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C. H. Acad. Sc.24 octobre

(L) Motlusques, brachiopodes. Megathyridés, 1883, (2) (3) H. Douvicé, C. R. Acad. Sc. 31 oct. 1910.

4915, 1918, 1923. Terrestres et fluviatiles vivants et fossiles, 1885, 1910, 1916, 1920, etc.

ai PRÉHISTOIRE ORIENTALE

changements d’habitat, résultant soit de migrations, comme l’a indiqué M. Dépéner (1), soit de modifications du climat: j'ai montré que celles-ci paraissent avoir eu une influence notable sur les changements de faune à certaines limites d’étages. Ainsi, il est probable que c’est un refroidissement notable dela température qui, à la fin des temps secondaires, a mis fin au règne des Reptiles, tandis qu’il favorisait le développement des Mammifères, doués d’une température propre, et, par suite, mieux organisés pour résister au froid. »

C’est l’ère tertiaire qui a vu naître l'Lominten, confondu avec les autres mammifères, et dont l’évolution a toujours été dominée par les questions d'adaptation. Parmi les Mammifères deux groupes antagonistes se constituent dès l’origine, groupes opposés, par suite des nouvelles conditions de la concurrence vitale, l’un, celui des carnivores, qui fait sa proie de l’autre, celui des kLerbivores, des insectivores, etc., animaux qui dès lors se modifient pour accroitre leurs moyens de défense ; les uns se procurent des armes défensives, le porc-épic, le hérisson, le rhinocéros, le tatou, ete., les autres se cachent sous terre, les rongeurs, d’autres, enfin, cherchent leur salut dans la fuite, et deviennent des coureurs» le cheval, le cerf, l’antilope, quelques-uns s'en remettent aux airs pour leur sauvegarde, les chiroptères.

On ne peut pas assister à cette transformation de la vie, sans songer à l’ancèêtre de l’homme qui, poussé par les mêmes nécessités que les autres victimes des carnivores, a dû lui-même se transformer. Le groupe le plus voisin de lui, celui des Primates s’est réfugié dansles arbres ; mais l’Xominien, le mieux doué des mammiféres au point de vue cérébral, peut être devenu pour un temps grimpeur, assurément transformé en marcheur, trouva, dans son intelligence, des moyens de défense qui n'étaient pas à la portée des autres animaux, fit usage des armes que la nature mettait à sa disposition, des branches d'arbres, des pierres que les primitifs de nos temps, en Océanie entre autres, lancent encore avec une vigueur et une adresse surprenantes. Dès lors l’Aominien était sur la voie du progrès, ses mœurs sortaient de celles des animaux, son intelligence aiguisée par la nécessité se développait peu à peu.

Mais nous ne connaissons rien de ce stade dans lequel l'homme s’est séparé de l’animal, ce n'est que par hypothèses, par analogies que nous pouvons tenter de le reconstituer. Toute l'histoire de l'homme de l’Éocène au Pliocène nous échappe, nous ne sommes même pas autorisés à placer en un temps quelconque son passage hors du groupe d'animaux auquel ont appartenu ses ancêtres.

(1) C. R. Acad. Se, 1905, 1906, 1908.

Ce que nous savons aujourd’hui des hommes préhistoriques montre que, depuis les temps quaternaires, bien des transformations se sont opérées dans leur nature. Lamarck, par suite du manque absolu de documents anciens, ne pouvait étendre à l’homme les conclusions auxquelles il était amené par l'étude comparative des animaux vivants et fossiles ; cependant, pour lui, la stabilité actuelle de l'espèce humaine n’était qu'apparente. « Tout, avec le temps, dit-il, subit des mutations diverses, plus ou moins promptes ; mais pour l'homme, les intervalles de ces mutations sont des états stationnaires qui lui paraissent sans bornes, à cause de la brièveté de son existence. »

Le problème de l’homme tertiaire à été traité, avec grande maitrise, par M. M. Boure, dans son ouvrage aujourd’hui classique, les Hommes fossiles (1), et le savant zoologiste conclut en ces termes (p. 137).

« Cette existence, je ne saurais trop le répéter, est possible pour nos pays ; elle est probable pour tels ou tels autres points indéterminés du globe, mais nous n’avons pas encore, scientifiquement, le droit de l'affirmer ; Jusqu'à présent nous n’en possédons aucune preuve matérielle décisive. L'opinion contraire, dans l’état actuel de nos connaissances, ne peut être qu'une opinion de sentiment, »

A côté de ce problème, encore sans solution, sont deux autres questions qui lui sont connexes, celle de la monogénie ou de la polygénie et, dans lun comme dans l’autre cas, la détermination du centre ou des centres d’incubation de l’espèce humaine.

