‹ La Prehistoire orientaleChapitre 46 sur 308 · FIG." 14. F1G · texte numérisé non relu

FIG." 14. F1G

Les vallées sous-marines du côté de Provence.

grandes vallées actuelles de la Ligurie (Roya, Nervia, Arma, Taggia, ete.), d’une topographie sous-marine qui, de toute évidence, représente le prolongement de ces vallées, fait qui se reproduit sur presque toutes les côtes, dans le monde entier, mais qui malheureusement, pour nos pays seulement, a été l’objet de nombreux travaux (2) et études, sur lequel je me suis appuyé moi-même en bien des occasions.

Mais quelle amplitude peut-on donner au mouvement qui a eu lieu en face de Menton, doit-on considérer les courbes de 1.500 ou 1.800 mètres

(4) Comptes rendus de l'Académie des sciences, (2) Cf. entre autres, Congrès géol intern., 24 et 31 janvier 1887. Paris, 10 vol. I, p. 321.

LES PHÉNOMÈNES GLACIAIRES qi

comme marquant la position des plages liguriennes au cours du Pliocène, ou doit-on supposer que les dépressions dont elles témoignent sont le résultat de brisures de l’écorce terrestre qui, tout au moins en partie, se seraient produites au fond de la mer ?

Quoi qu'il en soit, il est certain que du temps où les grottes de Menton étaient habitées, la terrasse de 200 mètres émergeait, et que c’est là qu'ont véeu, avec Phomme, les grands pachydermes qui, sans l’émersion de ce plateau, n'auraient pas trouvé dans les montagnes abruptes des Alpes-Maritimes les conditions nécessaires à leur existence.

La pente moyenne de cette terrasse est de 0,028 par mètre, inclinaison faible permettant aux forêts et aux herbages de se développer, un grand nombre de ruisseaux et des sources abondantes arrosaient cette terrasse et la rendaient fertile (1). Sans aucun doute l’homme a vécu sur ce terrain en même temps qu’il habitait les cavernes.

Ce que nous venons de voir, en ce qui regarde la Méditerranée occidentale est également vrai pour l’Orient. En Grèce, en Syrie, on rencontre à chaque pas en longeant les côtes des preuves de ces mouvements de l'écorce terrestre. Je reviendrai dans un autre chapitre sur l’effondrement de l'Égéis, terre dont la disparition a été de grande importance, quant à la répartition de la population de l’Asie antérieure.

En Égypte, au Mokattam, et près d'Alexandrie, on constate l’exis. tence de terrasses marines, aux environs des pyramides de Ghizeh, on les trouve à 64 mètres de hauteur, et, à la même altitude, les calcaires du Mokattam sont percés par les mollusques lithophages. Ces dépôts ‘attribués à la fin du Pliocène, ou à la base du Pléistocène sont, dans tous les cas, inférieurs aux terrasses sur lesquelles reposent les ateliers paléolithiques.

L’Atlantide. — L'existence de l’Atlantide, c’est-à-dire d’un continent qui jadis aurait relié le Vieux Monde à l'Amérique a fait l’objet de discussions sans nombre et peu de personnes aujourd’hui l’admettent. Cependant les preuves à l’appui de sa réalité sont telles qu’il n’est pas possible de la nier, la zoologie, la botanique, la géologie apportent de telles preuves qu’il faut admettre que de grandes terres se sont effondrées et que la mer des Sargasses, les Bermudes, les Açores, les Canaries n’en sont que les ruines.

Dans plusieurs études très documentées MM. L. Germain, L. Joubin et Ed. le Danois ont réuni une connaissance profonde des branches de la science mises en jeu dans ce difficile problème, tous les éléments sur les-

(4) 11 en existe pour le moins encore une sourdant sous la mer.

quels on peut s'appuyer et j'estime leur démonstration parfaitement concluante ; pourquoi d’ailleurs refuser à l’Atlantide ce que nous accordons à l'Egéide, aux plateaux submergés aujourd'hui de la mer du Nord ? Les mouvements de l'écorce terrestre ont, sur tous les points du globe, été d’une grande intensité et leurs conséquences se sont fait sentir dans les destinées de nos ancêtres. Ces oscillations ont débuté à des âges géolo giques que nous ne saurions évaluer; car depuis les temps primaires les continents émergés ont cent fois changé de forme ; mais nous ne pouvons guère, dans une semblable étude, nous aventurer au delà des temps relativement voisins de nous. C’est ce que font MM. L. Germain, L. Joubin et Ed. le Danois dans une récente étude et je ne saurais mieux faire, pour mettre le lecteur au courant de la question, que de reproduire quelquesunes des pages de ces savants naturalistes sur l’Atlantide.

« L’Atlandide formait le rivage de la mer Eocène, et s’étendait de la Floride aux côtes d'Europe. Sa constitution est sans doute plus récente que celle du continent Nord-Atlantique, son apogée doit se placer à l’époque secondaire. Vers le sud sa limite probable serait une ligne allant de la Guyane au Cap Vert. À cette époque, l’Atlantide joignait l'Amérique centrale et l'Amérique du sud et se rattachait au sud de l'Europe et au nord de l’Afrique.

« Les effondrements. — L'époque tertiaire va marquer un extraordinaire accroissement de la mer Eocène et transformer en Océan cette Méditerranée géologique.

« À l’époque Néogène, le continent Nord-Atlantique s’effondre.

« Une large brèche sépare le Groenland de la Scandinavie et du Spitzberg. Sur la place de ce gigantesque effondrement surgissent des îles volcaniques récentes, la Terre de Jan-Mayen, l'Islande et les Feroë. Au moment même de cet effondrement, ces iles étaient du reste réunies par la crête Wyville Thomson, alors émergée.

« L’effondrement de l’Atlantide suivit de près celui du continent Nord- Atlantique. Peut-être furent-ils simultanés, peut-être l’un fut-il la conséquence de l’autre.

«C’est au Miocène que l’Atlantide commença à disparaitre sous les eaux. Les effondrements, commençant vers l’ouest, séparèrent d’abord l’Atlantide de la côté américaine et un peu plus tard, de l’Europe et de l'Afrique. Seule, la plate-forme des Canaries, d’ailleurs indépendante du reste de l’Atlantide, resta attachée à [a côte africaine de Mauritanie. Ces effondrements permirent la communication, par le détroit sud Rifrain, des eaux méditerranéennes avec celles de l’Atlantique-Sud.

« Ces phénomènes marquent donc une rupture momentanée de la communication de la Méditerranée avec les eaux septentrionales et l’établis-

sement des rapports entre cette mer et les eaux équatoriales. Plus tard au Plaisancien (Pliocène inférieur) le détroit nordbétique, fermé un moment au Burdigalien, s’étant ouvert à nouveau, la Méditerranée connut encore l'invasion d’une faune froide.

« L’Atlantide miocène fut un continent de forme vaguement trapézoïdale qui s’étendait des Bermudes aux Açores et aux îles du Cap Vert, et recouvrait l’actuelle mer des Sargasses.

« Pendant toute l’époque Miocène et au début du Pliocène ce continent alla en s'émiettant et d’un des effondrements qui marquèrent sa fin, jaillit le plateau des Açores.

« Vers la fin du Pliocène se produisit l’effondrement qui donna naissance à la mer d'Irlande et qui a laissé comme témoins les îles basaltiques du sud-ouest de l'Écosse et les roches volcaniques de la région d’Antrim. J

« Le même mouvement détermina un affaissement dans le sud-ouest des iles Britanniques et la ligne de l’ancien rivage est encore fort nette au bord du plateau continental : elle est représentée par une série de fjords qui sont la continuation normale de ceux du sud-ouest de l’Irlande (Baies de Dingle et de Bantry).

« La Manche occidentale est alors émergée ; la vallée de la Seine la parcourt, contournant le nord de la presqu’ile actuelle du Cotentin et suivant la région de la Fosse centrale. Aujourd’hui encore, les eaux de la Seine, reconnaissables à leur faible salinité, suivent cette direction et c’est seulement au large de Cherbourg qu’elles se mélent aux eaux franchement marines.

