LEE À
NEA
avec celles du Rhin moyen et du Rhin supérieur, mais rien ne permet de dire si elles sont glaciaires où interglaciaires, et à quelle extension il convient de les rapporter.
De même il est probable que lextension glaciaire en Hollande dont il est iei question, est contemporaine de la seconde période glaciaire de PAllemagne du Nord ; mais les géologues allemands ne sont pas encore d'accord sur son âge absolu, et toute affirmation est d'autant plus prématurée qu'il y a fort probablement eu de nombreux mouvements glaciaires aux Pays-Bas, région voisine du massif Scandinave, et dont le sol a fréquemment oscillé jusque dans les temps modernes.
En Hollande, assurément, les phénomènes ont donc été tout autres que dans nos pays. Dans un récent travail, M. Ivan Baren (1) à d’ailleurs constaté des corrélations entre les dépôts fluviatiles du Rhin inférieur, ceux de la Meuse et les phénomènes glaciaires dans les Alpes et. la Seandinavie. Ainsi, au Nord-Est de la Picardie, de l’Artois et des Flandres, et à peu de distance, s’est manilestée en mêmes lieux Paction glacraire du Nord et celle des Alpes. Devons-nous cependant attribuer les inondations successives de nos pays à la fonte des derniers glaciers, ou les accorder à des périodes de précipitations atmosphériques intenses, on ne saurait encore se prononcer, peut-être les deux causes sont-elles intervenues.
Si nous sortons de la région la mieux étudiée par les géologues et les préhistoriens belges et français, si nous passons en Angleterre, nous nous trouvons en présence de phénomènes analogues, mais tenant de plus près à l’action des glaciers scandinaves, alors que dans la région pyrénéenne, en Auvergne, dans les districts voisins des Alpes, l’importance des données eantonales s’accentue, non seulement dans la conduite des glaciers, mais
dans les phénomènes résultant de la fonte des glaces et dans les glacia-
tions hivernales secondaires, dont l’importance à été bien plus grande qu'on ne le eroit généralement.
Pour Penck (2);-l’envahissement des Alpes par les glaces, au commencement, de la période quaternaire, devrait être attribué non pas à une augmentation des précipitations atmosphériques, mais à un accroissement de la température moyenne annuelle; il s’en suit que la glaciation aurait sa cause dans la surrection du massif, et que les mouvements d’avancement et de recul des glaciers seraient, dès lors, dus à des oseillations du sol (3).
(4) J. van BAREN, les Dépôts diluviens et glaciaires de la Hollande. Compte rendu par G F. Dozrrus. C. R. Soc. Geol. de France, 6 novembre 1912.
(2) Cf. A. Pencx et E. BrvcxNer, Die Alpen im Eiszeitalter, Leipzig, 1909.
(3) On sait que la température diminue de 1° par 180 m. d'élévation, et qu'il suffit de 3° à 4°
pour passer d'un climat glaciaire à un climat intenglaciaire. C'est donc une surrection de-6 à 700 mètres au minimum qui aurait suffi pour créer les inltandsis de la Scandinavie, des Alpes, des Pyrénées; etc. Or, nousavons vu que nousrencontrons sur les côtesde Norvège, par 1.000 mètres environ de fond, la limite d'une terrasse qui jadis, semblet-il, a fait partie de la péninsule,
Cette explication n’est pas acceptée par tous les géologues, de même que le nombre des phases d'avancement et de recul des glaces en Europe centrale. Quoi qu'il en soit, aux abords de tous les massifs montagneux occidentaux, on rencontre les traces d’inondations dont les dernières et les moins violentes, paraissent avoir été, dans nos pays, contemporaines de l’industrie moustiérienne. En ce qui concerne l'Occident de l’Europe la date relative de ces événements parait donc être bien établie.
Le Nord de l'Afrique. — Si nous quittons l’Europe pour gagner le Nord de l’Afrique, nous rencontrons, là encore, de puissantes alluvions caiïllouteuses contenant les restes d’une industrie assez spéciale (Reygasse) mais appartenant à diverses phases du paléolithique. Les courants qui ont causé les érosions et les alluvions de cette région sont-ils dus à une élévation des massifs montagneux de l’Atlas, ou bien à un excès de précipitations atmosphériques, nous ne saurions nous prononcer, mais toutes mes observations me portent à croire que cette époque (chelléo-moustiérienne) fut une ère de grandes précipitations, sous forme de pluies, dans les pays méridionaux, plutôt de neige dans les régions plus septentrionales.
Dans les déserts qui bordent l'Égypte, le système alluvial présente un aspect grandiose. Là, le sol, d’une complète aridité, a conservé tous les caractères qu'il a pris aux temps quaternaires. Tous les plateaux sont recouverts d'alluvions caillouteuses, et c’est après ce premier dépôt que se sont creusées certaines vallées, telle que celle du Bahr-bela-Mà (1) ; puis les eaux de l'Afrique centrale ayant choisi la vallée actuelle du Nil pour leur écoulement à la mer, tout le reste du pays devint un désert sans la moindre goutte d’eau, sans trace de végétation. Une mouche même n’y peut vivre.
On considère généralement qu’en Europe occidentale les alluvions qui couvrent les plateaux se sont déposées au Pliocène; il peut en être de même en Égypte ; mais certaines parties du désert entre la Thébaïde et l’oasis de Kharghièh ont été habitées par les paléolithiques; puis viennent les terrasses alluviales de la vallée du Nil, caractérisées par une industrie acheuléo-moustiérienne. qui se termine avec un faciès tardenoisien, alors qu'en Algérie orientale elle prend une forme solutréenne.
D'où sont venus les courants qui ont répandu leurs alluvions dans le désert, puis creusé les vallées, enfin par des inondations successives, ont créé les terrasses alluviales? Certainement sont-ils descendus de l'Afrique centrale, de la région actuelle des lacs; ce n’est pas la disparition de
(1) On peut se faire une idée dela violence des de Suez. on a trouvé un gros galet de calcaire courants alluviaux quaternaires en Egypte par la nummulitique, venant de Haute-Egyple et pesant
présence dans les alluvions de blocs d'une taille plus d'un kilogramme. importante. Au pied de G. Gêéneffé, près du canal
glaciers qui en a été la cause, c’est plutôt un accroissement des condensations atmosphériques. Malheureusementlarégion des lacs n’est pas encore assez étudiée, pour que nous puissions donner, à nos hypothèses, une base scientifique. |
Quand, à la fin de la période tertiaire, l’Asie occidentale et l'Afrique orientale ont pris les reliefs que nous leur voyons de nos jours, les plissements et les brisures du sol ont formé de vastes cavités sans écoulement : là, en Afrique centrale, se seraient accumulées les eaux dans d'immenses lacs qui, rompant un jour leurs digues naturelles, auraient provoqué un véritable déluge ; puis les plus grandes masses d’eau s’étant écoulées, ne seraient plus survenues que des inondations de moindre importance. Ce : ne sont là, certes, que des suppositions, mais elles paraissent être plausibles. |
Si l’on examine la composition des alluvions, on trouve entre Assouan et Thèbes, parmi les galets roulés, une foule de matières étrangères à la vallée du Nil, ce sont des cornalines, des agates, des calcédoies, des bois siliciiés, des quartz laiteux et hyalins, etc. Plus loin, en descendant vers le Nord, on rencontre le silex tertiaire dominant.
L’Asie antérieure. — En Mésopotamie s'étend une couche immense d’alluvions caillouteuses, banc épais, régulier, dans lequel, à partir de leur sortie des montagnes, l’Euphrate et le Tigre ont creusé leur lit. Là, dans le désert syro-arabique, comme en Égypte, se montrent les instruments paléolithiques. Mais l’étude de cette industrie est encore trop incomplète pour que nous soyons à même de discerner des faciès locaux.
Aux temps glaciaires le plateau iranien, nous l’avons déjà vu, était couvert de glaces et de neige (1), il possédait ses glaciers sur ses chaines bordières et, quand la glaciation a pris fin, des torrents d’une puissance inouïe se sont précipités à l’extérieur comme à l’intérieur du plateau. Il en est résulté des deux côtés, au pied des montagnes, des masses alluviales, atteignant plusieurs centaines de mètres d'épaisseur. On en voit de superbes témoins surles bords de la Mésopotamie et de la Susiane, provinces alors sous les eaux du Golfe Persique (2).
