‹ La Prehistoire orientaleChapitre 5 sur 308 · AVANT-PROPOS IT · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IT

moins loin, d’une façon plus ou moins intense, suivant les milieux dans lesquels elle se répandait et suivant aussi sa puissance initiale d’expansion; mais les conceptions, en sortant de leur pays d’origine, ont rencontré des milieux très variés et se sont transformées suivant les aptitudes personnelles des peuples chez lesquels elles s’introduisaient. Il en est résulté en nombre infini des rameaux qui, bien souvent, ne paraissent pas être issus du même tronc, quoi qu'ils le soient, en réalité.

Qu'on soit ou non partisan de la polygénie, on n’en est pas moins amené à reconnaitre qu’il existe dans l’humanité un grand nombre de groupes qui, s’ils ne descendent pas, chacun, d’une espèce zoologique particulière, ne sont pas moins séparés les uns des autres, depuis des temps prodigieusement anciens, et que les différences entre ces divers groupes sont plutôt sensibles par la nature et les dispositions de l'esprit que par les caractères physiques, d’où une extrême variété dans le pouvoir d’invention et d'assimilation.

Certains peuples, soit qu'ils fussent isolés depuis des temps très lointains, soit qu'ils aient été inaptes au développement intellectuel, ont, à des degrés divers, conservé leurs mœurs primitives, alors que d’autres, isolés eux aussi, s’amélioraient. C’est ainsi que nous rencontrons, en Australie, au milieu du monde polynésien, très développé lors de sa découverte, des tribus faisant encore, de nos jours, usage d'instruments grossiers dont, en Europe occidentale, l’emploi n’a pas survécu aux temps glaciaires; que les Sibériens orientaux en étaient encore, il y a cent ans, à des ressources industrielles comparables à celles dont on retrouve les traces dans nos cavernes de l’Occident.

Quelques ethnologues, guidés par des convictions, dont les effets se font sentir à leur insu, pensent que, chez les peuplades primitives d’aujourd’hui, il y a régression, décadence de mœurs et de connaissances jadis plus élevées que celles qui de nos jours guident les tribus dans la vie. Cette hypothèse n’est pas soitenable, tout d’abord parce que, s’il en était ainsi, nus trouverions les traces de cette culture plus élevée, ensuite parce que tous les exemples de régression qui nous sont fournis par l’histoire, et ils sont nombreux, ne témoignent pas de l’oubli des notions nécessaires à la vie, enfin parce que les industries préhistoriques successives montrent toutes la progression et non le recul.

Si nous envisageons l'expansion de la civilisation gréco-latine, celle même des conceptions philosophiques et morales, nous voyons que les divers peuples, en assimilant ces principes à leurs tendances ancestrales, ont donné naissance à une foule de variétés dans l'application de ces mêmes principes, et que ces variétés sont imposées par la mentalité des divers groupes humains.

Page 1