CAR
Pl
de l’Angleterre, jointe alors à la Gaule, la Belgique, le sud de l'Allemagne au-dessous de Berlin, la partie méridionale de la Pologne, l'Ukraine et le sud de la Russie, mais de grands îlots glaciaires couvraient les Alpes, la Suisse, le Jura, les Vosges ; s’avançaient jusqu'à Vienne, dans le bassin actuel du Danube, rendaient inhabitables les Carpathes, l'Auvergne, les Pyrénées, plusieurs districts de l'Espagne.
À l’est, les grands glaciers scandinaves couvraient la Russie jusqu’à l’Oural seulement, laissant libre la Sibérie.
Dans l’Asie antérieure, d'énormes masses de neige s’étendaient sur le Caucase, les plateaux de l'Arménie et de l'Iran, etces masses de glaces, par l’Hindou-Kouch, allaient rejoindre le grand massif glacé de l’Asie centrale. Les glaciers himmalayens descendaient alors dans les vallées de l’Indus, du Gange et du Brahmapoutre.
Mais entre les glaciers scandinaves de Russie, et ceux de la Perse et du Caucase, se trouvait une mer intérieure, le lac Aralo-Caspien, relié au pont Euxin nouvellement formé par la mer d’Azoff et à un véritable chapelet de laes de moindre taille qui occupaient le Sud de la steppe, au pied du grand massif asiatique et dont les lacs Balkach et Baïkal ne sont que les ruines. Il résulta de ces transformations dans la géographie physique, que les relations entre la Sibérie et le monde occidental (Europe, Afrique du Nord, sud de l'Asie antérieure) demeuraient impossibles.
Il se constitua done, probablement à l’époque vers laquelle les hommes passaient de l’état d’Lomo stupidus à celui d’Lomo sapiens, pour le moins, deux foyers de développement indépendants l’un de l’autre, sans relations entre eux : celui de la Sibérie, et celui que je qualifierai de méditerranéen, parce que la mer Méditerranée en occupe le milieu. [Il se créa aussi d’autres foyers, aux États-Unis, dans l'Inde, probablement aussi dans l'Australie et l'Afrique centrale et méridionale ; mais ces centres n’ont rien à voir avec la question qui nous occupe en ce moment.
La Sibérie se trouvait alors être dans des conditions géographiques et météorologiques spéciales. Au nord l'océan glacial s’avançait dans les terres, formant quelques grands golfes ; au sud, au long du plateau asiatique central, s’allongeait le chapelet des lacs et, bien que le climat se fût déjà refroidi, il était tempéré par de grandes surfaces liquides (1).
. Ces deux régions habitables présentaient des caractères géographiques opposés : dans la zone méditerranéenne les glaciers étaient au nord et les pays ouverts au sud, et c’est l’inverse qui avait lieu en Sibérie, car le
(1) Le continent s'avançait alors jusqu'aux îles ment), aujourd'hui par la mer de Barentz, par (Spitzberg, T. François Joseph, Nouvelle-Zemble, la mer de Kara, l'embouchure de l'Ob, celle de Liakoff, Anjou, Long) en des caps séparés entre * l'Iénissei mais qui s’avançaient, dans les terres eux par des golfes profonds représentés (faible- au delà du cercle polaire.
chapelet des lacs était surmonté par des glaciers dans les contreforts du
grand massif asiatique.
Les hommes des deux régions se développaient indépendamment les
uns des autres, sans se connaître, quand survint un Cataclysme qui modilia du tout au tout les conditions de la vie, mais priva le monde de la.
majeure partie de ses habitants.
Nous avons parlé plus haut des causes de ce grand changement, seules ses conséquences nous importent ici. La fonte des glaciers et des pluies torrentielles survenues au moment où, dans la zone méditerranéenne,
l’homme était en possession de l'industrie moustiérienne, produisirent, -
nous l’avons vu, de formidables inondations, c’est alors que l’humanité disparut presque entièrement de bien des pays.
