PLATEAU MÉSOPOTAMIE >. IRANIEN
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FiG. 15. — Figure schématique du plateau arménien avec ses diramations. Correction : Plateau iranien lire de 1000 à 1200 m. au lieu de 100 à 1200 m.
dières de l’Iran. Cet ensemble, limité, au nord par de vastes nappes d’eau, au sud par des cuvettes sans écoulement, se reliait en Orient à l’immense région glacée de l'Asie centrale; au nord, elle était bordée par ce grand lac, la mer Aralo-Caspienne, qui formait la suite de la série des dépressions du Sud de la Sibérie. Entre la rive septentrionale de cette mer, et le front des glaciers scandinaves dans leur plus grande expansion sur la Russie, était une bande très étroite de terres libres d’eau, mais que couvraient jusqu’à la plage Aralo-Caspienne les glaciers issus du Grand Caucase et en particulier des pics du Kazbek et de l’'Elbrouz.
L'aspect seul du relief du sol permet de se rendre compte de ce qu'était la géographie de toute cette région, aux temps glaciaires, en
(1) K. PoposersKi, ds. Zeitsshrift d. Ges. fur Penrser, Reise in das Gebiet des Erdschias dagh Erdkunde zu Berlin, 1911, n° 8, p. 577. (Kleinastien) ds. Abhandl. der K. Æ. Geogr. Ga- (2) Il existe encore quelques glaciers dans le sell. zu Wien, VI, 1905). nord de l'Asie antérieure (Cf. Docteur ArNozD
100 PRÉHNISTOIRE ORIENTALE
supposant, cependant, que le relief du sol ne se soit pas modifié depuis cette époque.
Au nord, les glaciers des Alpes pontiques, à peine formés, s’arrêtaient au Pont Euxin; car sur toute la côte du Lagistan, les montagnes, très abruptes plongent dans la mer. Au sud, ces champs de glace faisaient corps avec ceux de l'Arménie, et c’est de la fusion de cet ensemble, que sont nés le Tchorok, l’Araxe, le Tigre, l’'Euphrate et tous les cours d’eau qui sillonnent le plateau d'Arménie.
Plus loin vers l’est, les chaines, se prolongeant en direction, jusqu’au nœul du Souram, ont laissé entre elles une plaine triangulaire, celle du Rion, plus ou moins régulière, où les glaces du Caucase ont pu s’écouler.
Au delà, sur la côte d'Afkasie, jusqu'au détroit de Hertch, les mon-
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F1G. 19. — Principales altitudes du jrlateau arménien.
tagnes de l’Afkhasie tombent à la mer comme celles du Louristan, donc il y avait absorption immédiate par la mer des glaciers dès leur formation.
Sur le versant septentrional de l'Elbourz depuis Novo-Rossisk jusqu'au Kopet-Dagh, dernier contrefort de l'Hindou-Kouch vers l'Occident, les glaces descendant des montagnes ont été arrêtées par les eaux du lac Aralo-Caspien. Étant donnée la grande altitude de la chaine que domine le Démavend (6.080 mètres) 1l est évident que les quantités d’eau congelée descendant de ces hauteurs à été considérable, et qu’elle n’a pas manqué d’encombrer toute la partie méridionale du lac Aralo-Caspien. Chaque années lors des débacles des rivières alimentant nos lacs, nous assistons au même phénomène très réduit ; mais, chez nous, c’est fait passager, temporaire, tandis qu'alors dans le lac Aralo-Caspien, c'était un état normal, continu, comme était sa cause.
Au delà, vers l’orient, c’est le mystère, il descendait, sans nul doute,
du Tian-Tchan (dont la hauteur dépasse en moyenne 4.000 mètres) d'énormes quantités de neige (glace) dont la moitié s’écoulait vers la Sibérie, mais ces régions ne sont pas encore étudiées, nous ne pouvons pas savoir ce qui s’y passait, autrement que par comparaison avec les EE auxquels nous assistons dans nos pays.