Ce que nous connaissons des hommes fossiles montre qu'au stade, déjà très avancé, auquel il était parvenu aux temps quaternaires, les types étaient déjà variés, chez les habitants de l’Europe occidentale et centrale.

« La différenciation des types humains, dit encore M. Bouze (2),était déjà très avancée à La fin des temps quaternaires. Les documents recueillis par l'anthropologie préhistorique nous permettent, très imparlaitement d'ailleurs, de suivre les progrès de cette différenciation sous de multiples influences », mais si nous pouvons nous rendre compte de l’évolution descendante, au point de vue chronologique, nous ne pouvons nous faire aucune idée de l’ascendance, autrement que par des suppositions basées sur l'étude des races vivant encore de nos jours.

L'humanité actuelle se compose de deux classes passant de l’une à l’autre, et dont les extrêmes sont l’Homo faber de H. BerGson (3) et l’Homo sapiens ; l'Homo stupidus et l'Homo alutus ayant cessé d'exister. Le tout est de savoir si ces quatre classes humaines sont passées de l’une à l’autre, en évoluant, en développant leurs facultés.

(1) Paris, 1921, chap. v, p. 111. (3) L'Évolution créatrice, 22° édit., 1920, p 151.

(2) Op. cit., p. 457

Les deux types extrèmés vivant encoresontles /wtins, types accomplis de l'Homo sapiens, et les Australiens représentant le dernier échelon de l'Homo faber. Entreles deux sommets sont une foule d'intermédiaires, soit purs de race, ce qui paraît être très rare, soit améliorés ou diminués par les mélanges ou simplement par les contacts, ce qui est le cas presque général.

Nous nous trouvons ainsi en présence de deux solutions du problème ; dans la première, correspondant à la monogénie,la descendance de l’auteur commun aurait évolué de manière très différente, vraisemblablement sous l'influence des habitats, s’améliorant plus ou moins ou restant presque stationnaire, peut-être même retournant peu à peu vers son origine. Dans la seconde, celle de la polygénie, le développement aurait, dans chaque groupe, suivi son cours; certains groupes ayant en eux, à l’état latent, la puissance physique ou intellectuelle, les deux mêmes, qui devaient leur assurer la supériorité surles autres branches parallèles, branches vouées à l'infériorité par un vice ancestral de constitution physique ou cérébrale.

Quoi qu'il en soit, la plupart les groupes d'Homo faber qui existent encore de nos jours tendent à disparaître devant l’expansion de l’Homo sapiens. Déjà bien des peuplades sauvages se sont éteintes depuis qu’elles sont entrées en relations avec les Européens, leur puissance vitale se trouvant être insuffisante pour assimiler la civilisation, voire même pour subir seulement son contact. S'ilse produit aujourd'hui tant d’extinctions, alors que les conquérants des territoires habités par les peuplades inférieures sont quelque peu contenus par la morale, dans leur conduite visà-vis de ceux qu'ils dépossèdent, qu’a-t-1l dù se passer jadis, quand l'A. faber luttait soit contre son semblable moins développé que lui, soit contre l’'H. stupidus. Ce furent des luttes d’animaux entre eux, luttes sans pitié, dans lesquelles les vaineus furent exterminés et, s’il y eut des survivants, ils se fondirent dans la masse de leurs vainqueurs. A coup sûr la race humaine que nous voyons aujourd'hui sur le globe n’est que la résultante de mélanges sans nombre.

Il est certain, d’ailleurs, que ces influences de l’homme sur l’homme n’ont pas été les seules causes d'extinction; des épidémies, des changements survenus dans le climat, des effondrements de continents entiers, des tremblements de terre, des éruptions volcaniques, des mouvements de l'écorce terrestre, amenant des irruptions de l’eau de mer, des inondations, sont venus anéantir dés peuples entiers, en forcer d’autres à émigrer, à se précipiter sur leurs congénères.

De toutes les terres habitées, seul le nouveau continent paraît s’être depuis des temps très reculés, développé en dehors de toutes relations avec le reste du monde, et bien des auteurs sont d'avis même que l’Amé-

rique constitue un foyer primordial de l'espèce humaine. M. BouLe (op. c., p. 395) ne partage pas cet avis. Quoi qu’il en soit, nous pouvons tenir pour certain qu’il a de tout temps existé des contacts entre les habitants des quatre autres parties du monde, et que tous les milieux que nous sommes à mème d'étudier, même les milieux préhistoriques quaternaires, sont déjà des composés très complexes, dans lesquels se trouvent non seulement des éléments encore vivants, mais beaucoup d’autres qui se sont éteints en divers temps. ;

Et c'est dans ce dédale que l’anthropologiste cherche sa voie pour remonter aux origines. Peut-on parler de monogénie ou de polygénie, en face d’un pareil désordre, devant une évolution qui s’est développée au cours de périodes immenses, dont l’esprit peut à peine concevoir la durée.