-Ce ne fut certainement pas une période de courte durée que celle des inondations ; à maintes reprises les flots d'eau s’abattirent sur les régions déjà dévastées par les déluges moustiériens et, pendant bien longtemps, certaines régions, toujours menacées, demeurèrent inhabitables. D’ailleurs en Asie comme en Europe la population très réduite, satisfaite de son domaine, ne cherchait certainement guère à l'agrandir.
La fusion des glaces et les pluies torrentielles enflant les cours d’eau avaient couvert de marais et de lacs les grandes plaines de la Scythie, avaient laissé dans les plateaux asiatiques d'énormes mers intérieures, percé les montagnes en y creusant de profondes vallées pour l’écoulement
des eaux.
Après ces inondations, après cette ère de marécages, est venue celle de
l’asséchement qui, en Afrique et dans l’Asie antérieure, se poursuit encore de nos jours. Le lac Aralo Caspien (1), cette grande barrière entre la Sibérie et le monde méditerranéen, se réduisit bientôt à deux mers intérieures, La Caspienne et le lac d’Aral (2) et les fleuves n’apportant plus dans ces dépressions l’équivalence de l’évaporation, le niveau s’abaissa jusqu’à ce que l'équilibre fût établi. C’est ainsi que le niveau de la mer Caspienne est actuellement à 26 mètres au-dessous du zéro mondial, celui du lac d’Aral à 48 mètres au-dessus, et plus près de nous, que la mer Morte asséchée par les mêmes phénomènes a ses rivages à 394 mètres au-dessous de ceux de la Méditerranée.
(4, Cf. H SyoGRenN (Ueber das diluviale Aralo- temps : car les plages quaternaires qu'on voit à
kaspische Meer un die Nordeuropaische Vereisung inJahrb d.K. K. ,eol Reichsanst, XL, 1890, pp 51- 76) évalue à 1.100 000 kilomèlres carrés la superficie de la mer Arabo-Caspienne lors de son inaximum d'extension, et à°100 mètres environ aulessus du niveau actuel (26 m) les rivages à l'époque quaternaire. Il faut aussi faire iutervenir «les mouvements du sol. Certainement les moniagnes de l’“lbourz se sont enfoncées depuis ce
leur pied sont très basses par rapport au niveau de celles qu on observe dans le nord du Caucase. Pour ces mouvements du sol, cf. N. ANDRUSSOw, Ucber die climalingen Uferlinien des Kaspichen Meeres (en russe, résumé en allemand), Ann.
géol. et minéral de lu Russie, LV, pp. 3-10, 1900.
(2) S. la mer d’Aral, voir A Worikow, Der Aralsee und sein Gebiet nach den neuesten Forschungen, ds. Petermans Milteil, 56, B. 1909, p. 82.
Les portes de notre monde occidental étaient ouvertes.
À quelle époque devons-nous reporter les possibilités de communications entre l’orient et l’occident ? Aucun chronomètre ne nous permet de répondre à cette question d’une manière précise; mais c’est assurément au temps post-glaciaire, alors que l’industrie archéolithique était florissante dans l'occident de l’Europe ; toutefois bien des siècles, des millénaires même, ont dû s’écouler entre les ravages des eaux brutales et l’établissement du régime actuel, les marais n’ont disparu que lentement, et j’estime que nous ne nous éloignerons guère de la vérité, en plaçant vers la fin de l'industrie magdalénienne (dans nos pays}, l’époque à laquelle les relations sont devenues possibles entre les deux grands foyers humains de l’ancien Monde.
