‹ La Prehistoire orientaleChapitre 49 sur 308 · WE · texte numérisé non relu

WE

} è ati

D'ab

FiG. 25. — Un témoin d'érosion dans le Bahr-Béla-Mä, croquis d'après nature.

dant l’une d’elles, en 1895, j’ai eu l’occasion de me trouver à Dahchour. Les collines sur lesquelles se trouve la nécropole Memphite se couvrirent en un instant d’une couche d’eau de 2 ou 3 centimètres d'épaisseur, sorte de glacis qui n'avait pas le temps de s’écouler pendant que d’autres gouttes venaient l’alimenter. Chaque ravin était devenu un torrent impétueux, chaque vallon un véritable fleuve transportant des galets de plusieurs kilogrammes.

L'une de ces vallées, située entre le Mastaba-el-Faraoun et la pyramide de Pépi, présentait un courant large de 400 mètres environ et profond de 0 m. 80. L’inondation ne dura que quelques heures, et cependant au débouché du vallon, dans la vallée da Nil, il se forma un cône de sables et de graviers couvrant plus de 30 hectares : les cultures; les jardins furent enterrés sous plus d’un mètre de débris.

DR ns en

La pluie était véritablement torrentielle, je ne saurais mieux la comparer qu’à celles des orages tropicaux dont jai été le témoin; et cependant le désert était à peine mouillé, en creusant dans le sable de 20 à 30 centimètres, on retrouvait la sécheresse habituelle. Les effets de la pluie avaient été d’une extrême violence en surface, ils n’avaient eu aucun effet en profondeur. Qu'on juge par là de la puissance des grands courants créateurs du Bahr-Béla-MA4, de la vallée du Nil.

Les exemples de ces crues soudaines et violentes sont d’ailleurs fréquents dans toute l’Afrique du nord : à Laghouat, le lit de l’Oued Mz1 présente une largeur d'environ 1 kilomètre, bien qu’il soit presque toujours à sec, il se produit parfois des crues terribles. L'Oued se partage alors en trois bras profonds de plus de 6 mètres. C’est dans une de ces crues subites que le maréchal des logis Labouèbe a trouvé la mort en 1892, alors qu'il cherchait à sauver des soldats entrainés par le courant (1).

Pendant les saisons hivernales précessionnelles, la précipitation atmosphérique était sensiblement plus importante sur le nord de l'Afrique que sur l’Europe. Les érosions ont été, en effet, considérables sur les confins du désert du Sahara, et les phénomènes pluvio-glaciaires ont atteint des proportions énormes dans l'Atlas, ainsi qu’en témoignent les immenses atterrissements des galets roulés des plateaux algériens (2).

En Asie antérieure, ces alluvions quaternaires sont aussi fort intéres- . Ssantes à étudier. Nous avons vu que, durant les temps glaciaires, le plateau iranien, celui d'Arménie, le petit comme le grand Caucase formaient un immense réceptacle de neige qui se reliait par l'Afghanistan à celui de l'Asie Centrale.

Or, lors de la fonte des neiges sur ces montagnes, les eaux se sont précipitées avec une violence extrême sur les versants extérieurs du plateau, comme sur le versant intérieur, creusant de profondes vallées et formant d'énormes cônes de galets roulés au bas de chacune de ces vallées. Ces cônes ont été ravinés depuis par les rivières sur le plateau, par la mer en Susiane et en basse Mésopotamie. D’un côté comme de l’autre leurs falaises atteignent aujourd’hui plusieurs centaines de mètres de hauteur. En Susiane, au débouché des fleuves, tels que le Kâroun et l'Ab-è-Die, les alluvions caillouteuses durcies forment une immense muraille, et il en est de même à Zohäb, alors que tout au long du Poueht-è-Kouh, région dépourvue de grandes rivières il n’existe que des traces de graviers quaternaires.