Au point de vue anthropologique, la race humaine, dans ce que nous connaissons d’elle, se partage en deux classes dont les extrêmes sont les” dolichocéphales à tête longue, et les ‘brachycéphales à tête ronde ; et, entre les deux types sont toutes les variétés de passage. Devons-nous considérer les dolichocéphales et les brachycéphales comme appartenant à des formes originelles différentes, ou bien admettre que, provenant d’une même souche, ces deux variétés humaines ont évolué physiquement dans des sens divers ? Nous ne pouvons nous prononcer.

Quoiqu'il en soit, les dolichocéphales semblent avoir été les plus nombreux sur le globe aux temps quaternaires etles brachycéphales paraissent n'être venus que plus tard dans nos pays, arrivant de la Sibérie d’où les chassait le froid (1). Aux dolichocéphales appartiennent les antiques civilisations de la Chaldée, de l’Elam, de l'Égypte, et beaucoup plus tard des Arabes, alors que les brachycéphales ont produit la culture gréco-latine, les progrès modernes.

Ainsi les deux principaux groupes humains ont renfermé des peuples capables de grandes choses.

Cette classification en deux groupes seulement est certainement simpliste; car il existe, de par le monde, une multitude de variétés entre Les extrêmes purs, sous-dolichocéphales, mésocéphales, sous-brachycéphales, hyperbrachycéphales et variétés dans chacune des classes. Le dédale de la distribution des hommes sur la terre correspond au désordre qui s’est produit dans les événements dont elle résulte.

Assurément le genre humain, quelle que soit son origine, monogénique ou polygénique a eu, comme tous les animaux, sa région ou ses régions d’origine ; ces régions, nous ne les connaissons pas par des preuves scientifiques et leur choix est encore abandonné à limagination.

(1) Cf. J. pe MorGan, Des Origines des Sémites et de celles des Indo-Européens, ds. Rev. de Synthèse historique, déc. 1922, pp. 7-34.

Cependant les études géologiques et paléontologiques sont aujourd’hui avancées à ce point, qu'on peut reconstituer avec certitude non seulement les continents et les mers aux diverses époques de la vie du globe, mais reconnaître les plus importants foyers de la vitalité organique.

Pour les périodes, relativement récentes de notre préhistoire (1), comme pour les périodes plus anciennes, géologiques, nous ne pouvons guère connaitre que les aboutissants des phénomènes, car leurs origines ou leurs points de départ se trouvent, au moins pour la plupart, dans des contrées plus lointaines, encore à peu près inexplorées à notre point de vue. La lumière dont s’éclaireront un jour les grandes questions soulevées par l’étude des temps préhistoriques ne nous viendra qu'après une connaissance suflisante de l'Asie et de l'Afrique. Ces deux continents représentent, pour les paléontologistes, les grands laboratoires de vie de l'Ancien monde. Ils ont dû être aussi les grands centres d'élaboration des Humanités successives, depuis les types les plus primitifs, encore voisins de l’animalité jusqu’à ceux qui ont vu se lever l’aurore des grandes civilisations.

Et M. Bouc ajoute (2) : En m’exprimant ainsi, je prends les choses en grand, je les considère en naturaliste. Les mouvements humains des marées ont été, pour le cul-de-sac de la péninsule européenne, des mouvements de flux, des mouvements centripètes. Mais ces monvements ont été suivis parfois de mouvements de reflux, de mouvements centrifuges. Ces dermiers, d’étendue plus limitée, ne s’observent directement que dans les temps proto historiques ou historiques, quand les populations européennes furent arrivées à un degré de culture relativement supérieur.

« Lorsqu'on étudie la distribution des fossiles dans les temps géologiques, dit H. Douvicré (3), on constate que dans les mers de la période secondaire, il existe une zone chaude privilégiée au point de vue du développement des êtres; elle fait le tour du globe en séparant l’Eurasie de l’Afrique et l'Amérique du Nord de l'Amérique du Sud, c’est ce que j'ai appelé la Mésogée.

« Les dernières grandes dislocations de l'écorce terrestre se sont produites près de son rivage Nord, pendant et surtout à la fin de la période éocène, donnant naissance aux grandes chaines de montagnes, Pyrénées, Alpes, Himalaya. Comme contre-coup de ces grands mouvements, la Mésogée s’est trouvée coupée par le soulèvement de la région comprise entre la Méditerranée et l’Océan Indien, Égypte et Arabie, Palestine, Égéide (effondrée depuis) et Asie Mineure.

