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Fe. 340. — Epées et poignards hallstattiens de l'Europe occidentale.
la région caucasienne. Je citerai: pour Koban la hache, les:figurines de bronze, et les agrafes de ceinture, comme étant les plus caractéristiques; pour l’Arménie russe, les épingles à grosse tête et les épingles longues; certaines fibules curieuses de Djélall:Oghlou, quelques pendeloques en
forme de clochette, les anneaux-monnaies qui, dans l'Occident, étaient remplacés pour cet usage par la hache à douille, la hache double et des ling'ots.
Mais, à côté de ces formes spéciales, il en est beaucoup qui se retrouvent dans toute l’Europe, ou tout au moins qui rencontrent leurs analogues.
Fic. 341. — Poteries incisées des îles Cyclades.
Les épées et les poignards hallstattiens de l’Europe centrale et oceidentale (fig. 340), sont à comparer avec ceux du Tâlyche et de Koban, de l’Arménie russe. On voit dans les deux régions les poignées à antennes, les boutons de bronzé terminant la poignée et des formes de lances droites, évidées, garnies ou non de nervures.
Les fibules à arc, si caractéristiques de Koban et qu’on retrouve en Arménie russe, se rencontrent dans toute l’Europe.
Fi. 342. — Poteries incisées de la mer Égée; n°1, Cyclades; n° 2, Chypre; n° 5, Milo.
Les ceintures garnies d’une feuille métallique estampée ou gravée, fréquentes au Tälyche et dans l'Arménie russe, se retrouvent à Hallstatt, à Ukermark (Brandebourg), en France dans le département du Doubs et dans celui de la Côte-d'Or, à Panges.
Les bracelets des tumulus de la France (Saône-et-Loire, Doubs, Jura, Côted'Or, ete…..)de Bavière, de Hallstatt rappellent ceux du Tälyche et les types en spirales de Koban se voient dans la vallée du Danube, en Scandinavie, etc...
336 \PRÉIHISTOIRE ORIENTALE
de
Le torque, si commun dans les sépultures du LAbphe-ai Lelwar et de l'Osséthie, est également abondant dans toute l'Europe. et joue un grand rôle chez les Celtes. | |
La poterie incisée, qui ne se montre en Orient qu'avec l'usage de ler, apparait en Europe dès l’industrie néolithique (Hg. 341). Elle prend, dans .
Fic. 343. — Poterie incisée et peinte du duché de Bade. Méditerranée, des caractères spéciaux dès les temps fort anciens (fig. 342), et, avec l’apparition du fer offre, dans l’Europe centrale, de véritables œuvres d'art (fig. 343 et 344), très supérieures à tout ce que nous connaissons en ce genre dans le nord de l'Asie antérieure.
Fr. 344, — Poterie incisée et peinte du duché de Wurtemberg.
Nous avons vu, en parlant du Tâlyche, que la face humaine est quelquefois représentée en terre cuite (lg. 260), ces sortes d'images se montrent aux temps de l’industrie du bronze, aussi bien.en Scandinavie que dans les iles méditerranéennes (fig. 345)
Enfin, parmi les motifs artistiques, le chariot que nous voyons sur les ceintures du Lelwar se retrouve en Hongrie sur un vase, figuré en incision rappelant les procédés et le goût d'Hélénendortf (fig. 346).
Fire. 345. — Poteries anthropoïdes. N° 1 et 2, Chypre ; n° 3, Hissarlik ; n° 4, île de Moën, . (Danemark); n° 5, Ile de Seeland.
Au Caucase et dans le nord de la Perse nous n'avons jamais rencontré, comme mode d’ensevelissement, que l’inhumation directe. Ce rite a été suivi dans toute l’Europe, de même que partout les dolmens du bronze ont été réoccupés par les gens du fer. Mais, à l’inhumation, l’Europe a joint
F1c° 346. — Char attelé de chevaux, sur un vase d'argile incisée de l'industrie du fer. Oerdenburg (Hongrie).
l’incinération, dont on trouve de multiples exemples aussi bien à Hallstatt que dans les nécropoles de la Gaule et de l'Espagne. « La culture hallstattienne, dit Déchelette (1), considérée dans son
(1) Manuel, t, TI, p. 588.
