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CHAPITRE II

L'homme tertiaire.

Si l’on envisage la succession des êtres organisés, au cours des temps, on remarque une progression constante dans la nature des organismes chez les animaux. Après la période dite Archéenne qui ne nous a pas laissé de vestiges de la vie, nous voyons dès les débuts des époques dites primaires paraitre les invertébrés sous des formes infiniment multiples et, vers le milieu, chronologiquement parlant, du primaire, se montrer les vertébrés sous forme de poissons, c’est-à-dire dans leur état le plus simple au point de vue zoologique. Invertébrés et poissons se continuent avec force jusqu'aux temps actuels, alors que les batraciens qui paraissent à la fin du primaire ont leur maximum de développement lors du passage de cette période à celle dite Secondaire, puis, faiblement, se continuent jusqu’à nos jours. Un peu en retard sur les batraciens, naissent les reptiles, vers la fin du primaire également, et les reptiles atteignent leur plus grande puissance dans les couches crétacées, pour se continuer plus modestement au cours du Tertiaire et du Quaternaire. Les mammifères sont déjà faiblement représentés dès le Jurassique, et leur rôle s’accentue jusqu’au Tertiaire, époque à laquelle leurs restes témoigneut du maximum de leur développement ; puis vers le milieu du Secondaire viennent les oiseaux. En sorte qu’à la fin du Tertiaire, au cours du Quaternaire, on constate un grand développement des invertébrés et des poissons, tous deux parvenus à leur maximum, une abondance considérable de mammifères et d'oiseaux, inférieur cependant au maximum que ces groupes possèdent au cours du Tertiaire, il se produit alors une décadence marquée des batraciens et des reptiles.

Mais les mammifères sont les animaux d’ordre le plus élevé qu’ait produit la nature, et la puissance créatrice se surpasse elle-même après le Tertiaire ou à la fin de cette période en faisant paraître l’homme. Telleest son œuvre au cours des milliers de millénaires, durant lesquels s’est chaque jour intensifiée la force de la vie.

Les premières traces certaines de l’homme, connues jusqu’à ce jour, se rencontrent dans les couches post-tertiaires (1), dans celles auxquelles on a donné le nom de pléistocène, et plus généralement de Quaternaire. Aucun indice irréfutable de l'existence de l'humanité au cours du tertiaire n’a jusqu'ici été enregistré, bien que de nombreuses propositions aient été mises en avant par des observateurs très sérieux. Aucune de ces découvertes, souvent retentissantes, n’a soutenu la critique. Nous devons donc, dans Pétat actuel de nos connaissances, nous borner à cantonner l'humanité dans le pleistocène et la période moderne, tout en faisant observer que les conditions de la vie au cours dela fin du tertiaire permettaient l'existence de nos ancétres, et que fort probablement un Lominien a vécu, sous une forme encore inconnue, en même temps que les grands mammifères dont nous possédons les restes fossiles de ces époques. Ce n’est là, encore, qu’une hypothèse ; mais cette supposition est basée sur l’évolution générale de la vie depuis les temps les plus reculés, et sur les facilités qu’offrait à l'existence de l’homme l’ambiance du tertiaire supérieur. L’étage Sicilien, en effet, qui couronne l’Ère tertiaire, nous montre une faune et une flore bien voisines de celles qui, sur notre globe, accompagnent actuellement l’homme, qui l'ont accompagné au cours du quaternaire, alors que l’existence de nos ancêtres a laissé, non seulement d’indéniables traces industrielles, mais des squelettes humains.

Plus nous reculons dans l’échelle des temps géologiques, et plus les restes de formations non marines deviennent rares, et par suite plus est ardue l'étude de la faune terrestre dans les divers temps. Presque toujours l’humus a disparu, enlevé par les érosions, et nous ne possédons plus comme gisements fossilifères, capables de renfermer l’homme, que nous puissions explorer, que les sédiments déposés dans d’antiques lacs et dans les estuaires des cours d’eau.

Les principales sources de documents, en ce qui concerne la faune de l’époque sicilienne sont dans ces conditions (2).

