IV AVANT-PROPOS
Les faits que nous constatons chez les peuples civilisés, nos contemporains, nous obligent à constater une très grande inégalité de la puissance assimilatrice chez les divers groupes et, par suite, à considérer que l'humanité, bien des milliers d'années avant nous, était déjà composée de groupes très inégaux, quant à leurs facultés de progression. |
Cet état d'esprit des divers groupes humains, cette inégalité des aptitudes, que nous constaterons en étudiant les divers éléments de la population primitive orientale explique bien des faits qui, sans cela, demeureraient incompréhensibles. Nous verrons que les Asianiques, les gens de parler sémitique et, plus tard, ceux de langage indo-européen, étaient doués de différentes manières, et que c’est du mélange de ces éléments qu’est sortie la civilisation, sous une foule de formes différentes.
La préhistoire n’est pas une époque dans ja vie de l'humanité, elle est une étape du développement intellectuel et matériel ; et cette étape a été franchie en des temps très différents et en des lieux très divers, par chacun des groupes humains.
La préhistoire se confond intimement avec l’ethnographie; car on doit entendre par préhistoriques toutes les civilisations dans lesquelles le peuple envisagé ne possédait pas l'écriture, c’est-à-dire les moyens de rédiger et par là même de conserver ses propres annales. La culture hétéenne, celle des Etrusques, celle des Mexicains pré-colombiens sont des civilisations historiques, dont nous ne savons pas encore déchiffrer lesjannales; mais la vie des Polynésiens, des Sibériens, des nègres de l'Afrique centrale appartient à la préhistoire, bien que ces peuplades soient nos contemporaines.
Hérodote, Pline, Strabon, Taëite et tous les auteurs de l’antiquité qui ont écrit sur l’histoire et la géographie, sont des ethnologues quand ils décrivent les mœurs des peuplades barbares de leur temps, ils le sont au même titre que La Peyrouse, Bougainville, Cook au xvirie siècle, que nos explorateurs modernes, que moi-même quand j’ai étudié les négritos des montagnes de Malacca. La préhistoire, née dès que l’homme est apparu sur notre globe, se continue très largement encore de nos jours, peu à peu, partout elle fera place à l’histoire. L'époque ne joue qu’un rôle secondaire pour le préhistorien, c’est l’évolution de l’homme qui est intéressante à étudier et non le temps auquel il a vécu. Parler des industries chelléenne, acheuléenne, moustiérienne ou magdalénienne, sans décrire les industries de la pierre chez les peuples sauvages de l'Amérique, de la Polynésie, est faire œuvre incomplète. On ne comprend pas qu’il puisse exister une séparation entre la préhistoire et l’ethnographie, de même qu’on ne peut pas admettre que la zoologie et la paléontologie ne soient pas réunies sous un seul nom.