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ensemble, a occupé un vaste territoire qui s'étend de la péninsule ibérique, au sud-ouest de la Hongrie. » Ce que nous venons de voir élargi singulièrement le champ de cette civilisation mais ne donne pas la solution quant à son origine,
Cette culture de Koban, du Lelwar et du Tâlyche est-elle solidaire de la connaissance du fer ou s’est-elle développée indépendamment de la métallurgie sidérique ? Son origine est-elle orientale, ou occidentale, ou européenne centrale ? Nous ne pouvons encore nous prononcer mais il est à remarquer que le hallstattien de l’Asie caucasienne semble être beaucoup plus ancien que celui de nos pays (1). Cependant il ne parait pas avoir la priorité sur les autres industries du fer de l’Asie antérieure, car deux mille ans avant son apparition le métal noir était connu en Chaldée comme en Egypte, et il existait chez les Asianiques (Lelwar) une civilisation du fer très avancée et probablement beaucoup plus ancienne que le hallstattien des mêmes pays.
De ces considérations il résulte qu’on est autorisé à croire multiples les foyers de l'invention du fer, et à penser queles diverses opinions émises par les partisans de l’origine unique sont bonnes pour la plupart, qu'on place la découverte du fer dans la Transcaucasie, le plateau persan, l'Asie centrale, le Caucase, l'Arménie, le Pont, l’Europe centrale, voire même la Gaule ou l’Ibérie occidentale. Il se peut que toutes ces hypothèses correspondent à la réalité des faits, et que la culture hallstattienne ne soit, par rapport à la diffusion de la connaissance du fer, que le foyer secondaire le plus important, celui qui a joué le plus grand rôle dans l’évolution de l’humanité en Europe; mais il semble probable que cette culture artistique est née alors que les tribus, qui la devaient adopter plus tard, ne connaissaient encore que le bronze, et que c’est au contact des Asianiques de la Transcaucasie et du Pont qu’elles ont appris la métallurgie sidérique.
Cette hypothèse semble être la plus acceptable; car, nous l'avons vu au début de cette étude, toutes les traditions reportent le foyer du fer vers les pays du nord de l'Asie antérieure. Les Hallstattiens ne seraient pas en ce cas les auteurs de cette découverte. Ils constitueraient seulement une grande vague humaine qui aurait débuté avec une industrie du bronze et n'aurait connu le fer que plus tard en cours de route. Les nécropoles de Samthavro, de Rédkine-Lager, de Koban et d'Hélénendorf (pars) dateraient de cêtte époque à laquelle les Aryens, dans leur marche lente vers l'Occident, sont entrés en possession du fer, alors que les tombes du Tälyche et de Arménie russe nous montrent une évolution accomplie déjà depuis plusieurs siècles.
(1) Cf. Dr. Wizxe, Archüologische Parallel aus, ds. Zeitsch. . Ethnolog., Berlin, 1904, p. 39-104, dem Kauhasus wnd den unteren Donauw ländern, (Industrié du fer).
Le principe de la classification généralement adoptée aujourd’hui quant à la propagation en Europe de l’usage industriel du fer, repose sur ce fait qu’on admet la contemporanéité presque absolue des objets de l’Europe occidentale et centrale avec les objets similaires de l'Italie et de l'Orient, d’où la conclusion que toute l'Europe est passée aux mêmes époques par les mêmes phases de la vie artistique et industrielle (4). C. Jullian, avec raison, n'accepte pas cette hypothèse et, à fortiori, ne la peut pas admettre en ce qui concerne les pays du nord de l'Asie. En ce qui regarde l'Europe, Déchelette suit, dans son manuel, les idées de O. Montelius. Mais les conclusions du savant suédois ne sont pas sans éveiller bien des doutes. N'a t-on pas vu O. Montelius accorder aux débuts de la ville de Suse une antiquité de dix-huit, puis de trente mille ans ! alors que l’on doit reporter la fondation de la capitale de l’Elam au cours du VI° millénaire avant notre ère, tout au plus. |
Le langage, la culture artistique, la nature ethnique sont trois éléments complètement indépendants les uns des autres et ce serait un bien grand tort que de les confondre. Il se peut fort bien, en effet, qu’un peuple araynisé en ce qui regarde la langue, doué d’une culture caractérisée par l’usage du bronze, soit devenu métallurgiste du fer, tout en conservant ses goûts artistiques antérieurs, puis ait modifié sa culture par suite du contact avec les vieilles civilisations de l'Asie antérieure et de l'Égypte. On voit par cet exemple hypothétique, mais rationnel, combien est compliquée et difficile l'étude des tribus dans leur phase métallurgique antérieure à l'histoire, même alors que les peuples voisins écrivent leurs annales et nous renseignent quelque peu sur les peuplades encore sans histoire.
(1) C. JuLuran, Hist. de la Gaule, t I, 1903, p.162, note 3.