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HUE. ON

362 PR ÉHISTOIRE ORIENTALE

terminatifs cunéiformes, mais leur existence même permet un rapprochement avec le même usage dans la vallée du Nil. En ce qui regarde les hiéroglyphes hittites et crétois, ces écritures n'étant pas encore déchiffrées, il est impossible de se prononcer quant à l’existence ou à l’absence des déterminatifs . #4

Si nous envisageons, dans leur ensemble, les divers systèmes hiéroglyphiques usités en Asie antérieure, dans les iles et en Égypte, dans la haute antiquité, si nous tenons compte de l’aire géographique occupée par chacun d’eux, nous sommes amenés à penser que ces systèmes ne sont pas complètement indépendants les uns des autres et qu’ils descendent d’une origine pictographique commune. Les récentes divulgations de l’archéologie, quant aux affinités ethniques chez les peuples divers de cette partie du monde, viennent à l’appui de cette hypothèse que les légendes et les traditions confirment également, et qui de jour en jour paraît être plus plausible. On peut donc se représenter l’évolution de l’art d'écrire, dans le proche Orient, comme ayant suivi le processus suivant :

Au début, après La fin des cataclysmes pleistocènes, vivaient quelque part dans le nord de l’Asie antérieure des peuplades qui possédaient la pictographie, et ces peuplades, se partageant en divers groupes, sont descendues vers le Sud pour coloniser les régions dépeuplées et celles nouvellement sorties des eaux. Ces groupes en prospérant, pour répondre à leurs besoins, ont tiré des principes pictographiques primitifs la notion des hiéroglyphes, la développant en suivant leurs tendances personnelles, et il est résulté de ces efforts séparés les systèmes hiéroglyphiques élamite, chaldéen, hittite, crétois, égyptien et, peut-être, d’autres encore dont nous n'avons pas retrouvé les traces. Dès lors, dans chacun des districts, l'écriture s'est modifiée pour satisfaire aux besoins locaux et répondre aux moyens matériels spéciaux à chacune des régions, d’où la naissance dés diverses écritures que nous rencontrons dans le monde antique, d’où mélange des conceptions par contact plus ou moins direct des peuples, d’où, également, diffusion des systèmes les mieux appropriés aux exigences des langues. Et cette évolution de la pensée se serait produite parallèlement aux autres progrès, en même temps que l'expansion colonisatrice.

En Elam, les fondateurs de la première ville de Suse montrent, par leurs peintures céramiques, qu’ils en étaient encore au passage entré la pictographie et l'hiéroglyphe, alors qu’en Chaldée nous ne possédons que des notions sur la transition entre l’hiéroglyphe et le signe cunéiforme linéaire, et qu'en Égypte l'hiéroglyphe semble avoir été introduit tout établi, quelque peu avant la construction du monument funéraire de Négadah.

En, Crète, chez les Hittites, où nous ne voyons pas trace de La picto-

graphie originelle, l’hiéroglyphe aurait aussi accompagné, comme en Égypte, comme en Elam et en Chaldée, l'établissement des premières colonies.

Je le répète, ce ne sont, en ce qui regarde la pictographie originelle, que des hypothèses; mais ces suggestions sont si plausibles que je n'hésite pas à les proposer, Le dessin, et par suite la figuration pictographique, semblent être, dans nos pays de l'Occident européen, nés au cours des industries archéolithiques (Magdalénien) et ils correspondent presque à l'apparition des procédés mnémoniques (1) dontles cailloux peints du Masd’Azil nous ont révélé l’existence. Nous sommes donc en droit d'accorder à la pictographie originelle des systèmes hiéroglyphiques du proche Orient une antiquité tout aussi reculée et de penser que le passage à l’hiéroglyphe s’était opéré déjà, chez presque tous les groupes, quand, sortant du pays de

leurs pères, les Asianiques se sont lancés dans la colonisation.

(1) GarcizLASSo DE LA VEeGa (Primera parte de . nouées ont simplement servi à Lenir des comptes los Commentarios reales, Cap. 1) considère les dans ce pays où l’on ne possédait pas l'écriture. qauipus du Pérou comme étant une écriture mné- Les teneurs de comptes étaient désignés sous le monique. C'est une erreur. Ces cordeleltes nom de gquipucamayocs.

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Conclusions générales.

Avec l'avènement du xx° siècle, une grande clarté s’est levée sur les origines de l'humanité ; et si, d’une part, la connaissance de nos ancêtres au point de vue zoologique n’est pas encore très avancée, par suite de l’extrême rareté des documents, d’autre part, les études archéologiques ont progressé avec une surprenante rapidité, grâce aux efforts d’une plèiade de savants, étudiant les diverses parties du monde. La muraille de l’inconnu recule chaque jour ; et, chaque jour, il nous est permis de pénétrer plus avant dans ces âges qu'il y a trente ans à peine on considérait encore comme appartenant au domaine de la fable.

Un siècle n’est pas encore écoulé depuis que Boucxer DE Penrues (1836) a tracé la voie aux recherches de la préhistoire humaine, et ces études, parties d’une modeste sablière- d’Abbeville, ont, aujourd’hui, conquis le Monde. Toutes les nations s’y adonnent avec passion, toutes étudient leur sol avec la plus louable des émulations. Mais la France, dans ce domaine, a conservé cette suprématie qui lui était due grâce à ses magnifiques découvertes de la seconde moitié du xix° siècle. Partout elle a su garder cette maîtrise des premiers temps, c’est à elle que revient l’honneur d’avoir répandu la lumière sur la préhistoire orientale, après avoir ouvertes toutes grandes les portes de l'Histoire, en Égypte, en Chaldée, en Élam et en Phénicie.

Il ne faudrait pas croire, toutefois, que nous soyons parvenus à la connaissance complète de la vie de nos prédécesseurs sur cette terre ; nous nous arrêtons encore à ces époques auxquelles l’homme etla nature confondaiént leurs efforts dans des industries indéfinissables. Au delà de la période quaternaire, plane le doute, alors que l'esprit est porté à voir dans la faune des dernières époques tertiaires, paraître l’hominien, luttant, pour la vie, contre de terribles ennemis. Ce doute scientifique s’étend sur le monde entier.

L'homme est-il venu sur la terre descendant d’un être unique (monogénie), ou bien a-t-il plusieurs origines (polygénie) ? Nous l'ignorons et ne sommes même pas en droit de proposer la moindre des conjectures; mais

le spectacle de l'humanité actuelle, l’existence de groupes humains si différents les uns des autres au point de vue de leurs caractères physiques et du développement de leur cérébralité, nous autorisent à penser que, dans les époques primitives, il a existé des hominiens plus primitifs encore que ceux qui ont survécu jusqu'à notre temps, que ces êtres inférieurs ont disparu, soit qu'ils ne fussent pas doués d’une vitalité sulfisante pour surmonter les difficultés de la vie, soit qu’ils eussent été exterminés par leurs congénères, moins primitifs qu’eux-mêmes. Ne voit-on pas, de nos jours, en dehors des abominables destructions auxquelles se livrent les Européens, disparaître peu à peu des peuplades, dès qu’elles se trouvent en contact avec la civilisation, parce que cette civilisation même est au- ‘dessus de leur puissance vitale ? ai

Quel a été le berceau des hominiens, cet Eden dont les religions ont gardé sinon le souvenir, du moins l'intuition ? Devons-nous le placer sur les côtes de la Mésogée de H. Douvillé, de cette mer qui faisait une ceinture au globe terrestre et sur les bords de laquelle, dès les temps géologiques secondaires, la vie s’est intensifiée : hypothèse plausible, mais seu- ‘Jement hypothèse.

Le problème des origines orientales, aussi bien que celui des débuts de la civilisation occidentale, est encore enveloppé de bien des ténèbres. Malgré les grands progrès réalisés depuis ces trente dernières années dans la préhistoire des plus anciens foyers de la culture humaine, nombreux sont les faits encore inexpliqués. Pour ces époques reculées, ce n’est pas d’ailleurs l'Orient seul qu'il convient d’envisager; car l'Orient, qui n’a fait que suivre le cours de l’évolution mondiale, n’est qu’une province dans l'immense empire des plus anciens humains dont les traces soient parvénues jusqu'à nous. Il m’a donc fallu entretenir le lecteur des événements auxquels le monde entier a pris part, avant d’exposer les conditions dans lesquelles l’humanité s’est développée dans le berceau des civilisations modernes, en dépit de perturbations sans nombre, de difficultés imposées par les lois inflexibles de la nature.

