde n’ont pas encore pu la préciser ni établir un synchronisme entre les phénomènes

glaciaires du massif himalayen et ceux de nos régions. Ils appartiennent

au Quaternaire, cela ne fait aucun doute, mais le Pleistocène indien n’est pas encore subdivisé (1).

Dans l’Arakan, en Birmanie, aux iles Andaman et plus loin vers l'Orient, le Paléolithique ne paraît plus.

Jusqu'ici on ne connaissait que fort peu de choses sur les industries de la pierre à Ceylan. D'après E. Weyranp (2) les instruments qu’on rencontre peuvent se diviser én deux groupes, celui des collines et celui des bas fonds (classification qui montre combien l’auteur est étranger aux choses de la préhistoire). Les silex pygmées sont abondants; quant au type chelléen, il serait représenté par la « hache à main » et le type moustiérien par des racloirs. E. Weyland retrouve même l’Aurignacien ! Heureusement que nous étions à l'avance un peu mieux renseignés par P. et F. Sarazin (3) qui affirment avoir rencontré dans des cavernes des instruments de quartz qu’ils comparent à ceux de notre Magdalénien. Quoi qu’il en soit il semble que dans l’ile on rencontre des formes paléoli: thiques et archéolithiques. Reste à savoir quelle est leur époque.

Les instruments paléolithiques de l'Inde sont, dans la plupart des cas, faits de quartzite, aussi sont-ils très grossiers de facture. Ces pièces présentent toutes les formes que nous connaissons en Europe, depuis la hache . acheuléenne en amande, plus ou moins allongée, jusqu’à la pointe taillée . seulement sur les bords, à grands éclats, et brute au talon. Certaines pièces sont elliptiques, d’autres circulaires, rappelant les disques du Quaternaire occidental, enfin les éclats informes sont nombreux dans les gisements d’outils aux formes déterminées.

Sur la rivière Pénaar, Seton-Karr a trouvé à La surface et dans les alluvions une nombreuse série d'objets faits de pétrosilex, parmi lesquels on voit des pointes et des racloirs de type moustiérien (fig. 161); peut-être bien que l’absence de ces formes dans les autres régions de l’Inde ne sont . dues qu’à la mauvaise qualité des matières soumises à la taille. Nous connaissons, en effet, en Europe et en Algérie, bien des gisements où l'allure primitive des instruments n’est due qu’à cette cause.

L'Inde se présente donc, au point de vue de sa population paléolithique et à celui de la disparition de cette population, dans les mêmes conditions que la Mésopotamie, le Somal, l'Égypte et, aux Indes, comme dans ces dernières régions, il existe un intervalle considérable entre l’époque du dépeuplement et celui de la colonisation de la presqu’ile par de nouvelles

(1) I. Goccin BrRowN, Calal. of the ‘prehistoric 1919. antiquities in the Indian Museum at Calcutta. (3) P.et F. SaraziN, Ergebnisse nalurwissens- Simla, 1917. Introd., p. 1. chaftlicher Forschungen œuf Ceylon. Bd. IV. (2)E. WayLAn, Spolia Zeylanica, vol. XI, part 41, Die Steinzeil auf Ceylon (Wiesbaden), 1908.

couches humaines : ceci n’a rien qui doive nous surprendre ; mais le fait qu'aux temps quaternaires l’Inde a été peuplée, alors que cette péninsule paraît avoir été complètement séparée du monde paléolithique, ést plus dif-

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Fic. 161. — Instruments de type quaternaire. Rivière Pénaar (Hindoustan central). c d Récoltes Seron Karr. Pà

ficile à expliquer : la question se pose pour l’Hindoustan, comme pour l'Amérique du Nord.

Il y a lieu d'observer, toutefois, que les cavernes de Ceylan et de Sumatra ont livré une industrie comparable à celle des Magdaléniens de l’Europe occidentale. Ces gisements diffèrent par suite des matières premières que les troglodytes de ces iles avaient à leur disposition : à Ceylan, le quartz blanc et le cristal de roche, à Sumatra l’obsidienne (1). Mais l’âge de ces industries ne peut être précisé.