La formation de masses de glace aussi considérables dans l'hémisphère septentrional ne fut pas sans modifier très sensiblement le climat de cette partie de la calotte terrestre. Nées de la chaleur, ces neiges abaissèrent la température, et modifièrent les conditions de la vie, suivant que le développement en surface des nappes réfrigérantes était plus ou moins étendu, partant plus ou moins actif. Puis les grands glaciers disparurent peu à peu, ne laissant dans nos montagnes que les ruines de léur puissance passée (fig. p. 83) et graduellement le climat actuel s'établit.
La Sibérie. — Tandis que dans les pays autrefois glacés la température se relevait, par contre les régions jadis plus favorisées de la Sibérie se refroidissaient, et les pôles du froid se déplaçaient en même temps que l’axe de rotation de la terre et les pôles magnétiques : celui qui au Pléistocène se trouvait vers le centre de la Scandinavie, s’est graduellement transporté vers l'est de 115° environ; il est, aujourd’hui, dans le voisinage de la Léna, à Verkoiansk. A ce pôle, la température moyenne est de — 179,2, le maximum absolu de + 38, et le minimum de — 76°. La différence maxima est donc de 114°. L’asséchement des lacs sibériens, l'avancement de la côte sur la mer Glaciale que découpaient jadis des golfes profonds furent certainement les causes du refroidissement de cette vaste région, qui s’étend de l'Oural au Kamchatka, qu’elles privèrent de l'humidité qu’elle recevait. Dans aucun pays du monde le régime continental n’est mieux marqué qu’en Sibérie ; les écarts dans la température en sont la preuve. À I[akoutsk, la température moyenne dans le mois le plus froid est de — 10°,3, de — 43° et de + 20°,4 dans la saison la plus chaude, l’écart est donc de 63,4. Ces quelques chiffres donneront une idée de ce que devait être le climat de nos pays aux temps glaciaires, alors que l'Atlantique barré par des terres, ne nous faisait pas bénéficier des avantages que nous apporte aujourd'hui le gulf-stream. On saisira mieux l'importance que ce grand courant à sur le climat actuel de l'Europe, en remarquant qu'aux iles Fœroé, c’est-à-dire en plein courant, et près des côtes norvégiennes, la température moyenne annuelle est + 7,3, le maximum d’élévation du thermomètre de + 12°,3 et le mininum + 2°,7. Il ne gèle donc jamais dans ces îles, et l'écart de température n’est que de 9,6. Assurément les conditions climatériques dans lesquelles se trouvait la Sibérie aux temps glaciaires, n’était pas aussi avantageuse,
mais sans être aussi privilégiée, elle était. bien loin des rigueurs d’au jourd’hui. |
Les périodes glaciaires. — Quelques géologues (1) ont admis que, depuis la dernière partie du Pliocène jusqu'aux temps proto-historiques, six périodes glaciaires ont affecté l’Europe. D’autres (2) réduisent ce nombre à deux ou trois, dont les effets se seraient faits sentir dans le monde entier, et considèrent les autres comme ayant été d'importance secondaire et locale. On est d’avis aujourd'hui (3) que dans nos régions trois périodes glaciaires ont eu lieu. La première et la plus grande au cours du Pliocène supérieur, la seconde au Pléistocène inférieur, et la troisième au Pléistocène moyen {4). La première expansion glaciaire semble avoir été de beaucoup la plus importante. elle aurait couvert la surface maxima figurée sur les cartes s’arrétant aux frontières marquées ci-dessus (fig. p. 62).
La seconde expansion glaciaire, moins violente que la première, aurait cependant encore couvert l'Écosse, l'Irlande et le Nord de l’Angleterre, mais, dans l’Europe centrale, elle n’aurait pas dépassé au sud Hambourg, Berlin, Varsovie, Vilna, Novgorod, et à l’est, le lac Onéga et Arkangelsk. C’est dans la phase entre la seconde et la troisième expansion glaciaire que l’homme est apparu, où du moins qu’on rencontre l’indiscutable preuve de son existence. La dernière phase a été moins étendue encore; puis, les glaciers perdant graduellement de leur puissance, le régime actuel s’est établi peu à peu. Mais, je n’ai pas besoin d'ajouter que ces limites, pour chacune des glaciations, sont fort hypothétiques quand on veut leur accorder une valeur mondiale, parce qu'elles ont été soumises à des influences régionales ; il n’y a donc lieu de les manier qu’avee une extrême prudence, quand on sort des régions les mieux étudiées, c'est-à-dire celles de nos pays.
