LIT
conduisait les peuples vers le grand progrès, les armes et les instruments de pierre restaient en usage courant soit par tradition pour certaines Géré. monies religieuses, l'ouverture du corps des victimes dans les sacrifices humains, soit parce que le métal était encore de grande valeur. Les maquahuitl, les flèches et bien d’autres armés étaient garnis d’obsidiennes taillées.
Où s’est trouvé le foyer d'invention de la métallurgie ? est-ce au Pérou, au Mexique, en Amérique centrale ? nous ne saurions encore le préciser. Cependant il semblerait que la métallurgie se soit développée sur deux points : l’un sur la côte occidentale, l’autre en Amérique centrale.
Mais ce qui frappe surtout, dans cet état de civilisation dans lequel se trouvaientles pré-Colombiens lors de l’arrivée des Européens dans leur pays, ce sont des cultures très différentes se coudoyant sans se pénétrer l’une l’autre. Cette constatation nous engage à ne pas nous montrer surpris si, dans le vieux monde, bien des concordances sont difficiles à établir, car peut-être n’existaient-elles pas. L'Europe occidentale pouvait en être à la culture magdalénienne quand, en Chaldée et en Égypte, on faisait déjà usage du métal.
Je ne m’étendrai pas plus longuement sur les considérations d'ordre technique. A bien des reprises des savants éminents en ont traité. Si je les ai sommairement passées en revue, c’est qu'elles sont essentielles pour faire bien comprendre dans quelles conditions naturelles se trouvèrent les premiers métallurgistes, quelles facilités ils rencontrèrent, et quelles difficultés ils eurent à vaincre. Quant à l’époque à laquelle se sont produites les découvertes et d’où sont parties, pour rayonner dans le monde les connaissances nouvellement acquises, c’est à l’archéologie, à la légende et à la linguistique qu’il faut s'adresser pour tenter de pénétrer ce mystère, ou, tout au moins pour remonter, aussi loin que faire se peut, les courants qui ont apporté dans nos pays l’usage industriel du métal.
En ce qui concerne les origines de la métallurgie du bronze en Europe occidentale, à plusieurs reprises, j'ai montré qu’il ne peut être question de faire intervenir l'Égypte, la Chaldée ou l'Élam, ces pays ayant reçu d’autres régions la connaissance du cuivre et il en est de même en ce qui regarde le fer (1). Ce dernier métal, dans le sud de l'Asie antérieure, comme dans la vallée du Nil, a certainement été connu dès la très haute antiquité, mais seulement comme substance rare, précieuse, figurant uniquement dans la bijouterie ; ailleurs, vers l'occident, il semble avoir été ignoré beaucoup plus longtemps encore. D'après les renseignements que
((4) Max MuüLcer (Vorlesungen über die Wissensechaft der Sprache, Leipzig, 1886, p. 202) dit que le fer est exprimé par le même mot dans tous les dialectes indo-germaniques (aryens), et que par suite ce métal élait connu de ces peuples avant leur séparalion. Mais cette remarque
n'implique pas que ce sont les Aryens qui ont découvert le fer, tout au plus permet-elle de supposer que ces peuples ont été dans certaines régions les propagateurs de l'usage de ce métal. L'archéologie vient à l'appui de cette hypothèse.
nous possédons ce serait entre Le x° et le xve siècles avant notre ère, seulement, que le fer serait entré dans l'outillage et l’armement des Asiatiques de la Chaldée (1) et de l’Assyrie (2), ainsi que des populations égyptiennes (3), et l’on estime que c’est vers les débuts du premier millénaire avant le Christ que cette industrie se serait propagée dans l’Europe centrale et occidentale, formant la base d’une culture industrielle qu’on désigne, en archéologie, par le nom de période hallstattienne. Cette diffusion du fer dans nos pays n'aurait rien à voir avec la Chaldée, avec l'Égypte, voire même avec le monde égéen, contrées dans lesquelles ce métal aurait été apporté dans la seconde moitié du deuxième millénaire par une branche du flot aryen qui, à cette époque, remonta la vallée du Danube.
Ce n’est donc pas, en fait, l’origine de la connaissance du métal qu'il importe le plus de rechercher, mais bien celle de la métallurgie en tant qu’elle put permettre son usage industriel ; car c’est cet usage qui a joué le grand rôle dans l’évolution du progrès avant les débuts de Ja période historique.
D'accord avec les données de l’archéologie, les auteurs de l’antiquité dont les écrits sont parvenus jusqu’à nous, transmettent des traditions suivant lesquelles l'usage industriel du bronze a précédé celui du fer. Hésiode (4) l’affirme quand il dit : « Leurs armes étaient d’airain (cuivre ou bronze) et d’airain leurs demeures, et ils travaillaient l'airain, car le fer noir n’était pas encore connu. » Lucrèce (5), Varron (6) et Ovide (7) se font aussi l’écho de ces vieux souvenirs.
Dans l’/liade le nom du fer apparait bien plus rarement que dans l'Odyssée et les termes dans lesquels il en est parlé font penser qu’à l’époque où fut écrit ce dernier poème (8), le fer avait remplacé le bronze dans la fabrication des armes, tandis qu'auparavant le métal noir semble avoir été uniquement consacré aux travaux de l’agriculture (9).
Assurément, dans les débuts, le fer a été en défaveur chez presque tous les peuples de la Méditerranée et de l’Asie antérieure, soit pour des raisons d'ordre religieux, soit parce qu’il s’oxydait et se ternissait plus rapidement que le bronze, soit plutôt parce que, ne sachant pas le travailler, on n’obtenait encore qu’une matière spongieuse de qualité très inférieure
(1) Dansles tombes de Warka et de Mougheïr on a trouvé des bijoux de fer (cf. G. RaAwLINSON, The fine great Monarchies, t. 1, p. 99), mais la très haute antiquité de ces sépultures n’est pas prouvée. É
(2) Gf. Vicror PLAce, Vinive el l'Assyrie, Paris, 4867, Becx, Geschichte des Eïisens, I, p. 134. Layarp, Discoveries, p. 174 et 194.
(3) Dans les longues listes de tributs payés par les peuples vaincus sous la XVIII° dynastie le fer n'est jamais mentionné; mais sous la XIX° dynastie (vers 1250 av. J.-C.), ce mêtal paraît dans un
texte d'Abou Simbel. D'après ce texte, « les bras de Ramsès II auraient êté faits par le dieu Ptah, avec du fer,et ses os avec du bronze ». (Cf. Harx, Man, 1903, p. 86.)
(4\ HésioDE, Op. et dies, 150.
(5) Lucr., V, 1285.
(6) Ds. SAINT AUGUSTIN, De Civ. Dei, VII, 24.
(7) Ovine, Fast. IV, 405. Aes erat in pretio; Chalybeia massa latebat.
(8) Od., XVI, 294 ; XIX, 13.