+ Quant au plateau iranien, lui-même, pendant bien des siècles, il est demeuré inhabitable, d’abord couvert de lacs, après la fonte des neiges, il est resté en grande partie composé de bassins fermés qui, peu à peu se sont transformés en déserts salés. Quelques cours d’eau cependant (le Séfid roud, le Gamas âb ou Kerkha, l’Ab é Diz, le Kâroun) sont parvenus à
(4) J. pe MorGan, Le plateau iranien pendant (2) J. DE Mona, Mission en Perse, t. TI, l’époque pléistocène. Rev. Ec. Anthrop., 1907, 1e partie, 1905, Géol. stratigr. t. XVII, p. 213, Sq.
134 PRÉKNISTOIRE ORIENTALE
briser leurs barrières et à s’écouler à la mer. Mais ce sont là des exceptions ; car la plus grande partie du plateau se compose de bassins sans
issue.
Les Indes. — Plus loin vers l'Orient, aux Indes, sontencore de grandes nappes d’alluvions, descendues de l'Himalaya et, dans ces banes de galets roulés, on trouve aussi des instruments paléolithiques (s. s.). (chelléomoustiériens), sans faciès local reconnu jusqu'ici.
Nous avons vu, en parlant du Nord de la France, que le chronomètre le plus sûr est fourni par la paléontologie, que c’est par la liste des an1maux composant la faune qu'on peut établir la suceession des périodes glaciaires et interglaciaires, qu'on est autorisé à préciser les climats : malheureusement ce précieux guide n'existe que pour nos pays ; Car nous ignorons encore tout de la faune quaternaire des autres régions. Serions-nous mieux renseignés, d’ailleurs, que le climat n'ayant pas été le même partout à la fois, les faunes ont différé suivant les régions, et il serait bien diflcile d'établir des synchronismes. Il est parfois très malaisé de fixer, par la paléontologie, l’équivalence de couches géologiques marines, alors que nous disposons de nombreux invertébrés fossiles, ou de rapprocher des faunes de vertébrés très bien représentées dans des ossuaires, tels que ceux de Pikermi, de Magara, d'Amérique du Sud. La difficulté sera plus grande encore, quand il faudra rechercher non pas le synchronisme relatif entre deux faunes, mais l’équivalence précise suivant les divers climats des différentes partiesdu monde à une même époque ; car les phénomènes quaternaires sont de bien courte durée, par rapport à ceux des autres phases géologiques de l’histoire du globe (1).
On sait que les Éléphants, tant en Afrique que dans! Asie méridionale ont, comme d’ailleurs beaucoup d'autres animaux, l'habitude d'aller terminer leurs jours dans la profondeur des forêts, en des lieux qu’on nomme « cimetière des Éléphants (2) ». Il est à croire que l’ossuaire des grands pachydermes aux iles Piakhow, jadis reliées au continent sibérien, n’est autre qu'un « cimetière de Mammouths ». Quant aux cadavres qu'on rencontre dans les toundras, ils ne sont dans les glaces que par suite d’accidents. Nous ne connaissons encore aucun cimetière des Éléphants quaternaires de nos pays; mais on rencontre leurs ossements en grand nombre, accompagnés de ceux des autres animaux de leur époque dans les alluvions.
(1) On sait combien est encore indécise l’époque dermes découvertparle marquis de Cerralbo à Tor-
des couches dans lesquelles Dubois a découvert, alba dans la province de Soria. en Espagne. Là on à Java, les restes du Pithecanthropus. trouve en même temps que des silex chelléens
(2) Peut-être doit-on considérer comme un 0s- Elephas meridionatis, E. antiquus, Cervus elaphus, suaire d'Eléphants l'amoncellement d'os de pachy- le Cheval et un grand bovidé.
Souvent ces alluvions ont été remaniées et alors tous les ossements sont en désordre, mais souvent aussi on trouve les squelettes complets ; c’est done, on l’a vu déjà, que le cadavre a été transporté par les eaux, puis s'est arrêté dans un banc de galets, de sable ou de limon, mais comment distinguer entre ces diverses phases du phénomène, surtout quand il s’agit de pays divers et par suite de faune différente. |
En Sibérie les cadavres d'animaux éteints, morts par accident, -sont rares, alors que dans les alluvions de nos pays les ossements épars et les squelettes complets sont d’une abondance extrême. Il est à remarquer qu’on ne rencontre que très rarement dans nos alluvions des squelettes ou des os de petits animaux ; cela tient, assurément, à ce que les os de ces bêtes n'ont pas résisté au charriage ou aux agents chimiques contenus dans le sol, Il en estde même pour l’homme, dont les restes ne se sont conservés que dans les cavernes, en même temps que ceux des représentants zoologiques de petite taille.
Pour A. Pexcx, il existe quatre périodes glaciaires principales. Les deux premières appartiennent au Pliocène (il les nomme I Gürzien, Il Mindélien), et le Pléistocène commence lors de la seconde phase interglaciaire (à faune chaude). C’est là qu'il place le Chelléen, puis, à une troisième extension des glaciers (le Rissien), le professeur allemand fait correspondre une première division du Moustiérien (à faune froide) à laquelle aurait succédé un Moustiérien supérieur (à faune chaude) immédiatement suivi du Solutréen (avec faune des steppes). Puis serait venue la quatrième phase glaciaire (ou Würmien), et cette expansion des glaciers, de même qu’à leur recul définitif correspondrait l’industrie magdalénienne.
En 1905, H. Osermayer, bien qu'il fut l'élève de Pexcex, et qu'il eut jadis accepté sa classification, était amené par ses études sur les Pyrénées aux temps glaciaires, à placer le Solutréen et le Magdalénien dans la période post-glaciaire, à ranger l’Acheuléen dans la troisième époque interglaciaire, et à synchroniser le Moustiérien avec la quatrième phase.
-Il faisait donc commencer le Chelléen lors de la faune chaude de la troi-
sième période interglaciaire.
D'autre part, M. Boure qui, jusqu’en 1906, n’admettait que trois époques glaciaires (1), plaçait l’industrie chelléenne dans la troisième phase interglaciaire, entre les deux derniers avancements des glaces (Æissien et Würmien). C'est à cette dernière classification qu’il s’est tenu (2).
Cette question est de grande importance en ce qui concerne les causes et les effets des alluvions, et, comme on le verra, joue un grand rôle dans la généalogie humaine; mais on voit combien les opinions sont partagées.
(1) Essai de paléontologie stratigraphique de de Grimaldi, t.1,fasc. Il, Monaco,1906, pp.99et154. l'homme. Revue d'Anthrop., Paris, 1889; les Grottes (2) Les Hommes fossiles, 1921, p. 48 (tableau).
Durée des temps glaciaires. — En foule, les géologues et les préhistoriens, depuis les découvertes de Boucuer pe Pertes à Moulin-Quignon, ont exercé leur sagacité sur la recherche de l’âge des temps quaternaires, sur leur durée et sur celle des temps post quaternaires; mais l’on doit avouer que pour la plus grande part ces évaluations, basées sur les conceptions chronométriques les plus diverses, sont du domaine de la haute fantaisie. Voici les nombres principaux qui ont été proposés :
Pour l'ère quaternaire entière : Pexck, 1.000.000 d’années ; L. PILGRIM, 1.620.000 ; J. Greikie, 620.000; Waccorr, 400.000; G. pe MornriLcer, 230 à 240.000 ; Warren UPHam, 100 à 150.000 ; Hozsr, 30.000; ARCELIN et Ferry, 10.000. :
Pour la durée de l’époque glaciaire : PrcGrim, 1.290.000 ans ; PExcx, de 500.000 à 1.000.000; Lyezz, 800.000; Daxa, 720.000 ; J. LuBBock, 200.000; Ruror, 140.000; G. pe MorriLzer, 100.000; WaRREN UPHaM, 20 à 30.090; Presrwicn, 25.000 ; Hozsr, 17.000. |
Pour les temps post-glaciaires : Forez, 100.000; Crozr, 80.000; Nueson, 24 à 29.000 ; Gosse, 18.280 : Sarauw, 10 à 25.000; G. pe Mor- TILLET, 16.000; Ruror, 16.000; Presrwic, 8 à 40.000; Herm, 16.000; Hozsr, 5 à 6.900; Arcezix et Ferry 4 à 5.000.
Tout au plus peut-on prendre en considération les nombres les moins élevés pour la durée totale des temps quaternaires, et pour ceux de l’époque glacière, c’est-à-dire 30.000 ou 40.000 ans (1) pour la première et 17.000 pour la seconde (Hozsr). Quant aux temps post-glaciaires les auteurs dont les évaluations se tiennent entre 8.000 et 15.000 ans semblent ne pas trop s'éloigner de la vérité.
