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CHAPITRE VIII

Le repeuplement de la terre (1).

I. — Les dolichocéphales. — Après avoir étudié les causes et Les effets des grandes inondations pléistocènes, nous nous trouvons en face du grand problème du berceau des races qui peuplent aujourd’hui la terre, de la provenance des « groupes ethniques ». Il ne s’agit plus de l’homme en tant qu'espèce zoologique, mais bien de l’Lomo sapiens, sous ses divers aspects, physiques, linguistiques, industriels et artistiques.

Les habitants pléistocènes du vieux monde (Europe, Asie antérieure, Afrique du Nord), nous l’avons vu, étaient des dolichocéphales et, dans le sud de la France, ont vécu des négroïdes; c’est là tout ce que nous savons. l

Ce sont, en Europe (2), comme dans le Nord de l'Afrique, comme dans l'Asie antérieure, ces dolichocéphales des industries paléolithiques qui, ayant survécu an cataclysme, ont évolué, et créé successivement les diverses cultures archéolithiques. Aux périodes caractérisées par la prépondérance des formes chelléennes, acheuléennes et moustiériennes succèdent dès lors les cultures plus compliquées de l’Aurignacien (fig. 30), du Solutréen (fig. 32) et du Magdalénien (fig. 34 et 35) avec leurs nombreuses variétés locales ; le climat changeant, passant de celui des Toundras à celui des Steppes, l'outillage de l’homme se modifia, pour répondre à des besoins nouveaux; et la culture de l’esprit se manifesta sous la forme artistique, la seule qui, avec l’industrie, fut à même de nous laisser des traces. Cet enchaïînement des progrès a-t-il pris place dans le monde entier ? non, car les hommes, bien qu’ils eussent évolué parallèlement dans leurs divers habitats, s’influençaient parfois Les uns les autres, tout en étant, dans la plupart des cas, demeurés indépendants.

(1) Un très intéressant et très remarquable (2\ Cf. pour l'Europe centrale FH. BREuIL, les

ouvrage a été écrit sur le sujet traité dans Industries paléolithiques (et archéolithiques) en ce chapitre par GiurFRIDA-RuGGERI, Sul'origine Hongrie ds. l’Anthropologie, &. XXXIII, n° 4,

dell" Homo. Nuove teorie e documenti,1 vol. in-8', p. 323 sq. Bologne, 1921.

CarrarLHac (1) se montre partisan d’un foyer unique de a paléolithique (S. S.) tout entière, et se refuse à croire que la méme idée : pu venir chez diverses tribus, dans des pays différents, en présence de nécessités semblables. Assurément cette unité, apparente d’après ce qu'il nous en reste des industries paléolithiques sur une surface continentale aussi considérable, est fort troublante, mais comment admettre que Lei industrie se soit propagée, soit par migration des peuples, soit par simples, contacts depuis le sud de l'Angleterre jusqu’au cap de Bonne-Espérance ; er le Maroc jusqu’au pied oriental du plateau iranien; se soit transportée aux

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S Glaciers [M Types chelléo- acheuléen ZA Type prémoustiérien

Fig. 27.

Indes, en Amérique du Nord? Les difficultés de transmission eussent été presque insurmontables et le temps nécessaire à cette propagation prodi gieusement long. Depuis quelques années on a reconnu que dans certains pays, tels l’Algérie orientale, la Tunisie, la Haute Égypte, l’industrie moustiérienne a évolué avant de prendre fin et, sans doute, des observations analogues viendront, peu à peu, dans divers pays, montrer la grande importance des influences régionales sur les industries paléolithiques elles-mêmes.

En ce qui concerne l’outillage du quaternaire américain, la rareté des types purs chelléen et acheuléen, la quantité d'instruments grossiers qui tccompagnent ces types, paraissent prouver qu'il y a là un foyer spécial

(4) Grottes de Grimaldi, t. IL, fase. Il, pp. 237, 238.

d'invention, et que la forme du « coup de poing » n’est presque venue qu'accidentellement ; mais comment rejoindre l’Inde à l’Europe ou à l'Asie, sans faire intervenir, dans la conduite de la croûte terrestre, des phénomènes hypothétiques bien aléatoires et d’une importance bien considérable ?