Mais, dans ces formations caillouteuses que j'ai pu étudier à loisir,

(4) J. HuGuET, le Pays de Lagouat (Rev. Ec. (2) A. Guy, Essai sur la Genèse des lerrains d'Anthrop., XV*° année, 1905, p. 184). quaternaires. Paris, 1911, p. 59.

jamais je n'ai rencontré ni d’ossements d'animaux ni d'instruments de fabrication humaine.

La Chaldée est tout entière de formation récente ; c’est une conquête des limons du Tigre et de l'Euphrate sur le golfe Persique. Mais quand en marchant soit au nord, soit à l’ouest ou au sud, on quitte ces immenses plaines où la moindre pierre a été apportée par la main de l’homme, on retrouve partout des graviers diluviens, pliocènes et pléistocènes.

En remontant l'Euphrate à partir de Féloudja, c’est-à-dire de La latitude de Bagdad, on voit vite le bassin se rétrécir, le fleuve couler dans une vallée à peine plus large que son lit et bordée, sur ses deux rives, de petites falaises hautes de 4 ou 5 mètres, de 10 au plus, formées d’alluvions caillouteuses durcies. Le terrain jusqu’à de grandes distances est plat, à peine sillonné par quelques petits vallons creusés par les eaux pluviales. Jadis ce désert était une grande plaine certainement fertile ; car entre Deïr el Zor et Damas, j'ai rencontré comme en Égypte, à la surface du sol, des instruments paléolithiques parfaitement caractérisés.

En Tunisie, et par suite en Algérie et en Tripolitanie, dans tout le nord de l’Afrique, le diluvium n’atteint pas toujours les proportions sous lesquelles il se montre dans les régions voisines des glaciers quaternaires, et ces alluvions se confondent souvent avec celles dues à des ruissellements postérieurs.

Aux Indes, dans les immenses plaines du Mysore et des rivières Pénaar le sous-sol est formé d’alluvions caillouteuses et de sables gros- . siers granitiques, alors qu’au pied de l'Himalaya sont d'immenses surfaces couvertes de galets : là les phénomènes glaciaires ont été les mêmes que dans nos pays européens, tandis que dans le sud de la péninsule, nous retrouvons la même action des eaux qu’en Égypte, d’épais lits d’alluvions.

Ainsi, dans tous les pays que nous venons d’examiner sommairement, à de grands mouvements des eaux correspondent des dépôts alluviaux de diverses sortes, mais dont les plus anciens sont caillouteux, les uns

ET ons | <

antérieurs aux industries paléolithiques appartiennent au Pliocene, les autres, renfermant des instruments chelléo-moustiériens, datent du quaternaire. Les sédiments plus fins sont assurément postérieurs aux lits de galets roulés, les causes de leur formation l’indiquent, et les vestiges de l’industrie humaine qu’on y rencontre ne permettent aucun doute à cet égard.

Mais ces alluvions, quant à leur succession, sont parfois trompeuses, etles erreurs qu’elles causent provenant du mode même de leur dépôt, laissent malheureusemant planer le doute sur l’ensemble de la superposi-

tion des bancs de cailloux roulés.

Lois du creusement des vailées et du dépôt des alluvions. — Je pense qu'il est utile de rappeler ici quelques-unes des principales lois qui régissent le dépôt des alluvions, ne serait-ce qu’à titre d’aide-mémoire.

Tout banc d’alluvions est le produit d'érosions ayant eu lieu en amont du point occupé par ce banc : il a été déposé soit par le courant qui a produit ces érosions, soit par un courant postérieur et, en ce dernier cas, il y a eu remaniement d’alluvions plus anciennes primitivement déposées en amont de leur position actuelle.

Quand un flot d’eau se répand sur un terrain plat, légèrement incliné, les eaux tout d’abord, si elles sont assez violentes, dénudent la surface et laissent en désordre par bancs plus ou moins allongés, des alluvions composées de galets à peine roulés ; puis elles creusent des sillons en profitant de la composition plus où moins dure du sol, des fractures préexistantes, et ces sillons se transforment én vallées de drainage des eaux postérieures, soit d'infiltration, soit de surface.