Bien que la présence de l’homme sur la terre, avant la période pliocène, ne puisse être démontrée, il n’en est pas moins intéressant au plus haut point de jeter un rapide coup d'œil sur les transformations qui ont eu lieu chez les mammifères à partir de la fin l’époque crétacée jusqu’au jour où, avec le pleistocène, l’homme apparait d’une façon certaine dans la faune. Cet examen qui, certainement, paraîtra fort ardu aux lecteurs qui ne sont pas versés dans les questions paléontologiques, est cependant indispensable car, seul, il permet de se rendre compte de l’évolution à laquelle

(1) A Ipswick près de Cambridge, on aurait ré- cette découverte a élé annoncée, puis démentie. cemment découvert sous le Crag rouge des silex (2) Cf. A. pe LAPPARENT, Traité de Géologie, taillés de main d'homme, mais déjà plusieurs fois p. 1648 sq.

10 PRÉHISTOIRE ORIENTALE aboutit la faune avec laquelle l'humanité primitive a véeu non seulement aux temps quaternaires, mais a pu vivre au cours du Pliocène.

Éocène. — La caractéristique des premiers mammifères écocéniques est dans les propriétés mixtes qu’ils possèdent. Le Veoplagiaulax, descendant du Plagiaulax jurassique, vit à côté de vrais marsupiaux, tels que Didelphys et de placentaires voisins des didelphes Arctocyon, Palaeoniclis, Pleuraspidotherium, ete., dont quelques-uns Pterodon, Proviverra se montrent pendant toute la période ; puis, ce sont des Adapis, Protoadapis, Plesiadapis qui, en même temps, appartiennent aux pachydermes et aux lémuriens, enfin vient le Cebochaerus, qui établit le passage des Singes aux Suidiens.

Les pachydermes à nombre impair de ee Coryplodon, Lophiodon, et à nombre pair de doigts, Dichobune, sont florissants, et les solipèdes se font prévoir par Hyracotherium, vraisemblablement l'£ohippus d'Amérique; ils s’affirment avec Propachynolophus et Pachynolophus, précurseurs du Protokippus d'Amérique, et des paléothériens d’un côté, des équidés de l’autre.

Vers la fin de l’Éocène se montrent en Amérique les Dinoceras et les Tinoceras : curieux dinocératidés, alliés à la fois aux éléphants, aux rhinocéros et aux sangliers. Le Cynodon est un vrai carnivore, et les quadrumanes, représentés au début parle Plesiadapis, leur précurseur, semblent débuter avec Caenopithecus versla fin de la période (1).

Vivent aussi de grands oiseaux marcheurs, des crocodiles et des alligatoridés, qui remplacent les ptérosauriens et les dinosauriens éteints. Les salamandres et les anoures se montrent, les tortues des faunes crétacées se continuent, les serpents abondent et quelques-uns d’entre eux présentant encore les caractères des reptiles secondaires.

Oligocène. — Avecl'Oligocène paraissent en Égypteles Palaeomastodon et Artinoitherium précurseurs des proboscidiens, c’est le règne des pachydermes. L’Adapis est allié aux pachydermes et aux lémuriens, l'Hyaenodon est intermédiaire entre les marsupiaux et les placentaires, le Palaeotherium est un pachyderme qui disparaît avant la fin de la période, alors que l’Anthracotherium présage l’importance que prendront bientôt les ruminants.

A la partie supérieure de l'oligocène on voit paraître les rhinocéridés sans corne sur le nez, Aceratherium est un exemple de ce groupe.

Oiseaux, lacertiens et crocodiliens continuent à se développer, les tor-

(1) À. GauDpry, Mammifères lerliaires; A. DE LAPPARENT, Traité de Géologie, 5° édition, 1906, p. 1484.

tues (Trionyx) deviennent très abondantes, et il en est de même des Salamandrines et des batraciens (1).

Miocène.— C’est au cours de cette période que la faune des mammifères a subi ses transformations les plus rapides et les plus importantes. Des types archaïques du début, tel l’Anthracotherium on arrive bientôt aux proboscidiens, dont l'apparition subite en Europe, parait avoir été précédée d'étapes préalables, dont le théâtre aurait été en Éthiopie; c’est alors que se montre le Mastodon ; puis les herbivores prennent un immense développement, et les premiers équidés apparaissent avec l’Hipparion (2).