Vers la fin des temps glaciaires, de cette époque troublée par des cataclysmes géants dont on retrouve les traces dans toutes les parties du monde, l’homme vivait dans de vastes régions, mais, semble-t-il, n’habitait pas tous les continents favorables à son existence : certaines parties des terres, aujourd’hui émergées des mers, semblent avoir été négligées par nos précurseurs, alors que, certainement, une partie de leur domaine s’est, depuis cette époque, effondré sous les mers. |

Ces notions relatives à la répartition de l'humanité quaternaire sur le globe, nous les déduisons des découvertes des restes de ses industries. Tout d’abord paraissent les vestiges de la civilisation du Paléolithique

ancien avec ses instruments de types dits Chelléen, Acheuléen et Moustiérien. Nous ne pouvons cependant pas affirmer que les êtres, qui taillaient à grands éclats le coup-de-poing, étaient les seuls hominiens qui vécussent alors à la surface de notre planète. Il se peut fort bien que d’autres représentants du genre zoologique auquel nous appartenons, moins avancés que les artisans paléolithiques, où pourvus d'industries d’autre nature, aient vécu, soit sans fournir de traces, soit en laissant après eux des vertiges que nous ne reconnaissons pas, où ne savons pas encore interpréter, Et il est possible que les régions qui nous semblent avoir été inhabitées, aient été peuplées, elles aussi.

Jusqu'ici toutes nos observations, toute notre attention, se sont portées sur les industries de la pierre ; mais les minéraux ne sont pas les seules matières dont l’homme primitif ait pu tirer des avantages pour améliorer ses conditions d'existence ; il est peut-être, probablement même, des industries, basées sur d’autres substances, dont nous ne nous faisons aucune idée, qui nous échappent entièrement,

Quoi qu’il en soit, nous savons qu'aux temps des industries du coupdé-poing, dans l’hémisphère boréal, d'immenses surfaces étaient occupées par des champs de neige et des glaciers, et que là, l'homme ne pouvait pas vivre ; aussi dans ces régions ne trouve-t-on pas de traces de son existence. Tels sont les pays scandinaves, l'Islande, le Groenland, la majeure partie des îles Britanniques, l'Allemagne du Nord, la Russie d'Europe presque entière, les plateaux de l'Arménie, de l'Iran, de l'Asie centrale, les îlots glacés des Alpes, des Pyrénées, de l'Atlas, des Carpathes, de l’Asie mineure, des montagnes de l’Arabie (?), de l’Abyssinie, de l’est et du sudest de l'Afrique, ete..…., pour l'Ancien Monde. Tout le nord des États- Unis, les montagnes Rocheuses, les Andes, etc..., pour les nouveaux continents. ,

La zone occupée par l’homme paléolithique était encore très vaste ; celle dans laquelle vivait l’artisan du coup-de-poing s’étendait sur tout l'Occident européen, jusqu'au sud de l'Angleterre et à la Belgique, comprenait la Mésopotamie, la Syrie, l'Arabie, toute l'Afrique du nord, de l'est et du sud. Les récentes’ découvertes en témoignent. Mais la pénin- -sule italique, en grande partie, et les iles méditerranéennes paraissent navoir pas été peuplées à cette époque.

A ce domaine principal du coup-de-poing, il faut ajouter deux ilots d'industries, sinon complètement semblables, du moins analogues, l’un dans le centre de l’Hindoustan, l’autre dans l'Amérique du nord, provinces aujourd'hui géographiquement séparées du groupe de l'Ancien Monde dans lequel a régné l'instrument chelléen, mais qui, vraisemblablement, n’ont pas toujours été isolées. Il se peut d’ailleurs que ces inventions soient

là d’origine locale et n’aient pas été enseignées par des influences extérieures.

Comme on le voit, les plus grands territoires chelléens appartiennent à l'Afrique; on serait done tenté d’attribuer à ce continent un rôle prépondérant dans la découverte et la propagation de cette industrie paléolithique; mais ce serait supposer que la découverte du coup-de-poing s’est produite dans un foyer unique et que, de ce centre, cette forme d’instruments se serait répandue dans les autres régions. Nous ne sommes pas en droit de formuler une semblable hypothèse, parce que le coup-de-poing est un instrument fort simple qui, contrairement à ce qu’on admet généralement, découle de la pointe dite moustiérienne, outil plus simple encore, et que nous avons la certitude que ces deux formes, si proches parentes, sont nées en Australie et au Japon, à des époques relativement récentes, sans qu'il y eüt influence extérieure. Le fait qui s’est passé dans la grande île océanienne et dans l'empire du Soleil Levant peut avoir également eu lieu sur un grand nombre de points, soit presque en même temps, soit à des époques diverses. De ce que le coup-de-poing, dans l’Europe occidentale, présente une valeur de chronologie relative, nous n’en pouvons pas déduire qu’il en est de même partout où cette forme se rencontre; dans l’Afrique septentrionale, entre autres, l'industrie paléolithique (sensu stricto) paraît avoir prolongé son existence longtemps après sa disparition de l’Europe.

Quoi qu'il en soit des origines de l’industrie chelléo-moustiérienne, bien que nous ne puissions pas lui attribuer une valeur chronologique certaine fournissant la même date relative dans les différentes parties de son domaine, il n’en est pas moins constaté que, dans les régions européennes, dans l'Asie antérieure, l'Égypte et le nord de l'Afrique, cette industrie était florissante vers la fin du Pleistocène. Son artisan vivait donc à cette époque dans de très vastes territoires, durant les phénomènes glaciaires de l'hémisphère boréal.

Depuis longtemps déjà, dès le Pliocène, se passaient d'importantes oscillations affectant Le relief de la croûte terrestre et ce sont, pense-t-on, ces mouvements qui ont changé le climat, qui ont amené une période très longue de condensations atmosphériques et fait naître le régime glaciaire.

Vers la fin de l’industrie paléolithique (sensu stricto) dans nos régions se sont produits de nouveaux mouvements de l'écorce, oscillations qui, abaïssant l’altitude des réceptacles de neige, et supprimant les barrières qui, dans l’océan Atlantique, arrêtaient les courants marins venant du Sud, ont provoqué la fusion des immenses nappes de glace dont nous avons montré l’étendue, tant en Europe qu’en Asie. En même temps que fon-

daient les glaces, tombaient des pluies torrentielles, l'humidité de l’atmosphère ne se condensant plus sous forme de névés : ces pluies, d’ailleurs, hâtèrent la fusion des glaciers de telle sorte que, dans nos pays, d'énormes torrents d’eau balayèrent le sol, le ravinant ou le couvrant d’alluvions suivant leur intensité, s’élançant vers la mer dans des directions variables, avec une violence qu’on à peine à se représenter. Et là où les ravages ne lurent pas causés par des trombes d’eau, d’autres phénomènes, conséquence de la fusion des glaciers et de l’état atmosphérique, ont été cause de semblables désastres.

Ailleurs, sous les tropiques, là ou les glaciers ne pouvaient jouer qu’un rôle secondaire, les pluies, peut-être plus intenses entore que dans les régions septentrionales, remplirent toutes les cavités de l’écorce terrestre résultant des plissements du sol au cours des temps tertiaires; il se forma de vastes lacs dont le niveau, grandissant sans cesse, atteignit vite les plus bas points des bords de leur cuvette. Il se produisit alors une série de formidables débâcles dont les résultats furent analogues à ceux de la fonte des glaciers et de la débâcle des lacs glaciaires.

Dans quelques régions, telles que le plateau persan, ceux du Tibet et de la Mongolie, les Montagnes Rocheuses, ete..., les lacs dont leseaux, ne parvenant pas à déborder les montagnes qui les environnaient, demeurèrent sans écoulement, alors que dans le reste du monde se produisaient des débâcles.

Ainsi, pour des raisons différentes, provenant toutes cependant de la mème cause : l’humidité intense de l’atmosphère, il se produisit en Europe, comme dans l’Asie antérieure, comme en Afrique, aux Indes et dans le Nouveau Monde, de formidables inondations qui, couvrant d'immenses surfaces, par flots irréguliers, souvent répétés pendant une assez longue période, balayèrent l’humus, la flore et la faune, ne laissant derrière elles qu’un désert caillouteux et de larges vallées plus ou moins remplies d’alluvions. Tout le pays devint désertique, il conserva son affreuse aridité, dans les régions brûlées par le soleil; se recouvrit peu à peu de végétation, dans celles plus favorisés par les pluies, puis l’èrc d’asséchement commença. |

Au cours de ces inondations successives, la plupart des animaux furent détruits et leurs cadavres, entraînés par le courant, en même temps que les arbres déracinés, que les pierres et les rognons de silex arrachés aux couches sédimentaires anciennes, échouèrent, plus ou moins déchirés, sur les bancs de sable, furent enterrés dans les alluvions. Aussi rencontrons-nous en abondance des ossements dans les graviers. L'homme, qui, comme les autres êtres, habitait plutôt dans les vallées que sur les hauteurs, eut certainement le même sort que le gibier dont il faisait sa nour-

riture; mais ses os, comme ceux de tous les petits animaux, trop fragiles pour résister aux chocs de ce transport brutal, ont été brisés, réduits en miettes et nous n’en rencontrons plus de traces, alors que ceux des grands Pachydermes comme les Rhinocéros ont survécu. Souvent, d’ailleurs, on rencontre ces gros ossements en fragments polis et striés par les matières dures qui les ont accompagnés dans leur transport. La mâchoire de Moulin-Quignon, si toutefois elle appartient à l’homme quaternaire, serait l'un des rares témoins de cette destruction de l’humanité paléolithique (sensu stricto) par le cataclysme diluvial.