Je me garderai bien de mettre en avant une date pour l’une quelconque des phases de la préhistoire, tout ce que je pourrais dire ne serait que fantaisiste, bien que j’eusse fréquemment essayé de chronomètres nouveaux; toutefois je ferai remarquer que ce n’est ni l’abondance des restes quaternaires laissés par l’homme, ni la marche des glaciers qui peut autoriser à donner au quaternaire une durée aussi considérable que certains auteurs en font la proposition.
Si nous appliquons aux anciens glaciers scandinaves les données fournies par les fleuves de glace du Groenland, qui se trouvent à peu de chose près dans les mêmes conditions d'écoulement, nous voyons que pour une vitesse de 20 mètres par jour (7.300 m. par an) la période de retard, c’est-à-dire celle dans laquelle une molécule d’eau congelée s’est transportée du foyer de l’Inlandsis au front du glacier, a été de 200 ans en ce qui concerne le front d'Angleterre, de 170 pour celui de l'Allemagne, de
(4) DE LaPparENT et Eb. Perrier admettent qui a succédé au Pliocène (cf. Ep. PERRIER, {a une durée de 40.000 ans pour la période récente Tertre avant l'Histoire, 1921, p. 37.)
300 ans pour la Russie méridionale et 400 pour les courants tournés vers l’Oural; et, si nous portons cette vitesse à 30 mètres (glacier d’'Uperniwick), il faut réduire ces nombres d’un tivrs. Donc en moins de 500 ans l'énorme masse de glace pliocène du massif scandinave a pu se former et s'étendre au loin. Nous sommes beaucoup moins bien renseignés au point de vue de la pression des glaces, cependant, comme on le voit, ce n’est pas par dizaines de millénaires qu’il est indispensable de compter pour permettre aux diverses phases glaciaires de se produire. Nous verrons plus tard, que d’après le nombre des restes paléolithiques qu’on rencontre, la partie du glaciaire correspondant à la vie de l’homme n'a pas pu être d'aussi longue durée que certains chronologistes l’ont pensé (1).
Incertitudes de la chronologie des superpositions dans les couches alluviales quaternaires. — Quand on étudie le mode de formation des alluvions, le sens des courants qui les ont déposées, sans connaitre leurs points d’origines, on est amené à considérer les couches diverses comme étant d'autant moins anciennes qu’elles occupent une place plus élevée dans la coupe du terrain ; mais si l’on connait la position exacte des ateliers dans lesquels ont été fabriqués les instruments que renferment les diverses couches, on est parfois amené à des conclusions très différentes, par suite de l’extrême variabilité de lit des cours d’eau qui ont déposé ces graviers.
Dans les pays tempérés de l’Europe, par suite de la grande extension des végétaux spontanés ou cultivés, par suite aussi des modifications de surface causées par les cultures et du voile d’humus qui, presque partout, recouvre les couches quaternaires, l'observation des lois qui, aux temps pléistocènes, ont régi le dépôt des alluvions, est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible. La seule ressource dont on dispose est le pointage sur les cartes, des observations de détail, sans que jamais la vue puisse embrasser d’un seul coup l’ensemble du phénomène.
En Afrique (Égypte, Tunisie, Algérie) et dans l’Asie antérieure méridionale (Trans-Liban) les observations sont beaucoup plus aisées que dans nos pays, le relief topographique ayant conservé son ancien aspect et se montrant dégagé de tout voile. C’est dans le désert qu’il m’a été donné de bien saisir les résultats des actions érosives et alluviales et de comprendre combien, dans certain cas ils peuvent étre incertains.
(1) Parmi les fantaisies chronologiques, je ne puis passer sous silence les estimations de À. Keiru (Ancient types of man, 1 vol., Londres, 1911). L'auteur accorde à l'homme de Tilbury (néolithique n° 4) une antiquité de 30.000 ans, à celui de Galley Hill (qui peut être n'est pas fossile)
200.000 ans, et de 500.000 à 1.500.000 aux hommes du type de Néanderthal. On demeure stupéfait en présence de semblables hardiesses de la part, d'un anatomiste consommé quine peut certainement pas être dépourvu de culture générale.
nr à RS È
Trois cas péuvent se présentee pour les alluvions contenant des restes de l’industrie humaine : 1° Les graviers ont recouvert les foyers ou les ateliers demeurés in situ, sans en bouleverser par trop l’ordonnance; 2° les eaux ont transporté à quelque distance les instruments d’un gisement originel situé en amont; 3° les alluvions considérées résultent d'un transport postérieur d'éléments plus anciens qu’elles, des types n° 1 ou n° 2. Ce sont alors des alluvions complexes d'âge indécis.
Dans le premier cas, les restes de foyers ou d’ateliers sont indépendants des couches alluviales. Dans le second cas, celui d'un transport simple, les objets sont mélangés aux graviers et en désordre, mais homogènes, quant à l’industrie qui se trouve être représentée, alors que dans le troisième cas, il peut se faire que les produits de gisements originels différents soient confondus. Ces gisements complexes pouvant contenir les mélanges les plus divers comme faunes, et comme industries, je ne m’y arrêterai pas, et ne parlerai que des alluvions simples, n° 2.
En Europe, il est rare de rencontrer en même temps le gisement originel et le gisement alluvial en résultant; mais dans les pays arides et dénudés les occasions de faire ces observations sont plus communes. L'Égypte et l'Afrique septentrionale sont favorables à ce point de vue. Toutefois je citerai simplement le magnifique gisement de Gafsa, dans le sud de la Tunisie.
Au lieu dit El Mekta, à quelques kilomètres de Gafsa sous les restes de très importants ateliers de taille établis jadis près de bancs de silex de très belle qualité, qui affleurent avec les couches du Crétacé supérieur et, à Gafsa même, on voit des alluvions renfermant des instruments entrainés par les eaux de ces ateliers. Nous verrons plus loin, en étudiant en détail ces gisements, que là se trouvent côte à côte des stations chelléo-acheuléo-moustiériennes et des gisements capsiens, c’est-à-dire appartenant à une industrie archéolithique, très localisée, analogue à l’Aurignacien de l’Europe occidentale, mais en différant à bien des points de vue.
Là, dans ce pays dénudé, sans revêtement de limons ni d’humus, il m'a été aisé de suivre quelques-uns des principaux courants alluviaux et de dresser la figure théorique ci-contre (fig. 26). :
En À (1) est une colline (El Mekta) composée de calcaires à silex et renfermant les affleurements de la matière première pour la fabrication des instruments.
A droite et à gauche de la colline sont des vallées d'écoulement des eaux avec direction générale vers un étranglement c, situé en aval, causé par les collines B et B’. Plus loin, en aval de cette porte c sont les allu-
(1) J. pe MorGan, Note sur l'incertitude de la chronologie relative des faits préhistoriques, ds. l'Anthropologie, 1907.
vions composées des matériaux entraînés par les courants des deux vallées supérieures.
Au pied de la colline À, près des gisements de silex sont des ateliers comprenant a, b, c, appartenant à des industries différentes et, admettons-le, successives.
Les courants successifs eux-mêmes, d'importance variable, suivant l'intensité des précipitations atmosphériques, intermittents, sans guide
careliers. SE Direckion geneve Le des Œutrants.
F1G. 26. — Slation d'El Mekta, aux environs de Gafsa (Tunisie).
dans le tracé de leur lit, tout en conservant une direction générale constante et en se concentrant tous vers la porte c ont forcément oscillé éntre les deux rives des deux vallées plates qui séparent les collines À et B, A et B’ et les oscillations les portaient à laver certains ateliers, alors que d’autres demeuraient indemnes.
Si, après chacune des industries, a, b, c, il était survenu une crue violente et si les eaux avaient occupé en entier les deux vallées, nous rencontrerions dans les alluvions la succession a, b, c; mais rien ne prouve que ce fait ait eu lieu. Bien au contraire, les inondations ont débuté longtemps avant la création des ateliers les plus anciens et se poursuivent encore de
nos jours ; de telle sorte qu’il n'existe aucun lien entre les diverses phases du développement de l’homme sur ce point et les cataclysmes plus ou moins étendus auxquels nous devons les alluvions. |
Supposons, pour les courants la succession « ou £ puis $, n ou à, enfin y nous trouverons dans les alluvions l’ordre a, b, c, en commençant par la base; mais si, au contraire, les courants débutent par 8 ou e, il y aura, dans les couches profondes mélange des industries à et db, et si la succession des lavages se produit dans l’ordre +, £ ou «, 8 ou < et enfin , nous rencontrerons l’industrie c dans les couches les plus profondes, puis a et b mélangés, enfin D seul au sommet, c’est-à-dire le plus grand désordre par rapport à la succession chronologique des civilisations.