L’époque aquitanienne offre, au point de vue des mammifères, un certain cachet archaïque, accusé par l’absence de proboscidiens, ainsi que par l’infériorité des ruminants encore dépourvus de cornes ; l’Anthracotherium y persiste, et l'on voit paraitre des formes telles que Tapirus, Palaeochoerus, Mysarachne, Lutrictis, ete. Le genre Anchitherium semble dater de cette époque {3).

Avec le Burdigalien les marsupiaux européens disparaissent ; mais par le Brachyodus, voisin d'Anthracotherium, par l’Hyopotamus etle Palaeochærus, le cachet archaïque se conserve, le Procervulus est très imparfaitement ramifié. C’est alors que paraissent en Europe les proboscidiens, Mastodon et Dinotherium et, parmi les pachydermes, les Rkinoceros et Aceratherium ; par l’'Oreopithecus et le Pliopithecus les singes sont représentés.

Dans les sables de l’Orléanais, qui appartiennent au Burdigalien, les mastodontes présentent plusieurs espèces. M. tapiroides, M. pyrenaicus, M. angustidens.

Le vindobonien, dans les couches de Sansan, montre une faune de mammifères rappelant celle du Burdigalien ; les principales espèces sont : Protopithecus antiquus, Mastadon angustidens, M. tapiroides, Amphicyon major, Rhinoceros sansanensis, Chœrotherium Nouleti, Dicroceras elegans, etc., et les couches helvétiennes, qui viennent immédiatement après, contiennent Mastodon tapiroides, M. simorrensis, Dinotherium giganteum, Rhinoceros brachipus, Anchitherium aurelianense, etc.

En Amérique, au Nebraska et au Nouveau Mexique, on rencontre des formes très remarquables, tels les Procamelus, Protohippus, Pliolippus, Mastodon, Machairodus, etc.

C'est dans les couches sarmatiennes que sont les riches gisements de fossiles de Pikermi (Grèce) (3), du Luberon (Vaucluse), de Vienne (le Belvé-

(4) A. GauDry, Mammifères tertiaires; À. DE (3) Cf. A. Gaupry, l'Age de la faune de Pikermi, LAPPARENT, Trailé de Géologie, 5° édition, 1906, de Samos et de Maragha (Bull. Soc. Geol., 3° sép. 1544. rie, t. XIII, 1886; R. DE MECQUENEM, Annales de

(2) A. Dx LAPPARENT, 0p. c., p. 1581 ; 2. id., p. 1586. la Délégation en Perse, it. I, 1908.

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dère), de Maragha (Perse). Là se montrent les genres Helladotherium, Antilope, Cervus, Camelopardalis, Palaeotragus, Palaeoreas, Hippopotamus, Miohippus (en Amérique), Elephas, Mastodon, Hipparion, Semnopithecus (aux Indes), ete. |

Les argoiles de La Campine, en Belgique, ont fourni notamment l Hippopotamus amphibius et le Cervus Falconerti.

Le Crag rouge d'Angleterre contient avec des mollusques marins de formes arctiques, Mastodon arvernensis, Elephas meridionalis, Rhinocros Schleiermacheri, Sus antiquus, Equus plicidens, Hipparion, etc.

Il en est de même du Forest bed ou Crag de Norwich où, avec une foule de mollusques marins, paraissent WMastodon arvernensis, Trogontherium Cuvieri, Elephas meridionalis et dans le Forest bed de Cromer, où plus de 20 espèces, en majorité disparues, ont laissé leurs ossements on reconnaît : Ælephas meridionalis, E. antiquus, Rhinoceros etruscus, Hippopotamus major, Trogontherium Cuviert, Machairodus, ete.

En France, le gravier ossifère d’origine fluviale de Saint-Prest, près de Chartres, a livré: ÆElephas meridionalis, Rhinoceros Mercki, Hippopotamus major, Conodontes Boisvilleti, Megaceros cornutum, etc.