Le tableau suivant résume les divisions généralement adoptées aujourd'hui pour les phénomènes glaciaires de l'Occident de l'Europe.
1, — Glaciaire (Scanien, Giexte — Günzien, Pexcx). — [Villafranchien] Mastodon arvernensis, Elephas meridionalis.
Débuts du phénomène glaciaire.
l'a. — Interglaciaire (Norfolkien, Giexte) [Saint-Prestien] Elephas meridionalis sans Mastodontes.
Faune chaude, 11. — Glaciaire (Saxonien, Giexie — Mindélien, PENGR.) Faune inconnue, probablement froide (?).
(1) GEIKEI, Great ice age. London, 1894 (3) M. Bou, BREUIL, OBERMAYER, etc.
(£) es BRUCKNER, Du PASQuiER, CHAMBER- (4) M. BouLe, les Hommes fossiles, 1921, p. 48 et LIN, etc, 49.
LES PHÉNOMÈNES GLAGIAIRES 103
IL a. — Interglaciaire (Helvétien, Giekie) [Cromérien] Elephas meridionalis, E. tron-
gotherii, Rhinoceros etruscus.
Faune chaude.
Il. — Glaciaire (Polandien, Giekie. — Rissien, Pencr.) Elephas trongotherii, E. primigenius.
Faune froide. Maximum de l'extension des glaciers, hautes terrasses alluviales.
Tia: — Interglaciaire (Neudeckien, Giekir) [Chelléen] Elephas antiquus, Rhinoceros Mercki.
Faune chaude.
IV. — Glaciaire (Mecklembourgien, Grekie —— Würmien, Pencx) [Acheuléen et Mous-
tiérien| Elephas primigenius, Rhinoceros tichorinus. Faune froide. — Moraines externes. Basses terrasses alluviales.
IV a. — Interglaciaire (Forestien inférieur, Giekix) [Moustiérien]. V. — Glaciaire (Turbarien inférieur, GiEKR1E).
Va. — Interglaciaire (Forestien supérieur, GrEK18).
VI. — Glaciaire (Turbarien supérieur, GIERIE — Gunzien, PENcCx).
Les formations géologiques glaciaires. — Le synchronisme des phénomènes glaciaires ou interglaciaires est extrêmement difficile à établir scientifiquement; car les dépôts qui en sont résultés, ne renfermant aucune trace de la vie, ne peuvent être datés, relativement, que par les lits fossilifères des couches qui les accompagnent, les supportent ou les recouvrent.
A ces incertitudes viennent se joindre celles résultant de la conduite même des glaciers. L'observation prouve, en effet, que dans un même massif glaciaire tous les courants ne croissent pas et ne décroissent pas en même temps. Les uns avancent, les autres reculent ; d’autres enfin «demeurent stationnaires. [l en résulte que, dans certaines régions, on serait tenté de croire à un recul général, tandis que dans d’autres, tout concourt à faire penser l'inverse (4). Dans chaque région, d’ailleurs, les conditions varient, et la conduite des fleuves de glace elle-même a été très fantaisiste.
Si les Alpes, avec leur faible développement glaciaire, bien qu'elles eussent été soigneusement étudiées, laissent souvent des doutes, que doit-on penser des masses aussi considérables que celles des glaciers pliocènes et quaternaires des grands massifs? Il serait bien imprudent de se hâter de généraliser la portée des observations; car les mouvements d'ensemble sont accompagnés, voire même composés, d’une foule d’événements particuliers, dont les traces peuvent être en contradiction avec d’allure générale.
(1) Cf. M. BouLe, Essai de paléontologie stratigraphique de l'homme, ds. Rev. d'Anthrop., 1888.