J'ai examiné le cas le plus général, afin de bien montrer combien les superpositions peuvent induire en erreur, quant à la fixation de la date relative non seulement des industries, mais des débris animaux et humains qu’on rencontre dans les alluvions. Toutefois il est à remarquer que le cas est rare où un grand nombre d’ateliers successifs se trouvent dans les conditions requises pour que les lavages puissent tous les atteindre. Les gisements naturels de silex étant, la plupart du temps, très étendus, les ateliers étaient fort disséminés et, par suite ne se trouvaient pas tous dans la zone d’influence du même courant. Mais le doute n’en persiste pas moins en ce qui concerne les relations entre elles des données fournies par les ‘alluvions. |
On voit, d’après ce qui vient d’être dit au sujet des alluvions que du mélange ou de la superposition des divers types dans les couches, on ne peut pas déduire une chronologie relative certaine. C’est seulement sur les données des gisements originels, ateliers, foyers ou cavernes, qu’on peut se baser en toute sécurité.
IL est bien rare que des alluvions soient étudiées méthodiquement ; aussi, dans la plupart des cas, les documents que fournissent ces sortes de gisements étant mélangés, il en résulte de graves incertitudes qui, jointes aux causes d'erreur dont j'ai parlé, à propos du gisement de Gafsa, font que les alluvions ne rendent pas à la science les services qu’on attend d'elles.
Ce n’est heureusement pas le cas, pour les belles recherches de V. Commont (1) dans le département de la Somme. Là, des observations très méticuleuses et très prolongées ont permis à leur auteur de suivre pas à pas l’évolution de la culture paléolithique à Saint-Acheul ; et cette évolution concorde avec celle que nous constatons non seulement dans les
1) Cf. V. Commonr, l'Industrie mousterienne contemporains du Renne dans la vallée ñe la dans la région du Nord de la France, ds. Congrès Somme ; Men. Soc. Antig. Picardie, année 1913, préhist. Fr. Beauvais, pp. 115-157,1910; es Homines Amiens, 1914.
cavernes de la France centrale et méridionale, mais aussi dans les gisements du nord de l'Afrique et de l'Égypte, en tenant compte toutefois des tendances et des besoins locaux qui ont fait naître les industries locales.
Dans les alluvions du Nord, tout comme partout ailleurs, les types chelléens se trouvent mélangés avec des formes acheuléennes et moustiériennes, mais sont dominants à la base; puis, au fur et à mesure qu’on s'élève dans les cailloutis, le coup-de-poing acheuléen devient plus fréquent et les instruments montrent une taille plus soignée : peu à peu le type moustiérien supplante par sa fréquence celui de l’Acheuléen qui devient de moins en moins abondant. Viennent alors en grand nombre, toujours avec le coup-de-poing, les racloirs, grattoirs, couteaux, burins, pointes de lances, silex à encoches de facture très caractéristique, taillés par des hommes qu'accompagnait soit une faune de climat chaud, soit une faune de climat froid.
Aïnsi, dans le nord de la France, plus encore que dans les cavernes, semble-t-il, l’outillage paléolithique est beaucoup plus compliqué et plus varié qu'on ne le pensait au début, quand ont été créés les dzes chelléen, acheuléen et moustiérien. Il est de plus en plus évident que le progrès s’est produit d'une manière insensible, et que, par suite, les termes proposés jadis par G. de Mortillet ne peuvent être appliqués de nos jours qu’en raison de la prédominance des formes, donc que ces expressions ne peuvent être adoptées aujourd’hui au point de vue chronologique, que pour des pays limités et avec une valeur restreinte parce qu’il s’agit d’un ensemble industriel fréquemment régionalisé et non plus de types caractéristiques comme sont des fossiles.
En Afrique du Nord, aux formes moustiériennes de nos régions du Nord il faut ajouter les pointes de type solutréen et certaines pointes pédonculées en Haute Égypte, toute une évolution tardenoisienne.
De ces remarques il découle qu’il est de la dernière imprudence de s’en rapporter aux formes de quelques objets, et qu'il ne faut jamais conclure sans avoir envisagé l’industrie tout entière ; aussi semble-t-il préférable de ne pas assimiler les cultures des pays très éloignés de l'Europe, que nous ne connaissons encore que très imparfaitement, avec les industries typiques de nos pays. Il est impossible de raisonner autrement que sur un ensemble et même quand cet ensemble semble autoriser des assimilations, il ne faut pas négliger les différences d'ambiance des deux industries que l’on compare l’une à l’autre.
CHAPIFRE VII
Les grandes inondations du pléistocène moyen
et le dépeuplement quaternaire.
La fonte des grandes masses de glace du Pliocène (1), etles pluies torrentielles qui l’accompagnèrent, avaient eu pour résultat le creusement initial, des vallées et le dépôt de couches de gravier. Peu à peu Les végétaux, suivant le retrait. des glaces, s'étaient avancés dans les régions nouvellement ouvertes, et les animaux les avaient suivis ; mais les grandes inondations de la fin du tertiaire survenant, la majeure partie de cette faune avait été détruite au cours d2s divers cataclysmes et l’on retrouve ses restes dans les alluvions, alors que les animaux qui avaient pu échapper gagnaient soit les régions du sud, pour l’Europe occidentale, soit plutôt les
hauteurs pour se mettre à l'abri de ce déluge.
Il n’est pas besoin, d’ailleurs de remonter si loin pour enregistrer de pareils phénomènes ; car on voit encore de nos jours des débâclés glaciaires qui, bien que très réduites, causent encore de terribles ravages en aval de leur point de départ. Je citerai seulement, en outre ce que j’ai dit plus haut au sujet des glaciers de l'Alaska, celles qui, en août et en juillet de 1900 se sont produites en Norvège, au Tungsbergdalsbrae. Ces accidents ont été causés par l'écoulement subit de nappes d'eau qui s’étaient formées sous les glaces des tributaires du glacier : ces lacs souterrains, se vidant tout à coup, par suite de l'accroissement continu de leur volume, ont dévasté les régions en aval, creusant de profondes érosions, et causant le trans: port d’un cube énorme de matériaux (2).
Si les glaciers modernes produisent encore de pareils cataclysmes que doit-on penser des désastres causés par ces mêmes fleuves de glace, alors
(1) Suivant les géologues scandinaves, lorsque l'Est, des cuvettes que les eaux de fusion aul'inlandsis a commencé à reculer, il aurait, tout raient remplies, laissant émerger les hauts somd'abord, abandonné la région montagneuse de la mets, qui formaient autant d'îles.
Suède; il se serait formé ainsi, entre le relief (2) J. RexsraD, Opdaemming ved Taser yaals, norvégien et le front des glaciers demeurés à bracen in Sogn. ds. Naturen. Bergen , 1904.
qu’ils avaient des milliers de kilomètres de développement, des centaines
de largeur de cours (1).
Quand se manifestèrent la seconde et la troisième poussées glaciaires et lors de la fonte des neiges, le même phénomène se produisit encore, avec toutes ses rigueurs. Mais, après la troisième extension glaciaire, les terrains envahis par les eaux n'étaient pas seulement habités par les animaux, dont on retrouve les ossements dans les graviers, l'homme paléo- Bthique vivait dans ces régions, et l’inondation l’atteignit au même titre que
le gibier dont il faisait sa nourriture
: presque partout dans le Nord-Ouest
de l’Europe, le sol fut balayé, les abris primitifs de l’homme, situés près des cours d’eau, ses ateliers de taille du silex disparurent, et il ne resta que de rares colonies qui, par bonheur pour elles, habitaient soit des cavernes débouchant à un niveau élevé, soit des hauteurs. Les alluvions de Chelles, de Saint-Acheul, d’Abbeville, de Paris, de la: Belgique, du sud de l'Angleterre montrent, non seulement quelle fut alors l’étendue du désastre, mais aussi la fréquence de ces déluges.
A. Ruror (2), parlant de la Belgique, a très clairement exposé les causes et les effets de la disparition des glaces dans ce pays. « On sait, dit-il, que cette fusion rapide amena, dans toutes les vallées de l’Europe centrale,
des afflux d’eau extraordinaires.
