‹ La Prehistoire orientaleChapitre 58 sur 308 · PR · texte numérisé non relu

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tard, vers la fin du Néolithique, elle semble avoir été plus massive ; car net bruns, à tête ronde, deviennent brusquement plus nombreux dans nos ré, régions quand paraît du bronze et ce sont ces gens qui ont servi d'introducteurs et de propagateurs en Occident à la civilisation méditerranéenne après l’avoir reçue du Sud. | L'Homo mediterraneus est un dolichocéphale brun qui occupe actuellemant l'Espagne, le Sud de la France, celui de l’Italie, les îles méditerranéennes, une partie de la Grèce, les côtes de l’Asie mineure et de la

(1) M. Boue, les Hommes fossiles, 1921, p. 251.

Thrace, tout le Sud de l'Asie antérieure et le Nord de PAfrique. L’ouest de l'Angleterre et l'Irlande en possèdent des lambeaux.

L'Homo nordicus, également dolichocéphale, mais blond, qui vit de nos jours dans les Iles britanniques, le Nord de la France, l’Allemagne septentrionale, la Scandinavie, la Russie occidentale et dans la Finlande.

Entre ces deux groupes ethniques, et souvent se mélangeant avec eux sur les bords de leurs domaines, sont l’Homo alpinus qui occupe tout le Nord de l'Asie antérieure, la Russie presque entière, l'Ukraine, la vallée du Danube, la Suisse, le centre de la France, et s’avance Jusqu'en Bretagne formant ainsi un énorme coin très large aux limites de l'Asie, et se terminant en pointe en Armorique. Son mélange avec Homo nordicus est très marqué dans le centre et l’orient de la France; dans l'Allemagne centrale, en Russie occidentale et en Finlande. Il se retrouve en masses compactes sur le plateau iranien, en Afghanistan, aux Indes et dans l'Asie centrale.

Données linguistiques. — Parmi les peuples qui, de nos jours, parlent des langues indo-européennes, il en est beaucoup d’aryanisés. Je citerai entre autres les Ibères de l'Espagne, les Étrusques, ete. Il en est qui ont disparu en tant qu’entité politique, et se sont fondus dans des masses englobantes de langage aryen : tels les Étrusques, les Méditerranéens des îles grecques. D’autres ont conservé leur langue, mais ont perdu leurs caractères physiques, comme l'ont fait les Ossèthes du Caucase central. Ainsi, sauf dans des cas exceptionnels, cas dans lesquels les origines anaryennes peuvent être prouvées, nous sommes obligés de ranger dans la famille linguistique des Aryas, non seulement les peuples dont les ancètres parlaient des idiomes indo-européens, mais la multitude de ceux qui ont adopté des parlers de ce groupe.

Quant à la culture aryenne, depuis bien des siècles elle s’est modifiée par contact des indo-européens avec les anaryens de civilisations diverses, d'esprit très différent de celui des origines aryennes, de telle sorte qu'il s'est formé des courants et des groupes de coutumes, d’usages, de croyances et de tendances complètement indépendants des goûts des premiers Aryas.

Tel peuple aryen qui, après s'être arrêté, pour un temps, dans les plaines de la Russie méridionale, s’est ensuite avancé vers l'Occident, s'est trouvé en contact avec des tribus et des États étrangers à sa race et, forcément a subi leur influence dans une certaine mesure, tout en répandant la sienne propre. Il est résulté de ce mélange la formation d’une multitude de provinces dont, au cours des siècles, les caractères distinctifs se sont de plus en plus accentués.

Il en a été de même au point de vue linguistique, dans le sein même de la famille de parler aryen. Si, comme il est rationnel, nous admettons l'existence fort ancienne d’une source linguistique indo-européenne, les migrations ont, en des temps très différents, causé la division des Aryens en fractions qui, cessant de recevoir les enseignements de la souche-mère ont, à tous points de vue, volé de leurs propres ailes, progressant sur elles-mêmes, et sous l'influence du nouveau milieu dans lequel elles se développaient. Les linguistes ont parfaitement étudié ces diverses provinces de la famille aryenne; mais ils n’ont pas été à même de séparer les aryens de race, des aryanisés ; aussi, l'anthropologie se trouve-t-elle Le plus souvent en contradiction avec la linguistique, et ne reconnait-elle pas l'existence des familles entre lesquelles les linguistes partagent l'espèce bumaine.

La famille indo-européenne, telle que nous la connaissons au point de vue linguistique seul, comprend un grand nombre de divisions. C’est par flots successifs que ces peuples se sont établis dans les régions que l’histoire leur attribue comme domaine.

Dans l'occident de l’Europe, les Ligures et les Celtes sont les peuples les plus anciennement venus, dont nous puissions affirmer l’aryanisme ; mais l’archéologie préhistorique nous fait entrevoir l'existence de couches indo-européennes d’une arrivée bien plus ancienne dans nos pays.

Le terme celtique correspond, en Occident, à deux groupes du parler : le groupe gaëlique (Irlandais et Ecossais) et le groupe cymrique (Gallois et Bretons) ; l'Irlande, l'Écosse, le pays de Galles et la Bretagne ne sont d’ailleurs aujourd’hui que les ruines du domaine celtique d'antan. Partout ailleurs que dans ces pays, le langage celtique a disparu, ne laissant de traces que dans certains noms propres de lieux, et dans quelques mots appartenant aux langues gaëlique et cymrique.

Le flot germanique, postérieur à la vague celtique, a non seulement chassé ou absorbé les peuples anaryens cantonnés dans l’Europe centrale ou occidentale, mais il a comprimé l’élément celtique, dans le nord-ouest de l’Europe.

Les dialectes germaniques se partagent en trois groupes principaux : «+ 1° Les idiomes scandinaves (suédois, danois, norvégien, islandais) ;

2° Le groupe dit ortental, c’est-à-dire celui des peuples qui, avant les dernières invasions dites des barbares, occupaient lorient de la Germanie (Burgondes, Vandales, Goths) dont les idiomes ne sont plus parlés.

3 Le groupe occidental, celui des Germains de Tacire aujourd’hui représenté par le haut allemand (Suisse, Souabe, Tyrol) et le bas allemand (frison, hollandais, flamand, franc et idiomes du nord de l’Allemagne).

Il est à penser que le premier flot germanique a été celui des Scandi-

naves qui n'auraient adopté les pays du nord que sous la pression des Germains proprement dits venus derrière eux. Nous savons par l'Histoire que la dernière vague germanique vers l'Occident a été celle des Goths et. autres barbares, sous les coups desquels est tombé l'empire romain d’Occident. Mais nous ne possédons que bien peu de chose sur ce qu’étaient ces peuplades avant qu’elles eussent passé le Rhin.

En Italie, dès une époque fort ancienne, nous voyons le sud de la péninsule colonisé par les Grecs, flot aryen arrivé par mer. Dans le nord ce sont les Celtes qui font leur apparition au sud des Alpes. Les /taliotes (Indo-Européens) occupaient le centre de la presqu’ile et au contact de ces nouveaux venus les anciennes peuplades (méditerranéennes) se sont fondues dans les Italiotes pour former les Romains.

Les {llyriens et les Macédoniens parlaient des langages spéciaux apparentés à l’albanais ; et il en était de même chez les Aryens de la Thrace. Leur migration semble être de peu de temps antérieure à celle des Germains. |

L'apparition des Grecs dans l'Orient méditerranéen ne s’est pas produite en une seule vague : un premier flot, pense-t-on, au cours du second millénaire avant notre ère, auraitamenéles Achkéens, puis vinrentles Doriens, les loniens et les Dolichocéphales furent chassés ou absorbés, non seulement dans l’Hellade proprement dite, mais dans bien des districts de l’Asie Mineure. D’autres peuples de langue aryenne, cantonnés primitivement dans la Thrace s’avançaient, eux aussi, vers le Sud. De toutes ces nations, les Troyens et les Phrygiens sont les plus connus dans l'Histoire, et les Arméniens séparés de leurs congénères, les Briges ou Phrygiens, allèrent s'établir sur les ruines du royaume d’Ourartou. Ces diverses branches aryennes se trouvèrent en contact avec les Asianiques, des Anaryens apparentés à la famille Karthwelienne ; c’est en dépossédant ces vieux peuples que, par leurs annales, les Assyriens nous ont enseigné les uoms des petits royaumes sur lesquels ils établirent leur empire.