Quand une vallée est creusée, les eaux, en diminuant de force, abandonnent au fond de leur chenal une couche plus ou moins régulière d’alluvions classées mécaniquement, par bancs allongés, et si un nouveau courant vient à passer dans la vallée, ce courant creuse son chenal dans les alluvions anciennes, puis parfois, continue le creusement de la vallée dans les roches sédimentaires sous-jacentes. Enfin, il laisse le fond de la nouvelle vallée r:mpli de nouvelles alluvions. Il s’en suit que, dans une vallée, les terrasses alluviales les plus élevées sont les plus anciennes.

La position d’une terrasse d’alluvions dans une vallée montre à quel niveau se trouvait le fond de cette vallée lors du dépôt de ce banc, mais ne fournit aucune indication quant à la hauteur à laquelle se sont élevées les eaux, qui peuvent avoir couvert tout le pays ; et les plateaux, bien qu’étant inondés, ont pu n'être ni érodés ni recouverts d’alluvions; car l’action énergique du courant se concentrant dans la vallée, c’est là que se trouvent tous les matériaux lourds charriés.

La violence du courant peut être approximativement évaluée par la : taille et Le poids des plus gros matériaux charriés. Cette violence dépend de la masse d’eau mise en mouvement, et de la pente du fond de la vallée ; mais cette pente peut diminuer ou s’accroitre, par suite de relèvements ou d'affaissements du sol, soit sur toute la longueur de la vallée, soit dans une partie seulement. Ces oscillations du sol peuvent entrainer soit de nouvelles érosions, soit des remplissages alluviaux.

La succession des phénomènes alluviaux, dans une région déterminée, peut donc être indiquée par la succession des terrasses alluviales ; mais souvent certains termes de la série ont disparu. Elle est également déterminée par les ossements et les témoins de l’industrie humaine

que renferment les diverses terrasses, En cas de remaniement des alluvions la date relative est fournie par les ossements des animaux les plus récents qui, d’ailleurs, sont beaucoup moins roulés que ceux de la faune remaniée.

En ce qui concerne les restes de l’industrie, bien que les superpositions chronologiques soient le plus souvent probables, elles ne présentent pas une sécurité absolue (1); car des sites d’âges divers ont pu étre lavés par des courants postérieurs, d’origine et de direction différentes, et leurs restes déposés dans des bancs d’alluvions se recouvrant en désordre. Une erreur de ce genre ne peut être commise quand les restes de l’industrie sont accompagnés par les ossements de la faune contemporaine du site lavé.

Telles sont les principales règles qui permettent de classer les couches alluviales suivant leur époque relative. Comme on le voit les indications que fournissent les alluvions présentent beaucoup moins de garanties que les superpositions qu’on relève dans les cavernes, où rien n’est venu troubler la succession des dépôts.

Le creusement des vallées et le dépôt des alluvions sont l’œuvre de courants qui, dans une même région, ont certainement été d'intensité fort variable, parfois même ces courants n’ont fait que passer comme une trombe, ne laissant derrière eux qu'un simple ruisseau. Leur cause initiale varie suivant Les pays, rupture de barrages glaciaires, débâcles des lacs, fonte des glaciers, précipitations atmosphériques intenses; et ces diverses causes qui, souvent se réunissent, voient parfois leurs effets modifiés, dans une très large mesure, par des mouvements du sol.

De nos jours encore se produisent, dans certains pays, des inondations d’une intensité effrayante : c’est, entre autres, le cas pour les glaciers de l'Alaska. Là, je l’ai déjà dit, sont des lacs de barrages glaciaires, en nombre, et à des niveaux divers, en sorte que le lac le plus élevé rompant sa digue de glace, précipite ses eaux en aval, et il en résulte de formi- * dables débâcles qui en quelques heures dévastent tout le pays.