Reste la grande province paléolithique (S. S.), celle qui comprend tout le continent africain, l'Asie antérieure et l’ouest de l’Europe, c’est-àdire pour le moins quarante millions de kilomètres carrés ! Que de centaines de millénaires il aurait fallu pour que des peuplades primitives, très cantonnées, comme sont toutes les tribus sauvages, aient été à même de se transmettre les formes paléolithiques. Tout d’abord cette hypothèse de la propagation exclue fatalement toute idée de synchronisme ; ensuite la durée seule de cette diffusion exigeant un énorme laps de temps, la fabrication aurait été, je l’ai déjà dit, bien plus considérable que les faits ne l'indiquent. Enfin cette hypothèse exige non seulément de grandes migrations de peuples, ce que rien ne justifie par ailleurs, et possiblement aussi des modifications très importantes dans les reliefs qui émergeaient des eaux dans le monde entier. Pourquoi, dès lors, l’industrie paléolithique (S. S.) ne se serait-elle pas répandue aussi sur l’Europe méridionale, sur les régions celle du Centre et de l'Est de l’Europe, dans l’'Égéide, en Asie Mineure, pays si rapprochés de grands foyers de cette industrie, tels ceux de la Mésopotamie et de l'Égypte ? des migrations de cette importance auraient dû s’étendre à toute la partie alors habitable des continents et, en Gaule, ne pas s’arrêter au Rhône (1). La théorie de la diffusion ne semble donc pas être acceptable.

Sortant du domaine réduit de leurs ancêtres moustiériens, (?) les Aurignaciens se sont avancés au nord, en une longue trainée vers la Belgique orientale; mais ils ne semblent pas avoir fait de bien grandes conquêtes sur les terres nouvellement ouvertes (fig. 31 et 32).

L’aire de l’industrie solutréenne s’allonge vers le nord de la péninsule ibérique, mais, en France n’a couvert qu’une partie, celle de l’Aurignacien. Toutefois on rencontre au nord de Vienne (Autriche), et à l’est de Varsovie, des tribus de culture analogue, tout au moins en ce qui regarde la taille du silex (fig. 33 et 34).

. Jusqu’alors les descendants des moustiériens de nos pays s’étaient peu étendus en dehors du domaine de leurs pères ; mais avec l'apparition de la civilisation magdalénienne, l’homme, très évolué au point de vue cérébral, se montre plus entreprenant : l’industrie de ce type couvre le nord de l'Espagne, toute la France, le sud de l'Angleterre et s’avance au nord des

(1) ERNEST CHaNTRE, Paléontologie humaine, L'Homme quaternaire dans le bassin du Rhône, 1901, pp. 41 et 199%

Alpes en une longue bandé qui, dépassant la Pologne, entre en Russie (Hig. 35 et 36).

Cette grande expansion est-elle le résultat d’une invasion des Magdaléniens vers l'Orient, ou celui d’une simple influence commerciale, nous ne saurions le dire ; Le fait principal à retenir est que d'immenses régions qui

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ZZ4 Type Moustiérien [HI] Glaciers

Fic. 28.

au temps du Solutréen d’occident, étaient désertes, se montrent peuplées à l’époque de la culture magdalénienne.

Tel est le tableau des événements qui se sont produits en Europe alors que les industries archéolithiques étaient florissantes. Telle est l’œuvre de repeuplement des dolichocéphales.

Notons, cependant, que ces considérations ne permettent en rien de préjuger des questions relatives aux foyers de culture, que les similitudes dans les industries n’impliquent ni l'identité, ni l’origine commune des divers groupes. Ajoutons que nous ne savons absolument rien de la position des foyers originels, et qu’en parlant d’une extension du Magdalénien réel de la Gaule vers l'Europe centrale, par exemple, nous avons toutes les chances

de commettre une erreur; ce sont là des réserves dont il faut bien se pénétrer.

C'est, semble-t-1l, à la fin du quaternaire seulement, qu'avec l’Azilien de Piette, paraissent, dans nos pays, les brachycéphales et si nous nous en

.rapportons à la carte schématique publiée par M. Bouze (1), et à bien des :

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données archéologiques, ces hommes seraient venus de l’Orient (fig. 38). Nous en parlerons plus loin, avec tous les développements que mérite cette question capitale.

Dans le nord de l'Afrique, les choses ne se sont pas passées exactement comme en Europe. L'Algérie et la Tunisie montrent une industrie moustiérienne évoluée; puis le Capsien postérieur au Paléolithique, et la vie de l’homme semble s'être arrêtée dans cette région, tout comme en Égypte, après les grandes crues pléistocènes ; mais là ce n’est plus à la destruction des habitants qu’il faut attribuer la disparition de l'homme, c'est à l’assé-

(1) M. Bouze, d'après Ripmey et Manison GRANT, les Hommes fossiles, p. 326, fig. 201.

chement progressif du sol èt, en conséquence, au départ des habitants pour des districts plus accueillants:

Les industries archéolithiques du Nord de l'Afrique présentant bien des traits communs avec celle de l’'Aurignacien de l’Europe occidentale on en a déduit qu’elles résultaient d’une expansion vers le sud de la culture du

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-—- Limite des anciens glaciers.

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