Parmi les États ayant joué un grand rôle en Asie antérieure celui des Hétéens parait être l’un des plus importants. Certains linguistes penchent à reconnaître dans la langue de ce peuple un idiome aryen (1) et aucune donnée historique ne s'oppose à cette conclusion. Nous serions donc là en présence d’une migration indo-européenne fort ancienne ; mais nous avons vu qu'en Occident les vagues ligure et celte ont été précé-

(1) Hrozny, Die Sprache der Hethiter, Leipzig, heure colonisès par des tribus hétéennes, et que 1916. G. ConNTENEAU, les Hilliles, l'Orient et la le mouvementacommencéalors quel'industrie hé- Grèce (Revue d'Assyriologie. vol. XVI, 1919, léenneétailnéolithique.Je crois plutôtque, comme

pp. 97-106). M. I. GarsranG, The land of the tous les colons de l'Asie antérieure, ceux-ci pos- Hittites, pp. 321-322. L'auteur avance que les pays sédaient dé,à la connaissance du métal, quand ils du Tauruset de l'Anti-Taurus ont été de très boune sont arrivés de leur mystérieux centre d'origine.

dées elles-mêmes par d’autres flots dont la Préhistoire nous révèle l'existence. Ces flots ligure et celte ont bien certainement suivi, Comme tous ceux qui lui ont succédé, la voie du Danube et il est rationnel de penser que les Phrygiens, les Hétéens et les Mitannis se détachant de la masse principale pour descendre au sud, n’ont pas été les premiers Indo- Européens à franchir le Bosphore.

Les Slaves sont les derniers envahisseurs aryens de l’Europe; ils se sont enfoncés comme un coin au milieu des peuples de langue celtique et

Mediterränéens . À

Nordiques . 6 NS

} Dolichocéphales

Alpins Brachycéphales | AN

AN

FiG. 35.

de langue germanique. Ce groupe linguistique se partage en deux sousgroupes correspondant probablement à des séries successives de vagues : la prenuère de ces deux divisions est le sous-groupe lithuanien, parlé sur les rives de la Baltique, mais de nos jours très réduit par l’influence allemande, et la seconde le sous-groupe s/ave proprement dit, qui, de beaucoup, est le plus important, car il comprend les grands et les petits-russiens, les Ukraniens, les Polonais, Tchèques, Moraves, les Serbes, les Bosniens, etc., qui représentent une série de vagues successives.

D'autre part, il n’est pas prouvé que les tribus plus anciennement sorties de la Sibérie aient parlé des langues de type aryen; nous savons que ces vastes territoires étaient en partie occupés par des gens de lan-

gage dit touranien, et qu'après le départ des Indo-Européens de Sibérie, il n’est resté dans ce pays que quelques peuplades de langue aryenne ; il se peut fort bien que des gens d’un troisième groupe linguistique aient dans leur exode précédé les Indo-Européens, sans laisser de traces dans leurs pays d’origine.

Si nous quittons l’Europe pour entrer au cœur de l'Asie, nous rencontrons les Aryas proprement dits ou Indo-lrantens. Ce groupe comprend le persan, le kurde (1), l’ossèthe, l’afghan, le baloutchi et l’hindoustani, parmi les langues vivantes, le vieux perse des inscriptions cunéiformes, le zend et le pehlvi, parmi les langues mortes, ces trois idiomes étant successifs et appartenant au même peuple.

Quant aux langues de l’Inde, dont le sunskrit est le type le plus accompli, elles se présentent aujourd’hui sous des formes multiples qu’on désigne sous le nom de précrits, c’est-à-dire de « langues vulgaires », dont les plus importantes sont : le pair (langue littéraire du Bouddhisme), le pendjäbi, le sindli, le goudjarati, le mahrati (Bombay) le Aëndi (vallée du Gange), le bengali (Calcutta) et l’kindoustani, mélange d’indien, de persan et d’arabe, mais dont la base est indienne (2).

Le mède et le perse ont été introduits dans l’Iran par deux flots humains différents bien que, peut-être, ils aient été contemporains ; mais en ce qui concerne l’Inde, il est bien difficile de dire si les dialectes prâcrits dérivent tous de l’invasion sanskrite de la péninsule, ou si d’autres flots de même souche, partis de la Transcaspienne, ne sont pas venus après l'apparition du sanskrit, donner à certains des dialectes indiens une impulsion nouvelle et séparatiste.

Quelques tribus de l’Asie centrale parlent encore des dialectes aryens ; mais nous savons que, vers le 1°" siècle de notre ère, l’une de ces langues, le tokhare (Yué-Tchi des Chinois), dialecte aryen, se parlait dans tout le sud de la Sibérie et dans le Turkestan chinois : les belles découvertes de M. Maurice Pelhiot ont, dernièrement, ouvert un champ tout nouveau aux études sur les langues indo-européennes du centre de l'Asie et, faitcurieux, cette langue présente un aspect général beaucoup plus occidental que les dialectes iraniens et indiens. C'est donc que la migration vers l’Europe serait de beaucoup postérieure à celle vers les Indes et qu’ainsi nos brachycéphales étant restés bien plus longtemps en contact avec ceux de l’Altaï ont conservé des affinités linguistiques plus intimes.

Telles sont les données fournies par la linguistique. Par suite de la nature même et de l'époque des documents sur lesquels se basent les lin-

(1) CF. J. ne MorGAN, Mission en Perse, L. V, (2) Cf. ArBert CarNoy, les Indo-Européens Études linguistiques, 5° partie, Dialectes kurdes, (Bruxelles -Paris, 1921), p. 54. langues et dialectes du Nord de la Perse, Paris, 1904.

guistes, il n’est pas possible, par cette voie, de remonter autrement que par des conjectures au delà des temps historiques. C’est pour cela que les spécialistes du langage les plus avisés placent dans les plaines du sud de la Russie le centre de dispersion des peuples aryens, et l’on doit convenir qu'ils ont raison, s'ils considèrent ce foyer secondaire, comme étant le point de départ de toutes les invasions en Europe; mais qu’ils auraient tort s’ils cherchaient dans les steppes le Berceau des Indo-Européens 1) car, ces pays envahis par les glaces aux temps quaternaires ont été longtemps inhabitables et inhabités : leur colonisation n’a pu se produire qu'après la fonte complète des grands glaciers, l’asséchement du grand lac aralo-caspien et des marais qui s’étendaient alors de l’Oural au Danube ; or ces phénomènes se sont produits dans l'occident de l’Europe, à la fin des temps archéolithiques, justement quelque peu avant que se montrent, pour la première fois, les brachycéphales dans nos pays. Il est donc certain que la steppe du sud de la Russie n’a été pour les Indo-Européens, venus dans nos pays, qu'un foyer secondaire de dispersion, et que ce foyer n’a rien à voir avec les mouvements des Perses et des Aryens de l’Inde (2).

Comment d’ailleurs, dans l’hypothèse du berceau des Aryens au nord du Pont-Euxin, expliquer les migrations iraniennes, indiennes ; comment comprendre l’existence et la position géographique des dialectes aryens de la Sibérie, de l’Altaï, du Pamir, autrement que par une migration de certaines peuplades aryennes d'ouest en est. Dans l’application toutes ces thèses prennent pour point de départ l'archaïsme de certaines langues de l’Europe centrale sans tenir compte des autres données. Elles versent dans l’absurde. L'hypothèse du berceau russe est également insoutenable, même en se basant uniquement sur les données fournies par la linguistique. Mais en plus l’histoire, l’archéologie et l’anthropologie, la condamnent formellement, de même que l’histoire météorologique du vieux monde, depuis les débuts de l’ère quaternaire jusqu’à nos jours ; quant à la théorie allemande qui place en Germanie le berceau des Aryas, pour les mêmes raisons largement renforcées qui font rejeter l'hypothèse des steppes russes, elle ne mérite pas d’être prise plus au sérieux bien qu’elle eut, en apparence et contre toute justice scientifique semblé légitimer ce titre orgueilleux d’/ndo-Germanen dont s’affublent les gens de la Sprée.