Certes, la population ne fut pas, alors, anéantie tout entière; bien des hommes comme bien des animaux échappèrent, soit que les campements fussent situés sur des éminences à l’abri des eaux, soit que les habitants de certaines vallées eussent eu le temps de s'enfuir; et ce sont ces familles, des dolichocéphales, échappées au désastre, dont les enfants ont, en se multipliant, commencé le repeuplément du globe. Les races nordique et méditerranéenne sont aujourd’hui leur descendance. C’est alors, après le cataclysme et mêine pendant qu’il s’achevait, qu'ont débuté les civilisations archéolithiques, variant de nature suivant les lieux et suivant les temps, s’adaptant aux nouvelles nécessités de la vie.

Il y eut certainement alors des migrations de tribus, se mouvant dans des espaces relativement restréints, à la recherche de districts fertiles et giboyeux ; mouvements dont nous ne pouvons apprécier ni l'intensité, ni la direction. Cependant, il paraît certain qu’ils modifièrent du tout au tout la répartition de la population, que, pour la plupart, les anciens centres furent abandonnés, et que de nouveaux se créèrent. La nature physique de l’homme, vivant dans des milieux complètement transformés, se modifia elle-même, car il n’est aucune raison pour ne pas appliquér à l’homme, quel que soit son degré d'avancement intellectuel, les lois qui régissent lés transformations des animaux, lois dont nous constatons l'existence, mais dont les formules nous échappent.

En étudiant les caractères physiologiques de l’homme, les médecins ont constaté que « l’organisme, par une sélection poursuivie de générations en générations, et fixée par l’hérédité, s'adapte aux conditions climatériques et nosologiques auxquelles il est soumis, si bien qu'actuellement chaque race possède ses prédispositions propres (4) ».

Assurément, la portée de cette observation peut et doit être généralisée quant aux modifications de la mentalité et à celles qu’entrainent forcément. dans les mœurs et dans les goûts les changements de la nature physique.

C'est une question dont l'étude est certainement fort difficile, mais sur

(1) Dr. P. Bonérans, De l'éxpérimentation sur l'homme, etc. Bordeaux, 1905,

laquelle, semble-t-il, l’atténtion ne s’est pas éncore assez portée, bien que son rôle soit capital dans l’évolution des cultures humaines. Il est des plus concluant de rétablir, autant que faire se peut, l’ambiance dans laquelle ont véeu les divers groupes d'hommes, tant au point de vue du climat qu’à celui de la nourriture et des moyens de se la procurer ; puis il importe de comparer l’existence de chacune de ces tribus à celle des peuplädes nos contemporaines placées, par la nature, dans les mêmes conditions de vie. Certes, on a fait déjà bien des rapprochements généraux entre les civilisations éteintes et celles dont nous pouvons encore être les témoins; mais ces comparaisons peuvent et doivent être envisagées en con- Riérast des types localisés dans les sde anciens et dans les époques modernes. La préhistoire n’est autre chose qu’un premier chapitre d’études ethnographiques.

J'ai mis en parallèle la culture rue de l'Égypte et celle des Iles de la Société au xvre siècle de notre ère, mais l’on peut aisément étendre cette méthode, sinon pour les industries paléolithiques (sensu stricto), du moins pour les cultures archéolithiques. A l’Aurignacien

(faune de toundras) correspondent les peuplades de la Sibérie et du nord de la Russie, au Solutréen (climat froid) on peut comparer la vie des Kamtchadales, celle des Patagons, des gens de la Terre de Feu. Et je ne parle là que des peuples qui ont habité nos régions.

Après les grandes inondations, des groupes humains, plus où moins nombreux, avaient survécu dans l’Occident de l’Europe, en Tunisie, en Algérie, peut-être aussi en Syrie et dans le nord de lAsie antérieure et sur beaucoup d’autres points du globe dont l’étude n’est pas encore assez avancée pour qu'il soit possible de les marquer sur la carte. Là où l’homme a survécu, paraissent les restes de ses industries, et ces restes que, dans nos pays, nous distinguons en les qualifiant d'industries archéolithiques, présentent sur tout le globe un faciès spécial permettant généralement de les séparer des industries paléolithiques (s. st.) et néolithiques. La constatation de leur présence établit, d’une manière indiscutable, la survivance de l’homme ailleurs que dans les régions dontil vient d’être parlé; en Mésopotamie, dans la vallée du Nil, aux Indes, la destruction, semble-t:1l, aurait été complète, car on constate l’existence d'un long hiatus entre le Paléolithique et la pierre polie, probablement même le métal, hiatus correspondant à la période pendant laquelle ces régions seraient demeurée; sans habitants.

Alors que le monde entier était plongé dans la plus affreuse barbarie, que les ténèbres régnaient sur l’univers, une lueur surgit dans l'Asie antérieure, lueur que répandaient les premiers fourneaux métallurgiques, et cette lueur, peu à peu, allait se transformer en une lumière d’un tel

éclat que ses rayons éclaireraient un jour tous les continents.

Mais bien des milliers d'années s’écoulèrent avant que le progrès sortit de la petite province où il était né, province fermée, limitée par des murailles presque infranchissables. C'était au nord la grande chaîne du Caucase, à l’est les montagnes de l'Iran, au sud les sables du désert africain, partout ailleurs la mer. L’Anatolie, la Transcaucasie, la Mésopotamie, la Syrie, l’'Égéide, l'Arabie et l'Égypte formaient ce monde dont la pensée devait, un jour, commander à l’univers.

Dans cet étroit espace se tenaient divers peuples issus des gens qui avaient échappé aux désastres quaternaires, et ces peuples si proches voisins vivaient bien certainement dans une même communauté de pensée; il n’en pouvait être autrement. Là sont nées les connaissances essentielles du progrès : la métallurgie, la céramique, le tissage, l’agriculture, l’élevage du bétail, la figuration pictographique de la pensée : et, lorsque séparés, établis chacun dans les terres qu’ils venaient de coloniser, ils ont vécu de leur vie propre, chacun développa suivant son génie les principes communs, et les diverses civilisations s’éloignèrent les unes des autres, les plus riches faisant partager aux autres les connaissances utiles qui leur étaient particulières. Il y eut certainement aux débuts une communauté d'idées, de là cette unité d'ensemble qu’on rencontre dans les civilisations de cette province pendant plusieurs millénaires; mais, bien longtemps encore, la civilisation ne sortit pas de cette région privilégiée et le reste du monde continua de marcher dans les ténèbres.

D'où sont venues les peuplades qui, quelques millénaires avant notre ère, ont peuplé la Mésopotamie, l'Elam, la Chaldée, l'Égypte, les îles de la mer Égée? nous l'ignorons, mais nous savons que certaines de ces tribus étaient déjà fort développées qnand elles se sont montrées. Les proto-Susiens connaissaient le cuivre, le tissage des étoffes, la céramique. Ils possédaient un art fort spécial, très avancé, extrêmement stylisé. Ils étaient pasteurs et agriculteurs. En Égypte, les prédynastiques jouissaient également d’une belle civilisation et j’estime avoir prouvé qu’ils tenaient cette culture, de l'Asie. La colonisation de l’Elam, les migrations qui ont amené le mélange des Sumériens et des Akkadiens, celles qui ont fait entrer les Asianiques dans la vallée du Nil sont les plus anciens mouvements des peuples orientaux dont nous ayons connaissance, et nous avons vu qu'il est bien difficile de situer ailleurs que dans le nord de l’Asie antérieure, pays des métaux, le foyer d’où serait parti le premier essor civilisateur.

Aux dangers des inondations succédèrent, en Orient, d’autres difficultés pour l’homme, d’autres causes de mouvements des tribus. Des peuplades, venues on ne sait d’où, s’étaient installées sur les cours d’eau etprès des sources; mais les grandes pluies s’étaient depuis longtemps .

calmées peu à peu et, dans tout le sud de l’Asie antérieure, en Arabie, dans le nord de l’Afrique commençait cette période de sécheresse qui se poursuit encore de nos jours. La plupart des pays de faible altitude se changèrent lentement en solitudes stériles, les rivières devinrent intermittentes, puis s’asséchèrent, les sources disparurent et, dans bien des pays, l’homme fut contraint à l'émigration.

C’est, fort probablement, à l’asséchement de la péninsule arabique qu'est due l’arrivée des Sémites (les Akkadiens) dans la Chaldée déjà peuplée d’Asianiques (les Sumériens), et cette hypothèse se trouve être fortifiée par toutes les traditions chaldéennes qui font venir les Sémites du sud, par mer, non pas en une invasion brutale, mais par infiltration lente, continue, qui se serait poursuivie pendant de nombreux siècles.