« Mais la zone mésogéenne n’en a pas moins continué à jouer un rôle important dans le développement de la vie, et en particulier dans la dis-

(4) M. Bouce, les Hommes fossiles, 2 édition, (2) Id., p. 321, note 1. 1923,%p.-329; (3) ©. R. Acad. Sciences, 9 oct. 1922.

tribution des faunes terrestres. C’est enfin sur les bords de ce massif nouveau de notre continent que se sont développées les plus anciennes civilisations humaines, Egypte, Chaldée et Grèce ; c’est sur le massif lui même qu'ont pris naissance les grandes religions, Judaïsme, Christianisme, Mahométisme. »

Dans la région comprise entre la Méditerranée et l’Indus, entre le Pont- Euxin et la mer Rouge, se trouve le nœud entre les faunes de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Le tigre royal vit dans les forêts du Mazandéran, du Ghilan, du Talyche, le lion habite la Susiane et la Chaldée ; jadis, suivant AMMIEN MarCELLIN, à l’époque de l'expédition de Julien IT contre les Perses, les autruches étaient nombreuses sur les rives de l’Euphrate. Sous les Ramessides, c'est-à-dire au milieu du second millénaire avant notre ère, l’éléphant vivait encore à l’état sauvage en Syrie (1). J'ai montré (2) qu’au sud dela mer Caspienne on rencontre des genres de mollusques indiens. Le soulèvement de l’Asie antérieure a donc eu pour résultat d'établir la communication de la vie entre les trois continents de l'Ancien monde.

Presque en même temps que paraissait l’ètude de H. DouvizLé sur les Lépidocylines et leur évolution, note de laquelle j'ai extrait les lignes qui précèdent, le professeur H. Breuiz, dans une lettre qu'il m'adressait le 31 janvier 1923, m'entretenait de son opinion quant au rôle joué par PAsie méridionale et les Iles de la Malaïsie dans les destinées du genre humain.

« Ce n’est pas le mirage du Pithecanthropus, me dit le savant préhistorien, qui me fait tourner les yeux vers la partie méridionale de l’Asie, c’est que là surtout s’est élaborée la faune solidaire de l’homme fossile, que sur les débris du continent qui existait là jadis, y subsistent les négritos de toutes catégories, que je crois être de vrais fossiles vivants de stade pré-archéolithique, comme évolution raciale, que c’est autour de ce foyer que sont rangés les résidus d’anciens groupes humains, plus anciens encore (Tasmaniens et Australiens), et qu’on trouve des traces de groupes en connexion avec tous les types humains des deux mondes. Épopée scientifique, si vous voulez, dépassant la science, mais n'oubliez pas les crânes de Talqaï, et ceux des proto-australiens de DuBois.

« Là, si les côtes ont disparu, on n’a pas les vestiges des anciens mangeurs de coquilles. Pas de pierres paléolithiques ? Soit ! mais : et l'âge du bois ? Que restera-t-il de l’outillage de vos Sakayes et des Mincopies ?

« En Australie, tous les silex ou quartzites ne sont pas modernes. J’ai

(4) Cf. A. Moret, Des Clans aux Empires, logique terrestre et fluviatile de l'Asie Antérieure 4923, p. 329. (Bull. Deleg. en Perse, fasc. I, 1910). (2) J. DE MorGAN, Etude sur la fuune malaco-

sur ma table une série de silex australiens aussi patinés que nos silex de Catenoy, c’est subfossile tout au moins.

« Évidemment, en Australie, l’homme est un immigré. Il y a des types bien australiens parmi les Veddas, et une gravue rupestre du Nord de l’Inde est absolument semblable à celles de Port-Jackson, près de Melbourne : c’est trop identique pour qu’on puisse parler de coïncidences fortuites. » Je partage en tous points l’avis de mon savant correspondant.

Il est certain qu’en Ausyralie les habitants actuels sont des immigrés, que les négritos de la Malaisie sont des restes de populations très primitives, qu'il en est de même aux Iles Andaman, dans les monts Nilghiris, que jadis il existait des négritos en Susiane, gens dont on reconnait encore les descendants dans les tribus arabes de ce pays.

: Nous sommes certainement, dans le sud de Asie ct en ee en présence des ruines de populations très primitives; mais je ne crois pas que dans la presqu’ile de Malacca, et dans les grandes îles malaises la présence de ces groupes de négritos soit extrêmement ancienne, parce que dans les immenses exploitations des alluvions stanniféres de Pérak, de Banka, on trouve de temps à autre des ossements d’animaux, mais jamais la moindre trace de l’homme antérieur à l’industrie néolithique. Les Sakayes, il est vrai (1), ne laisseront d’autres traces après eux que leurs ossements, quelques os d'animaux grossièrement travaillés, quelques haches de pierre polie, probablement aussi de rares éclats de quartz, des dents et des coquilles percées ; mais par contre les Australiens, les Tasmaniens sont des ouvriers de la pierre.