Schrader lui-même a été conduit par la linguistique à considérer les steppes russes du sud comme ayant été le berceau des Aryas ; or, ce ne

(1) ALBERT CARNOY, 0p cil., p. 55. mer, dans l’Anthropos, 1919-1920) n'hésite pas à (2) Les linguistes n'échappent pas à la tendance voir des rapprochements entre la langue du Borde bien des préhistoriens qui font faire aux peu- nous et le Sumérien. Il est inutile de dire que, ples préhistoriques les voyages les plus extraor- comme beaucoup d'autres du même genre, cette

dinaires. Un Allemand A. DREXxEL (Bornu undSu- tentative est peu convainquante.

peut être, parce que cette région couverte de glaces, de marécages et de lacs n'a pu être habitée au cours des temps quaternaires ; elle-ne peut done pas avoir été un foyer primordial, un berceau. La découverte en Ukraine de stations (douteuses d’ailleurs\, d’une industrie de type magdalénien, n’infirme pas ce fait. Quand ces pays sont devenus aptes à recevoir des colons, ces nouveaux venus sont forcément arrivés de régions dans lesquelles la vie s’était conservée; or, nous savons que ce n’est nl du Caucase, ni de l'Iran que sont sorties ces populations, ni du nord de l’Europe lui-même inhabité pendant la période glaciaire. C’est donc obligatoirement d'Asie qu’ils sont venus, chassés par le froid, comme leurs congénères et, avant leur départ, ils étaient déjà suffisamment développés au point de vue du parler, pour essaimer en Perse et aux Indes des gens de langage très affiné.

Certes, les steppes de la Russie ont joué un grand rôle dans l’existence des Aryens d'Europe, elles leur ont servi de chemin, peut-être même de foyer secondaire, car les hordes asiatiques s’y sont certainement arrêtées, l’histoire de la migration des Huns (Touraniens) en montre la possibilité. Mais ces migrations n’ont pu s’opérer qu'après le déblaiement des entraves de tout genre dont le terrain était couvert.

Nous savons que l’homme quaternaire à vécu dans le sud de la Sibérie : les découvertes archéologiques en font foi; mais nous savons aussi qu'entre l’Ukraine et les contreforts du Pamir et de l’Altaï, non seulement il n’y a pas eu d'habitants paléolithiques (sensu stricto) mais que l’homme archéolithique a lui-même fait défaut, et que c’est seulement à la phase néolithique que se trouvaient les premiers envahisseurs de ces pays jusqu'alors déserts quand ces gens se sont montrés pour la première fois.

Lors de lPapparition de l’industrie de la pierre polie, dans nos pays, nous voyons se produire une invasion de brachycéphales, qui n’est certainement pas la première, mais parait être la plus importante; puis les invasions se succèdent apportant successivement le cuivre, le bronze, puis le fer, ensuite des formes, des modes spéciales, enfin les vagues entrent dans le domaine de l'Histoire. Ces gens de type sibérien parlent des langues aryennes. N’est-1l pas Juste de croire que ces brachycéphales aryens sont les proches parents de ceux des temps néolithiques de nos pays, et que tous ces peuples appartenaient au groupe linguistique aryen.

Quand le stock des Aryens de Sibérie fut épuisé, par la venue de la grande série des vagues slaves, alors ce fut le tour du flot Touranien, avec les Finlandais, les Huns de Hongrie; puis les Turcs vinrent, puis enfin les Mongols ; et ces divers flots se pressant les uns les autres, s’avancèrent jusqu'aux confins occidentaux de notre continent, encore peu peuplé, refoulèrent au sud la race méditerranéenne, au nord celle des dolichocé-

phales blonds. Quoi de plus rationnel, de mieux étayé, que cette thèse sur la genèse des peuples de l’Europe ?

Ainsi, à l'origine, les Aryens seraient, au point de vue physique, ces hommes dont nous désignons les descendants sous le nom d'Homo alpinus, des brachycéphales, venus par invasions successives de tribus apparentées. Les linguistes, qui combattent l'hypothèse de l’origine asiatique des Aryas, s'appuient sur la connaissance que ces gens avaient ou n’avaient pas surtout de certains arbres, en se basant sur la flore moderne, alors que nous sommes dans une ignorance profonde quant aux modifications survenues dans le règne végétal, dans les diverses régions qui séparent l’Altaï de l’Europe, depuis trois ou quatre millénaires avant notre ère jusqu’à nos jours. De nos jours encore d'ailleurs les flores du Pamir, celle de l’Altai, des monts de la Mongolie et surtout ceux de la Mandchourie ont été à peine reconnues.

Ce n’est certes pas une seule invasion qui s’est produite devant le froid. Dans ce grand exode, les tribus se sont écoulées peu à peu, se pressant les unes les autres ; elles ont chacune choisi leur route tout en adoptant cette même direction générale d’est en ouest que la nature du sol imposait jusqu’au bas Danube, et les vagues parfois se sont arrétées très longtemps dans un même lieu, hésitant avant de poursuivre leur chemin, avant de traverser un grand cours d’eau. Un flot s’établit dans les pays de l’Oxus, y séjourna quelques siècles, puis se partageant il s’écoula en deux courants, l’un vers l’Iran, l’autre vers l’Inde, mais en laissant dans la Sogdiane, la Baktriane, la Drangiane, etc., quelques tribus, témoins de son passage. Il en fut de même pour les peuples Arvyens qui marchèrent vers l'Occident. Au cours de leurs arrêts ils s’informèrent et choisirent le parti qu'ils jugèrent être le plus avantageux ; c’est ainsi que les Phrygiens arrêtés en Thrace avec une de leurs tribus, celle des Briges, qui donnaient alors leur nom au peuple entier, passèrent en Asie Mineure et s’y fixèrent. C’est en suivant leurs instincts vagabonds que les diverses peuplades aryennes ont conquis la plus grande partie de l’Europe sans d'autre but que celui de la recherche des pâturages et surtout attirés par le pillage des villes et des campagnes romaines. Devant eux les langues anciennes des dolichocéphales disparurent peu à peu (1).

Les diverses invasions aryennes de l’Europe ont été, nous l'avons vu, successives et se sont échelonnées depuis les temps mézolithiques en Gaule jusqu’à nos jours; c’est-à-dire pendant bien des milliers d'années; car elles ne sont pas encore terminées, la colonisation des autres continents

(1) Cf. L'expédition d'Attila dans Jornandès et Ammien Marcellin.

par nous-mêmes n’en est que la manifestation moderne, et les récentes tentatives de l'Allemagne contre la Belgique et la France montrent que les populations germaniques n’ont pas encore abandonné les traditions des Goths et des Vandales.

Si nous envisageons dans leur ensemble les migrations de peuples dont l’histoire nous est connue, nous voyons que tous les mouvements vers l’Europe se sont produits du levant au couchant avec de temps en temps des ramifications vers le sud, cette direction d’est en ouest est une règle absolue pour les peuples venus de la Sibérie. On la trouve non seulement chez les Indo-Européens, mais aussi chez les Touraniens (Turcs, Mongoles, Hongrois) ; seuls les Finlandais ont fait exception, ils sont venus se ranger sur le bord oriental de la mer Baltique probablement parce qu’ils avaient trouvé la Russie déjà occupée. L'histoire ne dément pas cette hypothèse.

Cependant, ce n’est pas sans causes que tant de peuples ont abandonné le domaine de leurs ancêtres. Un cas particulier pourrait expliquer la migration d’une tribu, attirée par l'espoir de piller des pays riches et plus avancés qu’elle en civilisation, de réagir contre l’esprit de conquête des grands États, comme c’est le cas pour les Scythes d’Héronore, les Cimmériens ; mais l’exode de tant de peuples a forcément eu une cause majeure, et cette cause, on l’a vu, nous la trouvons dans le déplacement du pôle du froid qui, après avoir été la résultante de la fusion des grands glaciers scandinaves, et du réchauffement de l’Europe occidentale et centrale, a été la raison du refroidissement intense de la Sibérie.

Le pôle du froid qui, aux temps glaciaires, se trouvait situé au nordouest de la Norvège par 15° E. de longitude environ, est aujourd’hui à Verkoiansk, par 130° E. sur la même latitude; il s’est donc transporté de 1150 vers l'Est. Mais ce mouvement ne s’est pas opéré en un jour; c’est peu à peu seulement que les grandes plaines sibériennes sont devenues glacées, inhabitables, et c’est également peu à peu que les peuples sibériens ont abandonné le domaine de leurs ancêtres.