: (4) PAUL SARASIN; Neue Lithochrone Funde. im Innern von Sumatra, ds, Verhandl. der Naturf. Gesell. in Basel., vol: XXV, 1914, p. 97-111.

Devons-nous admettre qu’il y a eu communication entre les Indes et l'Afrique ou l'Arabie, par des continents aujourd’hui disparus sous les mers ? C’est peu probable, mais possible cependant, car les fonds marins, dans l’océan ‘Indien, permettent de supposer un temps où la côte africaine de Mozambique. se reliait à Madagascar, aux Seychelles, due même aux Maldives, aux Laquedives et au Malabar.

A l’époque vindobonienne (1) l’Inde se prolonge: e au ee vers les Seychelles, et Madagascar, relié à l'Afrique, s’allongeait au nord vers les Indes. Nous ne savons pas quelle était la géographie de ces parages aux temps postérieurs, mais l’étude comparative des faunes et des flores laisse à penser qu'il y a eu jadis communication entre les deux continents. Ce pont était-il rompu lors de l’époque des industries paléolithiques, il est possible que non et que l’effondrement de ces terres intermédiaires ne se soit produit qu’au moment où disparurent les plateaux de la mer du Nord et ceux de l’océan Atlantique ([Atlantide (2) ?]

Aux Indes (3) nous nous trouvons encore en présence d’un à large Pt séparant les restes de l'industrie paléolithique de ceux de la culture néolithique (? ) spécialement dans le district de Goudjarat, vers les embouchures de Pindus, bien que la pierre polie soit répandue sur toute la surface de la péninsule ; Pabondance des matières premières dans certaines provinces, telles que le nord du Dekkan et le Cauvery méridional, a été la cause de ce que, dans ces régions, les instruments sont plus abondants que partout ailleurs.

Dans la vallée de la rivière Sabarmati, au-dessus des alluvions riches en instruments paléolithiques, est une épaisse couche. de loess, sous forme de collines coupées de vallons creusés parles eaux Dans ces loess on trouve en assez grande abondance des restes néolithiques, alors que les bancs alluviaux moyens ne renferment aucune trace de l'homme. Ces couches correspondent à l’hiatus, c’est-à-dire à la longue période pendant laquelle le pays est resté inhabité.

Bien que l’Inde soit encore très incomplètement explorée, on sait aujourd’hui que l’homme néolithique y à vécu dans presque toute la péninsuleet, plus spécialement, au sud dans les districts de Salem, Anantapour, Kurnoul, Bellary, dans le Nizäm (Haideräbäd), dans les montagnes qui bordent au sud la vallée du Gange, enfin dans le Gouzarate, le Pendjäb,

(1) A. DE LaApPpARENT, Trailé de géologie, 5° édit , 1906, t: III, p: 1607.

(2) L'étude des faunes malacologiques rattache, par la présence des Hélicéens,le Nord del'Afrique, depuis le Maroc jusqu’au Somal, à l'Europe et à l'Asie, alors “He le sud de l'Afrique est relié à Madagascar. M. L. GEnmain (Rech. sur la faune malacologique de l'Afrique équatoriale, ds, A)chiv. Zool.; 1, 1909, p: 1=195, pl. I et 11) montre

par l'étude de la faune qu'ilÿ a éu jadis d'une part communication de l'Afrique Australe avecle Brésil et; d'autre part, qu'il a existé un‘conlinent australo-indo-malgache. Faits qu’affirment également les observations zoologiques en dehors de celles sur les Mollusques terrestres et les constatations botaniques.