Données climatologiques. — Alors que dans nos pays s’est établi, peu à peu, le climat marin dont nous jouissons, l'inverse semble avoir eu lieu en Sibérie, par suite du déplacement-du pôle et, au milieu humide causé par l’avancement de la mer en baies larges et profondes et par le chapelet de lacs qui s’alignuit au pied du massif central, a bientôt succédé le climat continental sec, le plus rude qu’il soit. Le Mammouth qui s’est avancé en un temps, vers le nord, jusqu'aux iles Liakoff, après s’être nourri de bourgeons de Mélèze et d’autres végétaux glaciaires, a disparu, détruit par le froid, alors que dans l’occident de l’Europe le Renne se retirait vers le nord la faune des steppes s’établissait pour passer graduellement aux animaux de notre époque; n’était-il pas logique pour l’homme de quitter une patrie envahie par le froid et de chercher, tant au sud qu’en occident, des climats marins ; aussi les trouvons-nous bien plus nombreux en occident que dans l’Europe centrale où ils paraissent être venus surtout aux temps néolithiques et à celui des métaux plus favorables. C’est ce que firent les brachycéphales.
Données archéologiques. — Nous avons vu que les grandes inondations quaternaires marquent la fin des industries paléolithiques (sens stricto) et dans certains pays, chez une population très réduite, l’aurore des cultures archéolithiques. En Europe occidentale ce furent les 1industries caractérisées de l’archéolithique, que nous désignons sous les noms d’Aurignacien, de Solutréen, de Magdalénien, en Algérie et dans tous les pays de l’Atlas, ce furent, entre autres, le Capsien, le Gétulien. Ailleurs, en Égypte, au Somal, aux Indes, en Mésopotamie, existe un long hiatus, parce que les pays ne s’étaient pas encore repeuplés ; puis viennent des industries locales qui n’ont pas encore reçu de nom.
Durant la fin du quaternaire aucune migration des peuples de l'Asie centrale ne pouvait se faire, nous l’avons également vu; et les rares fa-
milles ayant échappé au désastre se trouvaient alors cantonnées dans les montagnes syriennes et dans les vallées de l'Asie antérieure septentrionale. D'une part les cavernes syriennes montrent une industrie indécise et encore sans nom, mais possiblement archéolithique, et, d'autre part j'ai trouvé dans les gisements d’obsidiennes de l’Alagheuz des outils de forme quaternaire (mais d'âge discutable).
Les habitants de ces régions, comme ceux de nos pays, en ces temps, vivaient sur place, et se répandaient peu; ils n'en éprouvaient pas lé besoin, étant fort peu nombreux; et disposant de territoires immenses. Le nord de l’Asie antérieure est encore à explorer. Tout ce que nous pouvons dire, pour l’instant, est que dans la Transcaucasie, sauf à l’Alagheuz, et là, le fait est encore douteux, on n’a pas trouvé trace d'industrie archéolithique.
En Asie mineure, en Grèce, en Macédoine, dans les iles de la mer Égée, à Chypre, en Crète, dans le Sud de l'Italie, en Sicile, on ne rencontre ni instruments paléolithiques, ni outils archéolithiques, c’est donc que ces terres n’ont jamais été peuplées aux temps quaternaires, et il en est de même, mais pour des causes que nous pouvons plus justement apprécier, en ce qui concerne le plateau de l’[ran.
En Europe occidentale nous voyons paraître, après l’industrie magdalénienne, de nouvelles cultures, c’est l’Azilien de Piette, le Campignyen avec sa céramique primitive. Tous les archéologues sont d'accord pour reconnaitre dans ces industries, de même que dans celle des Kjoekkœnmœæddingers danois, une période de transition entre les cultures archéolithiques et l’industrie néolithique apportée de l'Orient. Nous verrons plus loin que l’anthropologie confirme ces hypothèses.
Ainsi, c'est donc peu avant la naissance de l’industrie néolithique, que le Nord de l'Allemagne et les pays scandinaves se sont peuplés et leur colonisation est due à des éléments étrangers. Ceci se passait vers le Ve ou le VI® millénaire avant notre ère peut-être même plus anciennement encore car on y trouve des vestiges archéolithiques. Le même fait a eu lieu dans le Nord de la Russie, et dans tous les pays qui avaient été jadis couverts par les glaces, dans la plupart de ces districts, les premiers colons apportaient avec eux l’usage de polir la pierre.