Nous ne savons rien de ce qui s’est passé dans le Nord de l'Asie au cours de ce refroidissement; certainement il s’est produit de grands chocs de peuples contre peuples, de terribles luttes pour la possession des régions où l’on pouvait encore vivre. Tout ce que nous pouvons dire est que probablement les Aryas ont eu le dessous dans ces guerres, puisqu'ils sont partis les premiers, abandonnant le pays aux Touraniens (Tures et Mongols) qui longtemps encore ont lutté contre les difficultés de la vie avant de partir eux-mêmes les uns vers l'Occident, d’autres vers la Chine, d’autres enfin vers la Mongolie et le Thibet.

Venant du Sud sibérien, quelques tribus aryennes, se sont arrêtées, pour un temps, dans la Transcaspienne ; puis, tandis que l’un des flots, en plu-

- Sieurs vagues, s’est écoulé vers l'occident, d’autres peuples de même origine envahissaient la Perse, les Indes et les pays qui séparent ces deux régions. Quelques ruines du peuple aryen sont restées dans l’Asie centrale ; mais le gros de la nation s’est exilé. Assurément les steppes de la Russie méridionale, lieu de passage de toutes les vagues aryennes, n'ont certainement pas vu toutes les tribus réunies en un corps de nation, mais elles les ont connues les unes après les autres, quelques-unes à la fois au plus.

Par quel chemin sont arrivés les [raniens sur le plateau qu’ils habitent aujourd’hui ? probablement par l'Afghanistan, le Khoraçan et le Seïstan. Chemin suivi plus tard par les Parthes; mais il y à lieu de distinguer entre les Perses et les Mèdes. Le premier de ces deux peuples est vraisemblablement venu par la voie que je viens d'indiquer ; mais il se peut aussi que les Mèdes soient arrivés en Perse septentrionale par le Caucase, les défilés de Derbend, la basse vallée du Cyrus et la plaine de Moughan, ou même par les portes du Dariall, laissant derrière eux, dans les montagnes, la peuplade des Ossèthes pour garder la voie de retour, en cas de nécessité.

Quelques historiens sont aujourd’hui d'avis que certaines des tribus scythiques, contre lesquelles Darius est entré en campagne, étaient non seulement des Aryens, mais même des [raniens. Ces tribus ne seraient en ce cas que les restes du peuple dont les Mèdes se seraient séparés pour envahir le nord et le nord-ouest du plateau persan. Cette scission aurait eu lieu à des époques très reculées, probablement au cours du second millénaire avant notre ère, et les sépultures mégalithiques du nord-ouest de la Perse se rattacheraient peut-être à ces événements , mais cette explication n’est guère satisfaisante, au point de vue archéologique.

On sait qu’à la suite des temps glaciaires le plateau iranien est, pendant longtemps, demeuré inhabité, et que les plus anciennes tombes de la Perse appartiennent à l’industrie du cuivre (sans alliage d’étain), et l’on sait aussi que des hommes pourvus de la connaissance du fer ont envahi ce pays et pillé les anciens tombeaux. Nous nous trouvons donc, au point de vue archéologique, devant deux invasions successives, et au point de vue historique, en face de l’arrivée des Mèdes sur le plateau persan quelle que soit la voie qu'ils aient suivie. Cette invasion, d’ailleurs, a pu se produire en plusieurs phases. Ce rapprochement mérite d’être pris en considération.

Quant à la colonisation du Nord de l’Inde par les Aryens, elle s’explique de même manière que pour l'Iran, alors que le froid et des populations guerrières avaient obligé les Indo-Européens à s'avancer vers Poccident, jusque dans le bassin de l’Oxus, et que comprimés par ceux de leurs congénères qui bien plus tard seulement (les Mongoles) apparaitront sur la

scène de l’histoire, les Perses avaient dû chercher au sud et au sud-ouest, des établissements favorables; d’autres tribus, leurs parentes, après s’être avancées au sud, dans ce qui fut plus tard la Bactriane, étaient descendues dans la vallée de l’Indus et s’étaient établies dans ce paradis qu’est le Pendj-ab (les cinq eaux), appelant ceux de leurs congénères qui étaient restés dans les montagnes peu hospitalières de l'Afghanistan d'aujourd'hui. Pour bien comprendre cette migration, il suffit de repasser celle des Hué-Tchis où grands Kouchans qui, bien des siècles plus tard, venant des pays de l’Altaï s’établirent tout d’abord dans la Sogdiane ; puis, fondèrent aux Indes une grande monarchie, que les Mongols ont envahie ; car l’Hindoustan n’est accessible que par les vallées des affluents de droite et c'est par le même chemin, mais en sens inverse, que les Arabes sont entrés dans la péninsule.

Je n’insisterai pas sur les difficultés auxquelles se seraient heurtés les Aryens si leur berceau s'était trouvé dans le sud de la Russie : il suffit de jeter les yeux sur une carte pour se rendre compte des obstacles sans nombre qu’ils eussent dû surmonter pour gagner la vallée de l’Indus. [ls n’en auraient d’ailleurs certainement pas eu la pensée. Seuls des conquérants, maîtres de peuples très avancés, peuvent concevoir et réaliser de semblables expéditions.

Certains auteurs sont d’avis que la culture néolithique nous est venue de l'Orient méditerranéen. Je ne partage pas cette manière de voir, parce qu'au temps où la pierre polie s’est répandue dans l'occident de l’Europe, l'Egypte et la Chaldée connaissaient depuis bien des siècles le métal. Je crois plutôt que les premiers flots aryens dans nos pays en étaient encore aux industries de la pierre éclatée (Kjaekkenmæddingers danois, Campignyen) et que ce sont de nouvelles vagues qui ont apporté l’art de polir la pierre sans qu’il y eut influence de la Chaldée ou de l'Égypte sous quel que forme que ce soit, ear il est impossible de nier la pluralité des foyers originaux de la pierre polie, et nous serions autorisés à placer dans l’occident de l’Europe l’un de ces berceaux du néolithique, si nous ne constations en même temps que l'apparition de la pierre polie coïncide avec celle d'hommes physiquement différents de nos vieilles races dolichocéphales.

Quant à la pluralité des foyers d'invention du polissage de la pierre, elle est évidente. Ce n’est certainement pas par influences que les Polynésiens, les Indiens du Nord et du Sud de l'Amérique ont appris à polir la pierre; que ces peuples, si éloignés les uns des autres et de nous, ont choisi les mêmes formes pour leurs haches polies. Pourquoi faire intervenir les Orientaux du sud qui, en ces temps reculés, n'avaient assurément aucune relation avec nos pays, quoi qu'on en puisse dire, autrement que par la Sibérie.

Ce n’est certes pas en longeant le Caucase que les Brachycéphales ont appris à polir la pierre: car le néolithique est inexistant dans les régions caucasiennes ; c’est dans leur propre pays d’origine, après le départ des premières vagues de leur race que les Aryens ont appris à connaitre la pierre polie et les flots suivants portaient avec eux cette industrie.

Parmi les objections présentées par les adversaires de l’origine asiatique des Aryens, il en est une entre autres qui mérite quelques explications. Certains savants se demandent comment il eût pu se faire que les Aryens soient venus de l’Asie centrale en Europe sans subir quelque peu l'influence des grandes civilisations de l'Orient. La réponse est aisée à faire.

Le chemin suivi par les tribus aryennes passait par le Nord de la mer Caspienne, le nord de la mer d’Azoff ; puis, ou bien suivait la côte pour gagner la vallée du Danube, ou bien s’enfonçait dans l'Ukraine pour alteindre la Pologne et l'Allemagne centrale. Je ne parle pas des tribus qui, des embouchures du Volga, se sont dirigées vers les côtes de la mer Baltique et la Finlande, ni de celles qui sont descendues vers la mer Égée.

Tous ces peuples, dans leur course au travers les steppes, passaient à quelques centaines de kilomètres au nord du Grand Caucase et, par suite, ne pouvaient même pas avoir de relations avec les Asianiques du Nord. Seules, les tribus qui ont séjourné pendant longtemps dans les plaines du Sud de la Russie ont pu entrer en contact avec quelques peuplades caucasiennes du Nord, car ils ne pouvaient franchir cette grande muraille que par deux passages, celui du Dariall et celui de Derbend, défilés très difficiles gardés, sans aucun doute, par des nations belliqueuses qui détenaient tout le commerce entre l'Asie et l'Europe. Ces gens étaient forcément très jaloux de leurs avantages et se gardaient bien de laisser des étrangers approcher de leur domaine.