Il semble que, dans des temps fort anciens, alors que les continents sud-asiatiques présentaient des contours tout différents de ceux qu'ils offrent aujourd'hui, la race négrito couvrait un espace très considérable, et qu’elle habitait dans la région située au pied des grandes chaines asiatiques. Ces hommes assez mal doués pour soutenir la lutte pour la vie, auraient été chassés sur bien des points de leur domaine, se seraient éteints, dans d’autres, fondus avec les envahisseurs ailleurs, et nous n’en voyons plus aujourd’hui que les lambeaux épars, peut-être revenus après une émigration dans des pays plus septentrionaux que leur habitat actuel.

Là encore je citerai l’opinion, que je partage entièrement, d’ailleurs, de H. Douviieé sur la répartition de la vie dans les régions tropicales.

Les Singes anthropomorphes, dit le savant paléontologiste (2) habitent les grandes forêts équatoriales ; on sait que celles-ci se développent dans une zone climatérique spéciale, à la fois chaude et pluvieuse. A cette zone succède au nord la zone plus froide du bush, que les

. (1) Voir J DE MorGaAN, les Négrilos de la pres- (2) C. R. Acad. Sc., 31 oct. 1910. qu'ile malaise ds. l'Homme, 1883.

voyageurs ont comparé, sur certains points à un magnifique jardin naturel, puis la zone désertique, où il ne pleut presque pas. Il a suffi d’un simple changement de climat, amenant une diminution de la quantité de pluie tombée, pour faire reculer la forêt, puis pour la faire disparaitre ; elle a été remplacée par Les jardins du bush. Que sont devenus les singes qui l’habitaient ? l’éternel problème s’est posé, s'adapter ou mourir. Le plus grand nombre a certainement péri, mais quelques-uns ont survécu, soit qu'ils fussent mieux doués, soit qu’ils aient été favorisés par les circonstances. Dans ces conditions nouvelles, ils sont devenus marcheurs et et ils ont dû faire des prodiges d’ingéniosité pour échapper à leurs ennemis ; de là le développement de leur intelligence. »

Le changement de climat qui aurait produit le départ des forêts tropicales et, par suite le passage du sénier à l’homo stupidus aurait été celui qui, dans nos contrées a été la cause de la grande glaciation, il aurait done pris place au cours de la période Pliocène ; et, lors de la fin de cette glaciation, l’homme, devenu Lommo faber serait déjà parvenu à la dernière phase industrielle paléolithique, c’est-à-dire au Moustierien.

Combien de temps a duré cette période de, glaciation ? à bien des réprises j'ai montré qu'il n’est pas possible de calculer sa durée (1). Nous pouvons donc la supposer assez longue pour que la transition complète de l’omo stupidus à l’'H. faber ait eu le temps de s'effectuer.

Quoi qu il en soit, il ne parait pas que nos pays aient été témoins des débuts de cette évolution, tout au plus en ont-ils vu les dernières phases ; car, dans nos régions, le climat à l’époque Pliocène ne se prétait pas au développement des grands Simiens (2). L'homme n’était probablement pas encore l’homo faber paléolithique (S. G.) quandil est venu dans nos pays, mais nous ne savons pas s’il était moins encore que l’/J. stupidus.

Certainement les régions mésogéennes asiatiques étaient à cette époque plus favorables que l'Europe glacée à l’évolution dont parle H. Douvié ; très éloignées des pays du froid, elles ont été à même de subir les modifications climatériques requises pour que cette transformation de la flore et de la faune put s’eflectuer, et le refroidissement de Java, à l’époque de l’Anthropopithèque, signalé par le Dr Senüsrer de Munich, viendrait à l’appui de cette opinion.

J'ai fait observer qu’en Malaisie on ne trouve aucune trace très ancienne de l’homme; mais cette constatation n’a rien qui doive surprendre ; car, au milieu des graves événements qui ont pris place entre le milieu du Pliocène et la fin du Pleistocène, l’hominien, nous l’avons vu, a, fort probablement, été chassé de ces pays dans lesquels il n’est revenu

(1) Cf. J. DE MorGaAN, les Premières civilisations, (2) Zd., p. 59 1929, p. 88.

Ês que beaucoup plus tard non comme Homo faber, mais à un degré de culture bien plus avancé.