En Asie antérieure et dans la vallée du Nil, il en-est tout autrement ;. non seulement les envahisseurs polissent la pierre, mais ils connaissent le métal, le cuivre. Jamaiïs je n’ai rencontré, ni en Elam, ni en Chaldée d’industrie néolithique pure et, en examinant les séries égyptiennes après 25 ans de recherches, depuis qu’en 1896 j'ai démontré l'existence du préhistorique égyptien, je suis porté à croire que le vrai néolithique n'existe pas plus dans la vallée du Nil que dans celles du Tigre, de l'Euphrate et du Käroun.
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LL dde
Pour la Chaldée comme pour l'Égypte se pose le grave problème de l’origine du métal.
Je montrera plus loin, dans un chapitre spécial, que les Suméro-Akkadiens ont très largement influencé les débuts de la culture égyptienne ; ce sont eux, probablement, qui ont apporté dans la vallée du Nil la connaissance du cuivre ; mais eux-mêmes, d’où l’avaient-ils reçue ?
L'industrie du cuivre, non du bronze, est commune à presque tous les pays de l’ancien monde: on la trouve en Occident, en Hongrie, dans le Nord de la Perse, en Égypte, dans les iles méditerranéennes et jusqu'aux Indes. Elle n’est pas née en Égypte, ni en Chaldée, ni dans l’Elam, puisque les premiers colons de ces pays la connaissaient avant leur venue ; lorsqu'ils ont colonisé, il n’existait, semble-t-il, pas d'habitants dans cette région, on est donc tenté d'accorder à la Transcaucasie, aux montagnes de l'Arménie ou de l’Anatolie cette découverte qui, de là, serait descendue en Chaldée et en Elam, puis aurait passé en Égypte. La présence d’obsidienne de l’Alagheuz à la base de tells élamites et chaldéens, puis dans les sépultures préhistoriques de l'Égypte confirmerait cette opinion.
Descendus des montagnes du nord, les proto-Susiens et les Sumériens (des Asianiques), auraient trouvé la Chaldée sans habitants et en Elam, peut-être quelques négritos très inférieurs. Plus tard (1), deux mille ans, pour le moins, après la fondation de Suse, l'Iran, peut-être déjà colonisé en partie par des Asianiques, aurait yu venir les tribus aryennes des Mèdes et des Perses, pendant que d’autres flots aryens marchaïent vers l’Eurôpe occidentale, ou descendaient dans l’Asie mineure et dans les îles grecques. C’est au contact des peuples asianiques des régions caucasiennes que ces nomades auraient appris à connaitre le métal. Les vagues humaines passant plus au nord sans voir les cimes du Caucase, n'ayant pas appris la métallurgie comme celles de leurs congénères auraient poursuivi leur chemin ne possédant que la culture néolithique emportée de leur patrie originelle.
Ce ne sont là certes que des hypothèses ; mais, il y a vingt ou trente ans, il eût été impossible non seulement de les soutenir, mais même de les formuler.
Ges suppositions feraient remonter l'invention du métal dans le Nord de l'Asie antérieure au VIe ou au VII® millénaire avant notre ère, puisque c’est d'elle que serait venue la connaissance du cuivre en Chaldée d’abord, en Égypte ensuite ; et cette haute antiquité ne parait guère concorder avec les résultats des fouilles en Transcaucasie et dans le Nord de la Perse :
(1) Je ne parle pas des Cosséens dont l'histoire nous est inconnue avant leur apparition à Babylone.
180 PRÉINSTOIRE ORIENTALE
mais peut-être ne possédons-nous pas encore les nécropoles les plus anciennes de cette région; peut-être les dolmens du Tälyche sont-ils beaucoup plus anciens que je ne le pensais lors de leur découverte.