D'ailleurs aux temps où se sont produites les migrations qui ont apporté dans nos pays les industries néolithique et énéolithique, la civilisation orientale était confinée dans l'Élam et la basse Chaldée, le royaume d’Assyrie n'existait pas encore. La distance était énorme entre la route des migrations et les foyers de la grande civilisation et de grands obstacles aturels s’opposaient aux relations entre le Nord et le Midi.

En Transoxiane, la situation était la même ; car, entre Balk et Suse, sont d'immenses plateaux désertiques, aujourd’hui couverts d’une croûte de sel, jadis occupés par des lacs.

Je viens de parler des passes du Dariall, portes du Grand Caucase central. Or ces passes sont aujourd’hui occupées par les Ossèthes, peuplade de type physique caucasien (sous-mesaticéphale), mais parlant une langue aryenne très caractérisée parente proche des parlers iraniens

D'où sont venus ces gens de langue aryenne, perdus au milieu de populations de langues anaryennes ; sont-ils arrivés du sud et préposés à la garde des défilés au temps de l’empire médique, sont-ils le reste d’une peuplade qui se serait écoulée soit par le nord soit par le sud et aurait vécu dans la steppe? Nous ne pouvons le savoir. Nous né sommes, d’ailleurs, pas à même de dire si les Ossèthes actuels sont les descendants de ceux qui nous ont laissé des documents archéologiques dans leurs néeropoles. :

Bien que connaissant le fer, les Ossèthes des nécropoles faisaient un plus grand usage du bronze et considéraient le fer comme un métal précieux, puisqu'ils l’employaient en incrustations dans le bronze, procédé de décoration que nous retrouvons en Europe. Ce n’est d’ailleurs que très tardivement que les peuples du Nord ont emprunté quelques connaissances aux grandes civilisations de l'Asie antérieure. Assurément c’est au contact des Perses que les Germains ont appris à incruster leurs bijoux de pierres ou de verre coloré, remplaçant ainsi l'émail, art que les Perses tenaient probablement des Égyptiens. Mais cet enseignement date au plus tôt des temps achéménides. A cette époque l'empire perse s’étendait jusqu’en Scytihré et là dans les steppes, les Perses devaient forcément se rencontrer avec les barbares.

Où se sont développés les Aryens, quand s’est fait le repeuplement du monde ? Nous ne saurions le dire par suite de notre ignorance de la préhistoire sibérienne ; à peine connaissons-nous dans ce pays quelques rares gisements dont l’industrie parait être archéolithique. Certainement l’aire de l’incubation des Aryens a été fort étendue, très vaste, aussi a-t-1l dû en être de même de celle occupée par les peuples de langue touranienne. On trouve encore aujourd’hui des épaves aryennes dans les contreforts de la Sogdiane Altaïque. Mais pour la plupart, ces tribus abandonnées ont dû se fondre dans les mongoloïdes qui, suivant les traces des Aryens, ont d’abord occupé les régions abandonnées, puis ont cherché leur voie vers l’occident, où ils se sont heurtés aux derniers Aryens, les Slaves.

Si l’on examine une carte ethnographique de l'Europe, on voit que les gens de parler slave ont, eux aussi, pénétré dans l'Europe comme l’ensemble des brachycéphales, qu'ils s’enfoncent comme un coin jusqu’au milieu de l'Europe, jusqu’en Bohème, et que leurs tribus, qui avaient marché vers le sud au pillage de Constantinople, ont été .arrêtées dans les Balkans et la Thrace. Ces dernières migrations des Russes, Polonais, Serbes, Croates, etc., sont de date récente, et nous les pouvons suivre dans l’histoire (n° au vrie siècle de notre ère).

Tels sont les « avatars » des peuples auxquels devait appartenir, un Jour l’hégémonie mondiale ; mais si le destin réservait aux Aryas la puissance matérielle, e’est aux Sémites qu’il confia la suprématie religieuse, et le

tableau ne serait pas complet si je ne parlais aussi de cette famille qui à joué et joue encore un si grand rôle dans l’histoire du monde.

J’ajouterai encore quelques mots sur la question du berceau des Aryas et parlerai des branches qui se sont dirigées vers les Indes, la Perse et les régions intermédiaires.

Latham et d'Ornalius d'Halloy plaçaient l'habitat des Aryens primiüfs dans le sud et le sud-est de la Russie, Penka l'avait mis en Scandinavie, d’autres auteurs ont choisi des régions intermédiaires entre ces points extrèmes, et il en est qui ont songé à la Transcaucasie. Aucune de ces hypothèses ne saurait être soutenue, parce que les pays proposés étaient, aux temps quaternaires, couverts de glaces et, forcément, inhabités. G3 n’est que beaucoup plus tard, après la fonte des glaciers, quand ont été ouvertes les portes aralo-caspiennes de la Sibérie, qu’ils ont été à même de recevoir de la population ; par conséquent ils ne pourraient jamais être que des foyers secondaires, et encore est-il très loin d’être prouvé qu'ils Paient été. D'après Hirt,le centre de dispersion de la langue aryenne primitive se trouverait dans les Carpathes, et cet auteur allemand explique son hypothèse en faisant intervenir d’invraisemblables migrations. Bien certainement il a existé des centres secondaires de dispersion, et la basse vallée du Danube est probablement l’un des plus importants d’entre eux, mais à cet égard on peut laisser libre cours à son imagination, sans qu’il en coûte au résultat final de ces grands mouvements de peuples.

Il est un fait indiscutable, c’est que, dans la période qui a suivi la disparition des grands glaciers scandinaves, le pôle du froid s’est transporté du nord de la Norvège à Verkhoïansk, dans le nord-est de la Sibérie, entrainant à sa suite tous les maux qui résultent de la froidure : que les grands pachydermes sibériens et toute la faune des pays chauds s’est éteinte, que l’homme seul a résisté et, que quelques siècles après, des millénaires même, les portes de l’Europe et de l'Asie méridionale se sont également ouvertes pour les Sibériens, chassés déjà par les difficultés de la vie, mais trouvant dans l’Hindou-Kouch un chemin tout ouvert depuis longtemps et non par les marécages de la Scythie, de PHellade et de l'Asie mineure. [l apparaît clairement qu'un grand courant, par vagues succeSsives, s’est dirigé vers l'occident, et qu’un autre, également intermittent, s’est tourné vers les régions méridionales, au travers de l’Hindou- Kouch. Puis le fleuve européen s’est divisé, probablement dans la basse vallée du Danube, l’une des branches poursuivant sa marche vers l’ouest,

alors que l’autre se dirigeait vers le midi. Quant à la migration orientale, elle s’est également partagée en branches indiennes et en d’autres rameaux iraniens, dont les principales sont celle des Mèdes et celle des Perses.

Assurément tous les peuples de la Sibérie ne se sont pas écoulés sur

l’Europe, la Perse et les Indes ; il s’est également produit des migrations en Extrême-Orient, vers le sud, vers les hauts plateaux de l'Asie centrale qui ont été envahis ; mais nous ne savons rien de ce qui s’est passé dans ces régions encore inexplorées ou peu étudiées ; nous savons seulement au point de vue ethnographique que le Centre et l'Orient du continent furent, en entier, occupés par les gens de famille mongolique qui l’habitent encore de notre temps. Tout ce que nous pouvons dire est que les Chinois, quand ils songent à leurs origines, se tournent vers l'Occident.

III. — Les Sémites. — De même que des phénomènes naturels permettent d'expliquer le dépeuplement de la Sibérie, et l’invasion de l'Europe par les gens de parler aryen d’abord et par ceux de langue touranienne ensuite, de même, je crois être à même de montrer que l’expansion des Akkadiens en Chaldée n’est due, elle aussi, qu'à des causes indépendantes de la volonté des hommes.

Nous avons vu qu'après les grandes inondations quaternaires, le monde se trouvait être singulièrement dépeuplé. Quelques familles, quelques tribus, habitant des massifs à l’abri des eaux avaient seules survécu dans certains pays, et c’est de ces familles que devait peu à peu sortir le repeuplement du monde.