« À l’aurore du pléistocène, l’Atlantide n’est plus qu’un chapelet d'îles clairsemées. Une dernière commotion, qui appartient presque à l’époque historique, marque sa disparition finale, par la séparation des Canaries de l'Afrique. C’est sans doute à cette dernière convulsion que Platon fait allusion dans les récits célèbres du Critias et du Timée.

« On ne peut dire que la disparition de l’Atlantide puisse être, encore à l'heure actuelle, considérée comme un phénomène révolu. À une date imprécise, mais postérieure à Ptolémée qui les figura sur sa carte au nord-ouest de la Corogne, les iles Cassitérides, connues des Carthaginois, ont disparu sur la ligne de la profonde faille que marque encore la côte nord de l'Espagne jusqu'à la fosse de Cap Breton.

« Les Sargasses flottantes sont les derniers débris des ceintures littorales de ce continent. La plupart des animaux côtiers qu'il nourrissait jadis ont disparu au moment de l’effondrement ; d’autres, en bien plus petit nombre, ont survécu en s’adaptant aux nouvelles conditions de vie qui leur étaient offertes, Ce sont ces derniers que l’on y rencontre aujour-

d’'hui: ils constituent un district littoral isolé au milieu du domaine

pélagique. »

Mer Rouge. — Dans la mer Rouge les plages soulevées abondent sur tout le littoral, à Suez, à El Tor (au Sinaï) dans l'ile de Périm, enfin à Obock, où elles émergent de 100 mètres environ. Il est à remarquer que plus on approche de la mer des Indes et plus l’amplitude du mouvement est grande; on en pourrait déduire le sentiment d’oscillations positives ou négatives du fond de la mer d’Oman.

Golfe Persique. — Les côtes du Golfe Persique montrent aussi des plages soulevées; et, sur le côté arabe de la basse vallée de l’Euphrate, les calcaires coquillers forment une succession de petites collines, coupées à pic du côté de la plaine, preuve que cette émersion a eu lieu longtemps avant le remplissage de la cuvette mésopotamienne par les alluvions du Tigre et de l’Euphrate. Ces collines formaient alors de petites falaises que venaient battre les vagues.

D'une manière générale, il ne faudrait pas attribuer à ces mouvements de l’écorce terrestre une ampleur et une étendue définies par les maxima que nous constatons par rapport à la hauteur qu'occupent actuellement ces dépôts, comme en raison de la surface plus ou moins étendue sur laquelle nous relevons des traces du phénomène : lécorce terrestre est très souple; il ne le fautpas l’oublier et, sans aucun doute, les couches en se relevant et en s’abaissant se sont bien souvent tordues, en sorte qu'un fond de mer a pu se relever ou s'effondrer irrégulièrement, et sans que le littoral en soit affecté dans les mêmes proportions; même fait peut avoir lieu pour une partie du littoral, ou pour un massif continental tout entier. 11 se peut fort bièn par exemple que la fosse de Cap Breton se soitcreusée dans un plateau de niveau avec le littoral actuel, ou peu s’en faut, puis que les couches se soient plissées suivant une pente partant de la plage actuelle qui, ellemême, n'aurait pas sensiblement bougé verticalement. Il se peut aussi qu'au moment de l'effondrement des plateaux de la mer du Nord, la Norvège se soit abaissée dans des proportions assez notables, alors que l'Écosse n'aurait pas suivi le même mouvement, que la côte occidentale de la Scandinavie ait subi une série de relèvements, correspondant aux. terrasses de ses glaciers, alors qu’au contraire le Dogger Bank s’enfonçait ; ces lois d'équilibre sont encore fort mal connues, le surélèvement de la péninsule scandinave, aux temps glaciaires, doit donc être considéré comme réel, dans son ensemble, mais que les détails de cette évolution, bien que constatés, pour la plupart, ne peuvent encore être reliés entre eux; et il en est de même pour Les phénomènes analogues dans toutes les parties du Monde.

La glaciation (1). — C'est à la fin de l’époque Pliocène que débutent les phénomènes glaciaires, ils chevauchent donc sur les deux divisions arbitrairement adoptées par les géologues. Ce ne sont certes pas là les premières manifestations de la glace; car on en possède les traces nom-

breuses dans la série des âges géologiques (2), mais ces grandes expan-

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FiG. 16. — La grande glaciation dans les Alpes, les Pyrénées et le Massif Central.

sions glaciaires primitives n’ont, en aucune manière, trait à la vie de l’homme sur notre globe ; toutes sont de beaucoup antérieures à son apparition sur le globe.

Les causes de la glaciation. — Bien des hypothèses ont été émises pour expliquer les causes de la naissance et de la disparition des fleuves de glace descendant des grands massifs de neige. On a mis en avant des phénomènes cosmiques ou astronomiques. Ces thèses doivent être envisagées avec une extrême prudence.

(1) Au point de vue de l'ensemble des phénomènes glaciaires je conseille au lecteur d'étudier le remarquable article de W. Nizs oLor Hozsr (le Commencement et la fin de la période glaciaire, ds. l'Anthropologie, 1913, t. XXIV, p. 353-389, bien que cet auteur émette des opinions qui Jui sont très personnelles. A lafin de ce mémoire (p. 396 sq.) on trouvera une biblio-

graphie très importante sur l'étude des glaciers. (2) Dès le Huronien. on trouve les traces d'une

période glaciaire (Cf. A.-P. CoLEMAN, The lower Huronian ice-age in Journ. of Geol., Chicago, XVI,

2, 1908), IL en existe également dans le Permien de l'Afrique méridionale (Cf. W. M. Davis, Bull Geol. Soc. of America, XVII, 1905, pp. 376-449, P1. 47-54) et jusque dans l'Eocène (Boule).

Pigrre (1) pensait que le refroidissement subit, qui causa la formation des névés, est né de la descente vers le sud des banquises brisées par de puissants raz de marée, ou par des mouvements sismiques ayant eu leur foyer dans la région arctique. Les glaces flottantes, entraînées par les courants, s'étant accumulées sur les côtes d'Europe, auraient produit un froid intense, en même temps qu’une grande humidité ; d’où condensation abondante sur les sommets, et grande extension des glaciers.

Cette thèse ne peut être soutenue, à cause de l’universalité des phénomènes glaciaires à cette époque, elle ne conviendrait que pour les régions maritimes; mais ne peut être appliquée aux Alpes, aux Pyrénées, au Massif Central de la France, aux plateaux de l’Asie Centrale et, en gé- -néral à toutes les grandes formations glaciaires continentales. L'effet des banquises, d’ailleurs ne pourrait être très étendu quelle que soit leur importance : Les icebergs les plus volumineux qu’on rencontre, surtout dans les mers du Sud, causent bien, il est vrai, un petit abaissement de température atmosphérique; mais c’est tout au plus si cet abaissement dépasse un ou deux degrés centigrades et à un mille ou deux du bloc flottant il ne se fait plus sentir ; certains marins affirment même que cet abaissement de température atmosphérique ne se produit pas.

Les causes de ces perturbations ne sont d’ailleurs pas aussi simples que certains auteurs ont été tentés de le penser. Elles résultent certainement d'une foule d’actions, soit indépendantes soit dépendantes les unes des autres, qui, dans les mêmes massifs glaciaires, ont dù être concomitantes, et qu’il convient de ne pas négliger (2).

On ne redira jamais assez qu’il est impossible d’affirmer que, dans le monde entier, les phénomènes glaciaires ont été contemporains. Ils couvrent une période qui débute vers la fin du Pliocène et se termine avec les temps quaternaires, mais cette période comprend plusieurs millénaires, ce qui permet de. supposer des époques diverses, quoique rapprochées, pour la glaciation des divers massifs mondiaux. Cette remarque ne manque pas d'importance en ce qui concerne la contemporénéité des industries paléolithiques dans les pays où nous constatons son existence en relations avec les phénomènes glaciaires et

leurs conséquences.