Il en est de même dans les dépôts d’eau douce du Languedoc et du Roussillon, dans les alluvions fluviales de la vallée du Rhône, dans les marnes multicolores de Saint-Cosme, où l’on trouve Cervus Perriert, Equus stenonis, Pyrgidium Nodoti, ete., dans la Côte-d'Or, en Auvergne, partout en France, là où l'époque Sicilienne a laissé des sédiments lacustres ou des alluvions fluviales.

L’Elephas meridionalis se retrouve en Suisse, en Italie, dans l’Europe méridionale et orientale, en Roumanie, en Algérie et, dans l'Amérique du Nord, vivaient alors également les genres Xlephas, Mastodon, Equus, etc.

Parmi les végétaux de cette période, citons Abies pectinata, Picea eæcelsa, Pinus sylvestris, Pinus montana, Taxus baccata, Nymphaea alba (1).

Il n’est pas nécessaire de pousser plus loin ces citations pour montrer qu’à l’époque Sicilienne, c’est-à-dire à la fin de la période tertiaire, l’homme eût trouvé, dans l’Occident et le Centre de l'Europe, les mêmes facilités de vie qu’au cours du Pleistocène et que de nos jours.

Ces considérations ont porté certains géologues et archéologues à émettre des hypothèses quant à l'emploi de la pierre à peine dégrossie, simplement adaptée aux besoins du moment, instruments dont l’origine réelle ne peut être démontrée et auxquelles on a donné le nom d’éolithes.

(1) CF. DE SaponrTA, le Monde des plantes, p. 349.

Les éolithes (silex de Thenay). — La découverte la plus ancienne et la plus retentissante de ces sortes de silex éclatés qu’on a pensé pouvoir attribuer à l’industrie humaine, est celle que fit l’Assé Bouraroïs à Thenay, dans les couches aquitaniennes de la Touraine. En 1867, l'Assé Bouncrois faisait part de sa trouvaille au Congrès d'Anthropolozsie et d'Archéologie préhistorique réuni à l'occasion de l'Exposition. Ce géologue s’exprimait ainsi « La présence de silex taillés à la base du calcaire de Beauce est un fait étrange, inouï, de haute gravité ; mais indiscutable pour moi. »

Les couches à silex éclatés se trouvaient, en effet, composées d’une argile verdâtre reposant sur un banc d'argile plastique verte avec silex très rares, supportée elle-même par une marne grise renfermant des nodules calcaires et des rognons de silex décortiqués et éclatés.

Au-dessus du lit à silex éclatés on rencontrait une marne grise avec nodules calcaires, puis le calcaire dit de Beauce en masse compacte.

Toutes ces couches appartiennent à l’Aquitanieninférieur, ellesneportent à leur sommet que des sables argileux rouges appartenant au Pleistocène moyen, ou, parfois, un lit d’humus.

L’Agsé BourGEeois ne limitait pas ses déductions à des vues révolutionnant toutes les idées qu’on se peut faire sur l’antiquité de l’homme ; dans une communication à la société archéologique du Vendomois (1), sous le titre de simple causerie sur les découvertes récentes relatives à l’homme fossile, il tirait de l'interprétation de sa prétendue découverte des conclusions extra-scientifiques surprenantes, et ne se contentait pas de déclarer que les silex de Thenay portaient des traces évidentes de taille, pour en faire des instruments capables « de couper, de percer, de racler, de frapper», il voyait sur certains d’entre eux des traces de feu.

Les observations stratigraphiques de l’ABsé Bour&Egoïs étaient rigoureusement exactes, ainsi que le fait a été constaté en 1884 par un savant géologue G. »’Auzr pu Mesxir, et en 1900, encore une fois par MM. Manoupeau et Capiran (2). L'âge des silex de Thenay est donc parfaitement fixé (3); mais les silex que l’ABsé BourGEois croyait avoir été craquelés par le feu, soumis à l’analyse, ont montré à l’éminent chimiste ApoLPne Carnor qu’une chaleur supérieur à 100° n'avait rien à voir dans leur état morphologique, que le craquelé avait été simplement produit par des variations climatériques courantes,

J’ajouterai que dans les régions désertiques très chaudes en été et froides en hiver, telles que sont les plaines caillouteuses de la Mésopotamie et de l'Égypte, les silex se rencontrent très souvent craquelés, que les

(1) Bull. Soc. Archéol. du Vendômois, 1861, p. 81. (3) Cf. M. Boure, les Hommes fossiles, Paris (2) CF. Rev. de l'Ec. d'Anthrop.,t. XI, mai 1901. 1921, p. 129 sq.