« Les vallées qui débouchaïent directement dans l'Océan Atlantique, comme celles de la Dordogne et de la Loire, en furent quittes pour une crue d’une certaine ampleur ; mais celles qui comme l’Escaut, la Meuse, le Rhin, la Tamise se réunissaient pour conduire leurs eaux vers l'Océan Arctique, se trouvant complètement barrées par le front de la calotte de glace septentrionale, furent envahies par une crue formidable qui, en Belgique,
s’éleva jusqu’à 170 mètres de hauteur.
« Pour pouvoir subsister, les quelques familles acheuléènnes établies en Belgique, émigrèrent vers la France centrale, reculant toujours devant la crue qui s’étendait menaçante ; c’est ainsi qu’elles atteignirent la crête de partage entre les bassins de la Seine et de la Loire, où elles se trouvèrent
en sécurité.
« On sait que, à un moment donné, la crue Lesbayenne (3) parut cesser, car les eaux se retirèrent, et Le pays inondé s’assécha.
« Mais la stratigraphie nous apprend qu'en réalité cette grande crue n’était qu'interrompue et alors que les Acheuléens vivaient confiants en
(1) E. HauG donne (Traité de Géologie, 1920, IN, p. 178»), d'après HeiLacx, une carte des vallées glaciaires de l'Allemagne du Nord carte qui montre combien était grand le développement des cours d’eau, lors de la fusion des glaciers.
(2) Coup d'œil synthélique sur l'époque des Ca-
vernes (Bull. Soc. belge de Géologie, t. XXI, 1909, Mémoires p. 254 sq).
(3) Terme adopté en Belgique pour le paléolithiqueinférieur(La Micoque,Acheuléen supérieur, etc.)[Cf. A. Ruror, l'Époque des Cavernes, ds. Bull. Soc. Belge de Géol., t. XXIII, 1909, Mémoires].
Belgique, dans le bassin de la Tamise et dans celui de Paris, il se fit un retour offensif des eaux qui récupérèrent tout le territoire qu’elles avaient précédemment perdu.
« Ce fait, tout étonnant qu'il soit, peut-il s’expliquer? nous Île croyons, mais l'explication de la cessation de la crue, suivie de sa reprise, ne peut être fournie que par une oscillation de la calotte de glace, pendant son retrait.
« En effet le front du glacier reculant vers le nord, par suite de sa fusion continue, il arriva un moment où l’embouchure de l’énorme fleuve formé par la réunion de l’Escault, de la Meuse, de la Tamise, du Rhin, de l’Elbe, etc., se jetant dans l’océan Arctique, se débloqua.
« Aussitôt l'énorme volume d’eau douce, amassé sur le continent et retenu vers le nord par la barrière de glace, trouva son exutoire et il se précipita vers. la mer libre. »
L'homme, suivant A. Ruror, se serait alors emparé des régions nouvellement asséchées. &« Malheureusement pour lui des conditions favorables à la reprise momentanée de la glaciation se produisirent, le barrage se reforma et le vaste lac hesbayen se reconstitua avec une rapidité égale à celle de l’asséchement. La reprise de la fusion des glaces par retrait s’accentua et il est, dès lors, hautement probable que la plupart des familles acheuléennes qui occupaient le sud-est de l'Angleterre, la Belgique et le nord de la France, périrent victimes du désastre.
« Le désastre qui avait frappé les malheureuses familles acheuléennes établies dans le Nord, semble avoir eu une répercussion intense parmi les tribus établies au sud de la Loire; peut-être une crue anormale des fleuves de la France centrale et méridionale, concordant avec les grandes crues hesbayennes effraya-t-elle les Acheuléens de cette région..., peut-être même y eùt-1l des victimes plus ou moins nombreuses. »
La thèse de la grande crue hesbayenne de A. Ruror est fortement combattue par bon nombre de géologues et de préhistoriens (1), qui admettent comme origine de ces formations le ruissellement, et fixent son époque au Moustiérien supérieur. Quelle que soit la cause de ces dépôts il n’en est pas moins vrai qu'ils dénotent l'existence à cette époque de grands afflux d’eau dans le pays, inondations qui ont entrainé la destruction des établissements humains, et par suite une diminution très notable de la population.
Les remarques de A. Ruror cependant sont basées sur des observations très sérieuses et très étendues. Le savant géologue belge n’est pas d'accord avec nous au sujet de la chronologie des actions glaciaires ; mais
(1) Cf. l'Anthropologie, 1912, t XXIIT, n° 1, p. 119.
cette divergence d'opinion n'apporte aucun changement dans ce fait qu’à la fin de l’industrie paléolithique (s. s.) d'immenses surfaces, dans le nord de nos pays, ont été dépeuplées. La présence dans les alluvions des ossements animaux et des instruments façonnés de main d'homme ne peut s’expliqüer que par une ou plusieurs inondations ayant semé la mort dans les régions giboyeuses et habitées. Il importe peu que ces inondations aient été causées par la rupture des digues de grands lacs, ou simplement que des crues excessives aient balayé le pays ; dans tous les cas ces cataclysmes ont arraché la vie aux plantes, aux animaux et aux hommes (1).
Je ne crois pas que jusqu'ici les alluvions quaternaires aient été étudiées au point de vue de l'extension géographique des graviers renfermant des instruments taillés par l’homme paléolithique. Une carte soigneusement dressée pour la France seulement serait déjà fort instructive ; elle séparerait les districts où la vie s’est continuée, de ceux qui, au Pléistocène moyen, ont été ravagés, et l’on verrait que les provinces demeurées indemnes sont bien peu de chose, en comparaison de l'aire qui a été dépeuplée (2).
Si de l’Europe occidentale nous nous rendons en Égypte et en Asie antérieure, nous voyons beaucoup plus clairement encore le même phénomène se produire. Dans la vallée du Nil, comme dans le désert arabique, l’homme et les animaux ont certainement été détruits, bien que nous n’ayons pas encore retrouvé les restes de cette faune; le Liban, seul, sur la côte asiatique aurait conservé des habitants.
En Mésopotamie, à partir de l’industrie paléolithique, jusqu’à Papparition du métal (peut-être du néolithique sur quelques points ?) il existe une immense lacune semblable à celle dela vallée du Nil. C’est également parce qu'après les grandes inondations diluviennes ces régions sont demeurées dépeuplées, et que beaucoup plus tard seulement, l’homme est revenu les coloniser.
Au Comal nous constatons le même fait, et comme en Égypte et en Tunisie les ateliers de taille paléolithiques ont été abandonnés.
Mais quelques tribus vivaient peut-être encore dans les cavernes de la Syrie ; en ce cas on verrait là se développer des industries archéolithiques. Le fait qu'affirment bien des archéologues dignes de con-
et s'étendent souvent fort loin dans les vallées de
(1) M. Dupont a constaté que c'est son limon leurs contreforts Les avalanches sont des dé-
* hesbayen, le dernier des dépôts quaternaires, qui
a mis fin à l'occupation des cavernes dela Meuse, alors que l’homme en élait à l'industrie Magdalénienne. Les survivants du diluvium ont donc été encore là, dans leurs descendants, les victimes des eaux.
(2) Parmi les causes de modifications dans l'allure des vallées, on ne peut passer sous silence les phénomènes fréquents qui, sous le nom d'avalanches, se produisent dans les montagnes
bâcles partielles qui, en accumulant en amont des matériaux aisément détrempables, préparent des phénomènes de plus grande importance. Elles créent parfois des gouffres dans lesquels dispa- * raissent souvent des animaux et, en cela, correspondent, dans des proportions restreintes, à ce qui s'est passé dans les Toundras de la Sibérie. et, comme en Asie, la date de ces sortes d'accidents ne peut en aucun cas être précisée.
146 PR ÉHISTOIRE ORIENTALE
fiance ne me semble pas cependant être rigoureusement prouvé, de même qu’en ce qui concerne certains districts de l'Europe occidentale ; ces survivants, trouvant les conditions de la vie très modifiées, ont adopté de nouvelles industries, les adaptant à leurs besoins. De là sont nées les cultures et les industries régionales auxquelles, de jour en jour, les préhistoriens attachent plus d'importance.
En Tunisie, à Gaîfsa, au Radéyef, entre autres, la population paléolithique n’a pas été tout entière détruite ; 31 est resté quelques familles qui partout où elles en ont trouvé la possibilité, se sont installées dans des abris sous roches. Les modifications climatiques, en chassant presque tout le gibier de cette région, ont obligé ces hommes à se nourrir principalement d’escargots. Nous avons le D' Caprrax, P. Boupy et moi proposé pour leur industrie le non de Capsien (1), sorte d’Aurignacien local par laquelle débute l’Archéolithique tunisien.