Nous ne connaissons rien de la préhistoire de l’Arabie, ni des conditions dans lesquelles ont pu vivre, sur le sol de cette péninsule, les survivants aux inondations pleistocènes, si mêmé il y en eut; mais nous savons, par les stations énéolithiques abandonnées qu’on rencontre en plein désert syro-arabique, que l’homme 2 été obligé de quitter beaucoup de ses établissements par suite de la disparition des sources.

Quand on se trouve en présence d’une migration humaine Ac par des preuves certaines, comme c’est le cas pour la venue des Akkadiens en Chaldée, la première pensée doit être d’en rechercher les causes dans des phénomènes naturels; car c’est plus tard seulement que l’aftrait du pillage semble avoir été le principal mobile des invasions. Ce n’est pas dans cette dernière raison que nous devons chercher le mouvement vers Le nord des Akkadiens.

Les pays du sud de l’Arabie sont aujourd’hui d’affreux déserts. (Dakhna, Roba-el-Khali, etc...), mais n’ont pas toujours été aussi stériles. C’est à peine si l’on voit aujourd’hui quelques oasis, non loin- de la côte méridionale du golfe Persique. Dans ces immensités de sable on rencontre de nombreuses vallées, sèches de nos jours, mais où jadis coulaient des. rivières. C’est de là, bien certainement, que dans des temps extrêmement éloignés de nous, sont partis par petits groupes, les Sémites qui, parvenus au bord de la mer, sur des côtes brûlées par le soleil, sont montés sur leurs barques et ont ainsi gagné la plaine marécageuse des deux fleuves, apportant des notions inconnues des Sumériens, leur culte entre autres qui, mélangé avec celui des Asianiques, donna naissance à la religion chaïdéenne. Ces gens ont dû chercher longtemps, sur les côtes dénudées du golfe et de l’océan Indien, avant de découvrir la Chaldée qui sortait à peine des eaux. Deux grands fleuves arrosaient cette plaine fertile entre toutes les terres, abondante en gibier et en poisson: c’était le Paradis pour les gens des sables.

Certains auteurs considèrent les Sémites comme originaires du nord de l'Asie, d’autres leur accordent l'Arabie pour berceau; ce ne sont là que des hypothèses et je partagerais plutôt l'opinion des derniers que celle des premiers; car si les Sémites étaient venus du Nord, ils auraient dû traverser soit le plateau iranien, soit la Chaldée; or, en ces temps le pla: teau iranien était inhabitable, couvert de névés d’abord, de marais ensuite, et nous ne trouvons en Mésopotamie aucune trace de leur passage, car, après les inondations quaternaires, cette région parait être demeurée pendant longtemps complètement inhabitée.

Mais, si nous ne pouvons expliquer par une cause naturelle le mouvement des Sémites vers la Chaldée et la formation du peuple suméro- . akkadien, il n'en est pas de même en ce qui regarde la colonisation de l'Égypte.

Comment s’est peuplée la vallée du Nil? Les archéologues qui on traité de la question sont d’opinions très partagées. D'après certains textes, ce serait par une migration venue du pays de Pount, contrée qu’on croit être l'Arabie (Hedjaz ou Yémen) et ces gens de Pount n'auraient pas été des Sémites. D’autres archéologues estiment que c’est de Chaldée, au travers de la péninsule arabique, qu’est venu le vieux fond de la population prédynastique; mais cette hypothèse ne saurait être soutenue, en raison des obstacles que les colons venus des bords de l’Euphrate auraient eus à surmonter pour se rendre dans la vallée du Nil.

Si l’on étudie les plus anciennes migrations humaines dont l’histoire nous est connue, on constate que les mouvements, même les plus importants, se sont toujours opérés par cheminement de proche en proche, sans que les groupes humains qui se déplaçaient semblent avoir eu la notion de leur itinéraire entier, du but final de leur exode. Ce n’est qu’au cours des temps historiques, qu’on voit partir des expéditions avec un objectif défini. Or, pour venir de Chaldée dans la vallée du Nil, au travers de lArabie, les émigrants auraient dù posséder des connaissances géo: graphiques que bien certainement ils n'avaient pas. Ne dévaient-ils pas; en effet, traverser une immense région, alors déjà en partie désertique, puis d'importants massifs montagneux, passer la mer, enfin s’engager de nouveau dans un désert, pour atteindre un fleuve dont assurément ils ne pouvaient qu'ignorer l'existence.

Une autre explication de la colonisation de l'Égypte est celle qui fait venir dans ce pays, de proche en proche, des Libyens. Cette hypothèse paraît être la plus rationnelle, en ne considérant que le fond de la population Cependant, si elle a eu lieu, cette migration se serait produite en même temps, où très peu s'en faut, que celle des Asiatiques, arrivés par la grande voie naturelle entre la Chaldée et Le Nil, c’est-à-dire, d’aborden

remontant la rive droite de l’Euphrate, puis par des vallées presque toutes asséchées aujourd’hui, en gagnant le Haurân et, par la Palestine et le Sinaï, atteignant le Delta.

L'influence asiatique sur les hanttants prédynastiques de la vallée du Nil ne fait plus de doute aujourd’hui que les récentes découvertes en Chaldée et en Elam ont apporté une foule de documents plus probants les uns que les autres, et cette constatation est d’une incomparable valeur, car elle prouve l’antériorité de la culture chaldéo-élamite sur les débuts de la civilisation pharaonique. Le fait, aujourd’hui, est indiscutable.

Mais, en Égypte, on ne trouvé pas trace d'une culture ayant de beau-

- coup précédé celle importée de l'Asie, c’est donc soit que le pays n’était

pas peuplé, soit que les divers éléments, que les égyptologues pensent devoir faire entrer dans la composition ethnique des premiers Égyptiens, sont arrivés dans la vallée du Nil en même temps, ou peu s’en faut, que les Asiatiques. Les découvertes faites en Haute-Égypte ne contredisent pas cette hypothèse, car nous nous trouvons parfois en présence de faits, de formes et d'usages certainement étrangers à l'Asie: la diversité des modes d’ensevelissement des morts est de ce nombre.

On s’est appuyé, pour faire venir du pays de Pount les débuts prépharaoniques, sur le fait que ces débuts se sont passés en Haute-Égypte et non däns le Delta, qui se trouvait sur la route des gens arrivant de la Syrie. Mais le Delta était-il sorti des eaux à cette époque? était-il habitable? et, en ce dernier cas; n’a-t-il pas été lui-même oceupé? Les stations de la Basse et de la Moyenne-Égypte, celles du Fayoum, d’'Hélouan, d'Abou-Roach ne sont-elles pas la preuve matérielle de la colonisation de la basse vallée du -Nil ? N'est-ce pas pour des raisons politiques que les conquérants asiatiques ont établi leur centre dans le Saïd? N'est-ce pas afin de tenir en respect ces hommes aux cheveux crépus, des Africains, qu'on voit figurés sur les plaques de schiste ? Sommes-nous certains qu'il ne s’est pas manifesté, en Thébaïde, des velléités d'indépendance de la part de l’élément non asiatique de la population, qu’il ne s’est pas formé, même, un rudiment de pouvoir politique que les Asiatiques durent étouffer pour assurer leur propre règne ? La vallée du Nil était un bien trop précieux pour qu'on ne dût pas s’efforcer de la posséder en entier.

C’est également par la voie de l'Euphrate et du Haurân ou de la Coele- Syrie que sont venues de Chaldée les tribus qui, à plusieurs reprises, ont peuplé de Sémites la Phénicie et la Palestine : mais ces colons ont peutêtre trouvé dans le Liban soit des émigrés contemporains de la venue des Suméro-Akkadiens en Égypte et apparentés avec eux, soit des popula: tions issues de familles échappées aux inondations. Ces Sémites, nous dit: on, seraient venus soit du golfe Persique, soit des côtes de la mer Rouge.

Il ne serait pas rationnel de penser que, lors des mApyenes des peuples qui ont colonisé la Chaldée et l’'Elam, la Syrie serait restée en dehors de ces invasions. Pour les tribus venues du nord, comme pour celles arrivant du sud, la grande voie de l'Euphrate demeurait toujours Dur et, au milieu des grandes solitudes de la Chaldée et de l’Arabie, Li Syrie se présentait comme un luxuriant oasis, comme une contrée désirable ; l'homme, bien certainement, n’a pas négligé les précieux avantages que lui offraient les vallées fraîches du Liban, de PAnti-Liban et du Haurân ; c’est par cette voie que 2.000 ans environ avant notre ère, Abraham ses rendu d’'Ur à Memphis et, dans cet exode, il a laissé des colons en Syrie.