De quelle nature ethnique étaient les survivants aux cataclymes, nous le savons seulement pour l'Occident de l'Europe, bien incomplètement d'ailleurs ; mais nous l’ignorons totalement en ce qui regarde le reste du monde, et le plus grand mystère plane encore sur les phases de la vie humaine qui ont précédé et accompagné la période glaciaire.

Quoi qu'il en soit, l’homme existait dans la péninsule arabique, puisque j'ai rencontré dans le désert syro-arabe des instruments paléolithiques : mais 1l a été détruit par les inondations dans les immenses plaines arabes et s’il y a eu des survivants ce n’a pu être que dans les vallées des grandes chaines qui bordent la mer Rouge et la mer d'Oman, dans le Yémen, le Hedjaz et l'Hadramant.

Le continent africain presqu’en entier était habité aux temps de l’industrie paléolithique et semble même avoir été, avec l'Occident européen, le grand centre de l'humanité, les nombreux instruments chelléens et acheuléens qu'on y rencontre sur tous les points en sont la preuve; et l'Arabie méridionale était trop proche de la côte africaine pour avoir été négligée par les hommes.

Qu'entend-on par Sémites ? Je ne puis mieux faire que de passer la parole au P. A]. J. Lagrange qui, dans son étude magistrale sur les religions sémitiques, donne une définition très claire de ce groupe linguistique bien délimité, dont le rôle a été si grand de par le monde.

« Les Sémites, dit le savant Dominicain, forment dans l'Histoire un groupe facile à reconnaitre. Tout le monde est aujourd’hui d'accord pour les compter ; les Assyro-Babyloniens, les Cananéens, les Araméens, les Arabes sont des Sémites ; Sémites aussi sont les tribus Térakhides, Israël et son frère Edom, Ammon et Moab leurs cousins, sans parler des colonies phéniciennes de la Méditerranée ni des établissements mélangés en Éthiopie. Aucun historien ne prétend d’ailleurs qu'il s’agit d’une race absolument pure ; encore moins essaierait-on, au nom de l'Histoire, de dire de

quel couple ils sont descendus. L'Histoire ne connaît pas de nation des-

10 = = ; = À LÉGENDE Û . 1 invasion sénitique.

Th

Limites de l'influence sémitique :s la seconde invasion.

20 30 40 Rss AN ens d'Europe

cendant d’un seul couple... C’est à peine si les membres d’un clan isolé peuvent se targuer d’appartenir au même sang ; chez les tribus arabes les plus fières de leur race, il n’est pas rare de rencontrer des nègres. L’Italien, l'Espagnol et le Français sont des vestiges assurés de l’union romaine. Telles sont les langues des groupes que nous énumérions tout à heure; l’assyro-babylonien, l’araméen, l’arabe, l’éthiopien et le cananéen (hébreu, phénicien, moabite) se ressemblent tellement entre eux, qu’on peut les considérer comme les fractionnements d’une même langue. Les Sémites ont done vécu ensemble, dans une union plus étroite que celle que rous font connaitre les documents écrits.» Ainsi c’est d'une famille linguistique qu'il s’agit, quand nous prononçons le nom de Sémites, et non d'un

groupe ethnique.

Mais cette famille n’est pas homogène seulement par son parler, elle

l’est, dans une très large part, par sa culture, par son caractère entreprenant, par ses traditions.

La foyer de la famille Sémitique, aussihaut que nous puissions remonter, paraît avoir toujours été dans l'Arabie. C’est de la péninsule que, d’après les plus vieux récits légendaires, semblent être sortis les flots successifs qui, dans la haute antiquité se sont abattus sur la Chaldée, la Mésopotamie, l'Assyrie, la Phénieie, la Palestine ; que sont partis les conquérants musulmans, dont l'empire s’est étendu, dans le Moyen âge, depuis les rivages de l’océan Atlantique jusqu'aux Indes.

L’anthropologie ne reconnait pas le nom de « Sémite », ni même n'accepte, sous aucune autre appellation, le groupement intime des peuples qui composent cette famille linguistique. D'ailleurs la définition qu'en donne le P. Lagrange pouvait le faire prévoir. Il n’y a pas homogénéité physique chez les gens de parler sémitique, pas d'unité d'origine et, dans cette grande famille, les sémitisés sont, à coup sûr, infiniment plus nombreux que les vrais Sémites.

Si nous faisons abstraction des peuples sémitiques, aujourd'hui disparus, si nous n’envisageons que la situation actuelle de cette famille linguistique, nous voyons qu'elle est représentée par les Arabes, les Syriens et les Juifs.

En dehors de la péninsule arabique, les Arabes occupent, aujourd'hui, une portion de la Mésopotamie, le pourtour de la mer Rouge, la côte orientale du golfe Persique, et le nord de l'Afrique. Le type pur, dolichocéphale, s’est conservé, au sud de la péninsule, dans les montagnes de l’Hadramant et dans l’Yémen. C’est là que se trouvaient jadis les États himyarites : on le rencontre aussi chez les descendants des Ismaélites, dans l'Arabie centrale et septentrionale, alors que les tribus plus voisines des côtes et de la Mésopotamie montrent des mélanges soit avec les Assyroides du Figre et de l’Euphrate, soit avec les Tures, Ailleurs, fait remarquer J. Dexixer dans son ouvrage sur les Races et les peuples de La Terre, comme à Hasa et sur la côte de P Yémen, les Arabes sont métissés de Nègres et d’Étiopiens.

Hors de ces régions quiconstituentle véritable patrimoine des Sémites, on rencontre les traces de cette famille de langues dans toute l'Afrique du nord, en Espagne, dans les iles méditerranéennes, en Perse occidentale, aux Indes, et, plus particulièrement dans la Syrie et la Palestine, pays où ils sont venus se croiser avee un vieux fond sémitique de Phéniciens et de Cananéens, et avec les Asianiques.

Je ne parlerai pas des Juifs, parce que leurs caractères physiques se sont modifiés dans leurs migrations, et qu’au point de vue ethnique il ne constituent plus un ensemble bien défini. Les Israélites de la Bosnie, par

exemple, sont mésocéphales, ceux de la Galicie et du Caucase, sous-brachycéphales, ceux du Daghestan hyperbrachycéphales, ceux de Constantinople, venus d’Espagne, sont mésocéphales, ete... et à ce point de vue les Israélites doivent donc être considérés comme des sémitisés, plutôt que comme des Sémites. Il est à remarquer que le type dolichocéphale se retrouve non seulement dans les régions de l'Arabie demeurées en dehors des mélanges ethniques, mais jusqu’en Algérie et au Maroc. On peut done dire que les Sémites purs font, au point de vue ethnique, partie de la vieille famille quaternaire à laquelle on a donné le nom de Méditerranéens, -et qui n’a rien de commun avec les Indo-Européens brachycéphales.

Ainsi l'étude des sémites modernes nous conduit à placer le foyer de la famille linguistique sémitique dans la péninsule arabique, et cette eonclusion, nous l’avons vu, concorde avec tout ce que nous savons par les traditions, par l’histoire, par la répartition des langues, depuis la plus haute antiquité.

Les Arabes sont blancs et les Sémites que connaissaient les Égyptiens pharaoniques l’étaient également. Quelques auteurs s'appuyant sur ce caractère, ont pensé qu’ils ne pouvaient pas être autochtones de ces pays brûlés par le soleil, et ont proposé de les réunir aux races nordiques ; ils ont certainement raison quant au rapprochement avee nos dolichocéphales ; mais c'est une grave erreur que de croire que la couleur de la peau peut être influencée par la latitude de Fhabitat, et c’est très improprement qu'on à donné à l’Afrique le nom de « Continent noir ». Cette immense terre est bien loin d’être peuplée uniquement de nègres : les Berbères, les Hottentots, les Bochimans, entre autres, ne sont pas noirs et, si Ia latitude avait une influence sur la couleur, nous devrions constater la présence d'éléments nègres dans l'Amérique intertropicale, alors que toutes les popuiations équatoriales du Nouveau Monde sont euivrées. Rien ne s'oppose donc à ce que lesArabes, représentants très purs de la famille sémitique, soient autochtones de la Péninsule, et appartiennent aux vieilles races qui, aux temps quaternaires, habitaient les pays méditerranéens.