Aux Indes, dans les vallées des rivières Pénaar, les alluvions contiennent des instruments de forme paléolithique, preuve que là aussi des inondations ont dépeuplé le pays, et la découverte d'instruments grossiers dans les graviers des États-Unis suggère la même conclusion.
En Afrique australe, on retrouve avec de nombreuses traces de courants d’une violence extrême, dans les alluvions, des instruments de forme chelléenne tellement usés, qu'on a peine à retrouver les arêtes de la taille alors qu’en surface on rencontre une industrie très différente, dans laquelle les silex, nullement usés, sont en compagnie de perles, de coquilles d’œuf d’autruche ; ces instruments affectent les formes du Magdalénien, du Tardenoisien et du Néolithique de nos pays ; e’est donc là une industrie toute récente, à laquelle, on ne sait vraiment pas pourquoi M. P. J. Jouxsox (2) a donné le nom de Solutric (Solutréenne) ! alors qu'aucune pièce de type solutréen n’y figure.
De nombreux facteurs entrèrent en ligne, dans cette question de la dépo-
pulation d’une grande partie de la terre : car les conditions climatériques ont joué un grand rôle dans la continuation de la vie sur les divers points du globe où l’homme avait échappé au cataclysme. En Europe occidentale et centrale, malgré le climat sec et froid de nos pays, au début de la phase post-glaciaire, les survivants furent à même de vivre dans les conditions actuelles d'existence des Tchoutches et des Kamtchadales de la Sibérie ; mais en Égypte, en Mésopotamie, par suite de la sécheresse toujours croissante, les régions dévastées par les eaux sauvages n’ont jamais retrouvé leur richesse végétale d’antan et, bien plus, comme nous le verrons plus loin,
(4) J. pe MorGan, L. Carrran et P. Boupry, (2) Geot. et Archaeot. note on Orangia, Londres, Etude sur les stations préhistoriques du sud Tuni- 4910. sien, ds. Rev. de l'Ecole d'Anthrop., 1M0. ë
l’asséchement s’est poursuivi jusqu'à nos jours, augmentant chaque siècle d'intensité, et chassé de pays ou rien ne Pinvitait à revenir, l’homme s’est transporté dans des régions plus avantageuses pour la vie.
Le même fait s’est produit en Tunisie où les survivants de l'industrie paléolithique, après leurs tentatives du Capsien, ou bien ont péri, ou bien ont émigré devant l'impossibilité où ils étaient de trouver leur nourriture.
Il arrive parfois, en Europe, derencontrer dans les alluvions des imstruments appartenant à l’industrie aurignacienne, de même qu’en Tunisie et en Algérie on trouve, dans les mêmes conditions, des objets capsiens ; ce fait n’a rien qui doive surprendre, car Les temps post-glaciaires, dans tous les pays du monde, ont connu des inondations ; cela prouve seulement qu'après la dévastation de la contrée, des familles aurignaciennes, capsiennes, ow
munies d’autres industries archéolithiques ont continué leur vie sur place,
ou se sont avancées dans des pays encore soumis aux inondations.
Ainsi, après la grande crue pléistocène la population du monde se trouva singulièrement réduite. Quelques districts seulement avaient échappé à la destruction, les hommes des cavernes et quelques autres rélugiés sur les hauteurs, hors de latteinte des eaux.
Dans les Alpes, au voisinage de la Méditerranée et de la vallée du Rhône, dans quelques départements du centre de la France et des Pyrénées, sur quelques points de l'Espagne, de la Belgique, de l'Angleterre méridionale, de la Suisse, de l’Europe centrale, en Algérie, en Tunisie et peut-être en Syrie, assurément aussi ailleurs en Orient, vivaient des tribus arehéolitiques, dolichocéphales, dont l’industrie procédait des cultures paléolithiques plus ou moins transformées. Ce sont ces familles qui peu à peu s’étendaient dans le monde, le repeuplant en partie.
A cette destruction du genre humain par les inondations, il convient d'ajouter celle, peut-être plus importante encore, qui résulta de l’effondrement de certains continents habitables.
Mais si les études ont été poussées fort loin pour l’Europe, les pays méditerranéens et le nord de l'Amérique, il n’en est malheureusement pas encore de même dans les autres. parties du monde où, vraisemblablement, il est resté des familles après le grand cataclysme. Ce n’est pas l'Europe seule qui a conservé des habitants, bien loin de à.
On objectera que les crues ont été successives et que les hommes ont été à même de s’en garantir en gagnant les hauteurs. Certes, je ne prétends pas que toute la population ait disparu, détruite par les eaux ; mais le fait que dans bien des régions on ne rencontre pas de traces de l'homme paléolithique en dehors des alluvions caillouteuses, montre à n’en pas
douter que, dans ces pays, ses établissements ont été ravagés par les courants.
Tous les peuples primitifs vivent dans les vallées, nous l’avons vu, à proximité des cours d’eau, et non sur les hauteurs ; or ce sont ces mêmes vallées qui étaient les parties du pays les plus exposées aux inondations, et les traces des effets de ces crues se retrouvent dans les lieux mêmes qui étaient habités.
Il m'a été donné, à plusieurs reprises, d’assister au débordement de grands fleuves orientaux, et j'ai été surpris de la souduineté des crues, de leur intensité, et des ravages qu’elles produisent. Et encore les fleuves dont je parle, entre autres le Tigre, l'Euphrate, la Kerkha, ont-ils acquis depuis longtemps leur régime d’équilibre, alors que les cours d’eau quaternaires étaient bien loin de l’avoir atteint, et que l’homme, aujourd’hui, est mieux préparé qu'il n’était jadis à lutter contre les éléments.
On opposera que la présence de restes d'industrie, dans les alluvions, n'implique pas que les établissements humains aient été envahis par les eaux, alors que leurs habitants s’y trouvaient encore; mais qu’on peut supposer que ces restes ont été balayés bien des siècles après leur abandon. La présence, avec les instruments de pierre, de la faune contemporaine dont on connaît la date relative par les dépôts des cavernes, ne permet pas cette hypothèse.
Le diluvium dans tous les pays explorés jusqu’à ce jour ne renferme que des instruments de types chelléen, acheuléen et moustiérien. Les industries postérieures (archéolithiques), quand on en trouve des traces, se rencontrent toujours dans les dépôts supérieurs au diluvium à cailloux roulés, dans les sédiments fins de l’ergeron; on ne peut donc pas les attribuer à des phénomènes d’un âge postérieur au Moustiérien et c’est seulement aux époques qui correspondent aux dernières phases du paléolithique (sensu stricto) qu'ont pu se produire de grandes venues d’eau, les érosions qui en ont été la conséquence et le creusement définitif des vallées.
D'une manière générale, nous voyons que, dans la grande phase interglaciaire des débuts du Pléistocène, sous un climat doux, vivait l’homme chelléen (Homo Heildelbergensis) en compagnie d’Hippopotamus amphibius, Elephas antiquus, Rhinoceros Mercki ; c'était une époque d’inondations et d’alluvionnements, qui ont formé les terrasses moyennes et inférieures des vallées, les vieilles alluvions de certaines cavernes ; puis, pour des raisons qui nous échappent, le climat devenant froid, mais demeurant humide, il se produisit un nouvel avancement des glaces, le dernier, bien moins intense d’ailleurs que ceux qui l’avaient précédé. La faune dès lors changea : à l’Elephas antiquus succéda l'E. primigenius et le Rhinoceros Mercki fut remplacé par RA. tichorhinus. L'industrie, en s’affinant, produit l'outillage acheuléen. Enfin, les glaces disparurent
définitivement, et après une période de grande intensité, les alluvions caillouteuses cessèrent de se déposer. Tous ces faits concordent pleinement avec la classification adoptée en France.
Si, au contraire, on suivait l’ordre proposé par A. Pencx, les grandes érosions et les alluvions qui leur correspondent auraient pris place entre les périodes interglaciaires n° 2 et n° 3; il serait alors survenu une quatrième phase glaciaire qui n'aurait laissé, lors de sa fusion, que des sédiments fins; puis qui, suivant l’auteur allemand, ne devraient renfermer que des restes de l’industrie magdalénienne. Le Moustiérien (chaud) l’Aurignacien et le Solutréen appartiendraient au système glaciaire antérieur. Il est à noter, d’ailleurs, que les industries archéolithiques de PEncx ne sont peut-être pas identifiables avec celles de nos pays.