« Il ne paraît pas rationnel, dit Hozsr, de fixer un parallélisme entre la série de périodes glaciaires et interglaciaires proposées par PENCK et Brückner, pour les Alpes, et celles de l’Allemagne du Nord, alors que dans les deux régions ont régné des conditions météorologiques tout à fait différentes (1). »
Et il en est certainement de même en ce qui concerne les phénomènes glaciaires dans les divers pays. Le synchronisme des faits observés n’existe pas en Europe, par conséquent ces faits, bien que semblables, ne
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id id.
Légende :
I-IV Extensionsglaciaires. 1,3, Phases interglaciaires wa Frésence de l'homme.
F1G. 20. — Courbes schématiques de la conduite des glaciers.
sauraient être invoqués, comme permettant d'établir une échelle chronologique relative, applicable au monde entier.
En ce qui regarde la chronologie relative des phénomènes glaciaires, et leur concordance avec les diverses industries paléolithiques, les opinions des géologues diffèrent également. Haug qui range dans le Pléistocène toute la période de l’activité des glaces, fait donc de l’Elephas meridionalis un animal quaternaire. Assurément il a raison; car il est certain, bien que nous ne possédions pas de preuves matérielles indiscutables, que l’homme a vécu antérieurement à l’époque à laquelle il façonnait les coup-de-poings chelléens, et si nous considérons l’apparition de notre ancêtre comme signalant les début du Pléistocène, ces débuts doivent être reportés beaucoup plus haut qu’on a coutume de le faire. Cependant on doit remarquer que
(1) Cf. Hozsr, Note sur les lemps post-glaciaires, ds. l'Anthropologie, 1913, &. XXIV, p. 115.
l'existence de l’homme antérieur à l’industrie chelléenne n'étant que pressentie, il n’y a pas de raisons pour que le quaternaire n’absorbe pas la majeure partie du Pliocène.
Ce n’est là, somme toute, qu'une question de nomenclature, sans intérét au point de vue de la correspondance des industries avec les diverses phases glaciaires et interglaciaires. Aux diverses cultures correspondent des faunes spéciales, et par conséquent des climats particuliers, variables suivant les temps, et nous devons ajouter, suivant les régions du globe envisagées. Certainement les variations climatériques d'une partie du monde n’ont pas été sans avoir leur répercussion dans les autres, mais il serait puéril de vouloir assimiler, jusque dans les moindres détails, les phénomènes du Nord de l’Europe, par exemple, pour une phase spéciale, avec ceux qui ont pris place dans l’Afrique centrale, de même qu’il serait enfantin de croire à l'existence d’une même culture à lamême époque, dans le monde entier. La variété des actions glaciaires, et celle des cultures humaines sur les différentes parties du globe, aux mêmes époques, ne fait aujourd’hui de doute pour personne.
Quand p’ORBIGNY a créé sa nomenclature des étages géologiques, sa conception répondait aux Connaissances de son époque, mais bientôt on s’est aperçu que les choses ne s’étaient pas passées avec autant de simplicité que le pensait le grand naturaliste. De même, quand GaBRiez DE Mor- TILLET à créé les groupes industriels préhistoriques, sa classification répondait à l’état de cette science nouvelle, encore si jeune ; mais on a reconnu bientôt que cette classification relativement bonne dans ses grandes lignes, en ce qui concerne la France et quelques pays voisins, ne répondait pas uon seulement aux faits relevés dans d’autres régions, mais à bien des nouvelles découvertes dans notre propre pays. Il en est assurément ainsi pour les nomenclatures proposées aujourd'hui pour les diverses phases des phénomènes glaciaires et post-glaciaires : pour la plupart elles reposent sur des observations localisées, et la meilleure preuve de ce que j’avance est dans les malentendus qui partagent les paléontologistes sur ce sujet.