Reste l’hypothèse de faire venir la connaissance du cuivre en Chaldée et en Elam, d’autres pays que ceux du nord. Je n’en entrevois pas la possibilité, parce que le plateau persan n’a jamais connu, tout au moins dans la partie occidentale et centrale, le néolithique, et que les Sémites d'Arabie n’ont probablement eu de relations avec la Chaldée et avec l’'Elam que longtemps après la fondation de la première cité susienne.
Ces hypothèses sont liées à l’origine des Sémites dont certains auteurs placent le berceau en Arabie, d’autres dans les pays du Nord. D’après cette dernière supposition la venue des Sémites en Arabie serait prodigieusement ancienne, puisque nous ne les connaissons que par leurs mouvements vers la Chaldée et vers la Phénicie, c'est-à-dire dans une marche opposée à leur chemin d’arrivée dans la péninsule arabe. Mais cette question n’intéresse pas directement celle des origines aryennes. Nous y reviendrons d’ailleurs dans quelques pages.
Au point de vue archéologique, il existe de grandes affinités entre les sépultures de la Transcaucasie et du Nord de la Perse, et celles de l’Occident européen. Je citerai particulièrement les dolmens qui, en Orient, renferment tous des mobiliers de l’industrie du cuivre, alors que dans nos pays ces mobiliers sont, pour la plupart, néolithiques; et les dolmens s'étendent jusqu'aux Indes, en Syrie, en Abyssinie, alors qu'on n’en trouve pas en Sibérie, mais qu'ils se montrent au Japon.
Les constructions mégalithiques sont en dépendance de croyances religieuses qui, peut-être, ont pris naissance chez les peuples de langue aryenne, mais qui certainement ne sont pas spéciales à ces peuples, puisque nous rencontrons de ces monuments dans des pays qui assurément ont toujours été anaryens. Il se peut cependant que dans bien des cas la diffusion de l’usage des dolmens se soit faite par l’entremise de tribus de langue aryenne, comme cela semble être le cas pour l’occident et le nord de l’Europe. |
Un usage n’est pas forcément attaché à une race ou à un langage, il se transmet de peuple à peuple, et il en est de même pour toutes les connaissances humaines, industrielles ou artistiques. On ne peut donc pas dire que telle ou telle coutume, telle ou telle forme ‘artistique soit d’origine certaine, autre part que dans le lieu où elles paraissent pour la première fois ; 1l est bien difficile d'établir les priorités originelles d’où vient par exemple la hache de bronze à douille, si commune en Occident, qu’on retrouve en Sibérie et jusqu’en Chine, mais qui n’existe ni dans la Transcaucasie, n1 dans le nord de la Perse, ni en Elam, ni en Mésopotamie, ni
en Égypte. Est-ce un type européen qui a gagné l’Asie, est-ce le contraire qui a eu lieu ?
Cependant la très haute antiquité de l'Asie porte à croire que bien des formes asiatiques ont été importées en Occident plutôt qu’à supposer le contraire. Les pays du nord de l’Asie antérieure entretenaient certainement des relations avec la Chaldée et l’Elam, et cependant à aucune époque sauf dans les temps historiques récents, nous ne trouvons de forme et de goûts communs entre les peuples du nord et ceux du sud. L'épée, abondante dans les sépultures mégalithiques du Tälyche, n’a jamais été adoptée par la Chaldée ou l'Elam, même par l’Assyrie, à des époques très tardives, d’où son usage se serait répandu dans l’Europe centrale et occidentale.
Je nem'étendrai pas plus longuement sur les nombreuses analogies qui existent entre la civilisation du cüivre, celle du bronze du nord de l'Asie antérieure et celle du centre et de l'occident de l’Europe ; ces similitudes, dont il sera traité plus loin avec beaucoup de développements, sont si nombreuses, qu'il n’est pas possible de nier une étroite parenté d’origine.