L'humidité atmosphérique. Formation de la neige. — La fin de la période Pliocène, et les débuts du Pléistocène, ont été, dans le monde entier,

(1) Déplacement des glaces polaires et grande e- l'élévation de l'inlandsis et que le retrait résulte tension des glaciers. Saint-Quentin, 1906. d'un affaissement, sans qu'il soit nécessaire de (2) 6. Hauc (Trailé de Géologie IL. 3° fase. Paris, faire entrer d'autres phénomènes en ligne ; cette 1911. Les Périodes géologiques) est d'avis que la opinion parait être trop absolue. progression des glaciers est une conséquence de

signalés par un accroissement inusité de précipitations atmosphériques.

RE els.

Fic. 17. — Les ruines actuelles de la glaciation dans les Alpes. Le massif du Mont-Blanc.

C'est à cette époque quese sont creusées les vallées, que le relief topographique actuel s’est établi dans ses lignes principales. Ce fut, pour les pays

chauds, l’ère des lacs, et pour les régions froides, celle des champs de névés, et, par suite des glaciers. Champs de neige et fleuves de glace'couvrirent, dans l’hémisphère boréal seul, une surface de 20 à 25 millions de kilomètres carrés.

Pour créer des masses aussi considérables de neige, il faut des vapeurs abondantes, que seule peut produire la chaleur, et pour condenser ces vapeurs sous la forme solide, un abaissement de température sur certains points est indispensable ; ces lois sont absolues.

Au moment où elle tombe, la neige pèse 85 kilogrammes par mètre cube ; mais bientôt elle se comprime, sous la pression de nouvelles tombées, et son poids s'élève à 500 ou à 600 kilogrammes. Cet accroissement de densité se continue, pour les mêmes raisons, et quand cette neige entre dans le glacier son poids est de 900 et même de 960 kilogrammes, c’est alors qu’elle devient fluide, et qu’elle se déplace, obéissant à la pression qu’exerce sur elle la charge des neiges accumulées au-dessus d'elle.

Quant à la formation de la neige, à la congélation des particules liquides contenues dans l’air, elle s’opère à toutes les températures inférieures à 0e. C’est à tort qu'on a parfois pensé que la chute de la neige excluait un grand abaissement dans la température ; on a vu neiger à Iakoutsk par — 46°, à Moscou par — 22, et j'ai vu moi-même en 1889 neiger à Tiflis par — 18°, et, en 1890 à Hamadan, par — 15° et — 18.

Il a donc fallu qu’au début de l’époque glaciaire les circonstances naturelles permissent à des courants d’air de s’établir, à de grandes surfaces liquides de se former dans des régions chaudes, sur le passage de ces courants d'air, et à des massifs réfrigérants de se constituer, sur ces mêmes courants,

Des variations dans la pression atmosphérique eussent, certainement, beaucoup modifié la capacité hygrométrique de l’air, mais rien ne nous autorise à en admettre l’existence, nous devons donc nous borner à rechercher, dans les phénomènes ayant laissé des traces, et dans ceux dont nous sommes aujourd'hui encore les témoins, la cause de ces singulières

perturbations.

Modifications dans l’étendue et la forme des continents. — La fin du Pliocène, on l’a vu, a connu d'importantes transformations continentales dans l’espace qu’occupe aujourd’hui l'Océan Atlantique; des continents entiers s’y sont abimés sous les eaux, laissant le chemin libre aux courants d’eau et d'air, et créant d'énormes surfaces aqueuses. L’effondrement des restes de ces continents fut l’œuvre du Pléistocène. En même temps se créaient les fosses de l'Adriatique et de l'Égée, la mer Rouge, rompant

la barrière de Suez, entrait en communication avec la Méditerranée, la mer Noire s’ouvrait le Bosphore; et le monde entier, sur ses continents, se couvrait de lacs. Ce fut une révolution complète dans l’équilibre des climats.

Dans une fort belle étude sur les mouvements de l’écorce terrestre dans la région comprise entre les côtes de la Norvège et l’Ecosse, R. F. Scuarrr ({) apporte d'irréfutables témoignages de l’existence, jadis, de terres reliant l'Europe du Nord à l'Amérique septentrionale. L'auteur s'appuie sur des considérations géologiques, zoologiques et botaniques. Ce pont compre* nait les îles Färoer, l'Islande, le Groenland. R. F. Scnarrr est d'avis que cette communication entre les deux continents date de l’époque préglaciaire, et l'on peut ajouter que c’est très probablement cette surrection même qui à été l’une des causes principales de la glaciation du Nord de l'Europe.

A cette époque, le massif scandinave, assurément plus élevé qu’il n’est aujourd’hui, surélevé d'une quantité qu’il est impossible de préciser, mais qui a pu atteindre un millier de mètres sur certains points, offrait aux vapeurs venues de l'Océan nouvellement libre, un foyer de condensation de premier ordre, tant par son altitude, que par son étendue, car la surrection de la Scandinavie entrainait celle de vastes espaces. Iln’en falfait pas plus pour qu’il se produisit un énorme amoncellement de neiges, et, par suite, le départ des fleuves de glace.

Si l'Atlantique ne s’était pas affranchi des barrières qui l’encombraient, les courants d’air trouvant sur leur passage des occasions de déverser leur humidité sous forme de pluie, n’auraient pas atteint les Alpes scandinaves dans des conditions favorables à la formation de la neige. Il n’y aurait pas eu de condensation sur le massif norvégien et, par suite, les glaciers ne se seraient pas formés (2). Les plateaux tibétains qui se trouvent dans les conditions de sécheresse où eût été alors la Norvège, portent fort peu de neige en hiver.

En Amérique du Nord, probablement pas suite d’une surélévation des régions qui sont aujourd’hui la baie d'Hudson, la baie de Baffin, et la mer Glaciale, il se produisit le même phénomène que dans la région scandinave. Cependant tout en admettant que la surélévation des massifs septentrionaux a joué un rôle, nous sommes obligés d'accorder à l’état hygrométrique de l’air une certaine influence, sans quoi les Alpes, les Pyrénées, l'Auvergne, quelques parties de l'Espagne, de l'Atlas, de l’Asie

(4) On the evidence of a former landbrilge Marjelen, par le prince ROLAND BoNAPARTE, etles

between Northern Europe and North America ds. travaux des géologues suédois et norvégiens Proc. royal Asialic 1rish Acad., t. XXVIII, Dublin, P. J. Hocmouisr, FREDR. SVENONIUS, AXEL IIAM- 1909. BERG, GERARD DE GEER, GUNNAR ANDERSON, etc.

(2) Consulter : Ze Glacier d'Aletsch et le lac

mineure ne se seraient pas couvertes de neige, et l’on ne peut admettre, sur tous ces points, une surélévation suffisante pour provoquer seule le phénomène glaciaire. Aux deux causes, dont il vient d’être parlé, se joignent certainement des influences dont la nature demeure encore mystérieuse pour nous.

Les glaciers actuels. — Les glaciers actuels de nos montagnes, tout en fournissant bien des indications utiles, montrent les phénomènes trop réduits pour que nous soyons autorisés à déduire de leur allure celle que durent avoir les grands fleuves de glace pliocènes et quaternaires. Seules les grandes masses de glace voisines des pôles offrent encore, dans leur évolution, des données qui soient en rapport avec l'intensité et le volume de ces glaciers qui, partant du milieu de la Scandinavie, se sont étendus jusqu’à l’Oural, jusqu’au sud de la Russie, et à l’extrémité occidentale de l'Irlande.

Deux régions glaciaires sont particulièrement intéressantes à étudier par suite de l'ampleur des phénomènes glaciaires qui s’y produisent, le Groenland et le pôle Antarctique. C’est là seulement que, bien que ce soit dans une mesure réduite, on trouve des éléments de comparaison avec les phénomènes quaternaires.

Le Groenland. — Le Groenland couvre une surface d'environ deux millions de kilomètres carrés (1); mais ses glaciers aboutissent tous à la mer, et là, sont brisés par le flot pour former des icebergs, alors que les fleuves de glace de l’Europe et de l'Amérique, au moment de la grande glaciation, trouvaient sur les continents un vaste champ d’expansion.