Assurément il existe de nos jours bien des peuplades qui ne laisseront après elles que des traces insignifiantes, traces dont il sera impossible de tirer les enseignements nécessaires pour qu’on puisse se faire idée du degré de civilisation auquel elles étaient parvenues; mais leur existence même ne disparaitra pas complètement. Je parlerai d’ailleurs de cette importante question dans un chapitre spécial, qu'il suffise de rappeler ici que les négritos Sakayes d’aujourd’hui ont quelques rares outils de fer, portent des bracelets de laiton en spirale, des monnaies percées dans leurs colliers, toutes choses qu’ils reçoivent des Malais; mais qu'ils n’ont pas toujours possédé ces produits européens : il fut un temps, quelques siècles seulement avant nous, où ces gens faisaient usage de la pierre, tout comme les Tahitiens, tout comme la plupart des Polynésiens. Il est certain d’ailleurs que l’homme, l’Aomo faber, n'a pas pu habiter un pays sans y laisser la moindre trace quelle que soit son industrie, quel que soit son état de barbarie, l’Lomo stupidus, lui-même, s’il avait vécu dans ces lieux, nous aurait transmis ses ossements ; et, dans les alluvions stannifères de la Malaisie, nous en rencontrerions des traces.

On alléguera que ces alluvions argilo-sableuses, exploitées sur une aussi large échelle qu’elles le sont de nos jours, sont plus anciennes que l’homme ; il n’en est rien, ces sables argileux, produits par la décomposition des roches cristallines du pays, et en particulier des granulites (1), sous l’action très énergique des agents atmosphériques, se composent de lits superposés appartenant à toutes les époques, depuis le Pliocène, jusqu’à nos jours, on y peut donc suivre, pas à pas, les traces de l’homme ; or ces traces qu’on rencontre dans les niveaux moyens et supérieurs sont toutes caractérisées par la pierre polie. Nous sommes done pleinement autorisés, jusqu’à ce jour, à conclure que la région des mines d’étain a été colonisée à une époque relativement récente, et qu'auparavant elle était inhabitée.

Mais les temps dont je parle à l’instant sont de beaucoup postérieurs aux transformations subies par la Mésogée et, probablement aussi aux effondrements à la suite desquels le sud de l’Asie et les grandes iles ont cessé de communiquer avec le continent africain. La' vie intense dont H. DouviLLé signale la continuation dans les ruines de la Mésogée s’est certainement propagée à une époque où n'existaient ni l’Aomo stupidus, ni l'Homo alatus, 1 ne pouvait y avoir alors qu’un animal plus ou moins parallèle au Pithecanthropus, assurément moins développé encore que ce grand anthropoïde.

(1) J.pE MoRGAN, ds. Ann. des Mines, mars-avril 1886.

Si ce précurseur de l’homme s’est répandu, comme cela parait être, dans les continents émergés, constituant ainsi des provinces hominiennes distinctes, et sans communications entre elles, chacun de ces groupes a évolué séparément, suivant les conditions de la vie qu’il rencontrait dans sa province, d’où la grande variété des races humaines dans les pays voisins de la Mésogée, d’où le grand développement des groupes zoologiques parmi lesquels se trouvaient les hominiens. |

Gene sont là, certes, que des conjectures, mais elles ne sont pas irrationnelles, elles découlent au contraire d’une multitude de faits qui paraissent devoir les provoquer.

S’il en a été ainsi, si le centre originel de l'humanité s’est trouvé sur les bords asiatiques de la Mésogée, si les hominiens sont partis de là pour peupler le monde, assurément leur diffusion s’est produite alors qu’ils n'avaient pas encore atteint le degré Homo, c’est sous une forme très primitive qu'ils seraient parvenus, par exemple, en Afrique ; là, comme partout ailleurs, ils se seraient améliorés, se partageant en groupes, en familles suivant les circonstances locales, et les différences entre tribus ne sont allées qu’en s’accentuant au cours des âges, certaines peuplades, plus avancées, auraient inventé les éolithes auxquelles le Dr ScaweinFurTH croyait, et que j’admettrais moi-même, s’il était possible de discerner les silex intentionnellement retouchés des jeux de la nature.

Quoi qu'il en soit de ces instruments, toujours discutables, on voit paraître en Afrique, de très bonne heure, les industries paléolithiques, probablement nées spontanément sur bien des points de ce vaste continent, et ces industries se seraient répandues jusque dans nos pays de l'Ouest européen, probablement encore très peu peuplés, si même ils l’étaient déja.