Données légendaires. — Pendant bien longtemps on a traité de produits de l'imagination toutes les légendes dont les divers peuples entourent leur berceau, tenant pour rien les enseignements que cependant contiennent les récits fabuleux; et cette fausse opinion, due à l’ignorance dans laquelle on était des phases très anciennes de la vie humaine, arrétait le progrès de nos connaissances, les limitait à ces époques variables suivant les groupes humains envisagés, auxquelles commence l'écriture. |
Cette inconcevable obstination des historiens et des archéologues a été vaincue, quand il a été démontré, par d’irréfutables preuves, qu’en Égypte les dynasties dites divines ont eu une existence humaine réelle. Ilest avéré aujourd’hui que les dieux de la religion pharaonique ne sont autres que des personnages prodigieusement anciens dont l'influence a concouru au développement de la nation égyptienne. De même en Chaldée les dieux reprennent peu à peu leur place et leur importance réelles, de même en Crète, en Grèce, de même encore les personnages bibliques se dépouillent de la parure mystique qui les enveloppait. L'Inde des Védas apparait elle aussi, aujourd’hui, sous un jour plus humain.
Cependant en ce qui concerne les parties historiques et géographiques des livres sacrés de la Perse, livres pleins d'enseignements sur l’évolution de la branche iranienne des aryas, de très savants linguistes sont d'avis qu’il n’y a rien de réel à tirer des récits de l’Avesta, et cette assurance parait être bien surprenante, car les légendes de l’'Avesta seraient,
en ce cas, les seules qui n’eussent pas un fond de réalité. Nous ne le pouvons croire et nous pensons plutôt que malgré leur connaissance approfondie des anciennes langues iraniennes, ces spécialistes n'ont pas su interpréter les légendes avestiques. :
En ce qui regarde la géographie avestique, je n’ai certes pas la prétention d’avoir réglé la question, mais je pense y avoir apporté quelque lumière (1).
Nous n’entrerons pas ici dans la discussion des faits relatifs aux détails des migrations iraniennes elles font déjà l’objet de bien des volumes, nous nous contenterons de ce fait nettement affirmé que les Aryas ont été chassés de leur patrie par le froid : or nous avons vu que seuls les pays sibériens se sont trouvés par suite du déplacement du cercle polaire dans les conditions que précise la légende avestique.
Cette cause d’expatriation s’applique-t-elle à la branche indo-iranienne des aryas seulement ou à la famille aryenne entière ? Assurément elle concerne tout le groupe de langue aryenne; ear si le froid a chassé les [raniens de leur berceau, il n’a pas épargné leurs frères, ceux qui, par vagues successives, ont envahi l’Occident et dont les parlers offrent de grandes affinités avec ceux de l’Europe et des vieilles couches de l'Inde.
À côté de ces légendes iraniennes nous devons placer celles des origines helléniques, qui font toujours venir les migrations du nord, du bassin du bas Danube.
Nous devons aussi, à un autre point de vue, insister sur la portée des traditions grecques et orientales qui concordent en ce qui regarde les origines de la métallurgie, et les placent dans les montagnes du Nord de l'Asie antérieure chez les Chalybes et autres Asianiques de l’Anatolie, de l’Arménie et de la Trancaucasie.
Certainement ces peuples ont été de bonne heure des métallurgistes habiles, l'archéologie le prouve ; maïs furent-ils les inventeurs des métaux, ou leur pays ne joua-t-il que le rôle d’un écran masquant de leurs montagnes aux yeux des peuples du Sud et de l’Occident des contrées plus éloignées ? Je serais porté à croire à ce dernier point de vue en ce qui regarde le cuivre, mais non pas en ce qui concerne le fer, métal d'usage industriel plus récent et dont par conséquent les origines étaient plus claires pour les peuples vivant quelques siècles seulement après sa propagation. On verra plus loin que dans les nécropoles du Caucase, deux cultures du fer sont en présence, l’une qui parait être autochtone, l’autre qui assurément appartient à des tribus conquérantes qui paraissent wavoir que passé dans la Transcaucasie. Il y a donc eu pour le moins deux
(1) CF. J. de MorGan, Mission Se. en Perse.
peuples dont l’un probablement asianique, inventeur du fer ou tout au moins très avancé dans la sidérurgie et l’autre vraisemblablement aryen lui aussi qui, dans le pays même, est passé de l’industrie du bronze à celle du fer, et ce dernier peuple montre des goûts halistattiens très prononcés.