Quoi qu'il en soit, tout travail d’érosion ou de transport de matériaux roulés par un courant exige une dépense de force vive qui ne peut produire que si, par sa masse, et par la pente suivant laquelle il s’écoule, il possède la puissance nécessaire. Souvent cette puissance est de beaucoup supérieure à l’effort nécessité par le transport des alluvions, c’est généralement le cas en ce qui concerne les galets de silex provenant de la destruction des couches sédimentaires crétacées ou tertiaires; mais il n’est pas rare de rencontrer au milieu des silex roulés de petites dimensions des

(4) J. pe Morcan, l'Anthrop., 1907, p. 380.

blocs de grès ou des troncs d'arbres silicifiés. qui, par leur volume et leur poids, permettent de juger de la puissance des eaux.

Aujourd’hui que la plupart des cours d’eau ont atteint leur pente d’équilibre, que, presque dans tous les pays, les variations de débit ne sont dues qu’à des accroissements plus ou moins réguliers des précipitations atmosphériques, les fleuves, quand ils sortent de leur lit, étendent au loin dans les vallées plates, leurs eaux relativement calmes, et ces eaux ne déposent là que des limons, alors que les mouvements de matériaux plus volumineux et plus lourds ne se produisent que dans le chenal même et sur ses bords; encore le charriage n’est-il que bien peu de chose, quand on compare les bancs de galets qui en résultent aujourd’hui à ceux laissés jadis par les courants quaternaires.

C’est le cas de la Loire, du Rhône, du Nil, du Gange, de l’Indus, du Tigre et de l’Euphrate, etc., de presque tous les graads fleuves de nos jours, qu’il m’a été donné de voir dans les diverses phases de leur attitude. La Loire et le Rhône roulent encore des galets lors de leurs crues, tout au moins dans leur haut cours et leur cours moyen. Le Nil, l’Indus, le Tigre et l’Euphrate ne charrient plus guère que des sables et des limons, dès leur sortie des montagnes et cependant, à l’époque des hautes eaux, leur courant est fort violent.

Au cours de mes voyages en Orient, j’ai fréquemment assisté à de formidables ruées d’eau, causées par de simples orages ; j’ai vu des campements de nomades, des troupeaux, emportés par l’irruption soudaine de torrents gonflés par les pluies, et ces cataclysmes, d’une violence inouïe, qui paraissaient devoir tout dévaster, ne laissaient aucune trace de leur passage, aucun dépôt de graviers, en dehors du lit lui-même du cours d’eau : là les bancs de sable et de galets avaient à peine changé de place, alors que les arbres étaient arrachés, que les cadavres des hommes et des animaux s’en allaient au loin à la dérive.

Dans les régions boisées, sous les tropiques, l’action des eaux, en dehors du chenal des fleuves, est encore moins marquée que dans les pays découverts : l’inondation s’étend au loin dans les forêts, s’infiltre, pour ainsi dire au milieu de l’enchevêtrement des arbustes et des plantes du sous-bois : là, c’est à peine s’il se dépose quelques limons très fins, et toute la force de la crue se concentre plus encore dans le lit du fleuve. J'en ai vu de nombreux exemples en Malaisie, aux Indes et en Indo- Chine.

De ces constatations il résulte que le dépôt de la moindre couche de cailloutis n’a pu se produire que sous l’action d’un cours d’eau violent, et qu'on n’est pas en droit de dire que le retrait des glaciers scandinaves, lors de leur départ définitif, s’est produi lentement et sans à-coup, sans

inondations dévastrices, comme? beaucoup de préhistoriens le pensent et l’écrivent ne trouvant pas de traces de violences dans les dépôts.

Les dépôts successifs. — La succession des couches établies par M. Ladrière (1), géologue lillois, après une étude approfondie des dépôts quaternaires du Nord de la France, est très concluante à cet égard (2).

42. Limon supérieur, brun rougeâtre (terre à brique) ou Lehm [pierre polie, industrie romaine (Abbeville)] (3).

11. Limon fin, jaune d'ocre (ergeron), contenant parfois des Succinées [Elephas primigenius

(Abbeville)].

40. Gravier ou cailloutis supérieur, ordinairement simple lit de petits éclats de silex. Parfois instruments mousliériens.

9. Limon gris cendré, parfois avec Succinées et débris végétaux.

Page 1