(3) CF. J. Goccin BrRowN; Catal. Calcutta Mu: seum, 1917, p. 2, pl: V-VII. :

le Radjpoutana et le Sind; on trouve aussi des instruments CORRE dans le Baloutchistan et l'Afghanistan. |

Les instruments en silex taillés ou polis de l’Inde sont en tout semblables à ceux qu’on rencontre en Occident (fig. 161). Ce sont des ee en silex ou plus souvent en roches cristallines ou en hématite, cristal de roche, etc. affectant généralement une forme triangulaire, d’une taille peu

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Fic. 162. Le Instruments de pierre polie : n° 1 et 2, quartzite (di-trict de Banda. Inde centrale); n° 3, serpentine (?) (district d'Arcot, Madras); n° 4, Monts Chevaray (Madras).

soignée ;: puis on rencontre des nuclei, des percuteurs, des lames, des pointes de flèches d’un travail assez fin (1).

Mais les séries les plus curieuses sont celles qui proviennent du pied des monts Vidhaïjans, dans les provinces de Rewa et de Baghelkhand ; ce sont de petits instruments en silex, agate, jaspe, cornaline, etc., présentant une grande variété de formes entre autres celle de la demi-lune (2)

(4) Cf. I. Woon-Masow, Journ. of Asiat. Soc. of tig , 11° Ser., vol. III.

Bengal, vol. LVII, p. 387-396. < AD. pe MorrTiLzer, Note sur quelques silex

(2) Cf. J. Goccix Brown, 09. cit., p.6sq., pl. VIII. taillés de l'Inde, ds. l'Homme, 1884, p. 145.

J. H. Rivert-CaRNAC, On flint impl. from Cen- Jon ALLEN BROWN, On some small highly spetral Inüia, ds. Journ. of anltiq. and sc. Soc. of cialised forms of stone implements found in Centr. prop. of India, 18t6, et Journ. of Asiat. Asia, North Africa and Europe, ds Journ. Anthrop . Soc. of Bengal, 1877. inst.of Greut-Britain and. Ireland, 1888,vol. XVIII

J. Evans, Some discov. of worked flints near Tomas WiLsoN, Minute stone implements from Jubbalpur in Central India, ds. Proc. Soc. of An- India, 1894 (Rep. of the U. S. nat. Mus. for 1892).

connue dans nos pays (1)et en Égypte, à Hélouan.

-ORIENT. 133

Ges petits outils se

trouvent non seulement à la surface, mais aussi dans les alluvions récentes,

les cavernes et les tumuli où ils sont accompagnés de

poterie grossière, ce qui reporte leur époque à l’ indus-

trie néolithique si ce n’est à l’énéolithique.

Les murs et le plafond des cavernes qui contiennent les silex pygmées sont fréquemment décorés de dessins tracés à l’ocre rouge. On trouve, dans les monts Kaymour, des cavernes dans lesquelles sont figurées de la même manière des scènes de chasse. ;

Il paraîtrait, d'après les archéologues de l’Inde, que le sud de la péninsule n’a jamais connu ni l’industrie du cuivre, ni celle du bronze et que, dans cette vaste

région, les populations sont passées de la pierre taillée:

directement à la connaissance du fer, comme le fait a eu lieu dans certaines contrées de l'Afrique. Mais, dans les provinces septentrionales, l’industrie du cuivre pur aurait été très développée, dans la haute vallée du Gange, le Bengal, le Bihar, les provinces centrales, nord occidentales et le Beloutchistan.

Les objets découverts sont des celts A des

F1c. 163. — Nucléus de silex noir. Rohri. (Sind).

têtes de lance ou des harpons, des poignards, des”

haches, pointes de flèches, bracelets, etc., mélangés

à des objets d’ar-

gent. Ces divers instruments et bijoux sont d’un type spécial aux Indes.

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Fi. 164. — Haches de cuivre; la figure à gauche, hache du di

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strict de Midnapour

(Bengale); les autres figures, haches de Gungeria (Inde centrale).

Puis vient l’industrie du bronze qui est de basse époque. D’après ces données, comme jusqu’à ce jour on n’a pas encore rencontré dans l’Hindoustan trace d'industrie archéolithique, ce pays, après son dépeuplement du Qua-

(1) Cf. A. DE MORTILLET, les Petits Silex taillés à contour géométrique, ds Rev de l'Ec; d’' Anthron. ;

{. VI, nov. 189,6, p. 377:

ternaire moyen, serait demeuré inhabité pendant une très longue période’; puis des hommes connaissant la pierre polie auraient colonisé plus spécialement le sud, enfin le nord seul, c’est-à-dire que les hautes vallées de l’Indus et du Gange auraient reçu des populations connaissant l’usage du cuivre, mais non celui du bronze. .