Nous avons vu que, dans le centre du plateau persan et dans tout l’occident de l’iran,les premiers colons furent des gens en possession du cuivre. Devons-nous attribuer aux pré-[raniens une origine asiatique et en faire des parents plus où moins éloignés des Susiens et des Sumériens, c’est à croire; car ces gens, forcément, subissaient l'influence de l’Elam et de la Chaldée, Etats très développés alors, leur céramique en fait foi et cette influence remonte aux [IE et IVe millénaire avant notre ère, si nous en Jugeons par l’époque à laquelle florissait le second art céramique susien dont Ur et Eridu ont fourni ‘sinon des types semblables, du moins des analogues certainement de même époque.
Les restes de ces vieux peuples qui, sous forme de tépéhs, couvrent tout l’occident du plateau sont, à coup sûr, bien antérieurs à l’arrivée des [raniens aryens comme vague médique et vague perse; car ce n’est pas avant le xv° siècle que se sont montrés les premiers Iraniens sur le plateau, les Mèdes marchant peut-être d'est en ouest ou du nord au sud par le Caucase, alors que les Perses s’avançaient d'est en orient, mais par le sud. C2 sont probablement aussi les Mèdes qui auraient apporté, sur les bords méridionaux de la mer Caspienne l’usage des dolmens, ou tout au moins ce serait une vague orientale sans nom, précurseur des Mèdes. Peut-être apparentée aux Hétéens, aux Mitannis, aux Cosséens dont, on le sait maintenant, la venue en Asie antérieure est très ancienne, l’Avesta ne fait aucune distinction entre tribus, ne nous parle pas de flots successifs qui, cependant, ont existé, très nombreux.
Les traditions dans les Indes sont également très claires au sujet de la migration des Aryas, dans ses grandes lignes, tout au moins ; et nous savons que les peuplades envahissantes sont venues de la Baktriane et de la Sogdiane par la haute vallée de l’Indus. Ces peuples, la linguistique nous l’affirme, étaient proches parents des [raniens, auxquels ils auraient été réunis dans les pays transcaspiens avant leur séparation en deux branches.
Au sujet des Mèdes, les linguistes commettent souvent une erreur fort regrettable, dont les conséquences sont funestes à leurs conclusions. Se fiant à une interprétation erronée des textes de la troisième colonne de l’inscription de Darius à Behistoun (1),-ils la considèrent comme médique, alors qu’elle est rédigée en langue néo-anzanite, et de ce fait font des
(1) Actuellement Bisoutoum, c’est-à-dire Sans Colonnes.
Mèdes des Asianiques, alors que ces gens, dont les descendants sont les Kurdes de nos jours, étaient des Aryens-[raniens parents des Perses et des
Ossèthes du Caucase (1).
Ainsi, en comparant les légendes asianiques, helléniques, iraniennes
et indiennes, on en arrive à placer en Asie, à l’orient de la mer Caspienne, ou sur ses rives, les origines de la métallurgie et du cuivre. Puis dans les montagnes de l’Anatolie, de l'Arménie ou de la Transcaucasie, le berceau de la sidérurgie ; à situer dans la Transcaspienne (Baktriane et Sogdiane) le point d’où sont parties les migrations aryennes vers la Perse et vers les Indes. De tout temps les pays transcaspiens ont été, aux yeux des Perses (Achéménides et Assanides) le berceau de leur nation, pour nous il n’est, et ne peut être, qu’un foyer secondaire de la branche aryenne des Indolraniens. Quant à la steppe turkomane proprement dite, alors très marécageuse, encore à cétte époque des débuts, il n’est pas sûr qu'elle fut apte à recevoir des habitants. Puis, s’asséchant elle devint cette belle steppe d’une horizontalité parfaite, à l'herbe fine qui semble être née pour le plus grand avantage des nomades et de leurs troupeaux.