Or, il est impossible d'admettre que le départ des derniers grands glaciers se soit produit sans qu’il y ait eu, dans une certaine mesure, action violente des eaux. Cette remarque est donc plutôt favorable à la thèse de M. Bouze qu’à celle d'A. PEncx.
Dans une étude que dernièrement je donnais à la Société géologique de France (1), j’entretenais mes collègues non seulement des causes qui ont amené la diminution très sensible de la population mondiale, mais l'établissement des districts de survivance, et du rôle que ces districts privilégiés ont joué par la suite. Il s’est trouvé que mes observations faites surtout en Orient coïncident avec celles de mon savant collègue et ami Henri Douvillé. Je crois que le lecteur me saura gré de reproduire ici son intéressante étude.
Au cours des temps quaternaires les hommes, qui, pour la plupart, vivaient de chasse et de pêche, étaient obligés de s’établir dans les vallées, auprès des cours d’eau, au milieu des bois où se tenait le gibier dont ils faisaient leur nourriture : aussi, pour la plupart, les stations paléolithiques de l'Occident européen sont-elles situées dans les vallées. C’est là que les inondations contemporaines de la dernière phase glaciaire ou quelque peu postérieures sont venues achever de les détruire, en même temps que les vertébrés de tout genre qui peuplaient les forêts d'alors. Car cette extermination ne s’est pas produite d’un seul coup, les restes qu’on rencontre de l’industrie moustiérienne bien moins abondants que ceux de l’acheuléen, paraissent indiquer que le dépeuplement était déjà fort avancé à cette époque post-glaciaire.
Le dépeuplement d’une grande partie des continents, à cette période, ne peut faire aucun doute, tout d'abord parce que nous trouvons les restes des campements dans les alluvions, mais surtout parce que la fin du
(1) 5 mars 1923.
paléolithique (S.S.) marque, dans un grand nombre de régions, les débuts d’un long hiatus dans les industries de la pierre, hiatus qui serait inexplicable sans l'intervention de causes naturelles puissantes.
Pendant que je me livrais à l’étude des alluvions en Orient et en Tunisie, notre collègue H. Douvillé tirait de ses remarques personnelles faites en France, les mêmes conclusions que moi, quant au dépeuplement quaternaire : « Examinons d’un peu près ces silex taillés, dit-il (1). Peuton y voir des pièces de rebut ou hors d'usage, abandonnées par l’homme ? Certainement non, presque toutes sont en parfait état et quelques-unes même sont de véritables œuvres d'art. On trouve dans ces gisements non seulement les grosses pièces dites coups de poing, maïs aussi des couteaux à fines retouches, des grattoirs, etc., enfin tout l'outillage de industrie humaine à cette époque. J'ai déjà dit que ces pièces sont extrêmement nombreuses, il est donc impossible également d'admettre qu’elles représentent des pièces accidentellement perdues. Comment l’homme a-t-il pu abandonner ainsi ses armes et ses outils, c’est-à-dire tout ce qui devait à cette époque constituer sa principale richesse ? Une seule explication semble possible : c’est que l’homme a été lui-même victime de l'invasion des glaces, de l’aggravation de la rigueur du climat. *
« Refoulés d’abord par la progression des glaciers qui s’avançcaient à la fois du Nord (Scandinavie), de l'Est (Vosges), et du Sud (Plateau Central), les populations de cette époque ont vu, peu à peu, se tarir leurs moyens d'existence ; on sait que les nomades des confins du Sahara sont presqu’à la merci d’une saison exceptionnellement sèche et qu’ils mourraient littéralement de faim si l’on ne venait pas à leur secours. Tout aussi précaire devait être la situation des hommes de l’époque glaciaire, dépourvus d’abris sérieux et d’approvisionnements durables. 11 a suffi d’une série d’hivers de plus en plus rigoureux pour les faire disparaitre ; ils sont morts de faim et de froid. A la fonte des neiges, les premières idondations ont entrainé leurs cadavres à la mer. Seuls les silex plus lourds sont restés sur place et ont été incorporés dans les caïlloutis. »
Ces observations amènent le savant géologue à conclure : « Les cailloutis et les limons (2) sont eux-mêmes le résultat des inondations qui se sont produites à la fin de cette période (dernière phase glaciaire) au moment de la fusion des neiges, et quand les glaces remplissaient encore les vallées. »
L'hiatus dans la succession des industries vient transformer ces hypothèses en certitudes.
4) Op. cit., 1940. ; partage son opinion pour tous ceux qu'il m'a été (2) H. Douvillé considère les limons comme donné d'étudier en Asie. élant d'origine alluviale et non éolienne, et je
Nous avons vu que dans le Nord et le Nord-Ouest de la France cet hiatus commence après l’industrie paléolithique (s. s.) (moustiérienne). Or, il en est de même en Égypte, dans certaines parties de l'Afrique, telle que le Comal, en Mésopotamie, aux Indes, en Amérique du Nord (?), et, assurément, dans d’autres parties des continents encore inexplorées de ce point de vue. Cet hiatus a été de plus ou moins longue durée suivant les régions, parce qu’il a fallu aux survivants du cataclysme, cantonnés dans des districts restés en dehors des inondations, un temps plus ou moins long pour se développer numériquement, et être à même d’essaimer, de coloniser les pays encore inhabités, soit par suite du ravage des contrées fertiles, soit parce qu'elles ont été jadis pendant longtemps, couvertes de glace. |
Dans l’Oecident de l'Europe, les districts de survivance ont été nombreux, où du moins nous en connaissons un plus grand nombre que dans les autres parties du monde, moins étudiées que les nôtres. On les rencontre das le centre, le Sud-Ouest et le Sud de la France (1), dans le Nord de l'Espagne. Leur existence est indéniable ; car les cavernes montrent les industries archéolitiques (Aurignacien, Solutréen, Magdalénien) faisant suite au Moustiérien. La zone occupée par les gens d'industrie aurignacienne est très restreinte, par rapport à celle qu'oceupaient les paléolithiques. Dans les régions dépeuplées, on voit paraître sporadiquement des témoins d'industrie archéolithique, très rares d’ailleurs, prouvant que les survivants où mieux, leurs descendants, ont fait à diverses époques des tentatives de colonisation. |
Dans l’Afrique du Nord, les abris sous roches du Capsien indiquent la position des districts de survivance.
En Égypte, l’hiatus se prolonge jusqu’à l’arrivée d'hommes de l’industrie néolithique (?), peut-être même énéolithique. Là, pas de distriet de survivance, le relief du pays ne le permettant pas. Le dernier terme du paléolithique serait, à Ombos, le Sibilien, un Moustiérien évolué dans un sens régional. |
En Syrie l'existence de l’hiatus est douteuse encore, par suite de l’imprécision dans laquelle sont encore les industries postérieures au paléolitique, peut-être a-t-il existé dans les contreforts du Liban des districts de survivance. Dans tous les cas, cette région abonde en cavernes fort propices à la conservation de l'humanité.
En Mésopotamie la colonisation est énéolithique, s’il existe des districts de survivance, ils sont certainement situés dans le Nord (2).
(1) Dordogne, Corrèze, Haute-Garonne, Basses- (2) J. pe MorGan, les Silations préhist. de Pyrénées, Landes, Gironde, Charente, Vienne, l'Alagheuz (Arménie russe), ds. Rev. Ecole An-
Indre, Allier, Yonne, Saône-et-Loire, d'ap. DÉ- throp., 1909, 19° année, t. VI, p. 189-203. CHELEITE, 1908, t.I, p. 198.
Au pays des Çomälis, elle est néolithique. Les districts de survivance s'il en a existé sont encore inconnus.
Aux Indes il paraît en être de même qu’en Mésopotamie, la colonisation
serait énéolithique, tout au plutôt néolithique, et les districts de survivance
ne sont pas encore connus si toutefois il en a existé.
Cette survivance est affirmée, dans l’Europe occidentale, par l’existence de l’industrie aurignacienne qui, d’après les constatations du professeur H. Breuil, procéderait du Moustiérien. Ailleurs, comme en Tunisie, d'autres formes de l’industrie archéolithique (le Capsien) remplacent l’Aurignacien de nos pays (1).
