‹ La Prehistoire orientaleChapitre 4 sur 308 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Au cours de quarante années d’études et de recherches sur le Terrain, bien que je n'eusse souvent pas le loisir de tirer de mes observations et de mes découvertes tout le parti qu’elles comportaient, j'ai considéré qu’il était de mon devoir de faire part des résultats de mes efforts, chaque fois qu’il m'était possible, afin de tenir le monde savant au courant de tous les faits nouveaux parvenus à ma connaissance et de lui éviter aussi bien l'attente que d’inutiles tâtonnements. J'ai donc publié, soit dans des périodiques, soit dans des volumes spéciaux, mes découvertes et mes observations les plus importantes, au fur et à mesure qu’elles se produisaient, négligeant de parler des choses que je considérais comme étant d’importance secondaire. C’est ainsi que je n'ai pas publié mes observations sur les Indes (1) (1883), les superbes mastabas qu’en 1892 j'ai fait sortir des sables du désert à Saqqarah, et bien d’autres découvertes; d’une part parce que j'étais absorbé par des travaux que je considérais comme beaucoup plus importants et, d'autre part, parce que ces découvertes rentraient dans le cadre de faits déjà connus (2).

En deux occasions, cependant, j'ai cité en passant ces découvertes, alors que j’exposais les considérations générales que faisaient naître dans mon esprit les résultats de mes recherches, une première fois, en 1909, alors que j’ai publié mes Premières civilisations ; une seconde en 1921, en faisant paraître l’Humanilé préhistorique; mais ce n'étaient, dans ces deux volumes, que des aperçus d'ensemble, et je me réservais de réunir en un seul ouvrage les résultats de toutes mes recherches relatives aux origines de la civilisation orientale, laissant à d’autres archéologues plus

Memoires Piot), celle des mastabas de Kabi-n et de Méra (à Saqqarah), celle des tombes du

{41 Visite des musées de l'Inde, observations sur la préhistoire, relevé des ruines de la grande

cité de Vidjayanagar, visile des ruines du Nord de l'Inde. ;

(2) Parmi mes découvertes d'Egypte dont je n'ai pas parlé, je citerai celle du scribe de Saqqarah (décrit par G. Maspéro dans le tome I‘" des

moyen empire à Meir et des bataillons de soldats de bois, des barques, etc... Parmi celles d'Asie, je citerai les stalions préhistoriques de Soukhna, d'Erek, la visile des tells de Yokha, en Chaldée (1900).

Il AVANT-PROPOS

qualifiés que moi en la matière, le soin de parler de l’Occident que, cependant, je n’ai jamais négligé (1).

Dans l'ouvrage que j’offre aujourd’hui au public, j'ai dégagé les faits de mille détails déjà publiés, et qu'il m’a semblé inutile de décrire de nouveau; mais jai donné, aux questions qui m'ont paru être les plus importantes, toute l’extension qu'il convient. Ce livre qui, depuis plus de vingt: ans, est en préparation, renferme donc les résultats des travaux de ma vie entière; il évitera, aux personnes s'intéressant à ces études, les recherches dans mes nombreux mémoires sur ces questions, exposés dans lesquels j'ai parfois émis des hypothèses sur lesquelles je suis obligé de revenir aujourd’hui, par suite de la découverte de nouveaux documents.

Le lecteur voudra bien m’excuser si, dans les pages qui suivent, je le conduis parfois dans des chemins qui, à première vue, paraissent être détournés, si je traite de questions ne semblant pas, tout d’abord, devoir concourir au but que je me propose; j'y suis contraint par la force même des choses, parce que, de nos jours, quel que soit le problème à résoudre, il faut interroger toutes les branches de la science capables de faire faire un pas en avant. L'histoire n’est plus ce qu’elle était autrefois : un récit de batailles, de victoires et de défaites, de triomphes et d’abaissements, un énoncé de dates arides. L'histoire parle surtout aujourd’hui de l'évolution humaine, des progrès et de leurs causes, de leurs conséquences, et laisse au second plan ce qui, pour nos pères, occupait le premier rang, les récits anecdotiques.

Le premier devoir de l'historien est de rechercher tout d’abord les causes des événements ; or, les causes de la conduite de l'humanité, à travers les âges, sont multiples à l'infini et prodigieusement complexes, quand on pénètre dans les détails de l’évolution; et, pour les discerner et les définir, il est souvent, presque toujours, besoin de sortir du cadre dans lequel se tenaient, jadis, tous les exposés historiques. En toute occasion, dès les débuts de l'humanité, comme aux temps de son plus grand développement, les phénomènes naturels sont venus imposer à l’homme des lois devant lesquelles il a dù plier sa volonté.

Les premiers pas de l’humanité vers le progrès sont de tous les temps et de tous les lieux; car l’amélioration de la vie chez un groupe humain n’amène pas forcément le progrès des autres groupes, n’oblige pas les autres branches, même seraient-elles étroitement apparentées avec les peuples supérieurs, à se développer en même temps et de même manière. Il s’est, peu à peu, formé des foyers, d’où la civilisation a rayonné plus ou

(4) Fouilles avec mon père et mon frère, Bresle (Seine-Inferieure), Amiens, 1872), fouilles MM. E. et H. de Morgan, au Campigny, en dans les nécropoles franques de la Picardie et de

1872-14 (cf. E. et H. pe MorGan, Notice sur le la Normandie, fouilles de tumuli dans la forêt Campigny, station de la pierre sise à Blangy-sur- des Moidons (Jura), en 1883 et 1903.

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