Le professeur A. PExcx, se basant principalement sur ses observations dans les Alpes, a donné en 1903, une classification des phénomènes glaciaires (1) qui a le mérite d’être sinon la première en date, du moins la plus complète et la plus rationnelle pour le temps où elle a été conçue, et pour le terrain limité des observations. Et en 1908 (2), revenant sur la question, A. Pencx a déclaré n'avoir à faire aucune correction dans sa
(4) Die Alpinen Eïiszeitbildungen und der pr«æ- (2) Das aller des Menschen-Geschechtes, ds. historisthe Mensch. in Archiv. [. Anthrop., Neue Zeitsch. [. Ethnologie, XL, t. 1908. Folge I, 1903, Berlin.
classification, ainsi que dans les parallélismes qu’il avait établi en 1905. Cependant de nombreuses observations avaient déjà engagé H. Osermayer, en 1905 à modifier la classification de Pexcx. Ce travail a été repris par son auteur (1) quelque peu après qu'ont paru les Observations de M. Bourx, sur la Chronologie de M. Pexcx (2). (Voir le tableau, page 65 bis) et il le sera bien des fois encore avant d’atteindre à la vérité.
Je n’entrerai pas dans le détail des discussions qui ont eu lieu à ce sujet, me contentant de signaler, d’une manière générale, les divergences d'opinion qu’on rencontre chez les principaux spécialistes de la question
quaternaire.
Climats aux temps glaciaires (3). — Nous avons vu que les géologues et les archéologues ne sont pas d'accord au sujet du nombre des poussées glaciaires ; cela tient à ce qu’à la grande confusion des documents sur lesquels ils ont raisonné, se joint la diversité des phénomènes suivant les lieux envisagés. Il est certain que la conduite des glaciers dans l'Alaska, par exemple, n’a pas été dans tous les détails, la même que celle dont nous observons les traces en Europe, et rien ne prouve que les mouvements partis de l’inlandsis scandinave se sont comportés semblablement dans les steppes de la Russie, dans les plaines de la mer du Nord et dans celles de l'Allemagne. L'histoire des glaces scandinaves est extrêmement compliquée. Il est à noter d’ailleurs d’une manière générale que chaque courant à eu son allure particulière qui mérite, exige même une étude spéciale, et les déductions qu’on peut scientifiquement tirer de l’examen attentif d'une région ne sont pas, à priori, applicables aux autres contrées glaciaires. C’est faute de conclusions, sinon certaines du moins probables quant aux phénomènes qui se sont produits dans le reste du monde, que j’ai été obligé de m’attacher plus spécialement à lévo-
(1) Les Formations glaciaires des Alpes et au Pliocène ancien, en a été la conséquence.
l’homme paléclithique, ds. l’Anthropologie, t. XX.
(2) L'Anthropoloyie, t. XIX, 1909.
(3) « Presque toutes les espèces qui habitaient la Méditerranée occidentale, pendant le Pliocène ancien,habitentpourla plupartl'Atlantiqueentrele détroit de Gibrallar et le Cap Vert, et sept parmi elles vivent au nord du Cercle polaire et au Sud des Canaries.
La température moyenne de la mer sur la côte algérienne qui devait s'élever au moins à 24- 27° pendant le Pliocène ancien, s'est abaissée à 20-21°, au début du Post-Pliocène, probablement à la suite d'une modificalion du climat continental; elle s'est maintenue dans ces limites, jusqu'à la fin du niveau de 148 m. Une nouvelle diminution a eu lieu à celte époque, et la Lemnérature est descendue à 18-19, qui sont ses limites actuelles ; le départ des derniers représentants des mers très chaudes, qui avaient survécu
Ces phénomènes s'expliquent en admettant que depuis le Pliocène ancien jusqu’au niveau de 18 m., l'Atlantique élait à peu près complètement séparé des mers polaires par une chaîne qui s'étendait entre le Groënland. lIslande, et l'Ecosse, au-dessus de l'emplacement marqué par les seuils sous-marins actuels. Tant que cette chaîne a existé, le courant équalorial a pu conserver jusqu'à son entrée dans la Méditerranée une température suffisamment élevée avec des écarts annuels très faibles ; après sa disparition la température du courant s'est nolablement abaïissée, les écarls annuels sont devenus beaucoup plus forts, et son influence sur la température de la Méditerranée a élé très amoindrie. » Général DE LAMOTHE, Faune marine contemporaine en Algérie de la ligne de Rivage de 148 m. (2° note); Cf. B. S. G. F. (4 S), t. XX, p. 240, 1921:
lution glaciaire dans nos régions de l’Europe occidentale plutôt qu’à tout autre. Là nous nous trouvons en présence non seulement des phénomènes nordiques d'autrefois, mais aussi de la conduite actuelle des glaces dans les massifs isolés des Alpes, de l'Auvergne et des Pyrénées. Cet ensemble occupe une région de peu d’étendue, il est cependant à penser que dans leur évolution les phénomènes, dans leur ensemble, ont à peu de chose près suivi les mêmes lois.
