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CHAPITRE IV

Les débuts de l'humanité (1).

La Mésogée.

Nous venons de voir que nous ne connaissons rien encore de positif, quant aux origines naturelles de l’homme; et que, d’ailleurs, en ce qui regarde l’ascendance des êtres appartenant aux autres groupes zoologiques, nous avons plutôt l'intuition de son développement que des certitudes scientifiques. Quel que soit l’ordre envisagé, qu'il soit zoologique ou botanique, le naturaliste pressent l’existence de grandes lois suivant lesquelles s’est accomplie la transformation des êtres organisés ; mais, dans l’observation directe, ces lois se traduisent toujours par une succession de bonds, laissant ignorer les passages ; nous nous trouvons ainsi en face d’une sorte d'escalier, aux marches de hauteur variée, que, péniblement, nous gravissons, jusqu’au point où force nous est de nous arrêter devant la pénurie de notre documentation (2).

Certaines formes, certains caractères se transmettent à travers lesâges, se reproduisent dans les faunes successives, représentées non pas par leurs descendants graduellement modifiés, mais par destypes de remplacement, plus ou moins étroitement apparentés avec ceux dont ils ont pris la place dans l’ensemble de la faune.

Et, cependant, quand nous considérons les animaux qui vivent de nos jours, nous constatons, dans bien des groupes, des transitions insensibles. Le chien, le cheval, le bœuf, le mouton, pour ne citer que des êtres qui sont constamment sous nos yeux, présentent une infinité de variétés, mutetions dues soit aux changements de milieux, soit à la volonté de l’homme, devenu maitre des croisements. L’escalier que nous gravissons, pour

(1) Ce chapitre a été publié dans Za Gcographie, t XL, 1923, pp. 137 à 152.

(2) La question du berceau de l'humanité a fait couler des flots d'encre et donné naissance aux théories les plus variées. Il était aisé, en effet, de se lancer dans les hypothèses dans une question pour la solution de laquelle nous ne possèdons

aucun document ; l'un des mémoires le plus curieux à ce sujet, par les fantaisies gratuiles dans lesquelles l’Auteur se lance est celui de W. D. MatTrnew(Climate and evolution dans les Annales de l'Académie des Sciences de New-York, vol. XXIV, 1916, pp. 171 à 318).

suivre les destinées de certains groupes zoologiques, commence donc parfois par une pente irrégulière, et les gradins ne paraissent qu’alors que nous pénétrons dans les âges géologiques. Les sauts auxquels nous contraigunent les lacunes de notre documentation sont, dès lors, d'autant plus grands que nous nous enfonçons plus avant dans les âges.

Dans les groupes zoologiques que j'ai eu l’occasion d’étudier (1), en comprenant dans mes recherches les espèces vivantes et fossiles, je me suis toujours heurté à ces indécisions, quant à l’ascendance spécifique, et souvent, quand le genre est représenté par plusieurs espèces dans une même faune, il est impossible de dire laquelle de ces espèces a été l'ancêtre de telle forme déterminée de la faune suivante. On conçoit, dès lors, combien est judicieux le choix fait par AzBerr Gaupry du titre de son magistral ouvrage : Les Enchaïnements du monde animal. C’est, en effet, une chaîne qui relie entre eux les divers éléments successifs des groupes zoologiques.

Bien qu’elles fussent d’un grand poids sur mon esprit, mes observations personnelles ne pouvaient, à mes yeux mêmes, prendre toute leur valeur que si les études de spécialistes éminents aboutissaient aux mêmes résultats ; c’est ce qu’il en advint et, poussant les déductions bien au delà des limites qu'il m'avait été donné d’entrevoir, HeNrr DouviLré (2) s’appayant sur l’étude très approfondie des Lamellibranches montre, avec la plus claire évidence, que les modifications morphologiques des êtres sont uniquement d’origine biologique, c'est-à-dire dans la dépendance directe des conditions de la vie, du climat, du mode de nutrition, de la position méme occupée par l'animal au cours de son existence; tout changement entrainant des modifications organiques qui très souvent dépassent les caractères génériques eux-mêmes. C’est ainsi que vers la fin de l’oxfordien le Cardium donne naissance au Diceras, groupe qui, avec le Crétacé, et toujours pour des causes naturelles, produit les Rudistes (Hippurites, Radiolites, etc.) dans certaines mers, alors que dans d’autres, moins favorables à la transformation, le Cardium persiste sans modifications essentielles.

Poussant plus loin ses études dans cette orientation, H. Douvizié (3) montre que pour des raisons analogues le même travail s'opère chez les Foraminifères, chez les Echinides, et les êtres d'ordre plus élevé.

« Les animaux supérieurs, dit-il, présentent des phénomènes d’adaptation analogues, mais les causes en deviennent plus complexes ou, du moins, nous pouvons mieux les analyser. Darwin a montré toute l’importance de la concurrence vitale ; mais il faut également faire intervenir les

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