= Dansle Nord de l’Asie antérieure, au massif de l’Ararat (Alagheuz), j'ai rencontré des instruments d’obsidienne, très patinés, qui paraissent appartenir à une industrie archéolithique, mais mes études trop sommaires auraient à être complétées, avant qu'on puisse affirmer d’une manière sûre l’existence dans ces parages d’un district de survivance.
Ces districts de survivance, d’ailleurs, sont certainement très nombreux dans les diverses parties du monde qui ont été atteintes par les inondations, on reconnaitra peu à peu leur existence; mais ces constatations ne modilieront en rienl’ordre général des choses.
Quant à la nature des industries qui ont succédé au paléolithique(s. s.) elle n’est certainement pas uniforme dans tous les pays et il ne faudrait pas attribuer à la morphologie une importance primant tous les autres caractères. Avec la fin des inondations quaternaires, les conditions de la vie se sont transformées à tel point que dans bien des contrées, le régionalisme s’est établi. S'il a existé des analogies de formes, dans les industries des diverses régions, c’est que les nécessités naturelles les imposaient : c'est ainsi qu'en Tunisie le Capsien (de Gafsa) joue le même rôle que l'Aurignacien de nos pays(2), qu'est né le présolutréen de M. Reygasse, quoi qu’à une autre époque.
Le professeur H. Breuil est d’avis que l’Aurignacien procède du Mousüérien; mais que le passage s’est produit ailleurs qu’en France. Je me range à son opinion très volontiers ; mais je ferai observer que, même en France, nous sommes bien loin de connaître toutes les cavernes capables de nous éclairer à cet égard.
Bien qu’elle soit déjà connue, je citerai la coupe du remplissage de la caverne du château de Laussel (commune de Marquay, Dordogne), parce qu'elle fournit un très bon exemple de la vie dans un.« district de survi-
4) J. DE MorGan, L. CapiTAn et P. Boupy, voient que par la morphologie, et veulent à tou
Etude sur les stations préhistoriques du Sud tuni- prix qu'il ait existé des relations entre les peusien ds. Rev. Ecole Anthrop., 1910, 20° année, ples, quand leurs industries de la pierre se res- &. IV, p. 105-228 semblent. Cette manière d'envisager les,ques-"
(2) Malheureusement, bien des préhistoriens ne tions jette un trouble profond dans les études
vance occidental ». Je la donne icis grâce à l’obligeance du professeur
H. Breuil (1).
Caverne de Laussel.
. Moustiérien
VER æD ne!
Magdalénien sup. (latéralement).
Solutréen sup.
. Proto-solutréen.
. Aurignacien final.
moyen.
inf.
sup.
anc.
à coups de poings.
Ces sortes de coupes sont nombreuses, presque toutes renferment des lacunes qui ne peuvent être considérées que comme étant locales; mais en rapprochant un certain nombre de coupes (La Ferrassie, le Trilobite, Lau-
gerle haute, Gargas, Castillo, Isturitz,’ete.,
on établit la succession com-
plète de la vie dans les districts de survivance de nos pays.
. Vers quelle époque a pu s'effectuer le passage du Moustiérien à l’Aurignacien ? Je partage à ce sujet l'opinion du professeur M. Boule (2) quand il porte à 10.000 ans environ la date de la fin du régime glaciaire, et je m'appuie dans mon évaluation sur des données complètement différentes des siennes, de celles de G. de Geer, Sarauw, Kjellmarck, ete. Cette date n'est pas assez éloignée pour que des gens vivant cinq ou six mille ans avant
nous n'aient pas été à même de conserver le souvenir d'un cataclysme
aussi important par ses conséquences au point de vue de la vie humaine :
si ce grand événement avait été plus lointain, les faits seraient certainement entrés dans les ténèbres de l'oubli.
Chez les Grecs, la tradition du déluge (3) et la légende de Deucalion, père d’Hellen, ne peut être qu’une adaptation, d’origine relativement
récente, des vieux récits asiatiques rappelant le grand cataclysme quater-
naire signalé par des textes cunéiformes (4) remontant à une très haute
antiquité. Si cette légende appartenait réellement aux souvenirs
de la
famille hellénique, elle serait l’écho de phénomènes qui se seraient passés
au loin de l’Hellade; car, au temps où les eaux se sont déchainées sur le
monde, les Grecs n'étaient pas encore sortis du domaine de leurs ancêtres
Indo-Européens comme eux, et il ne semble pas que ce domaine, la Sibérie,
eût été touché par le cataclysme. Il fallait donc que le souvenir de la des-
(1) Zn litt. 10 janvier 1923.
(2) Les Hommes fossiles, 1921, p 61,; Cf. G. DE GÉER. À Geochronology of the last 12.000 years (Congrès géolog. intern. de Stockholm, 1010, p. 241).
(3) La tradition du déluge est universelle ; on la re.rouve chez les Indiens du nouveau conlinent, entre autres chez les Chibchas de Bogota (H. Beu car, Manuel, p. 549. Nous possédons au moins six récits assyro-babyloniens du déluge, le plus ancien est celui qui a été découvert à Nippour,
les autres s'échelonnent depuis 1868 av. J.-C. jusqu'au récit du prêtre babylonien Béroze, 330 à 250 avant noire ère. Et ces récits diffèrent fort peu de celui de la Bible, comme données générales, car pour le détail il y a d'importantes divergences. (CF. CHarLes F. JEAN, Le milieu Biblique avant J..C., tome I, p. 33, où l’on trouvera le texte de Nippour).
(4) Cf. G. MasPpéRoO, Hist. anc. peuples orient classiques, t. I, p. 566. Bibliographie, id. nole 4.
truction des hommes fût encore bien vif en Asie antérieure, pour qu'il eût été accueilli par des nouveaux venus, et inscrit dans leurs propres annales légendaires. Nous aurions fort mauvais gré à ne pas tirer de ces légendes non seulement la nature du phénomène destructeur de l’humanité, mais l’assurance que les faits ne remontent pas à des temps extrêmement reculés.
Il n'entre pas dans ma pensée d'attribuer le dépeuplement quaternaire à un seul cataclysme diluvien et d’unifier les causes et les effets au point de les considérer comme absolument contemporains dans toutes les parties du monde. Je pense qu’il s’agit d’une période de phénomènes analogues et non d’un cataclysme général; que, dans les détails, les causes ont été multiples ; mais que les éléments dominants sont d’une part les mouvements de recul définitif des glaciers, d'autre part un accroissement considérable des précipitations atmosphériques, sous forme de pluie, alors qu'autretois elle se produisait sous forme de neige.
Telles sont les explications que je crois pouvoir proposer de ce fait indéniable qu'après la disparition des glaciers, c’est-à-dire à la fin des industries paléolithiques dans nos pays, comme en Afrique du Nord, comme en Asie, la population humaine de ces régions a été considérablement réduite, presque anéantie. Bien des personnes ont accueil les raisons que je donne avec grande satisfaction, quelques-unes m’opposent que dans nos pays on ne trouve pas de traces de phénomènes violents dans la disparition des derniers glaciers quaternaires. J'ai montré plus haut, en parlant des grandes inondations de nos temps que des phénomènes de cette nature peuvent fort bien entrainer la destruction de la faune, dans d'immenses fégions, sans pour cela avoir bouleversé la surface du’ sol ; que le dépeuplement des régions qu'il m’a été permis d’étudier ne peut faire aucun doute, et que l’étude du terrain vient à l’appui de traditions très précises du vieux monde. Or, sans nous être communiqué nos observations, après avoir étudié séparément, sans même jamais nous être entretenus de ce sujet, M. H. Douvillé et moi, nous arrivons aux mêmes conelusions.
Au point de vue de l’histoire de l'humanité, le fait est d’une importance de premier ordre ; car c’est des districts de survivance qu’est partie la distribution actuelle des familles humaines sur nos vieux continents. Ainsi l’histoire de nos lointains ancêtres se décompose en deux parties bien distinctes, la première, partant probablement des temps tertiaires (2);et s’arrêtant à la fin de la dernière glaciation quaternaire, et la seconde débutant par les foyers de survivance, d'industrie archéolithique, et s'étendant jusqu’à nos jours.
(1) Quelques auteurs ont cherché à expliquer le passage du Moustiérien à l'Aurignacien en invoquant l'invasion de tribus étrangères. Tout d'abord celte hypothèse n'explique pas l'hiatus, ensuite elle Lombe devant la généralisalion du
phénomène, généralisalion que peuvent causer seuls des événements d'ordre naturel. >
(2) Mais encore de début incertain.(Cf M.BouLe, l'Origine des éolilhes, l'Anthropologie, 1905, p. 263).