Le plateau groenlandais, haut en moyenne de 1.000 à 1.500 mètres seulement dans sa partie méridionale, s’élève jusqu’à 2.700 mètres sous le 65° parallèle, et jusqu’à 2.400 sous le 80° degré ; il renferme, sur la côte orientale, quelques pics élevés, dont les sommets atteignent 3.500 mètres (pic Petermann). Le Groenland forme un vaste réservoir de névès, Inlandsis où se précipitent les neiges, même au cœur de l'été. Ces névés se transformet en glace, et il se forme ainsi une couche dont Nansen évalue l'épaisseur à 1.700 ou 2.000 mètres. Cette glace s’écoulevers la mer, sur tout le pourtour de cette grande île ; au nord, vers le pôle, les glaciers sont arrétés par les banquises, sur lesquelles ils ont, jusqu’à rupture sous le poids, loisir de s'étendre, alors que, dans toute la partie méridionale et orien-

(1) Le Groenland dontl'étendue est de2.143.200 ki- {res carrés, qui se découvrent de neiges en été. lomèires carrés, est couvert de neige (Inlandsis H. Pavrz, Om Grünland areal, ds. Middeleiser om.

et glaciers) sur une surface de 1.848.000 kilomè- Grünland, vol. XXIII, Copenhague, 1907. tres carrés. Il ne reste donc que 116.000 kilomè-

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tale, ils s’écroulent dans la mer pour former d'immenses iles flottantes que les courants entraînent dans la direction de Terre-Neuve. Le vrai champ d'alimentation de la glace intérieure parait être situé le long de la côte orlentale de l'ile, alors que le rivage opposé en représente la région d'écoulement.

Ge foyer glaciaire est peu important, en comparaison de celui de la Scandinavie aux temps glaciaires, son étendue n'étant que d'environ un treizième de la surface occupée dans l’Europe septentrionale par la glaciation maxima pliocéno-quaternaire, parce qu’en dehors de son Inlandsis il ne possède que le haut cours de ses fleuves de glace, et cet Inlandsis n'est plus qu’une ruine de la glaciation américaine d’antan, glaciation qui s’étendait jadis du Groenland à l'Alaska, couvrant un front de 160° en longitude. La dislocation de cet immense continent est fort probable, l'Amérique s’étendait alors jusqu’au cercle polaire et il est à croire d'ailleurs, je l'ai déjà dit, que cette immense surface de glace communiquait avec le foyer scandinave par des terres aujourd'hui disparues, et dont l’Irlande, les îles Färder, les Shetland, les îles Jean Mayen, Bären, et le Spitzhberg ne sont que les plus hauts sommets.

Bien que la pente d'écoulement des glaciers groenlandais ne soit que de 0°30’ environ, la vitesse de ces fleuves de glace atteint des proportions hors de pair avec celles que nous relevons sous nos latitudes.

Le glacier de Jakobhavn s’avance, en juillet, avec une vitesse de 19 mètres par 24 heures, celui du nord d'Upernivick parcourt 31 mètres par jour, celui de Torsukatak, 10 mètres seulement, c’est dix fois, vingt fois la rapidité que nous constatons pour les glaciers des Alpes (1).

Les terres du pôle Austral. — Le continent qui occupe le pôle Austral (2) est moins connu que le Groenland, et les explorateurs y ont rencontré des conditions glaciaires multiples dans leurs causes comme dans leurs effets. Sur certains points, là où sont des terres élevées et de hauts sommets, l'intensité glaciaire semble être plus grande encore que vers le pôle Nord. Les névés comprimés ayant franchi toutes les vallées, rempli toutes les cavités, surmonté les cols des chaines montagneuses, suivent, pour s’écouler, la ligne de plus grande pente, et déterminent la naissance de fleuves de glace dont le front entoure les terres d’une ceinture émergeant des eaux de plus de 100 mètres. Les iceberg qui s’en détachent sont gigantesques, on en a vu de 100 kilomètres de longueur, sur 64 de largeur, présentant une épaisseur totale de 6 ou 700 mètres au

(1) Malgré les dimensions relativement faibles la Géographie, 15 déc. 1907, p. 385, sq. Sur la gladu Spitsberg son inlandsis n'en présente pas ciation en Amérique du Sud, A. BenrarTx, Ueber moins de 7 à 800 mètres d'épaisseur. eine Eiszeit imden peruanischen Küstkordillere,

(2) Cf CH. RaBoT, la Glaciation antarctique ds. ds. Petermans Mitt., 1904, XI,50° livraison

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moins, qui s’en vont en dérive jusqu'aux environs du 44° degré de latitude méridionale. Malgré ce développement formidable, il parait qu’au pôle Sud la glaciation serait en voie de diminution, des phénomènes météorologiques très compliqués, et encore peu observés, causeraient dans ces parages un mouvement de recul analogue à ceux qui en bien des occasions, se sont manifestés au cours de la période glaciaire de l’hémisphère septentrional.

Malheureusement, au Groenland, comme au pôle arctique, les observations présentent de très grandes difficultés et c’est encore à nos modestes glaciers alpins que nous devons revenir pour obtenir sur la glaciation et l'écoulement des fleuves de glace des détails réellement précis.

Les années humides entrainent dans nos montagnes un accroissement dans les tombées de neige, et il s’en suit une augmentation de l'énergie

glaciaire ;

; mais Cette augmentation ne fait pas tout de suite sentir ses

effets, ce n’est qu'après une période dite de retard, variable pour chaque glacier, et pour chaque période des condensations de l’humidité atmosphérique, que la tête du fleuve avance plus ou moins. Le recul, quand il se produit, correspond à des périodes sèches, également longtemps après qu'elles ont eu lieu. Pour le Grindenwald, par exemple, on a constaté que le retard peut atteindre 20 années, sa vitesse moyenne d'écoulement est de 1 mètre par jour.

Conduite des glaciers. — Les glaciers se retirent avec la même facilité qu'ils s’allongent et modifient même leur direction, quand cette direction n'est pas imposée par leur chenal (1) : Le glacier du Rhône de 1818 à 1880, c’est-à-dire en 62 ans, a subi un retrait de 1.000 mètres, soit de 1 m. 61 par an, et une perte d'épaisseur de 137 mètres près de son extrémité, et, en 27 ans les glaciers du Valais ont abandonné 54 kilomètres carrés de terrain.

Généralement les glaciers alpins suivent une seule vallée ; mais lorsque deux thalwegs se joignent, les deux glaciers se réunissent, et l'intensité en résultant, sans être la somme des deux composantes, est singulièrement accrue en vitesse comme en puissance de transport. Il n’est pas douteux que lors de la grande glaciation scandinave ce fait ne se soit fréquemment produit non seulement, pour deux mais pour un plus grand nombre de courants glaciaires à plus où moins de distance du point de départ de chacun, et ce phénomène a dû prendre une grande extension dans les bassins fermés, tels ceux de l’Asie centrale, où les masses en mouvement n'avaient

(1) D'après les relevès de James Giessir, on peut conduite des glaciers, quant à la direction suivie se rendre compte de l'extrême varialion dans la par leur écoulement.

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d'autre ressource que celle de tourner sur elles-mêmes et de se recouvrir, suivant que croissait leur épaisseur.

Lorsque la vitesse de fusion des glaces ne correspond pas à La rapidité de la marche du fleuve, ce fleuve descend jusqu’à ce que l'équilibre s’établisse entre la fonte et la vitesse et, cette vitesse dépendant de la réserve des névés d’où sort le glacier, le front descend alors fort bas si cette réserve est considérable, elle atteint les zones tempérées et y pénètre parfois profondément ; c’est, entre autres, le cas des glaciers de la Nouvelle- Zélande, qui s’avancent jusqu’au cœur des forêts de fougères arborescentes. Il ne faut donc pas déduire de la présence de dépôts glaciaires sur un point, que ce district était jadis soumis à un climat très dur, et par suite inhabitable. Nous verrons d’ailleurs, plus loin, que l'on rencontre souvent des restes de la vie humaine au contact des alluvions glaciaires, voire même compris entre deux couches de ces forniations.