Tout le Centre et le Nord de l'Afrique, l'Égypte, le Somal, la Mésopotamie, la Syrie, la Péninsule ibérique, la Gaule jusqu’au Rhône et à la Saône, le Sud de l'Angleterre ont connu cette civilisation, dont l’incubation complète ne paraît pas avoir eu lieu dans nos pays, mais où elle s’est largement développée depuis la forme grossière dite pré-chelléenne, que les préhistoriens les plus avisés rangent dans les derniers temps de Pliocène (1) jusqu’au Moustiérien de nos alluvions et de nos cavernes.

Bien des considérations portent à croire que les principaux centres paléolithiques originels ont été en Afrique, et l'hypothèse mésogéenne vient à l’appui de cette manière de voir ; et il existait alors de nombreux passages entre le Nord de l’Afrique et le Sud de l’Europe, de telle sorte que les paléolithiques ont pu s’avancer en Occident jusqu’au front des glaciers scandinaves, alors qu’ils ne paraissent avoir colonisé le Centre

(1) H. BREUIL. O. OBERMAÏER.

de l’Europe que beaucoup plus tard, qu'ils ne semblent pas avoir envahi l'Hellade, l'Égéide, encore hors des mers, qu'ils se sont arrêtés dans la plaine mésopotamienne, au pied des chaînes de l’Anatolie, de lArarat et du Caucase, que l'Iran, couvert de glaces, ne les a pas connus et les a empêchés de s'étendre plus à l'Est; quelques-unes de leurs tribus, cepèndant, se seraient avancées jusqu'aux Indes, à moins que dans l’Hindoustan se soit développé un foyer paléolithique particulier, autochtone.

Nous ne voyons plus, aujourd’hui, quelle voie de contact pouvait exister entre le grand domaine des paléolithiques occidentaux et la péninsule hindoue ; mais. peut-être s’en trouvait-il, par des terres aujourd’hui disparues, qui auraient joint l'Arabie à la côte hindoue de la mer d’Oman, ou la pointe extrème sud de l’Inde à Madagascar.

S'il nous est permis d'émettre des hypothèses, quant à la constitution et à l’étendue du domaine des paléolithiques méditerranéens faisant usage du coup de poing, nous sommes beaucoup moins bien partagés, en ce qui regarde à ces époques reculées la situation des pays extrêmes orientaux, tels que la Chine et le Japon; ces régions sont, il est vrai, encore inexplorées au point de vue de leur préhistoire, mais le peu que nous en savons nous porte à croire qu’elles étaient inhabitées. Dans toute cette immense région nous n'avons, jusqu'ici, rencontré aucune trace de l’homme quaternaire.

Là se pose le problème sibérien. Comment cette région se serait-elle peuplée dans l'hypothèse du foyer mésogéen ?

Le soulèvement de l'Himalaya, des grandes chaines indo-chinoises, des hauts-plateaux de l'Asie centrale constituaient, dès la fin de l’Eocène une infranchissable barrière, interdisant aux animaux de la faune méridionale l’accès direct de la Sibérie. Mais, cette muraille, on pouvait la tourner soit, par la Chine, non sans difficulté, soit, plus aisément, en franchissant l’Hindou-Kouch ; c’est peut-être cette dernière voie qui a été suivie, celle qui, plus tard, a servi de couloir aux peuples du Nord, descendant pour s'établir dans la péninsule.

Quoi qu’il en soit, la colonisation de la Sibérie s’est produite soit en dehors des chemins passant par les pays des paléolithiques (à coup de poing), c’est-à-dire autrement que par l’Inde, soit antérieurement à la découverte de l’instrument amygdaloïde chelléo-acheuléen ; et je serais d'avis que c’est la seconde de ces deux solutions qui doit être adoptée ; car, dès le Pliocène supérieur, c’est-à-dire avant l'établissement de la culture chelléo-moustiérienne, les Sibériens et la faune tropicale qui les accompagnait, ont été emprisonnés par les glaces dans les steppes du Nord, privés de tout contact avec le reste du monde, nous ne devons done pas être surpris de ne rencontrer, dans cette immense région, aucune trace

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d'influence chelléo-moustiérienne, mais bien d'y trouver, comme au voisinage du lac Baïkal (pe Baye) une industrie spéciale, contemporaine du Mammouth, présentant des analogies, uniquement fortuites d’ailleurs, avec celle de nos moustiériens,

En ce qui regarde les deux Amériques, nous sommes encore beaucoup moins avancés, l'énorme distance qui sépare le nouveau Monde de l'Ancien n’est certes pas favorable aux hypothèses quant aux foyers d’où seraient parties les colonisations de l'Amérique. L'existence de terres, aujourd’hui disparues, qui aurait permis de passer jadis de nos pays d'Europe ou de l'Afrique aux Antilles et à la Côte orientale des États-Unis, de même que la communication entre l'Alaska et la Kamtchatka, par le détroit de Béring, a été invoquée, il est vrai, mais ces solutions sont toujours demeurées dans le domaine de l’hypothèse.