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éclats enlevés par les changements de température peuvent prendre toutes les formes, et que le transport des rognons de silex par les eaux est encore une cause de taille non intentionnelle très fréquente.

Cette opinion de la craquelure par les changements brusques de température, qui réduit à néant les déductions de l’Agsé Bouréxois, quant à l'influence du feu, avait déjà été formulée par le minéralogiste Damour en 1882 (1) et par n’Auzr pu Mesniz au Congrès de Blois en 1834 (2) et, depuis, il a été prouvé que les éolithes peuvent fort bien être produites par des actions mécaniques naturelles aussi bien que par la main de l’homme.

En dehors de ces observations, qui condamnent la thèse de l’ABsé Bour- &gois, les arguments tirés de l’enchainement de la vie zoologique ne permettent pas de placer dans la faune aquitanienne un être humain assez développé pour posséder une industrie et faire usage du feu. Voici ce que dit à ce sujet Boyp-DaRwKINs (3).

« À quelque point de vue qu’on se place, l’homme ne peut apparaître que comme le couronnement du monde organique, après que règne animal et le règne végétal ont reçu, l’un et l’autre, tout leur développement. Or, à l’époque miocène, ces développements sont encore beaucoup trop incomplets pour que la présence de l’homme sur la terre ne soit pas considérée comme un véritable anachronisme, et cela suffit, à nos yeux, pour rejeter un fait d’ailleurs aussi mal établi que celui de Thenay. » On se convaincra aisément de la justesse de cette observation, en jetant les yeux sur l’exposé qui précède de la faune des mammifères aux diverses périodes du tertiaire.

« Quant aux incisions observées sur des ossements d’Halitherium, ajoute A. DE LapparenT (4) où l’on (l’ABgé BourGegois) s’était plu à voir l’œuvre d’un outil tranchant, manié par une main intelligente, il a été démontré qu’il s'agissait de morsures dues à la dent d’un squale » car, à cette époque, les mers nourrissaient des poissons carnivores de très grande taille, tels que Carcharodon notidanus, hemipristis, ete.

La faune de l’époque des argiles à silex de Thenay comprenaitune multitude d’animaux de grande taille qui eussent été pour l’homme des adversaires redoutables. Parmi les espèces dont on rencontre les restes à Pontlevoy et à Thenay, je citerai deux proboscidiens de haute stature, le Dinotherium avec ses grandes incisives inférieures recourbées en arrière, le Mastodon avec ses quatre défenses droites ; le Rhinoceros, puis des animaux plus sociables, un précurseur du chien, l'Amphicyon giganteus, l’Anchiterium aureliense, le Miohippus, ancêtre du cheval, le Procervus, l'Amphimoschus, ete. Déjà vivaient de grands singes dont le Pliopi-

(1) Rev. Archéol., décembre 1882. (3) Quat. Journ. XXXVI, p. 379, apud A. pe Lap- (2) Congres de l'Association française, Session PARENT, Traité de Géologie,1906, 5° édition, p. 1582. de Blois, 1884. (4) Traité de Géologie, 1906, p 1582.

thecus antiquus, découvert en 1837 à Sansan (1), et l’Oreopithecus Bambolit de Toscane (2), le Driopithecus Fontani (3) et d’autres espèces encore; mais, comme le dit Boyd-Darwkins, la vie n'avait pas encore suffisamment évolué pour que l’omo sapiens fit partie de cette faune.