Mais avant de poursuivre l’étude des origines sémitiques, il est nécessaire de parler du pays que nous venons d’être amenés à considérer comme étént le berceau de cette famille linguistique : l'Arabie n’est malheureusement pas encore explorée,tant au point de vue de la géographie physique, qu'à celui de la géologie, et son histoire primitive est encore enveloppée de ténèbres. L’Hadramant et l’Yémen ont fourni bon nombre de textes épigraphiques, mais ces inscriptions, toutes de très basse époque sont sans valeur, par rapport aux temps qui nous intéressent.

L’Arabie est une péninsule massive, grande commeun tiers de l’Europe, et située au centre de l'Ancien Monde; elle appartient à la fois, comme

pays de transition, à l’Asie et à l'Afrique. Par ses contours, par l’orientation de ses montagnes, par son climat, elle est surtout une terre africaine, alors que, par la direction de ses vallées, elle se rattache à la Mésopotamie, vaste dépression, cuvette immense dont elle constitue le versant méridional. Entourée presque de tous côtés par la mer, limitée au nord par d’infranchissables déserts, elle constitue un monde à part, que ne traversent aucune des grandes routes naturelles, que les voyageurs évitent au contraire ; et cet isolement, voulu par les lois de la nature, qui lui a vaiu le nom de Dzézireh-el-Arab (l'Ile des Arabes), a été la grande cause de la conservation du type physique de ses habitants et de leur langage.

Je ne connais, personnellement, que les déserts du nord et que les côtes de cette mystérieuse presqu’ile sur lesquelles je n’ai mis le pied à terre qu’au Sinaï, à Aden et à Mascate; mais vingt fois j'ai suivi son littoral, et j’ai toujours ressenti, à l'aspect de ses montagnes brûlés par le soleil, une impression pénible, une sorte de crainte mêlée de curiosité. Ainsi vue, PArabie parait être un enfer. Il est d’ailleurs bien peu de voyageurs qui se soient aventurés dans ces déserts où, non seulement, ils avaient à lutter contre les plus terribles obstacles de la nature, mais aussi contre l’intolérance des populations ; car, de tous les pays du monde, cette péninsule est certainement la région la plus fermée par ses habitants, et cette xénophobie, poussée jusqu'aux extrêmes limites par le fanatisme musulman, a bien certainement été l’une des principales causes de la conservation de la race, desa langue et de ses traditions.

L’Arabie, au point de vue de la géographie physique, se partage en deux régions bien distinctes : au sud-ouest un large plateau longeant la mer Rouge, égalant, en largeur moyenne, la moitié, à peu près, de celle de la presqu'ile entière, s'allonge au sud, sur la côte de la mer des Indes et, au nord se relie, par les hauteurs voisines du golfe d'Akaba, aux chaines de la Syrie. L’altitude de ce plateau oscile entre 1.000 et 2.000 mètres. Il sert de base aux massifs montagneux du Hedjaz, de l'Yémen et de l’Hadramant, dont quelques pics dépassent 3.000 mètres de hauteur. Au nord-est, occupant la moitié environ de la péninsule, est une immense zone désertique, légèrement inclinée vers le golfe Persique et la Mésopotamie qui luifait suite. Puis, à l'extrémité de cette zone, à Mascate, est une sorte d’ilot montagneux, un massif qui, par son altitude, attire à lui quelque peu d'humidité et, par suite, des habitants.

Au nord, dans le désert de Nesfoud, sur de rares points d’eau, on compte encore quelques bourgades, Kal, Maskakeh, Djouf, Djobbah, Teima, ete..., mais en général ce sol est d’une aridité absolue, on ne voit que collines couvertes d’alluvions, privées de toute végétation, que vallées sans eau, toutes inclinées vers l’Euphrate ou vers le golfe Persique. Le

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grand fleuve chaldéen, lui-même, coule au milieu de la plus affreuse des désolations. Sur sa droite comme sur sa gauche, on ne découvre que mamelons arides, couverts de cailloux roulés, brillant d’un reflet fauve, sous les rayons d'un soleil de feu.

Plus au sud, entre Le Nedjed et la côte de la mar des Indes, entre l’Yémen, l’'Hadramaout et l’'Oman, s'étend, sur une largeur de 12 à 1.500 kilomètres le terrible désert de Dahna, où git l’un des pôles de la chaleur, où souvent, à l’ombre, le thermomètre atteint 60°. Personne n’ose s’aventurer dans cet enfer où ne croit pas un brin d’h2rbe. Aucun oiseau ne vole au-dessus de cette plain: silencieuse, de cet océan de vagues de sable. Là, le voyageur rencontre des gouffres effrayants qui, suivant les rares nomades qui connaissent ces lieux, renferment d’immonses trésors, sous la garde de monstres fantastiques ; mais aucun Bédouin n’a le courage de s'approcher de ces précipices, remplis d’un sable d’une extrême finesse, fluide comme l’eau, où s’enfoncent et disparaissent hommes et animaux, quand par imprudence ils mettent le pied sur ce terrible piège.

De nos jours, la popalation s'est concentrée sur le plateau occidental de la Péninsule et dans les montagnes qui bordent la mer. Là, sur les hauts sommets, il neige en hiver, et les pluies sont assez fréquentes lors de la saison. 1l en est de même pour les condensations de l'humidité, sur les côtes du golfe Persique ; aussi ces régions sont-elles habitées, alors que dans les déserts vivent seuls quelques nomades installés près de très rares points d’eau. Dans cet immense territoire, limité au golfe d’Akaba, aux montagnes d’Idumée, à la rive gauche du Jourdain et à l’Euphrate, par le Golfe Persique, l’océan Indien et la mer Rouge, on compte tout au plus six millions d'habitants, vivant dans un espace de trois millions de kilomètres carrés, ce qui donne une moyenne de deux habitants par kilomètre carré, de quatre ou cinq dans la région fertile ; là, sur de grandes hauteurs, sont des villes populeuses. Sana, la capitale de l’Yémen, est à 2.130 mètres d’altitude, et toutes les vallées qui descendent des grandes chaînes, et eoupent les terrasses de leurs contreforts, sont habitées, aussi bas que descendent les cours d’eau habilement captés et conduits. Au delà, les ruisseaux se perdent dans les sables, ou bien leurs eaux, jusqu’à la dernière goutte, sont employées pour les cultures, au moyen de canaux de dérivation établis avec autant de jugement et d’habileté que le sont les célèbres XKhanals du plateau iranien.

Grâce à ces irrigations, les habitants trouvent donc dans la culture et le pacage des troupeaux, tous les éléments nécessaires à leur existence ; mais les ressources de l'Arabie ne se bornent pas là ; car dans ses montagnes, les gites minéraux abondent : c’est le fer, très souvent sous forme d’hématite, le cuivre à l’état de sulfures et de carbonates, aux affleure-

ments des filons ; e’est le plomb et l’argent dans la galène, enfin l'or natif, dans les sables. Richesses dont on a tiré parti jadis, si nous en Jugeons par les scories qu’on rencontre sur certains points, alors que de nos jours l'absence d'eau et surtout celle de combustible empêche toute exploitation minière et toute industrie métallurgique.

Il ne faudrait pas croire, cependant que, de tout temps, l’Arabie ait été un pays en grande partie desséché ; l'intensité des condensations atmos-

phériques n’a pas cessé brutalement après les grandes pluies qui ont accompagné et provoqué les inondations quaternaires. Certes, les plaines basses ont été ravagées par les eaux, la végétation a été détruite en même temps que se noyaient la faune et les hommes qui en faisaient partie ; mais l'humidité s’est continuée pendant bien des siècles, des millénaires même : les grandes vallées, aujourd’hui sans eau, qui traversent le désert et vont aboutir à la dépression chaldéenne et au golfe Persique, en sont l’indiscutable témoignage ; et, à cette époque lointaine, si les plateaux sont demeurés arides, comme il y a lieu de le penser, les vallées se sont couvertes d'arbres et de prairies, le gibier est venu les habiter, suivi par l’homme qui, principalement alors, vivait des produits de sa chasse.