Pour A. Pexox, l’envahissement des Alpes par les glaces, au commencement de la période quaternaire, devrait être attribué non pas à une augmentation des précipitations atmosphériques, mais à un accroissement de la température moyenne annuelle uniquement due à la surrection des massifs. |

Or on sait que la température diminue de 1° par 180 mètres d’élévation, et qu'il suffit de 3° à 4° pour passer d’un climat glaciaire à un climat interglaciaire, c’est donc une surrection de 6 à 700 mètres au minimum qui aurait suffi pour créer les inlandsis de La Scandinavie, des Alpes, de l'Asie centrale, etc., et nous l’avons vu, nous rencontrons sur les côtes de Norvège une terrasse située tout le long de la côte et s’arrétant par 1.000 mètres environ de profondeur, cette terrasse sans aucun doute a jadis appartenu à la péninsule. Cette surrection de la Scandinavie, correspondrait à un refroidissement moyen de 5° environ, et serait plus que suffisante pour faire naître un inlandsis considérable et ses fleuves de glace.

Ainsi la conduite de l'atmosphère serait donc dans l’esprit de A. PENGx la cause originelle des glaciers ; malheureusement fles lois de la météorologie nous sont encore fort peu connues, les périodicités de grande envergure nous échappent faute d'observations d’une assez longue durée. Les données du problème sont extrêmement nombreuses : la position des continents par rapport aux courants atmosphériques, l'altitude des barrières que parfois les terres opposent à ces courants, le déboisement de vastes régions, et cent autres causes interviennent à coup sûr dans les tombées de neige dans les régions maritimes; car elles ne peuvent être invoquées pour les pays de régime continental.

La récente expédition du colonel Howarp Bury dans le massif de

l’'Everest (1) montre qu'il existe dans l'Himalaya un immense groupe de glaciers cent fois, pour le moins, plus étendu que celui des Alpes, ruines d'un système glaciaire dont les immenses courants s’étendaient jadis d’une part au nord, sur tout les vastes plateaux du Thibet et de la Mongolie, d'autre part, au sud, jusqu’au milieu de la péninsule indoue.

Cette barrière de l'Himalaya, la plas haute du monde (2), qui s’étend de l’ouest à l’est, tient lieu de condenseur (3) de l’humidité apportée par le vent de toutes les mers du sud et, depuis sa formation, ne laisse passer sur le Thibet qu'un air très sec. Jadis, quand de vastes étendues d’eau en un chapelet de lacs, alignés d’Est en Ouest, garnissaient tout le Sud de la Sibérie, il venait de l’humidité du nord et ces vapeurs étaient absorbées par Le Thian-Chan et l’Altaï, en sorte que le Thibet, le désert de Gobi et, en grande partie la Mongolie, bien que recevant directement quelque peu de neige, étaient envahis par les énormes fleuves de glace qui descendaient des contreforts septentrionaux de cette vaste cuvette. Cet immense massif glaciaire, qui s’étendait du plateau de l'Arménie jusqu’au centre de la Chine sur 60° de longitude, pour le moins et 25° de latitude, était un géant auprès de celui de la Scandinavie, mais, pour la plupart, les glaces s’amoncelaient dans des bassins fermés et une très faible partie seulement s’écoulait sur les bords de ce grand ensemble de plateaux. Aujourd’hui ces glaciers, comme ceux de toutes les autres parties du monde, sont en voie de recul, conséquence de la dessiccation graduelle de l’atmosphère, dont on retrouve par ailleurs tant de traces et dont le centre asiatique n’est pas indemne.

Ce continent, aux temps quaternaires, se trouvait être partagé aux quatre grandes provinces habitables.

1° L'Asie antérieure, bordée au nord par le Pont-Euxin et le Caucase, à l’est par le plateau iranien, à l'ouest par la Méditerranée, était ouverte au sud vers l’Arabie et l'Afrique.

2° La péninsule hindoue, limitée au nord par l'Himalaya et l’Hindou Kouch était ouverte de tous les autres côtés sur la mer, et, peut-être, sur des terres aujourd’hui disparues sous les eaux.

3 La Chine, bordée par les massifs du Yun-Nan, du Sseu-Tchouàn, du

Kingan, et du désert de (Gobi, était libre à l’est et au sud.

Mais ses côtes orientales n'étaient certainement pas celles de nos jours ; il suffit, pour s’en faire idée, d'examiner le relief actuel de cette région journellement soumise, aujourd’hui encore, à d’intenses phénomènes sismiques.

(1) CF Za Géographie, 1922, t. XXXVIII, p. 105, (3) En hiver le thermomètre descend parfois, sq. dans les parties élevées du Thibet jusqu’à — 50°et (2) Everest 8.840 m., Gaurisankar 7.022 m., Go- — 60°, un pareil froid ne laisse passer aucune trace

saïthan, 8.013 m., Kangtchendjuga, 8.580 m. de vapeur d'eau dans l'atmosphère.

Entre la Mandchourie et l’Archipel japonais est une fosse profonde de 3.000 mètres, la mer du Japon ; puis vient le grand pli du Wippon qui d’une part se prolonge au nord par les nombreuses Kouriles, faisant suite au Kamitchatka et, d'autre part, au sud, par les îles Riou-Kiou, Formose, puis les Philippines, qui se relie au système de l’Eurasie. Les Kouriles et les iles du sud ne sont autres que les pics les plus saillants de terres submergées ; quant au Japon, dont la hauteur moyenne n'excède pas 1.000 mètres, il offre un pic volcanique, le Fousi-Yama qui atteint 3.750 mètres, mais est sans glaciers.

Au delà de cette muraille, dont le centre seulement est sorti de la mer (Kiou-Siou, Nippon, Yeso, Sakalin), à quelques milles du rivage, est l’une des fosses les plus profondes du globe, elle atteint de 8.491 mètres à 8.513 mètres et s’allonge du nord au sud, épousant la forme et la direction de la Muraille japonaise. Il est certain que cet ensemble a varié très notablement lors des grands mouvements de l'écorce terrestre qui ont signalé la fin de la période tertiaire et les débuts du quaternaire ; ceci est de grande importance quant à la répartition du genre humain ; mais cette importance perd beaucoup de sa valeur, quand on songe qu’à partir de l’île de Formose en s’avançant vers le sud-ouest, tout n’est que chaos dans cet immense bassin limité au nord par la Chine et l’Indo-Chine, au sud par l'arc des iles de la Sonde et dont Bornéo occupe le centre.

La forme des continents, depuis la pointe méridionale du Kamtchatka, jusqu’à l’archipel des Andaman, s’est bien certainement modifiée, depuis que l’homme est sur la terre, mais par la disposition géographique de ces terres 1l est aisé de comprendre combien peut étre mystérieuse pour nous l’histoire primitive de l’homme dans ces régions.

4° La Sibérie fermée à l’ouest par les glaciers scandinaves (Oural), au sud par le lac Arabo-Caspien, l’'Hindou Kouch, le Pamir et le désert de Gobi, à l’est par les monts Kingande et du Kamchatka, était ouverte au nord sur l’Océan glacial arctique; cette région a joué un rôle de première importance dans l’histoire de l'humanité.

Ces quatre provinces principales étaient sans communications entre elles ; seules celles de la Chine et de l’Eurasie paraissent ne pas avoir été habitées par des hommes d'industrie paléolithique (s. s.)

Le mouvement ascendant du massif montagneux central asiatique s’est continué jusqu’au cours du quaternaire, et c’est à cette époque seulement que l'Himalaya a pris ses grandes altitudes (1). Depuis le Pliocène jusqu’au début des temps modernes, grâce à la grande humidité de l’atmosphère,

(4) Cf Za Géographie, Bull. dela Soc. de géogr., abstraction faite du travail récent de l'érosion XXIII, n° 1, année 1911, 15 janvier, p. 52, fig. 20. D'après Bazey Wieuis, W.-M. Davis et Hun-

Voir la carte indiquant l'allure générale du relief TINGrox. asiatique dû aux mouvements du sol quaternaire

les hauts plateaux et les grandes chaines se sont couvertes de neiges et de glaciers, et il s’est produit des érosions d’une énorme puissance. « La formation de ce domaine montagneux fermé a amené la dislocation de l’ancien domaine biologique subtropical qui s’étendait de l'Atlantique au Pacifique, du Portugal au Japon actuels, avec la même flore et la même faune, et a déterminé la formation de la flore et de la faune steppiques qui se sont répandues peu à peu jusque sur toute l’Europe occidentale (1). » Ainsi s’est formée cette vaste province sibérienne, tout d’abord nourrissant une faune subtropicale, avec l’homme, dont les conditions climatériques se sont modifiées lentement. L'originalité de l'Asie centrale n’est pas seulement dans l’existence des plus hauts reliefs du globe terrestre, mais elle est aussi, et plus encore, dans ses bassins privés d'écoulement vers la mer, leurs lacs innombrables, leurs déserts de pierre et de sable. C’est de là que résultent, ainsi que de causes de plus large amplitude, les conditions du climat, celles de l’hydrographie, de la dispersion des êtres animés, la position périphérique des centres de population (Inde et Sibérie), la vie particulière des steppes (Sibérie), d’où sont partis les mouvements de ces peuples qui ont eu tant d'influence sur l’histoire de l'humanité.