La région montagneuse du Liban était-elle peuplée déjà ? avait-elle conservé quelques familles échappées aux flots diluviens ? Oui, si nous en croyons certains archéologues qui pensent trouver dans les cavernes de la - Phénicie des restes d'industrie archéolithique. Cependant l’étude de ces stations ne paraît pas être bien coneluante ; l’existence d'industries morphologiquement apparentées à l’Aurignacien et au Magdalénien de nos pays, bien qu’affirmée par certains auteurs, est loin de s’imposer. N’a-t-on pas, d’ailleurs, en Égypte, pris pour une civilisation aurignacienne des stations qui manifestement appartiennent à l’Énéolithique le mieux caractérisé ? N’a-t-on pas voulu à tout prix combler cet hiatus dont la constatation dérangeait les vues théoriques des partisans de l’universalité des industries de la pierre? C’est dans le même esprit qu'ont été faits les travaux dans les cavernes syriennes, il est donc permis de formuler des réserves à ce sujet.

Quoi qu'il en soit, qu'il existât ou non un noyau de population descendant des hommes paléolithiques dans les districts voisins de la mer, ce n'est pas cette poignée d'habitants qui a pu avoir une grande influence sur le peuplement définitif de ces régions. La Syrie s’est trouvée comprise dans l’ensemble de l’Asie antérieure méridionale, elle a reçu des Asianiques, des Sémites, peut-être aussi des Égéens émigrés lors de la disparition de leur patrimoine sous les eaux de la Méditerrrnée, et pour la plupart ces mouvements des peuples doivent être considérés comme antérieurs, ou tout au moins contemporains, de la colonisation de l'Égypte par les Asianiques. Les récentes découvertes en Syrie et dans le Sinaï montrent que, dès les débuts du régime pharaonique, les Égyptiens possédaient de solides points d'attache dans les provinces asiatiques limitrophes de leur domaine nilotique. Ces points d’attache ne sont autres que des témoins du passage des pré-pharaoniques dans les régions, lors de leur marche vers la vallée du Nil. Il était, au point de vue politique, essentiel aux Pharaons de les conserver.

Telles paraissent être, d’après les données que nous possédons actuel-

CONCLUSIONS GÉNÉRALES LAGTT

lement, les grandes lignes des débuts de la civilisation dans le sud de l'Asie antérieure et dans la vallée du Nil. Certes cet exposé contient encore bien des hypothèses, ne repose que sur des bases bien fragiles ; mais les faits positifs reconnus en Chaldée et en Elam d'une part, en Égypte d'autre part, obligent à ces conclusions en ce qui regarde les régions intermédiaires entre les deux foyers les mieux étudiéé. Il semble donc rationnel d'accorder aux événements la succession suivante.

1° L’Asie antérieure méridionale et la vallée du Nil sont inhabitées à la suite des grandes inondations quaternaires ;

2° La Chaldée et la basse vallée du Nil sortent des eaux de la mer, par suite des apports des grands fleuves ;

3° Colonisation de la Mésopotamie, de la Chaldée et de l’Élam, de la Syrie (?) par les Asianiques venus de pays inconnus, probablement du nord de i’Asie antérieure;

4° Chassés de leur pays par la sécheresse, les Sémites Akkadiens se répandent dans la Chaldée, mais n’envahissent pas l’Elam ;

5° Mouvements de peuples, dans l’Asie antérieure méridionale, causés par l'asséchement du sol ; les Suméro-Akkadiens se répandent sur tous les points restés Fe de la Mésopotamie et de la Svrie; pour des raisons de même nature des mouvements de peuples s’opèrent dans le nord de l'Afrique et en Arabie.

6° Des géns du pays de Pount, des noirs de l’Afrique centrale (?) et des bandes libyennes viennent s'installer dans la vallée du Nil.

7° Les Asianiques, continuant leur expansion vers l’Ouest, pénètrent dans la vallée nilotique et, beaucoup plus avancés en civilisation que les gens qu'ils y trouvent installés depuis peu, les soumettent à leurs lois et fondent peu à peu l’empire thinite de l'Égypte.

En même temps les civilisations suméro-akkadienne (en Chaldée) élamite (en Susiane) se développent parallèlement, la première composée des cultures akkadienne et sumérienne qui se combinent, la seconde purement asianique.

Nous avons vu que l'hypothèse d’un rayonnement direct du foyer initial commun vers la Chaldée et l'Égypte, sans relations entre ces deux pays, n’est guère admissible et que la Chaldée parait avoir joué le rôle d’intermédiaire entre le foyer initial et l'Égypte.

Quelles dates assigner à ces diverses phases du progrès dans le monde oriental ? Aucune échelle chronologique ne nous vient en aide. Il est donc prudent de s’abstenir de: toute évaluation ; tout ce que nous pouvons dire est que ces faits se sont passés antérieurement au V° millénaire avant le Christ; car dès que paraissent les dates historiques (Naram-Sin vers le xxxvin® s. av. J. Gr) .), nous nous trouvons en présence des civilisa- :

Lei

crc

378 SPRÉHISTOIRE ORIENTALE

tions très avancées de grands empires solidement constitués dont l’incubation, forcément, a exigé bien des siècles. ;

Pendant que l’Asie antérieure, dans sa partie méridionale, et l'Egypte se préparaient ainsi à leurs grandes destinées, il se passait, dans les pays du Nord, en Europe, comme en Asie, des phénomènes naturels dont les conséquences devaient, elles aussi, être d’un grand poids dans l’avenir du Monde, |

Avec la disparition des grands glaciers scandinaves et l’asséchement du lac Aralo-Caspien, alors que les hauts plateaux de l'Asie se couvraient de nappes d'eau, que les grands fleuves de l'Extréme-Orient prenaient naissance, que les terres surélevées de l’ran, de l’'Hindou-Kouch. demeuraient non seulement inhabitables, mais infranchissables, les portes s'ouvraient entre l’Europe et l’Asie septentrionale, régions qui, pendant toute la durée des temps glaciaires, n’avaient eu entre elles aucune communication.

Certes, le front des glaciers russes n’est pas constamment resté presque en contact avec les rives du lac Aralo-Caspien ; les fleuves de glace, comme la nappe d’eau, ont éprouvé des mouvements d’avance et de recul, mais, en cas de recul, les terres qui les séparaient, largement inondées par la fonte des glaces, sillonnées par des courants impétueux, n'étaient franchissables n1 pour l’homme, ni pour les animaux. :

L’affaissement du centre glaciaire scandinave, la disparition des terres atlantiques, l’établissement, dans cet Océan, de courants chauds, tout en précipitant la disparition des grands champs de neige du nord de lEurope, apportèrent en Occident de profondes modifications dans le climat, et le pôle du froïd, chassé de la Scandinavie, s’éloigna vèrs l'Orient, entrainant avec lui toutes les conséquences d’un climat ultra-continental, d’une froïdure telle que, peu à peu, la vie disparut dans ces immenses plaines sibériennes où, pendant que la majeure partie de l’Europe était glacée, paissaient les Eléphants.

La Sibérie, malheureusement, n’a pas encore été assez étudiée pour que nous puissions nous faire une juste idée de ce qu’a été la vie dans cette immense région, avant que le froid soit venu la rendre inhabitable, Nous savons de quoi se nourrissaient les derniers des grands Pachydermes, : ceux dont les cadavres nous ont été conservés par les glaces, mais cette nourriture n’était plus alors qu’un moyen de fortune pour ne pas perdre la vie. En Sibérie, comme dans nos pays, les Éléphants ne se seraient pas établis si, au temps de leur venue, le climat avait été en pareille opposition avec les conditions d’existence de leur famille. Les Pachydermes, comme le Rhinocéros, comme l’Hippopotame sont des animaux de pays chauds à grande végétation, S'ils sont venus en Sibérie, c’est qu’en un

temps le nord de l'Asie a joui du climat qui convenait à leur existence et s'ils en ont été réduits à se nourrir de maigres végétaux nordiques, c’est que, d’une part, ils ne trouvaient plus d'autres éléments de subsistance, et que, d'autre part, emprisonnés entre l’océan Glacial, au nord, les glaciers à l’ouest, et d’immenses murailles montagneuses au sud, ils ne pouvaient émigrer; ainsi leur perte était fatale. ;

Nous ne possédons que fort peu de preuves de l'existence de l’homme en Sibérie, alors que le Mammouth y vivait encore, mais ces preuves sont suffisantes pour que nous puissions affirmer scientifiquement qu’il a vécu dans la Sibérie séparée du reste du monde. D'ailleurs, ne posséderionsnous pas ces preuves matérielles, que les flots d'hommes qui, pendant plusieurs millénaires, sont sortis de ces steppes, pour s’écouler sur l’Europe, sur l'Orient méditerranéen, sur l'Iran, sur l’Inde, sur la Chine nous obligeraient à conclure que la Sibérie a été l’un des principaux réservoirs d'hommes du globe, le plus grand, peut-être, à coup sür le plus important par le rôle que les peuples qui en sont sortis ont joué dans le monde. |

Ainsi l'homme a véeu en Sibérie. alors que cette vaste région ne possédait aucun moyen de communiquer avec les autres parties des continents habités ; son installation dans le nord de l’Asie est donc antérieure à la fermeture des communications, à moins qu’il soit né dans la Sibérie même. Or, cette fermeture des communications est prodigieusement ancienne, car les phénomènes glaciaires ont occupé une partie des temps pliocènes, temps au cours desquels leur intensité surpassa celle du Pleistocène, ces derniers n’étänt que la suite, la fin des premiers.

