Z., XXIII
à celle du bronze. On coule l’alliage de cuivre et d’étain, alors que c’est par martelage qu'on donne au fer la forme qu’on désire obtenir et seul le fer doux et l’acier obéissent au marteau, le métal chargé d’un excès de carbone est aigre et se brise à la forge, l’acier doit être trempé pour acquérir ses qualités ; quant au fer doux, il demeure toujours plus mou que le bronze et, sous ce rapport, ressemble beaucoup au cuivre pur. Il fallut donc que des métallurgistes consommés, habiles dans leur art, vs apporter des armes meilleures que celles dont on avait fait nsA ge JHsquer là, pour que le fer fût adopté, et encore cette transformation de l'indusurte ne se fit-elle pas sans une période de transition analogue à celle qui avait.
Fi. 181. — Le monde oriental à l'époque de l'empire des Mèdes. (vir siècle avant J.-C.)
accompagné le passage de l’emploi de la pierre polie à celui du cuivre et du bronze. Ces transitions de la pierre au bronze et du bronze au fer s’effectuèrent, dans les diverses régions, à des époques très différentes et furent d’une durée plus ou moins longue dans chaque pays en raison de circonstances locales multiples et de natures très diverses.
Sans aucun doute, en Égypte, en Chaldée, en Phénicie, le fer n’a jamais été un produit indigène, pas plus que le bronze; d’ailleurs ces pays ne renfermaient pas de gites métalliques naturels assez importants pour qu'ils fussent à même de fournir aux besoins, Ces métaux arrivaient d’autres régions, par importation maritime ou terrestre. Ezéchiel (4) ne dit-il pas que Tyr était, de son temps, un important marché du fer, et les Hébreux re-
(1) Ezécniez, XXVIL, 12.
portaient vers les rives orientales et méridionales du Pont-Euxin, au pays de Tubalcaïn, l’origine de la métallurgie. Peut-être doit-on voir dans cette légende de vieux souvenirs apportés de la Chaldée, avec tant d’autres, par le peuple juif (1).
Les nombreux récits légendaires des Grecs sont d'accord pour affirmer que les premières connaissances métallurgiques, considérées d’abord comme sacrées, sont parvenues dans l'Hellade par les iles de l'Orient et l'Asie Mineure, plus précisément par la Phrygie : c’est là le sens général de toutes les fictions relatives aux Dactyles, aux Cabires, aux Corybantes, Curètes, Telchines, ete., c’est-à-dire aux génies métallurgistes. C’est ainsi
Xp NES VA QE?
ie
F1G. 182. — Le monde, d’après les Hébreux.
que, dans un fragment de poème extrêmement ancien, /« Phoronide (2), il est dit que les Phrygiens, les premiers, découvrirent, dans les bois des montagnes, l’art de l’ingénieux Vulcain, trouvèrent le « fer noir » et le soumirent au feu. Pour Strabon (3), Diodore de Sicile (4) et d’autres encore, les inventeurs du fer furent également les Dactyli qui résidaient en Phrygie, et, suivant un passage perdu d’'Hésiode cité par Pline (5), ces . mêmes Dactyles auraient été les métallurgistes du fer dans l'ile de Crète. La chronique de Paros fournit même la date de cet événement et le place en 1432 avant notre ère, c’est-à-dire au temps des Kamessides, coïncidence
Conservé par le Schol. d'Aroz. Ru., I, 1129.
(1) Les Égyptiens du Nouvel Empire paraissent ) ) STRAB., Géogr., V, 64.
(2 avoir reçu le fer du Soudan, de la région de Mé- (3 roë, où se voient aujourd'hui les restes de très im- (4 portantes exploitations des minerais ferrugineux. (5
Dion, Sic., XVII, 7.
Pune, VII 57. Drop. Sic , V,67.
frappante ; car nous savons que C'est vers cette époque que l’usage du fer s'est généralisé en Égypte.
Clément d'Alexandrie attribue également aux Dactyles la découverte du fer, mais il la place en Chypre (1), puis à Samothrace (2).
Les Cabiri, dit le scholiaste d’Apollonius de Rhodes, venaient eux aussi de la Phrygie et de là, ils se rendirent dans Samothrace (3), puis à Lemnos et à Imbros (4).
Les Cabires, comme les Dactyles, sont qualifiés d’Labiles dans la forge, de puissants par le feu et leurs pratiques sont entourées de rites religieux. Plus tard, leur culte se répandit au loin, jusqu’en Egypte : ils avaient, à Memphis, un temple qui, d'après Hérodote (5), fut profané par le Perse Cambyse.
Enfin, les Corybantes ont suivi le même chemin de la Troade à Samothrace, puis à Chypre (6), et, d’après Strabon (7), les Telchines auraient été les premiers à mettre en œuvre le cuivre et le fer (8).
Ainsi les traditions grecques concordent d'une manière frappante avec celles des Hébreux. Les Hellènes attribuent les origines de la métallurgie à des génies qui, tous, seraient venus du Nord ou du Centre de l'Asie Mi- neure pour aller s’établir dans les divers districts miniers de la Méditerranée orientale et dans les grands centres tels que Memphis, où leur industrie se pouvait développer largement.
Les ouvriers du fer (9), Chalybes et autres, ont leurs destinées liées à celle des Phrygiens. peuple dont le rôle semble avoir été si important, non par lui-même, mais par ses congénères ; car nous pouvons suivre, en le remontant, le cours de sa migration, avant qu’il fût parvenu en Phrygie (10).
Dans le dénombrement qu’il nous a transmis de l’armée perse, alors que le Grand Roi passait l’Hellespont pour marcher vers l’Attique, Hérodote (11) s'exprime ainsi quant aux Phrygiens : |
Suivant les Macédoniens, les Phrygiens se nommaient Briges tant que ces peuples restèrent en Europe et demeurèrent avec eux; maïs, passés en Asie, ils changèrent de nom en changeant de pays et prirent celui de Phrygiens.
Et plus loin : {es Arméniens étaient armés comme les Phrygiens dont ls sont une colonie.
(1) STRom., I, p. 360 [Potterl].
(3) CF. Lucr., VI,1042, anneaux aimantés de Samothrace. 5
(4) Schol., Avoir. Ru., Arg., I, 917. Hom., LL, XXIV, 753.
(5) HéRopore, III, 37.
"(6) PLurarcx., De fac, [Reiske|.
(7) Srras., X, p. 472. Lycopur., Al. 48.
tun., t. IX, p. 722
(8) C£. L. pe Launay, Diet. Saglio, art. « Ferrum », t. IL, 2e partie, p. 1079.
(9) Escuyre, Prom., 42, Aporz. Ru., Arg., I, 1001. HÉRODOTE, 1, 38.
(10) J'ai traité de cette question en 1889 dans mes Recherches sur les origines des peuples du Caucase, t. IT, p. 112, cartes, fig. 6 et p. 121), et en 1919 dans mon Histoire du peuple arménien, (p. 36 sq.)