Pour cette région limitée les avis des géologues ne concordent d'ailleurs pas non plus; mais nous suivrons la classification généralement admise aujourd'hui en France, celle qu’expose M. M. Bouze dans son ouvrage sur les hommes fossiles, quitte à donner plus loin les raisons de ce choix. C’est au cours du Pliocène supérieur que paraît la première et la plus grande phase glaciaire des temps modernes, elle est antérieure aux preuves scientifiques que nous possédons de l’existence de l’homme. Après cette grande expansion des masses glaciaires est venue une phase de recul des fleuves de glace et, par suite de la fusion de ces masses énormes, et des pluies diluviennes qui les ont accompagnées, les vallées se sont creusées, ou mieux indiquées. Les produits de ces vastes affouillements se sont répandus sur nos pays sous forme d’alluvions, dites anciennes, dans lesquelles on rencontre les squelettes des animaux (Ælephas méridionalis, Rhinoceros etruscus, Equus Stenonis, etc.) noyés par ce premier déluge. Cette grande phase interglaciaire peut être définie comme époque de l’éléphant méridionatl. >
Les débuts du Pléistocène nous montrent, par les moraines laissées sur le sol, qu’une seconde grande phase glaciaire succédant à la phase interglaciaire de la fin du Pliocène, fut, elle-même, suivie d’un recul important des glaciers. Cette nouvelle période interglaciaire a laissé des alluvions qui forment les terrasses inférieures et moyennes de nos vallées, et ont pénétré dans certaines cavernes. Nos pays jouissaient alors d’un climat doux, les grands mammifères du Pliocène supérieur avaient disparu pour faire place à d’autres espèces: Ælephas antiquus, Rhinoceros Merci, Hippopotamus amphibius. Cette période peut prendre le nom d'époque de l'hippopotame. C’est dans ces alluvions que nous voyons paraitre pour la première fois des vestiges certains de l’homme, instruments spéciaux en pierre éclatée, dits chelléens qu’on rencontre en abondance dans une foule de localités, ainsi que de rares ossements humains (1) ceux de l’Homo heildelbergensis.
Après cette phase interglaciaire du Pléistocène inférieur, le climat de nos pays se refroidit et devint plus humide (2); alors est survenue une
(1) Cf M. Boue, Op. c., p. 142. les terres arctiques de l'Europe, on constate (2) Au Spitzhberg, comme d’ailleurs dans toutes dans les temps post-glaciaires des modifications
nouvelle phase de l’extension glaciaire; puis, comme précédemment, le recul des glaces s’est produit; cette fois 1l était définitif, et les alluvions résultant de la fonte des glaciers et des pluies qui les accompagnaient prirent alors une grande importance (1).
On considère comme à peu près contemporaines des moraines de la
dernière grande phase glaciaire les alluvions caillouteuses des bas niveaux des vallées, les loess et les grands dépôts de remplissage des cavernes. Alors vivaient l’'Elephas primigenius, le Rhinoceros tichorhinus (à narines cloisonnées), c’est l’époque du mammouth dont on rencontre les restes en grande abondance dans les alluvions et dans les cavernes, c’est celle de l’'Homo Dawsoni, de l'H. neanderthalensis, celle dans laquelle les préhistoriens ont fait les coupures acheuléenne et mousltérienne en s'appuyant sur la forme des instruments, distinction qui, nous le verrons plus tard, n'est pas fondée de manière rigoureuse.