En ce qui concerne cette industrie du cuivre cantonnée dans le nord de l'Inde, bien que la forme des instruments diffère complètement de celle des objets que nous trouvons dans l’occident de l’Asie, il y a lieu de faire un rapprochement entre ces deux régions, rapprochement qui ne saurait avoir leu si l'industrie du cuivre s’était étendue jusqu’au sud de l'Inde. Jusqu'à nouvel informé l’on peut croire que la connaissance du cuivre, dans le nord de l’Hindoustan, est venue de l’ouest.

Il. — L’Assam, la Birmanie, la presqu’îile de Malacca, le Cambodge. — Quand on s'éloigne vers l'Orient de la péninsule hindoue et qu’on entre dans les pays situés au delà du Brahmapoutre, on ne trouve plus, jusqu'aux confins orientaux de l’Asie, trace d'industries paléolithiques ou

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Fic. 165. — Bracelet et haches de Birmanie : n° 1, schiste siliceux veiné ; n° 2, schiste siliceux gris; n° 3, grès calcaire.

archéolithiques, ou du moins n’en a-t-on pas rencontré jusqu'à ce jour. Ces pays n’étaient.donc pas habités aux temps quaternaires ; s’ils l'avaient été, il est certain que dans les immenses exploitations d’alluvions stannifères de la presqu’ile de Malacca et des îles de la Malaisie, on aurait bien certainement trouvé quelque instrument paléolithique: On objectera que &es alluvions sont post-quaternaires, qu’elles proviennent de:la décomposition des granulites par les agents atmosphériques (1); mais ce n’est pas

(1) CE. J. DE MorGaw, Voie sur la géologie et des Pays voisins (presqu'ile de Malaeca), ds, Anl'industrie minière du ‘royaume de Pérak et nales des Mines, 1886, p. 8 sq. -

L'INDUSTRIE DE LA PIERRE EN EXTRÈME-ORIENT 135 là une raison pour que, dans les remaniements d’alluvions plus anciennes, on ne rencontre pas des objets paléolithiques s’il en avait existé.

En Birmanie et dans l’Assañ on trouve bon nombre d'instruments de pierre polie ; ces outils (fig.165) sont tous du type de ceux du Cambodge dont il sera question quelques lignes plus loin. Ils appartiennent à une industrie de très basse époque dans laquelle les métaux jouaient un grand rôle, industrie assurément de beaucoup postérieure au Néolithique du sud de l'Inde.

En 1885, j'ai publié (1) deux haches polies (fig. 166) rapportées de mon expédition de 1884 dans la presqu’ile de Malacca (2); l’une est en une roche jaune très dure, à grain très fin, l’autre est en schiste vert quart-

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Cenlim etres.

Cerkimelres.

Fig. 166. — Haches polies du royaume de Pérak (presqu'ile de Malacca). Récoltes J. De MorGaw.'

zeux, roches qu’on rencontre communément dans le haut pays. Depuis cé temps, le musée du Trocadéro s’est enrichi d’une assez nombreuse série de

ces instruments.

(2) J'ai donné ces pièces ‘au Musée de Saint-

. (4) Cf. J. ne MorGaN, l’Age de là pierre polie dans la presqu'île de Malaca, ds. l'Homme, Il° an- Germain.

née, n° 46,25 août 1885.

Ces haches diffèrent du type indien en ce qu’elles sont beaucoup plus larges à la pointe et que leurs deux côtés sont presque parallèles; es présentent plus d’analogies avec le type des celts de Somron-Seng, il est donc permis de penser qu’elles appartiennent à la même culture que nous avons déjà rencontrée en Assam et en Birmanie, que nous voyons au Cam-

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