Données historiques. — Je ne m'étendrai pas sur le détail des invasions qui se sont produites tant en Asie antérieure qu’en Europe depuis que l'Histoire les enregistre ; mais je ferai observer que toutes celles dont nous connaissons le cours se sont produites d'est en ouest avec parfois inflexion vers le sud et celles que nous enregistrons dans l'Histoire, depuis le [fe millénaire av. J.-C. jusqu’au ve et vie siècle de notre ère ont toutes suivi ce même chemin depuis l’Emba et le fleuve Oural jusqu’au bas Danube. La Scythie qui s’étendait depuis les bouches du Danube jusqu'au pied de PAltaï et du Pamir les a vues toutes passer. Cette Loi e-t absolue durant toute la période historique, c’est-à-dire du vire siècle avant notre ère Jusqu'au xvr° après, pendant 2.400 ans. Il n’est pis admissible qu’elle n'ait débuté qu'avec les temps pour lesquels nous possédons des notions précises, alors que ses causes sont infiniment plus anciennes. Nous devons admattre sa continuité et, par conséquent, la faire remonter jusqu'aux temps où se sont produits les phénomènes naturels qui lui ont donné naissance, c’est-à-dire le refroidissement de la Sibérie et l'ouverture des portes entre le Nord de l'Asie et l'Europe. Les lois naturelles sont intangibles ; et si la linguistique éprouve le besoin de supposer des migrations de grande envergure d'Ouest en Est c’est qu'elle ne sait pas interpréter les fragiles documents sur lesquels elle base ses conclusions.
Je ne prétends pas, par là, rejeter toute possibilité de mouvements
(1) Cf. J. pe MorGan, Mission scientifique en Perse, t. V, Études linguistiques (1904).
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partiels dans un sens opposé à celui de la loi générale ; ainsi il est prouvé, par le témoignage d’Hérodote, que le peuple arménien, venu en Thrace avec les Phrygiens, passé avec eux en Asie, s’est séparé de cette nation pour aller s’établir sur les ruines du royaume d’Ourartou, et que les Celtes ont fait, par äes mouvements de retour, des incursions tant en Grèce qu'en Italie, qu'en Asie Mineure ; mais j'entends dire que, depuis l’ouverture de la voie des steppes, l'Asie du Nord devenue inhabitable s’est vidée de ses populations par vagues successives dont une série fut aryenne, une autre, la dernière, composée de tribus parlant des langues dites touraniennes. Iran opposé à Touran dans les légendes de la Perse, chantées par le chah-nämeh n’est autre que le souvenir des luttes qui se sont passées entre les deux derniers éléments en présence dans l'Asie centrale, l’un d'eux pressant l’autre d’émigrer poussé lui-même par la même cause, le froid toujoufs croissant. Ce souvenir si vivant encore chez tous les Iraniens n'aurait pas de raison d’être, si, comme le pensent certains auteurs, le berceau des Aryens avait été quelque part en Occident.
Données anthropologiques. — En ce qui regarde les populations de l'Europ: les anthropologistes distinguent trois groupes principaux : l’Aomo M mediterraneus, homo nordicus tous deux issus, nous l'avons vu, des races quaternaires de l'Occident, et l’Homo alpinus brachycéphale qui, de l'avis de M. Bouce (1), ne saurait être que d’origine asiatique, car il se rattache à l’immense stock des brachycéphales de l’Asie centrale. « C’est probablement, dit le savant professeur du Muséum, des régions ouraloaltaiques que sont partis les premiers brachycéphales, en marche vers l’Europe occidentale. Ils avaient alors quelques caractères mongoloïdes qu'ils semblent perdre peu à peu en avançant vers l’ouest. Leur migration a dù commencer dès la fin de la période glaciaire, quand furent ouvertes les portes de notre continent. Au début, cette migration s’est faite lentement, plutôt par infiltration que par véritable invasion. Plus