Je ne puis entrer ici dans une étude, même sommaire, de l’évolution du massif central de l’Asie, bien que cette évolution très particulière présente un intérêt majeur. Pour en connaitre les détails le lecteur consultera avec grand fruit les ouvrages originaux sur cette importante question (2).

Mille faits ont eu leur répercussion sur l’allure des glaciers, les faisant avancer ou reculer dans certaines régions, alors que dans d’autres ils sont demeurés stationnaires ; de là cette grande complexité dans les dépôts ératiques. Au milieu de ce désordre des témoignages naturels, il est bien difficile, parfois, de discerner les phénomènes généraux des faits d'importance secondaire.

Qui nous prouve, en effet, que les périodes d’extension des glaciers, dans le nouveau Monde, sont exactement contemporaines de celles de la Scandinavie; qu’en Europe, même, les divers versants d’un même massif ont, en même temps, connu les mêmes phénomènes ; que les glaciers des Alpes ont évolué parallèlement à ceux des Pyrénées, de l'Écosse, et que ceux du Caucase, de l'Himalaya ou de l’Altaï ont, en même temps, subi les mêmes phases ?

(1) E. DE MARTONNE, la Géographie, t. XXIII, tern Persia and Sistan (Washington, 1905). Bar- 1911, p: 57. LEY Wirris, Research in China (Washington, (2) Suess, la Face de la Terre, trad. Em. de 1907) etc. A. DE LAPPARENT, Traité de Géographie Margerie. SvEN. HEnIN, Scientific results of a physique, résume l’ensemble des observations journey through central Asia. W.-M. Davis, Ex- des divers explorateurs. plor. in Turkestan, with an account of the Eas-

La plate-forme sous-marine de l’Europe occidentale. — Nous savons, par d’indiscutables témoignages, qu’à la fin de l’époque Pliocène, les terres américaines du Nord, beaucoup moins morcelées qu'aujourd'hui, étaient soudées à l’Europe septentrionale par des continents effondrés aujourd’hui, dont l’Islande, Jean Mayen, les Fœroé, les Shetland sont les derniers témoins. Ces terres constituaient-elles un continent, ou n'étaientelles qu’un archipel de grandes et de petites iles ? nous l’ignorons ; dans tous les cas, cette surélévation d’une aussi large calotte de la sphère terrestre n'a pas été sans affecter, d’une manière plus ou moins irrégulière, les continents actuellement immergés, et certaines d’entre ces terres ont fort probablement atteint, à cette époque, des altitudes très notables.

E. Huzz (1) considérant les surfaces, de nos jours sous marines, tire des conclusions du plus haut intérêt quant à l’existence de la plate-forme aujourd’hui submergée qui s’étendait {adis à l’ouest de notre continent. Cette plate-forme entourait les iles britanniques et les côtes de France, d'Espagne et du Portugal. En face de Brest elle se montre, sous la mer, large de 210 kilomètres, alors qu’au nord de l'Espagne elle ne présente plus que 30 ou 40 kilomètres. Elle s'incline en pente douce, jusqu’à une profondeur de 200 brasses (360 mètres). Au delà, un immense talus, très raide, la relie aux grands fonds de 2.400 brasses (4.320 m.). Ce plateau est sillonné de vallées correspondant à celles des fleuves actuels, la Loire, la Gironde, l’Adour. Cette dernière dépression se prolonge en une vallée profonde de 117 brasses au-dessous du plateau, sa profondeur absolue est de 175 brasses, à 5 ou 6 milles du littoral, alors qu’au même point la sonde donne 53 brasses, sur les deux rives de cette dépression: puis, cette vallée se continue sous forme d’un véritable cañon, pour venir s’ouvrir sur le fond de l’Océan à 1.000 brasses de profondeur. C’est la fosse : dite de Cap Breton. De même les cours d’eau de l'Espagne et du Portugal se prolongent au loin sous l’Atlantique. E. HurL admet une formidable émersion, dans laquelle ces vallées se seraient creusées à l’air libre, uniquement par érosion, à la fin du Pliocène; le talus de l’occident de l’Europe serait ainsi le reste d’une grande falaise littorale. Il ÿ aurait donc eu surélévation de 2.000 mètres environ, portant sur tout l'occident de notre continent. Cette thèse parait être bien absolue.

Cette explication de l’existence de nos vallées sous-marines est, cependant, la seule qui puisse convenir. Toutefois rien ne prouve que ce mouvement s’est étendu, dans toute son amplitude, aux terres émergées de nos jours, que des plissements ne se sont pas produits sur bien des points, atténuant d’une façon très notable les effets de ce colossal bombe-

(4) On the suboceanic terraces and rivers Valleys of the coast of weslern Europe, Victoria Inslitut., 17 avril 1899.

ment de l'écorce terrestre. Sur les côtes de Norvège, la limite de cette terrasse dépasse maintenant 1.000 mètres de profondeur, mais peut-être bien que la pente actuelle du fond, jusqu’à cette limite s’est accentuée soit dans le mouvement d'immersion soit même depuis.

Anciens glaciers de Scandinavie et de l’Amérique du Nord. — Bien que le relief actuel de la péninsule scandinave procède de phénomènes d’une complexité extrême, dislocation, émersion, immersion, glaciation, d’un classement très difficile, il n’en est pas moins avéré que le Nord de l'Europe était plus élevé que de nos jours, quand se sont produits les phénomènes glaciaires.

Sur le vieux continent, les banquises, les champs de névés et les glaciers occupèrent une surface immense, et s’étendirent depuis l’Oural, jusqu’à l'Alaska, laissant en dehors toute la Sibérie. La limite méridionale de cet énorme amas de glaces suivait, en Amérique, la vallée du Missouri, celle de l’Ohio et venait aboutir au-dessus de New-York (1). En Europe elle comprenait l'Irlande et l'Écosse, passait à Londres, à Anvers, au sud de Berlin, de Moscou, touchait presque aux plages du lae Arabo-Caspien, puis remontait droit vers le nord, en suivant l'Oural. Entre l'Amérique et l'Europe, nous ne pouvons pas, naturellement, tracer la limite des glaces dans les terres qui se sont elfondrées.

Quant à la Sibérie, l'absence absolue de dépôts glaciaires dans cette région, depuis l’Oural jusqu’au Kamtchatka, et depuis la région des lacs (Baïkal) jusqu'aux îles de la Nouvelle-Sibérie (Liakoff, Wrangel et autres), peut être le résultat de deux phénomènes distincts : ou bien d’une part, Les névés ont été arrêtés par les écoulements scandinaves et l’Oural, ou bien d'autre part, par les hauts sommets du Centre asiatique, n’ont pu, malgré le froid, déposer de neige en Sibérie ; et ce serait ainsi que la Sibérie aurait joui d’un climat plus tempéré que de nos jours et que l’Europe en ces temps. Cette dernière hypothèse semble être la meilleure comme justification de la faune et la flore de ces pays aux temps pléistocènes.