Au Pliocène, l'homme, s’il a existé, n’était certainement encore qu’un hominien très primitif. Nous nous trouvons donc en face d’un dilemme de la plus haute importance au point de vue des origines humaines, si l’on ne découvre pas, un jour, une voie d’accès de la Sibérie au cours des temps glaciaires, découverte qui parait être bien peu probable.

Nous nous trouvons donc soit en présence d’une humanité post-glaciaire descendant d’hominiens tertiaires, soit en face d’une création locale entraînant, comme conséquence non seulement la pluralité des espèces humaines mais aussi celle des centres d'apparition du genre Homo; les caractères physiques des tribus qui, lors de l'ouverture de la porte aralo-caspienne, ont commencé leur exode paraissent être en faveur de cette seconde opinion.

On n’a pas trouvé, jusqu'ici, d'instruments de type me dalo tt en Sibérie, on y rencontre seulement des outils de forme spéciale, en pierre éclatée, et cette constatation n’a rien qui doive surprendre, elle vient même prouver l'indépendance de la Sibérie, au Pleistocène, par rapport au

reste du monde, et le développement de ses hominiens sur eux-mêmes. Certainement les Sibériens, comme les Australiens, auraient pu inventer le coup de poing, et la présence de l'arme ne dans les steppes ne changerait en rien les considérations d'ordre général qui précèdent, et auxquelles son absence donne plus de force encore : ne savons-nous pas que les indigènes les plus anciens de l'Amérique méridionale et centrale n’ont pas connu le coup de poing, que si l’homme paléolithique a vécu dans ces parages, il s’est créé une industrie particulière, répondant à ses besoins, mais n’ayant de commun, avec nos industries quaternaires, que les formes imposées par les nécessités et par le bon sens ?.

Quand, dans les plaines sibériennes, le froid fit son apparition, ce fut d’une manière insensible ; car ce n’est pas en un jour, ou en un siècle, que le pôle du froid a parcouru les 115° de longitude environ, qui séparent sa position quaternaire (1) de celle qu'il occupe aujourd’hui (2), dans le voisinage de Verkhoiansk, sur la rivière Iana, à l’est de la Léna. L'homme et les animaux s’accoutumèrent insensiblement à la froidure et à la transformation de la flore. Les Pachydermes se revêtirent d'une épaisse toison, se contentèrent de bourgeons de Mélèze et des autres végétaux nordiques; puis enfin, ils succombèrent.

L'homme, doué de facultés de résistance et d’assimilation plus grandes que les animaux, continua pendant longtemps de vivre dans ces plaines glacées ; il se réfugia dans les vallées méridionales, dans les contreforts du gigantesque massif de l'Asie centrale, mais enfin, poussées par les nécessités de la vie, et, peut-être aussi, contraintes par des peuplades plus malheureuses encore qu’elles, quelques tribus ‘s’ébranlèrent, cherchant soit à l’ouest, soit au sud, des régions où la vie fût moins difficile. C’est alors que commencèrent à s’écouler ces flots humains qui, par vagues successives, envahirent l'Europe, refoulant au nord et au sud les descendants des hommes quaternaires ; les Indes en chassant devant elles le vieux fond dravidien de la population; l'Iran, presque entièrement désert encore, bien que peuplé dans sa partie occidentale de colonies asianiques dispersées dans ces vallées. Et ce courant, qui parait avoir débuté dès les temps auxquels, dans J’Occident européen, florissait la belle culture magdalénienne, ne s’est arrêté qu'au xvue siècle de notre ère, devant la. ville de Vienne. |

Parmi ces séries de vagues, la plus importante, du point de vue des destinées mondiales, fut certainement celle des peuples de parler indoeuropé en dont les s premières invasions, en Oceident, semblent étre contemporaines de l’industrie mésolithique, et dont les dernières nous appa-

(1) Env. Long. or. 20° Gr.

(2) Long. or. 133 Gr. Lat. N. 68° à 4° env. en dedans du cercle polaire.

raissent dans l’histoire sous le nom d’invasions des barbares, à moins que nous envisagions les tendances des races germaniques à s'étendre vers l'ouest, de même que la colonisation du Nouveau Monde par les Européens, comme la continuation de ce mouvement vers l'Occident des peuples issus de la Sibérie.

Nous n’avons aucune donnée sur ce qu’étaient, au point de vue ethnique et linguistique, les premières vagues humaines qui sont sorties de la Sibérie : peut-être ce flot a-t-il colonisé une partie de PAsie antérieure, peut-être renfermait-il des gens de parler anaryen ou vaguement apparenté au groupe Indo-Européen ; mais il est à peu près démontré que, parmi ces vagues très anciennes, paraissent bientôt des hommes de langue aryenne qu'on peut, sans trop grands risques d’erreur, confondre pour une bonne part, avec le type brachycéphale, jusqu'alors inconnu dans l'Occident. ;

On ne peut pas affirmer cependant que type physique, langage et culture soient solidaires: Si nous admettons que les Aryens étaient des brachycéphales, ce qui semble étre probable, nous devons faire observer | que nous rencontrons aujourd’hui des dolichocéphales qui, aryanisés, ont oublié le langage de leurs ancêtres, pour adopter celui des nouveaux venus, etil en est de même pour les civilisations ; car rien ne prouve qu’il ait jamais existé une culture indo-européenne attachée au parler.

Dans leur exode, par vagues successives, les gens de dialectes indoeuropéens ont chassé devant eux, absorbé ou frôlé en passant, de nombreux peuples dont ils ont certainement reçu bien des conceptions ; et c’est ainsi que se sont formées ces nombreuses cultures dont l'archéologie nous révèle l’existence. Croire à une origine simple pour l’une quelconque de ces civilisations serait commettre la plus grave des erreurs. N’avons-nous pas vu que la culture pharaonique, l’une des plus homogènes qui jamais ait été, était complexe, et son origine composée d’éléments étrangers au pays ; que la civilisation chaldéenne est, pour le moins, le produit de deux éléments différents, et ces mêmes éléments, que nous considérons comme simples, ne sont probablement eux-mêmes que des composés peut-être très complexes. Quel que soit le point de l'Ancien Monde vers lequel nous tournons les yeux, dont nous cherchons à analyser la civilisation, nous nous trouvons en présence d'éléments disparates, d'origine multiple.

Les flots de langue aryenne n’ont pas seulement recouvert l’Europe centrale, nordique et occidentale, certaines de leurs branches, de pouvoir colonisateur variable, se sont étendues vers l'Orient méditerranéen ; c’est ainsi qu’est né le monde hellénique, avec ses diverses phases ; que se sont peuplées, au détriment des Asianiques, certaines parties de l’Asie mineure, du monde égéen, lesiles de la Méditerranée orientale ; que l’Iran a été con-

quis sur la nature par les Mèdes et les Perses, peut-être aussi par des vaœues indo-européennes plus anciennes que ces deux peuples historiques ; que l'Afghanistan et le nord de l’Inde se sont peuplés d’Aryens, où tout au moins d’aryanisés par le langage ; que les Dravidiens de la péninsule hindoue ont été chassés vers le sud ; que des tribus plus primitives encoré se sont réfugiées dans les montagnes, où certains de leurs deséendants vivent encore de nos jours.

Après bien des siècles, le réservoir sibérien s’est presque complètement épuisé de gens de parler aryen; mais il existait d’autres groupes humains qui, bien certainemént, avaient joué un rôle très important dans ces mystérieuses plaines du nord de l'Asie, qui, peut-être, avaient con- traint les tribus aryennes à la migration. Des groupes de ces peuples, de parler touranien (Tures, Mongols) sont apparus en Occident, derrière les derniers flots aryens, et ont suivi la même direction que leurs devanciers, la marche du soleil. Ce sont lès Huns, pères des Hongrois ; les Finlandais, les Mongols, qui se sont avancés jusqu'au centre de l'Europe; les Turcs, destructeurs de l’éempire byzantin, tous ces Anaryens qui ont succédé aux Slaves dans la marche vers l'Occident.

Il ne faudrait pas croire que les vagues humaines qui, pendant tant de siècles, sont venues déferler sur l'Ancien Monde fussent composées de millions d'hommes. Bien loin de là, ces hordes comprenaient quelques centaines de milliers d’étrés seulement; mais c’étaient des enfants perdus, des sans patrie, décidés à tout pour se créer une place au soleil. Ils étaient redoutables pour les populations devenues sédentaires, et, malgré leur contact, bien des fois séculaires, avec les peuples civilisés, certains d’entre eux font encore obstacle au progrès. Dans les couches aryénnes ellesmêines, n'est-il pas dés peuples qui, tout en bénéficiant des œuvres de leurs voisins, ont conservé le mépris qu’avaient leurs ancêtres pour les lois de la morale publique. | |

Parmi ces vagues, l’une des plus intéressantes est, sans contredit, celle des Celtes, tribus auxquelles avec juste raison, semble-t-il, on attribue la civilisation dite de Hallstatt.