Parmi les autres découvertes de prétendues éolithes dans les terrains antérieurs au Pleistocène, les plus remarquées ont été celles du professeur portugais RiBrtRo, à Otta, aux environs de Lisbonne, et celle de RAMESs à Puy-Courny près d’Aurillac. Toutes deux ont été l’objet de mémoires fort importants de la part de QuarTreraGes et de GaBriez DE MonriLzer (4), grands défenseurs de l’hypothèse de l’homme tertiaire, et l’on pensa dès lors trouver partout des éolithes (5). Bientôt même on soutint la découverte de squelettes humains dans les assises du tertiaire (6), mais la taille intentionnelle des silex exhumés de ces couches n’a pas pu être démontrée, et l’époque à laquelle se sont formées les assises dans lesquelles on a découvert les ossements est demeurée indécise, quand il n’a pas été prouvé qu’elle est beaucoup plus récente qu’on ne l’avait pensé tout d’abord. Seul le Pithecanthrope de Java (7) mérite considération. Dugotis, son inventeur, pense que les couches dans lesquelles ont été trouvés les ossements appartiennent au Pliocène supérieur, alors que les géologues, qui ont étudié sur place la question, s'accordent pour les ranger dans le pleistocène inférieur. Quoi qu’il en soit le Pithecanthropus erectus est un singe, sa présence au Pliocène n’aurait rien que de très naturel et, s’il est quaternaire, le fait qu’il est contemporain de l’homme montre qu'il ne peut être considéré comme un ancêtre de notre race.

Ainsi nous ne possédons aucune preuve scientifique de l’existence de l’homme ou d’un hominien son ancêtre au cours de la période tertiaire.

Il ne faudrait pas, cependant, déduire de cet insuccès des recherches que l’homme n’a pas existé, tout au moins durant l’époque Pliocène. Le fait que nous le rencontrons déjà très développé dans les débuts du pleistocène et la constatation d’une ambiance favorable à sa vie dans les derniers temps tertiaires non seulement autorisent à penser qu'il a vécu antérieuremert au quaternaire mais en apportent la certitude morale.

« Cette existence, dit M. M. Bouze dans son grand ouvrage /es Hommes

(1) Cf. E. Carter, Comptes rendus de l'Acad.

des Sc.,16 janv. et 17 avril 1837.

crag Man. (Prehist. Soc. of. East Anglia, I, 1911). (6) Ossements de Castenedolo, près de Brescia

(2) Cf. P. GERvAIS, Zool. et Paléont. générales, 2° série, 1876, p.9.

(3) Cf. E. Larrer, C'omptes rendus Acad Sce., XLIIL, 28 juillet 1856.

(4) Pour la bibliographie, voir: G. DE MORTILLET, te Préhistorique, Paris, 1883, et 3° édition par G.et A. DE MorTiLLer, 1900.

(5) 1, Rein Moir, The flint implements of sub-

(Italie), cf. RaGazzonr, La Collina di Castenedolo. Ateneo Brescia, 1880 ; Le crâne de Calaveras (Californie). Cf. WHiTNEy, Auriferous gravels of the Siera Nevada, Cambridge, 1879.

(7) E. Dusois, Pithecanthropus erectus. Ein Menschen aehntiche Uebergangsform aus Java, iu-4° avec 2 P1., 1894, Batavia.

fossiles (1), je ne saurais trop le répéter, est possible pour nos pays ; elle est probable pour tels ou tels autres points indéterminés du globe, mais nous n’avons pas encore, scientifiquement, le droit de l’affirmer ; jusqu’à présent nous n’en possédons aucune preuve matérielle décisive. L'opinion contraire, dans l’état actuel de nos connaissances, ne peut étre qu’une opininon de sentiment. »