Quoi qu'il en soit, si nous admettons avec C. C. Assorr (1) et le Prof. M. BouLe (2) l’existence d’une industrie paléolithique (Trenton) aux Etats-Unis, nous voyons que les instruments composant cette industrie présentent, en général, des caractères très différents de notre paléolithique, et que nos formes chelléo-acheuléennes, qui d’ailleurs sont rares dans les dépôts américains, paraissent être plutôt fortuites que voulues. Ce paléolithique, spécial aux États-Unis, serait autochtone.

De méme, dans les pampas de l'Amérique méridionale, on rencontre une industrie spéciale, et l’on en est encore à se demander à quelle époque elle appartient et si, réellement, on doit la considérer comme étant quaternaire.

Nous venons de promener notre hypothèse mésogéenne et sud-asiatique dans le monde entier et nulle part nous n’avons rencontré d’impossibilités manifestes. Avant d'en finir avec cet exposé, il est nécessaire de faire observer que, dans les diverses provinces paléolithiques, non seulement le développement physique de l’homme ne s’est pas fait également, mais son évolution intellectuelle a présenté de très grandes variétés, quelques peuples seulement du groupe chelléo-moustiérien sont passés, avec l’Archéolithique de l’Homo faber à l'H. sapiens. Les plus remarquables tribus, à ce point de vue, dans l’Occident de l’Europe, sont celles des Magdaléniens, alors qu’en Orient les asianiques et les sémites ont éclairé le monde par la lumière de leur supériorité. Ce sont eux qui ont commencé et poussé très loin la civilisation, qui ont le plus intensifié la puissance vitale mésogéenne. Puis sont venus les Sibériens, barbares encore, mais dont quelques familles étaient privilégiées par les dons reçus de la nature. Peut-être ces hommes seraient-ils demeurés Homo faber, s'ils n’avaient été au contact avec les asianiques et les sémites ;

(1) The Sione Age in New Jersey, 1877. (2) Op. c., 1921, p. 401. »

56 PREIHSTOIRE ORIENTALE

mais ils ont su tirer des progrès déjà accomplis, un parti grandiose. Il ne faudrait cependant pas attribuer à ces brachycéphales tout l'honneur de la culture moderne ; ce sont les dolichocéphales d’origine chelléo-moustiérienne qui ont fait les pas les plus difficiles, les premiers.

Il est à remarquer que dans la famille chelléo-moustiérienne comme dans celle issue de la Sibérie, le développement cérébral des diverses branches s’est montré d’une inégalité surprenante. Chez les premiers on trouve, en effet, les Asianiques, les Arabes, les Égyptiens pharaoniques, les Magdaléniens à côté des Négritos, des Australiens, et chez les seconds, les Grecs, les Latins, de même souche que les Tounghouz, les Kamtchadales.

Quant aux classilications purement anthropométriques des peuples (1), les mélanges ont été tels depuis l’existence du genre Homo qu'il est illusoire d'attendre des mensurations la moindre des indications peur le classement des formes et des aptitudes humaines modernes, les fossiles humains et les enseignements fournis par l’archéologie paraissent aujourd’hui être les seules bases sur lesquelles on puisse s’appuyer avec sécurité, mais seuls les fossiles humains sur lesquels seulement on puisse s’appuyer, sont antérieurs à ces mouvements de peuples qui, au point de vue de la conformation physique, ont opéré d’inextricables mélanges.

Comme le dit fort justement le professeur H. Breuil, il existe encore sur la terre des hommes fossiles vivants, ceux là sont rares, qui ont conservé leurs caractères; seuls, parmi les centaines de millions d'hommes qui habitent aujourd’hui le Globe, ils sont à même de nous instruire, sinon sur les origines, du moins sur des âges extrêmement anciens, et les ruines de ces races antiques sont toutes ou presque toutes dans la région où se trouvait jadis la mésogée asiatique.

Cette étude peut faire l’effet d’un roman, parce que j'ai abandonné à l’hypothèse une part prépondérante ; cependant c’est grâce à ces suppositions, quant au rôle joué par la Mésogée sur les destinées de l'humanité que j'ai été à mêmecd’exposer bien des faits, de montrer combien est vaste et compliqué le problème des origines humaines, d’aborder des sujets qu’on n'oserait pas traiter dans une étude ne s’appuyant que sur des données certaines. J'espère que le lecteur me saura gré d’avoir fait une aussi grande part à l'imagination.

(4) Cf. I. DeniKer, Races et peuples de la terre, 1900, tableau, p. 667

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