Je ne m’étendrai pas sur les migrations bien connues de ce groupe humain, dont la venue a été d’une si grande importance pour les pays occidentaux, une pareille étude sortirait du cadré que je me suis tracé, mais je ne puis me dispenser de dire quelques mots de sa culture. |

Fort bien caractérisée dans tout l'occident et le centre de l’Europe, la civilisation hallstattienne dont on trouve tant de traces dépuis les côtes de l'océan Atlantique jusqu'aux embouchures du Danube, reparaît en Transcaucasie et dans le nord-ouest de la Perse, présentant uüne foule de liens communs avec la même culture dans nos contrées, et il est impossible de

nier que, dans ses divers stages, tant en Europe que dans les pays caucasiens, elle fait preuve d’une étroite parenté de goûts et de procédés industriels.

Pour venir d'Asie centrale en Europe, les Hallstattiens ne disposaient que d’une seule voie de migration, celle qui passe par le nord de la mer Caspienne; car toute autre route par le sud leur était barrée par des obstacles naturels ; ce sont donc les steppes de la Russie méridionale qui ont assisté au passage de leurs tribus. Comment se fait-il, dès lors, qu’on retrouve leurs traces dans la Transcaucasie et le nord-ouest du plateau iranien ? |

Deux hypothèses peuvent être soutenues : ou bien les Hallstattiens, campés dans les steppes russes, ont traversé la grande chaîne du Caucase, soit par les gorges du Dariall, soit par les portes de Derbend, où bien une branche de leur nation, cherchant un ‘passage par le sud, a suivi les contreforts méridionaux de l’Elbourz, sur le plateau iranien, depuis Mè- . ched jusqu’à l’Araxe, puis a traversé la grande muraille caucasienne pour rejoindre ses congénères demeurés dans la plaine. :

De ces deux solutions, la première semble être la plus acceptable; car les observations faites dans les diverses nécropoles transcaucasiennes ne sont pas contraires à cette supposition.

A côté de la culture hallstattienne, nous voyons paraitre, dans l'Arc ménie russe, une civilisation très différente et certainement antérieure aux sépultures sous moellons qui, dans certaines nécropoles, voisinent avec les cuves de pierre, et cette civilisation, que je crois pouvoir attribuer aux Asianiques indigènes du pays, montre, si ma suggestion est justifiée, qu'après les grands cataclysmes pleistocènes, il était resté dans les vallées du nord de l'Asie antérieure des familles qui, faisant souche, ont formé le fond de la population post-diluvienne de lAsie antérieure. Ces hommes séraient les inventeurs de la métallurgie, ainsi que l’affirment les traditions antiques, et dans leur incursion en Transcaucasie, les hallstattiens auraient bénéficié de leurs découvertes.

Traversant le grand Caucase parles défilés du Dariall, les Hallstattiens, qui ne connaissaient alors que fort peu de chose de la métallurgie, auraient laissé dans les montagnes, et au débouché de la route dans la valléé du Cyrus, ces tribus dont les nécropoles sont si riches en armes de bronze ; puis, après un séjour plus ou moins long dans la Transcaucasie, ils auraient disparu, seraient retournés dans les steppes russes enrichis de la connaissance du fer et de procédés métallurgiques nouveaux pour eux, acquis au sud du Caucase.

Je ne me dissimule aucunement l’éxtrême fragilité de cette hypothèse. Je n° ignore pas que les Ossèthes de nos jours sont des [raniens, mais il

n’est pas certain que les nécropoles de Koban et autres localités voisines soient celles de leurs ancêtres. Les Ossèthes actuels. peuvent fort bien n'avoir aucun lien de parenté avec les Hallstattiens.

Il ne faut pas perdre de vue que, dès les temps les plus reculés is auxquels nous puissions remonter, en nous basant sur les assurances des historiens de l'antiquité, les montagnes du Caucase et de l'Arménie russe ont été habitées par une multitude de tribus, dont beaucoup ne possédaient aucun lien de parenté entre elles ; que de nos jours encore la question des origines ethniques de tous ces groupes humains est le problème le plus confus qui soit; que de tout temps il a existé, dans ces montagnes, une foule de cultures industrielles et artistiques très diverses, parfois voi- . sines, parfois très éloignées les unes des autres. Cette incroyable variété est également affirmée par les nécropoles quel qu'en soit l’âge, en sorte qu'on ne saurait être trop prudent dans les groupements ethniques, linguistiques, industriels et artistiques qu’on serait tenté de proposer pour le classement des peuples caucasiens. Retenons seulement que la civilisation hallstattienne du fer est très développée dans la Transcaucasie et le nord-ouest de la Perse, que dans le grand Caucase central elle se présente sous la forme transitoire entre le bronze et le fer et que, dans le petit Caucase, ont vécu des métallurgistes fort habiles, de culture spéciale, qui semblent plutôt être des Asianiques que des étrangers venus de l’Asie centrale.

Dans ces conditions, on serait en droit de penser que les Hallstattiens connaissaient à peine l’emploi du fér quand ils. sont venus habiter les steppes, et que leurs notions sidérurgiques se sont développées au contact des métallurgistes transcaucasiens. Assurément l’usage industriel du fer a joué un grand rôle dans les destinées des Hallstattiens, mais ce n’est pas dans cette industrie qu’il faut chercher leur caractéristique, c’est dans leurs goûts artistiques, dans la forme de leurs armes, de leurs bijoux, dans la nature de leur céramique.

Que les Hallstattiens aient ou non amélioré leurs connaissances métallurgiques au contact des Asianiques, qu’ils n’aient vraiment connu tous les avantages que peut procurer le fer qu’en cours de route, qu'au contact des gens de l’Asie antérieure septentrionale, il n’en est pas moins certain que sous ce rapport ils étaient très développés quand ils ont atteint le Danube, et que leur rôle a été de première importance dans la diffusion de l’usage industriel du métal noir.

Nous venons de voir que, suivant toutes les probabilités, les montegnes du nord de l'Asie antérieure ont été l’un des centres d'invention de la sidérurgie. Un autre foyer s’est trouvé aussi, très vraisemblablement, dans la région de Méroë, sur le Haut-Nil, peut-être même plus loin en-

core, vers le centre de l’Afrique et, bien certainement, on trouvera de par le monde d’autres centres de l’invention du fer. L'hypothèse de l’unité de foyer de la sidérurgie doit être abandonnée, cela ne fait aucun doute, quoi qu’en puissent penser les archéologues qui font, des inventions qu'ils considèrent comme uniques, les bases de leur échelle chronologique. Le fer était connu en Égypte dès le temps des premières dynasties, mais on n’en faisait usage qu’à titre de matière précieuse, ce n’est donc pas de la connaissance de ce métal qu'il importe de faire état, mais bien de son usage industriel, et des conséquences de son emploi au point de vue de l’évolution des civilisations. :

Il parait en être de même en ce qui concerne la métallurgie du cuivre; mais les faits se sont passés bien des siècles avant que le flot des Celtes füt en marche. C’est également par contact avec des populations de métallurgistes que nos gens du cuivre se seraient instruits au cours de leurs pérégrinations. Ce ne serait donc qu’à partir d’un point à déterminer de leur course que ces tribus auraient joué le rôle de propagateurs de la métallurgie primitive.

Quant aux origines de la lice du cuivre et du bronze on pourrait croire que les foyers ont été multiples dans l’Ancien Monde; que l'usage des métaux dans l’Élam, la Chaldée et l'Égypte remonte à des temps si reculés que son foyer ne peut être le même que pour l'Europe, la Chine, le Japon, les Indes. Assurément chacune de ces régions, qui sont très distantes les unes des autres, n’a pas reçu les connaissances métallurgiques au cours d’une même période de quelques siècles. Mais l’existence d’une industrie du cuivre dans presque tous les pays, puis l’apparition du bronze, montrent que l'écart n’a pas été très grand. On peut accorder à l’industrie du cuivre en Chaldée, en Élam, en Égypte, un millier d'années, sans crainte de commettre une bien forte erreur, et peutêtre une durée plus grande dans certaines autres régions. = Si nous admettons (simple hypothèse) que la connaissance du cuivre a débuté, pour les proto-Élamites, dans leur pays d’origine, disons dansles montagnes du Nord, vers le VI° millénaire avant notre ère, et si nous acceptons pour les débuts du métal dans l'Occident de l’Europe la date généralement adoptée de 2.500 avant J.-C., nous nous trouvons en face d’un écart de 3.500 ans, période beaucoup trop longue pour qu’on puisse l’attribuer au temps nécessaire pour la propagation. C’est done soit que lorigine du cuivre dans le sud de PAsie antérieure est indépendante de celle de l’Europe et de l’Égée, soit que la date de 2.500 avant J.-C. pour les débuts du cuivre dans nos pays doive être reculée d’au moins un millier ® d'années, soit que nous soyons amenés à rajeunir les débuts de la Chaldée, de l’'Élam et de l'Égypte, ce qui ne semble pas être possible, malgré

la thèse de la chronologie réduite. Le seul moyen d'accorder les dates est d'attribuer à la phase du cuivre, à l’industrie énéolithique dans l’Asie antérieure, une très longue durée, et cette hypothèse est fort soutenable, car le passage du Néolithique àl’Énéolithique s’est fait assurément très lentement.