Puis, vient la période post-glaciaire qui s'étend jusqu’à nos Jours, et débute par un climat sec et froid, analogue à celui de la Sibérie actuelle, celui des Toundras et, peu à peu, le climat devenant plus favorable, la faune des steppes s'établit, caractérisée par le Renne. Les alluvions caullouteuses ont cessé pour être remplacées par des loess (supérieurs). Quant à l’homme, il est représenté par des races diverses, celle de Grimaldi, la plus ancienne après l'homme de Néanderthal, puis la race de Cro-Magnon et celle de la Chancelade. C’est l'Homo sapiens fossilis avec ses industries multiples(Aurignacien, Solutréen, Magdalénien),pourlesquelles j’ai adopté le nom d'industries archéolithiques, en raison non seulement de leur époque, non seulement des changements survenus dans la nature de la population humaine de notre globe, non seulement encore par suite des caractères spéciaux et variés dans la forme des instruments alors en usage, mais parce qu'après la dernière phase glaciaire 1l s’est produit durant le reste des temps quaternaires, une évolution de l’écorce terrestre dont l’importance est capitale au point de vue des destinées du genre humain.
Et il s’en est suivi que nos pays ont vu leur climat subir des changements nombreux et très importants. Les grands bouleversements dont l'océan Atlantique avait été le théâtre et le soulèvement d’une grande partie de notre continent, l’émersion de régions importantes, aujourd’hui effondrées, suffisent à expliquer, en partie du moins, les origines des phénomènes glaciaires et la périodicité de leur intensité. Quant au retour d’un
climatériques importantes, périodes de réchauf-
(Cf. O. PETIERSSON, Geogr. Journ.,vol. XXIV, fement, puis de retour du froid. (Expédition de
n° 3, p. 285 sq. Londres, 1904). Que doil-un penser
S. A.S. le prince de Monaco, 1909).
(1) Il ne faut pas négliger l'influence de la fusion de la glace sur les courants marins, celle influence est encore très sensible de nos jours
dès lors des perturbations caustes pur la débàcle des immenses banquises qui. aux lemps glaciaires couvraient les mers voisines des deux pôles?
climat doux et tempéré, nous le devons, sans aucun doute, à l'ouverture définitive de l'Atlantique, et au libre passage donné aux courants d'eau chaude de formation toute récente, tels que le Gulf-Stream. De grandes transformations, on l’a reconnu, se sont produites également dans les reliefs du sol sous-marin aux Antilles, à la Floride, à l’isthme de Panama, et ce sont ces changements qui ont permis aux grands courants marins chauds de nous atteindre, après la fin, chez nous, des industries archéolithiques, vers l’époque de la culture mésolithique (Campignyen, Kjækkenmæddings danois). Mais cet adoucissement du climat ne s’est pas produit tout d’un coup et, au temps de César, la Gaule conservait encore bien des restes de son climat continental d'antan.
Ce qui vient d’être dit ne concerne que l'occident de l’Europe, car, nous l’avons vu, à la fin de la période Pliocène et au cours du Pléistocène, le centre de l'Afrique, le Gomal, l'Égypte, l'Arabie, la Mésopotamie, les chaines bordières de l'Iran étaient soumis à un régime intense de condensation sous forme de pluies. phénomène répondant aux grandes tombées de neige sur nos régions du Nord. La Chine, sur laquelle nous sommes si mal renseignés au point de vue géologique, dans sa partie centrale et méridionale recevait également des pluies torrentielles,la preuve nous en est donnée par l'existence dans ce pays de cañons profonds et d'énormes accumulations de loess (1).
(4) G. Frep. WriGur, Origin and distribution of Bull. of the Geol. Soc. of America,vol, XIII, p. 127, the loess in Northern China and Central Asia, ds. pl. vix-xx1, Rochester, 1902.