Les silex que À. Ruror et G. ScnweinrurTH (2) attribuent au Strepyen et au Mesvinien présentent certainement des formes utilisables, mais rien ne prouve qu’elles ontété utilisées ; quant à ceux plus anciens du Mafflien et du Æ?eutelien, il faut vraiment avoir une bonne volonté extrême, pour y avoir autre chose que des jeux de la nature. J’ai, jadis, en Égypte, discuté la question, sur le terrain même, avec le docteur G. SCHWEINFURTH, ‘qui était alors mon hôte sur le Nil, et, tandis que le savant allemand demeurait convaincu de la taille artificielle de ces pierres, je m’éloignais de plus en plus de son opinion, par suite du nombre énorme de ces prétendus outils que nous trouvions à la surface du désert. Il est certain qu’en faisant une sélection judicieuse, et en rejetant les trois quarts des silex ramassés, on parvient à former des groupes de cailloux qui paraissent avoir été utilisés ; mais cette sélection retire à l'observateur tout moyen scientifique d'apprécier les choses. À mon avis, quel que soit le niveau renfermant de ces sortes de silex, il n’est pas une seule pièce qu'on puisse avec certitude attribuer à l’industrie humaine. J’ajouterai que dans la haute Égypte, tout au moins, les éolithes se rencontrent en mème temps que les instruments paléolithiques (S. S.), et que, par suite, il n’est pas certain que les pièces montrant le mieux des traces de taille intentionnelle ne soient pas des ébauches et des rebuts paléolithiques. Cette remarque s'applique au désert égyptien, à celui de la Syrie, à la Mésopotamie, à beaucoup de gisements de la Tunisie et de l’Algérie. Elle est moins valable pour la Belgique et le Nord de la France, où A. Ruror a examiné séparément les divers nivaux d’alluvions dont certains très anciens ; mais, pour les éolithes de ces pays, la séparation ne parait pas non plus être possible entre les pièces dues à la main de l’homme, et celles produites par l’action des eaux, l’existence des hommes à l’industrie énéolithique ne peut done pas être affirmée, et ne pourra pas l'être, tant qu'on n'aura pas découvert de débris du squelette humain dans les couches à éolithes.

On a pensé que l'éclatement pouvait avoir été produit par l'action de la chaleur diurne et du refroidissement nocturne. Cette explication ne peut

(A) P.137. 1904, p. 766. sq., étudie la question des Eolithes (2) Cf. G. Scaweinrurra, Steinzeitliche Fors- dans son ensemble ; id., id. Zeitsch. [. Ethn, ehungen in Oberagypten ds. Zeitsehr. [. Ethnol., 1903, p. 798 sq.

“être acceptée, la nature des éclats enlevés par ces causes ne ressemblant en rien à ceux obtenus par l’homme ou par le charriage des eaux.

Nous verrons plus tard que dès les premiers temps auxquels la présence de l’homme se manifeste, le globe est bien loin d’être peuplé dans son entier, que d'immenses régions, parmi celles qui émergent encore de nos jours étaient dépourvues d'habitants humains, bien que les conditions de la vie de l’homme y fussent favorables. Il est done à penser que si l’homme a véeu sous une forme quelconque à la fin de la période tertiaire, son habitat était plus réduit encore qu’au cours du Pleistocène, qu'il ne formait qu’un petit nombre de colonies peu populeuses et que les points sur lesquels vivaient ces colonies n’ont pas encore été étudiés. Nous verrons plus loin que les continents actuels, seuls terrains qui soient demeurés accessibles, ne correspondent pas à ce qu'étaient les terres émergées dans les derniers temps dutertiaire, que beaucoup des continents tertiaires se sont abimés sous les eaux et que, par suite, il se peut fort bien que les diverses régions où vivaient les colonies humaïnes primitives, celles où se sont développés les hominiens, soient disparues pour toujours.

Quoi qu'il en soit, les précurseurs des hommes quaternaires n’ont peutêtre pas disposé d'industries dont les restes puissent permettre d’affirmer leur existence : de toutes les matières dont ils ont pu faire usage, seule la pierre a survécu, et nous avons vu que les éolithes qui très probablement ont été employés, ne peuvent pas être séparés des silex taillés par la nature. C’est donc le squelette humain seul enfoui dans des couches d’époque indiscutable qui peut nous renseigner : or d’une part l’hominien tertiaire, très clairsemé ou très localisé sur notre planète ne peut être qu'un fossile rare etd’autre part ses gisements ne sont peut-être plus abordubles. Il y a donc de grandes chances pour que le problème de l’homme tertiaire demeure ouvert bien longtemps encore. D'ailleurs nous l’avons vu, la limite entre le tertiaire etle quaternaire ne répond à aucune nécessité scientifique, elle est purement arbitraire. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de problème de l’homme tertiaire, seule demeure celle de l’antiquité de l'humanité, de sa nature physique aux différentes phases géologiques, et de son état de culture plus ou moins avancé suivant les lieux et suivant

les âges.

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