Avec bien des archéologues, j'ai pensé jadis (1889) que, pour trouver le point de départ de la métallurgie du bronze, non du cuivre, il fallait tourner les regards vers l’Extréme-Orient méridional, vers la Malaisie continentale où insulaire, VIndo-Chine et le midi de la Chine. Il me faut, aujourd’hui, abandonner cette hypothèse, car les récentes découvertes dans ces régions montrent que non seulement la connaissance du bronze n’y est pas fort ancienne, mais aussi qu'il n’existe, dans ces pays, aucune trace de travaux miniers et métallurgiques importants, répondant à l'énorme production qui eùt été nécessaire pour alimenter de métal l’Occidentet l’Asie antérieure. D'ailleurs, le grand développement et la longue durée de l’industrie du cuivre dans la péninsule hindoue, située sur la route continentale des relations entre l’Extréme-Orient et le monde méditerranéen montre que l’Inde ignorait les ressources de la presqu’ilée de Malacea, alors qu’elle eût dû être le pays par excellence du bronze, si la Malaisie avait été un grand centre producteur de cet alliage.

Cette hypothèse devant être rejetée aujourd’hui, en raison des nombreuses découvertes de ces trente dernières années, nous sommes ramenés vers Ces régions que nous désignent les traditions grecques et israélites. Ainsi donc, l’on est obligé d’accordér à ces pays non seulement l’origine du fer, mais aussi celle du cuivre, car pour celle du bronze nous sommés encore plus hésitants.-

Il est certain que les gisements cuprifères de l’Arménie russe ont été exploités dans des temps extrêmement anciens, mais il paraît aussi que la grande période d'activité de la Transcaucasie n’a eu lieu qu'après la découverte du fer. Le cuivre alors était mis en anneaux pour l'exportation.

On peut supposer que le cuivre, ayant été découvert quelque part dans les montagnes du nord de Asie antérieure, s’est répandu en Élam, en Chaldée, en Égypte, lors. de la colonisation de ces régions par les Asianiques ; qu'il s’est également étendu aux côtés syriennes, aux iles de l'Égée et que, pendant une très longue période, cette industrie n’a pas subi de sérieuses modifications. |

Le nord de l'Asie antérieure et le Caucase étaient alors le foyer métallurgique qui fournissait tout le vieux monde et, en passant au nord de la steppe, dans leur marche vers le Danube et l’Europe centrale les peuplades issues de la Sibérie auraient appris à connaître lé cuivré; que, poursuivant leur route vers l'Occident, elles auraient apporté dans nos pays cette connaissance, mélangée avec de viéilles traditions néolithiques.

Ilest, en effet, nécessaire de distinguer entre le Néolithique pur, avec les haches en silex poli, et cette phase dans laquelle les instruments de roches cristallines jouent le principal rôle. Cette dernière, qui est à ranger dans l’Énéolithique, est la seule qui ait été connue en Chaldéé. Il s’ensuit que le sud de l’Asie antérieure n'aurait pas été touché par les vagues qui ont apporté chez nous le Néolithique pur. Quant à la connaissance du cuivre elle se serait répandue aussi bien en Asie qu’en Europe, et aurait duré de lôngs siècles ; de telle sorte qu’il n’ÿ a pas forcément de synchronisme entre sa diffusion dans l’Asie antérieure et l'Égypte ét sa pro: pagation dans nos pays. Peut-être même le bronze d’étain était-il déjà connu en Asie, alors que, lentement, s’infiltraient chez nous les métallurgistes du cuivre.

Vint alors la découverte du bronze, certainement indépendante de celle du cuivre, dé beaucoup postérieure et, peut-être bien aussi, de provénance différente. Là encore, le synchronisme n’est pas obligatoire entre les débuts du bronze dans les diverses contrées, bien loin de là ét il est certain que, dès la connaissance du précieux alliage, il s’est formé une foule de foyers métallurgiques, partout où se-montrait le minerai de cuivre et probablement aussi partout où l’on rencontrait la cassitérite.

Comme on le voit, cette marge dé 3.500 ans entre la découverte du cuivre et l’époque de l'apparition du bronze dans l'Occident de l’Europe n’est plus que fictive, si nous admettons que l’industrie du cuivre a été de longué durée en Chaldée comme en Égypte et que c’est à la fin seulement de son règne que les peuplades sibériennes, en passant, ont acquis cette connaissance. :

Parmi ces foyers secondaires du bronze il en est un qui, bien certainement, a joué un rôle très considérable, c’est celui des régions métallifères situées entre l'Oural et l'Altaï. Là, dans les nécropoles, on rencontre de véritables mines de bronze ; chaque jour lés indigènes dévastent de ces richissimes sépultures dont le métal leur procure de grands avantages, et bientôt, il ne restera plus qu’un vague souvenir de ces trésors archéologiques dont l’insouciance des Russes n’a pas su tirer les enseignements qu'ils livraient.

: Mais la grande activité métallurgique du foyer ouralo-altaïque ne paraît pas étre très ancienme, si nous en jugeons par ses produits, ét son influence s’est propagée d'ouest en est, cela ne fait pas de doute, car les sépultures dé cette région renferment une foule de formes inconnues en Europe, mais très fréquentes en Chine. D’après les informations que nous possédons, il est à croire que la propagation dé l’industrie du bronze vers l’Extréme-Orient 8e serait produite au cours du second millénaire avant

notre ère,

Si la métallurgie envisagée du point de vue spécial de son invention nous laisse dans l'incertitude, il n’en est pas de même en ce qui regarde ses produits sous forme d'armes et d'instruments. Chaque peuple avait ses goûts personnels et l’étude des formes, bien que présentant de grandes difficultés au point de vue de leur succession, nous amène à des considérations du plus haut intérêt.

Je ne m’étendrai pas sur les analogies qu'on rencontre entre le goût mycénien et celui des gens du bronze de la Transcaucasie et du nordouest de la Perse : ces similitudes sont frappantes ; au moment de l’arrivée du bronze dans l’Hellade et l’'Egeïs les similitudes deviennent nombreuses tant dans les formes des armes que dans les principes de la décoration. - Là, cependant, se retrouve une influence très prononcée de l'Égypte et de la Chaldée, et des survivances égéennes du temps de l’industrie du cuivre.

Mais si la diffusion du bronze présente un grand iutérêt, celle du fer est encore plus claire et plus importante quant au rôle qu’elle joue depuis 3.000 ans. \

Vers la fin du second millénaire avant notre ère, les Doriens, qui venaient du nord de l'Asie par le Danube et la Thrace, probablement avec le flot hallstattien, ont apporté dans le monde méditerranéen oriental, en même temps que l'usage industriel du fer, une foule d'innovations, entre autres l’usage de la longue épée, connue dans la Transcaucasie et le nord de la Perse depuis le temps de l’industrie du bronze dans ces régions, et c’est alors que l’emploi courant du fer s'est répandu, aussi bien dans la vallée du Nil que dans les pays de l’Euphrate et du Tigre, que dans l’Égée, l'Asie mineure et la Grèce. Cette innovation, qui marque l’une des étapes les plus importantes de l’histoire orientale, n’est certes pas indifférente pour la préhistoire de l'Occident, car ©’est vers l’an 1000 que les armes de fer sont apparues dans nos régions, apportées par ces mêmes Hallstattiens qui nous ont laissé de si nombreuses traces dans les pays situés au sud du Caucase.

Si je me suis étendu aussi longuement sur les questions métallurgiques, c’est qu’elles sont de premièré importance; cependant elles sont loin d’être seules et l’un des éléments qui éclairent le mieux la préhistoire de l'Orient est certainement la céramique. Les faits que l’on constate partagent le monde antique en deux grandes régions : celle de la céramique peinte qui comprend l’'Élam, la Chaldée, la Phénicie, la Palestine, l'Égypte, la Grèce, les iles de l’Égée et plus tard l'Italie et l'Espagne; et celle dela poterie rustique, simplement ornée au lissoir ou incisée avant la cuisson de la pâte, style qu’on rencontre dans toute l’Europe, dans les pays Caucasiens, l’Inde et l’Extrême-Orient, et qui existe aussi, mais comme poterie de second ordre, dans le domaine de la céramique peinte.

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