C’est à tort, paraît-il, qu’on placerait le foyer d’où sont partis les grands

(4) L'Amérique du Nord, probablement à la fin du Quaternaire, a été couverte par d'immenses glaciers qui se sont étendus jusqu'au confluent du Missouri avec le Mississipiet, suivant les géologues américains (Upxam in F, WriGur, The ice Age of North America) la glaciation aurait eu deux grandes phases principales d'avancement, réparties en 12 ou 13 mouvements d'importance secondaire (T. CHamBerLaIN et R. D. SazisBury, Géotogy, New-York, 1906, vol. III, p. 383-420). La première de ces deux expansions aurait été beaucoup plus étendue que la seconde.

Dès la première phase glaciaire, tout le littoral de l'Atlantique se serait soulevé ; et des glaciers secondaires seraient apparus dans les Montagnes

Rocheuses, les Cascades Rarges et la Sierra Nevada. Tout comme en Sibérie, de grands lacs se seraient formés au pied des montagnes, principalement dans les Etats du Nevada et de l'Utah.

L'interglaciaire américain correspond à de grands affaissements du continent et au creusement d'immenses vallées ; puis l'occident des Etats-Unis se releva encore de 1.000 à 4.200 m. et la glacialion recommença. Enfin le continent prit l'aspect qu’il possède encore de nos jours, par suite d'un nouvel affaissement des terres. C'est à cette époque que la majeure partie du cours du Saint-Laurent et de l'Hudson s’est abimée sous les mers.

glaciers dans les Alpes norvégiennes ; les géologues suédois (1) ont prouvé que ce centre se trouvait beaucoup plus à l’est, en Suède, en aval de la zone occupée actuellement par les grandes nappes d’eau du plateau lacustre. C’est de là que seraient partis les grands fleuves glacés qui ont envahi la Russie et le Nord de l'Allemagne. Toutefois les Alpes norvégiennes ont elles aussi envoyé leurs glaciers vers le sud-ouest et l’ouest, témoins en sont les fragments de roches qu’on rencontre dans le glaciaire de l'Écosse et de l'Angleterre. La dépression baltique n’existait pas alors, ou bien elle était comblée par les glaces, et les glaciers rencontrant devant eux des régions plates, s’avancèrent au loin, malgré la faible pente de leurs cours ; c'est ainsi qu'ils ont laissé leurs traces en Russie, jusqu’à 3.000 kilomètres de leur foyer de névés.

Mais ce n’est pas seulement dans le nord de l’Europe que s'est produit le phénomène glaciaire, tous les massifs quelque peu élevés devinrent des condensateurs de l'humidité atmosphérique, la Suisse, les monts d’Auvergne, les Pyrénées, quelques groupes montagneux de l'Espagne, de l'Algérie, de l’Asie antérieure se couvrirent de neige, et eurent leurs glaciers plus ou moins développés, plus ou moins réduits.

Dans le massif des Alpes (2) le glacier du Rhône (3), grossi par les affluents de l'Oberland bernois et de la Savoie, remplissait toute la plaine suisse, recouvrait le lac de Genève, comblé par les glaces, et s’avançait jusqu’à Lyon. Ses névés s’élevaient jusqu’à 3.550 mètres de hauteur et son épaisseur atteignait par places 1.680 mètres. Au nord il se joignait aux glaciers du Rhin et du Danube, en sorte que la zone glaciaire des Alpes a atteint une superficie de 150.000 kilomètres carrés, tandis que de nos jours elle n'excède pas 4.000 kilomètres.

Je ne parlerai pas des districts glaciaires secondaires de l’Europe ; j'ajouterai seulement que presque toutes les contrées du monde ont eu leur période glaciaire plus ou moins étendue, plus ou moins intense. L'Amérique méridionale, le Pérou, le Chili, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, etc., ont connu les glaciers pléistocènes.

(4) Cf. G. Anpersson, Dem Central jämilsha issjôn in.sY mer, 1897, I. Stockholm

(2) AzBrecur PENCK u. EpuARD BRUCKNER, Die Alpen im Eiszeitalter, Leipzig, 901, et années suivantes. — Hem, Geologische Nachlese: die Entstehung der alpinen Randsen. ds. Viertel jahrschrift der Natwrforschenden Geselleschaft, Zurich, 1894. — À. De LappaRenNr, Leçons de Géographie physique. — J. DEbWER, Traces glaciaires en Albanie et en Nouvelle Serbie, ds. la Géographie, t. XXXI, 1916- 1917, n° 5, p, 325 sq.

(3) L'épaisseur des glaces, dans la vallée du Rhône aurait, suivant Ep. BRUCKNER (Die Alpen im Eïisseitalter, p. 607) atteint 2.000 mètres. Elle aurait été, de beaucoup plus considérable dans

le vaste islandsis de la Scandinavie. Px. Necris, d'accord avec PEnck, admet qu’une série de ruptures de la ténacité de l'écorce terrestre auraient été la cause des phénomènes glaciaires et interglaciaires. « Cette manière d'interpréter les phénomènes, dit Px. NEGris (Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, t. CLXX, p. 1911, 17 mai 1920), leur assigne un caractère local, et explique les divergences qui se présentent d'une région à l'autre, soit quant au nombre, soit quant au synchronisme des alternances glaciaires. Ainsi s'explique encore le fait que les variations périodiques de climat ne se soient pas fait sentir en dehors des régions envahies.»

Les plateaux de l'Asie centrale. — En Asie centrale, région dont j'ai déjà fréquemmeut entretenu le lecteur incidemment, sont les plateaux les plus élevés du monde. Le Pamir, le Thibet (1), le Kouen-Lun, le désert de Gobi plateaux qui s'élèvent à des altitudes atteignant fréquemment 4 et 5.000 mètres (2). Mais ces plateaux, sont, vers le sud, nous l’avons vu, bornés par une chaine immense, l'Himalaya et le creusement des grandes vallées, telle celle du Brahmapoutre, montrent que de grandes réserves d’eau se sont écoulées lors de la fonte des glaciers ; toutefois il paraît certain que la grande extension des fleuves de glace se produisit surtout sur le versant méridional de l'Himalaya dans le Sikkin, le Pundjäb, le

Népal, etc. (3).

Le plateau persan. — Le plateau iranien (4) et celui de l'Arménie ont, durant les temps glaciaires, mais dans de moindres proportions, joué dans l’Asie antérieure le même rôle que les hauts plateaux tibétains dans l’Asie centrale. Au sud et au sud-ouest les monts des Bakthyaris et du Louristan, formant le bord relevé de la cuvette iranienne, arrêtaient les nuages au passage, alors que dans le nord la chaîne de l’Elbourz remplissait le même office; et l’air qui pénétrait dans la Perse proprement dite et en Arménie n’était plus apte aux grandes tombées de neige. Ces hauteurs soumises à un climat froid et relativement sec, se couvrirent d’une croûte de neige durcie, trop peu importante pour qu’elle put d'elle-même franchir les barrières qui l’environnaient. Dans les montagnes il en fut tout autrement, il s'établit un régime comparable à celui dont j'ai parlé au sujet de l'Himalaya et de l’Altaï, et c’est la fusion de ces glaciers qui fut la cause du dépôt de ces énormes bancs de galets roulés qu’on rencontre tant à l'extérieur qu’à l’intérieur du plateau persan, au pied des montagnes.

J'ai, en effet, rencontré des traces de moraines dans les hautes vallées des Bakthyaris, dans celle du Hôroud (Louristan), dans les massifs mon-

(1) L'expédition anglaise de Lhassa a permis de reconnaître des traces glaciaires dans le Sikkin, notamment dans la région du Kangchendjunga (E. I. Garwoon, The Geol. Structure and physical features of Sikkin), et surtout sur le versant septentrional de l'Himalaya. Le Thibet estcouvert d'alluvions glaciaires, et beaucoup de ses lacs ne doivent leur existence qu'à des barrages morainiques ; on y voit aussi des bancs de loess d'une très grande puissance.

(2) H. H. HAYDEN, Preliminary note onthe Geology of the provinces of Tsang and U in Tibet, ds. Records of the Geogr. Surv. of India. Calcutta, vol XXXII, part. II, 1905.

Cette région, comme l’atteste l'existence de puissantes moraines et de vastes espaces couverts de blocs erratiques, a été le siège d’une glaciation très intense.

(3) Sur la période glaciaire au Japon. Cf.

K. Osext ds.le Scottish Geogr. Mag, mars 19145. Le savant constate que d'après les cirques et les moraines observés, il n’a jamais existé dans l'lle que de petits glaciers suspendus, qui ne descendaient pas au-dessous de 2.50) mèlres d'altitude. La majeure partie des Iles Japonaises est donc toujours demeurée habitable.

(4) Cf. J. pe MorGan, le Plateau iranien à l'époque pléistocène, ds. Bull. Ecole Anthrop. 1907, p. 213. Mission sc. en Perse, 1905, à. III, 1° partie. Geol Stratigr. Ces dépôls alluviaux du côié mésopolamien, se montrent sur une très grande épaisseur entre autres, depuis le Golfe Persique (Bender Dilem) jusqu'au pied du Kébir Kouh (Poucht-é-Kouh) en passant par Ram Hormuz, Chouster, Dufoul, Eivan-i-Kerkha ; on les retrouve à Zohäb, à Kerkoutth, Solcimanieh. près de Revandouz atteignant plusieurs centaines de mètres de puissance.

‘LES PHÉNOMÈNES GLAUIAIRES 97

gneux loures de Kalian Kouh, d’'Ochtôrân Kouh, dans la vallée du Kialvi, dans celle d'Ouchnouv, au Kurdistan d'Ourmiah ; et j'ai ramassé sur quelques points du Louristan méridional et des Bakthyaris, des galets striés. Dans cette dernière région, beaucoup de vallées présentent le profil glaciaire caractéristique, d’autres offrent des ruines de terrasses (1). Enfin l'énorme épaisseur des alluvions caillouteuses qu’on voit au pied des chaines méridionales, tant sur le versant mésopotamien que sur celui du plateau, viennent prouver que de grandes masses d’eau se sont écoulées avec une violence extrême au moment de la disparition des neiges et des glaciers.

Il n'existe plus aujourd’hui de glaciers en Perse, même dans les régions des montagnes les plus élevées ; cela tient, sur les bords internes du plateau, à ce que l’état hygrométrique de l’air ne le permet pas et, sur les bords extérieurs, à ce qu'il ne se trouve pas de champs de névés assez développés pour causer le départ d'un fleuve de glace. Les principales montagnes qui conservent des neiges permanentes sont le Démavend (alt. 6.000 m.), volcan de la chaine de l’Elbourz, et plusieurs pies voisins dont l’altitude dépasse 4.500 et 5.000 mètres; le Savalan (alt. 4.813 m.), volcan qui se dresse dans la plaine d’Ardébil, le Sahend (alt. 4.600 m.), volcan situé au sud de Tauris, de nombreuses montagnes du Kurdistan dont la hauteur dépasse 4.500 mètres, la chaine d’Ochtôrân Kouh (alt. 4.400 m.) et de Kalian-Kouh (alt. 4.800 m.), le Zagros (alt. 4.500 m.), Le Zerd-é-Kouh (Bakthyaris) (alt. 5.000 m.), mais ces neiges se maintiennent sous forme de névés dans les ravins, là où jadis, pour beaucoup, il y avait des fleuves de glace. En aval on voit des moraines importantes et dans certaines vallées une succession de terrasses.

Le plateau persan est presque en totalité occupé par des bassins sans écoulement vers la mer. Au nord-ouest est celui d'Ourmiah, dont le fond est occupé par un vaste lac, ruine d’une mer qu’on ne saurait mieux comparer qu’à la Mer Morte; puis, au centre et à l’est, s’étend une vaste plaine, au milieu de laquelle sont de grandes surfaces de terre argileuse couverte d’une couche de sel, les déserts salés, enfin au sud, s'appuyant contre la grande chaine qui borde au nord le Golfe Persique, on trouve la région des lacs sans écoulement de la province de Chiraz.

En suivant le cours de ces fleuves, on rencontre fréquemment les restes de barrages qui, jadis, se sont opposés à l’écoulement de leurs eaux. Avant

(4) La vallée du Seïn-Mèrrè (Louristan) contient sur l'extrémité d'une de ces terrasses. À Ochtürân

des restes de moraines, le lac Gahar (Louristan) est barré par des alluvions morainiques. Des terrasses glaciaires se montrent dans la haute vallée du Gâder tchai (Kurdistan d'Ournisah) et le village de Heï, dans cette vallée est construit

Kouh (Louristan), sous des restes de moraines, de même dans la vallée du Lar(Démavend), dans la vallée de l'Araxe près de Khoudäférin,et dansla plaine de Décht-i-Khawa (Louristan) [J. DE Mor- GAN, les Premières Civilisations, 1909, p. 92].

leur rupture, cesbarrages causaient la formation de lacs, parfoistrès étendus, dont on retrouve aisément les traces, quelquefois même le souvenir onomastique. Parmi les principales de ces digues naturelles je citerai celle de Gherraban sur le Gamas-âb qui, avant sa rupture, transformait en lac toute la plaine de Kirmanchah'; celui de Bakrein sur la branche occidentale de l’Ab-é-Diz, qui maintenait les eaux dans la plaine de Néhâvend. Le nom arabe du village situé à l'entrée des gorges, tout en rappelant lexistence de cette petite mer, est preuve que Ja rupture est de date récente ; enfin, au nord, le Sein Mèrre était arrêté par le seuil de Menpyir.

Deux bassins intérieurs ont trouvé des conditions favorables pour que les eaux pussent rompre leurs digues : là coulent aujourd’hui le Kizil Ouzen, ou Sélià rond, qui se jette dans la mer Caspienue, près de Rècht, et le Gamas Ab (nom de son haut cours), ou Seins Mèrrè (nom de son cours moyen), ou Kerkha (nom de son cours inférieur) grande rivière qui, descendant du voisinage de l’Elvend, près d’'Hamadan, traverse tout le Louristan dans de profonds cañons et vient joindre ses eaux à celles du Tigre, en amont de son confluent avec l'Euphrate.

Un grand nombre de cours d’eau d'importance secondaire descendent des montagnes, sur tout le pourtour externe du plateau ; les uns, ceux de l’Elbourz, se rendant à la mer Caspienne ; les autres, de l’Ararat à El Mohammérah, alimentent soit le Tigre, soit le Chatt el Arab, d’autres déversent leurs eaux dans le Golfe Persique. Il reste cependant encore de nos jours quelques traces des champs de neige qui joignaient le plateau iranien aux grands massifs de l'Asie centrale.

Dans la haute vallée de PIsfar, affluent de gauche du Syr-Daria, en amont de Kodjent (Turkomanie), on voit encore des glaciers (1), pour la plupart de faibles dimensions, mais qui, comme ruine des massifs de neige pléistocènes, montrent que les glaces des montagnes du Nord de la Perse étaient reliées à celles du grand massif de l'Asie centrale.

Arménie. — En Arménie, tous les cours d’eau, sauf ceux qui alimentent le lac de Van, ont frayé leur chemin vers la mer : ee sont le Tehorok qui coule vers la mer Noire au travers de profonds défilés qui séparent l'Arménie de la crête des Alpes Pontiques ; l’Araxe qui se joint au Cyrus pour alimenter la mer Caspienne, le Tigre et l'Euphrate, les deux grands fleuves mésopotamiens qui, après être nés côte à côte dans le méme district, s’éloignent l’un de l’autre sur toute la longueur de leur cours qui, pour les deux, atteint 2.000 kilomètres environ pour venir se rejoindre à Korna près de la mer et constituer le Chatt el Arab.

(4) L, BerG, Exped. aw Turkestan (en russe), Tachkent, 1907.

Sur le plateau arménien, les traces glaciaires sont nombreuses, et il en est de même dans les montagnes de Lazistan (Alpes Pontiques) et de lAnatolie, qui lui font suite à l’ouest.

Alors que sévissait dans le nord de l’Europe la crise glaciaire, le Taurus, l'Arménie, le Grand Caucase (1}, et le plateau iranien tout entier, étaient soumis au régime des neiges, les plateaux demeurant chargés’ de névés : des glaciers d'importance variable descendaient du Grand Caucase, des montagnes de l’Arménie, de l’Anatolie (2), et des chaines bor-

STEPRE RUSSE a Al, 100 a OT

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