L’asséchement du sol a débuté de bonne heure, mais n’a produit que plus tard des résultats nuisibles. Il n’a pas été brusque, et ses effets ne se sont fait sentir que très lentement. Personnellement j’ai rencontré bien des témoins de cette dessiccation, aussi bien en Asie antérieure, qu’en Égypte, en Tunisie et en Algérie : car elle est générale, et sévit aussi bien dans l’ancien monde que dans le nouveau. J'ai vu, dans tous les pays qu’il m’a été donné d'explorer, des restes de stations préhistoriques situés auprès de sources taries et, en Tunisie, il n’est pas rare de rencontrer les vestiges de fermes ou d'établissements des Romains, en des points devenus maintenant arides, inhabitables. Si, par exemple, la ville de Timgad renaissait de ses ruines, ce n’est pas la modeste source qu’on y voit aujourd’hui qui suffirait à la consommation de ses habitants. Les exemples de la persistance de ce phénomène jusqu’à nos jours sont innombrables. C’est alors que peu à peu la mer Morte a concentré la dissolution saline à laquelle elle doit son nom, que le lac Aralo-Caspien s’est partagé en mer d’Aral et mer Caspienne, que le lac d’'Ourmiah, en Perse, a baissé son niveau, qu'ont disparu les grandes nappes du plateau iranien et du Sud de la Sibérie, que les chotts africains ont évaporé la plus grande partie de leurs eaux.

D'ailleurs, la tradition nous est parvenue sous diverses formes des obligations que l'accroissement graduel de la sécheresse imposa aux hommes : Sanchoniathon, eité par Eusèbe, est fort clair à cet égard :

« Pendant la seconde génération, dit l’historien de la Phénicie, les

- hommes s’appelaient Genus et Genea, et vivaient en Phénicie; mäis sur-

vinrent de grandes sécheresses, et ils levèrent les mains vers le soleil qu'ils considéraient comme le seul maitre des cieux. » Ceci se passait à des époques extrêmement reculées ; mais, dans des temps moins anciens, le même phénomène se produisant fut encore la cause de mouvements de tribus dans les mêmes parages. Pline affirme qu'entre le golfe d’Akaba et la ville de Charax, en Chaldée, vivait jadis le peuple des Omanes, qui possédait des villes importantes, et que ce peuple a dù quitter sa patrie, parce que l’eau lui manquait. Ce pays est aujourd’hui un désert où les courriers arabes se rendant de Bagdad à Damas, en neuf jours de voyage à grande allure, ne rencontrent que deux pauvres points d’eau : Nunc sunt solitudines (1).

Je ne m’étendrai pas plus longuement ici sur ce phénomène dont, à mon avis, on n’a pas tenu assez de compte dans l’étude des migrations des peuples : l’histoire physique du Globe pose là des bases devant lesquelles toutes les théories, qu’elles soient archéologiques, ethnographiques ou autres, doivent s’incliner. J’aurai d’ailleurs l’occasion d’en parler encore.

Quelle était la situation de la péninsule arabique, au cours des temps glaciaires ? Vraisemblablement ses massifs montagneux les plus importants possédaient leurs glaciers, tout comme ceux du Liban et de l’Abyssinie ; mais, en raison de la latitude de ces chaînes, l’intensité glaciaire n’a pu s’y manifester avec une grande ampleur. L’homme habitait alors cette vaste cuvette arabo-mésopotamienne, si nous en jugeons par les instruments chelléens qu'on rencontre dans le désert syro-arabique, il vivait également en Égypte, en Syrie, au pays des Somalis.

Quel était cet homme ? Certains auteurs pensent qu’il était venu du nord, d’autres qu’il est autochtone, d’autres encore qu’il était arrivé d'Afrique.

L'hypothèse d’une migration venue du Nord sibérien n’est pas soutenable, car il n’y a pas eu de communications possibles entre la Sibérie et l’Asie antérieure depuis les temps pliocènes, jusqu’à la fin de la période glaciaire. Si donc les ancêtres des Sémites étaient descendus du nord, c’eût été à l’état d’hominiens tertiaires, et naturellement ces hominiens, s’ils avaient existé, n'auraient pas apporté dans leur nouvelle résidence les rudiments de la langue sémitique. Ils ne pouvaient être, au cours du Pliocène, que des êtres extrêmement primitifs, voisins de l'animal. Ils n’avaient d’ailleurs aucune raison pour se rendre en Arabie, et pour ne pas rester dans le patrimoine de leurs ancêtres.

(1) Nous possédons quelques monnaies de bronze des Omanes (Meherdates).

Au cours de ces temps glaciaires, les Alpes pontiques, le grand Caucause, le plateau arménien et celui de l’Iran qui, jusqu'alors, n'avaient jamais été habités, et ne l’ont été que très tardivement, étaient couverts de glaces et non seulement inhabitables, mais infranchissables.

Peut-être, dira-t-on, les Sémites sont-ils venus des hauteurs de l'Asie antérieure septentrionale ; c'est peu croyable, parce que, dans ce cas, ils auraient traversé la Mésopotamie, la Chaldée n'étant pas encore sortie des eaux, et rien ne signale leur passage. Ce n’est donc là qu’une simple hypothèse fantaisiste sans aucune base.

L'hypothèse de l’origine libyenne n’est pas plus satisfaisante, parce que, dans la partie de l’Afrique opposée à l’Arabie, on ne rencontre aucun indice, aucun témoin du passage des Sémites. Les tribus quaternaires étaient cantonnées dans les régions où se trouvent encore leurs restes paléolithiques, la population était assurément très clairsemée, et chacune des tribus trouvait aisément sa vie sur son territoire. Ce n'était pas la formation de glaciers peu importants dans les montagnes de l’'Abyssinie qui pouvait obliger l’homme à quitter sa patrie. Par contre nous voyons, à des époques postérieures, les Sémites chercher à coloniser dans les pays situés au delà de la mer Érythrée, chez des non-Sémites.

La comparaison des langues libyennes avec celle des Sémites montre qu'il n’a pas existé de foyer commun pour les deux groupes, pas même de relations très anciennes, ce qui n'aurait pas lieu dans l’hypothèse de l’origine africaine des Sémites.

Nous sommes amenés à penser que l'Arabie est bien la patrie postpléistocène de ce groupe de peuplades, que c’est là que ces tribus se sont développées sur elles-mêmes, sans avoir subi d’influences étrangères.

Quelques égyptologues supposent que l'Egypte a été peuplée par des gens venus du pays de Pount, contrée qu’ils pensent être l'Arabie, et ces gens à leurs yeux ne seraient pas des Sémites. Cette opinionne me semble pas être justifiée, parce que d’une part c’est aux Asiatiques (Suméro-Akkadiens ?) que l'Égypte a dù l'impulsion initiale de sa culture pharaonique et les Sémites étaient déjà très développés bien longtemps avant leur venue dans la vallée du Nil; d'autre part l’industrie de la pierre, en Égypte, préseute une telle homogénéité que, si des éléments africains ou asiatiques non sémitiques sont intervenus, ce ne peut être qu'à une époque très voisine de l’arrivée des Suméro-Akkadiens. J’estime qu'après les grandes inondations quaternaires, les pays voisins de la vallée du Nil sont demeurés longtemps sans population, que l'intensité du déluge a été telle, qu'aucun homme n’a survécu. Les plus hauts plateaux, en effet, sont recouverts d’alluvions et il n'existe nulle part en Égypte de districts dans lesquels l’homme eût pu se réfugier, comme le fait a eu lieu dans nos

montagnes du Périgord, des Pyrénées et de la Provence. D'ailleurs, non seulement la situation géographique du pays de Pount est encore inconnue, mais aussi il est vraiment bien hardi de placer dans la péninsule arabique des populations non sémitiques, alors que nous n’avons en faveur de cette hypothèse que les vagues indications fournies par des textes peut-être mal interprétés (je ne dis pas mal traduits) sur le mystérieux pays de Pount.

Il résulte de ces considérations qu'après les grandes inondations qui ont dépeuplé l'Égypte, le Somal, et le bassin mésopotamien dans ses districts septentrionaux et centraux, il serait resté, dans les vallées des hauts pays arabes, des éléments plus ou moins nombreux de repeuplement de la Péninsule. Les chaines de montagnes voisines de la mer Rouge, celle de l’'Hadramant, ont bien certainement joué le même rôle que les massifs européens ; et je né doute pas qu’on découvre un jour, dans les cavernes de ces pays, des restes d’industries équivalentes, en Arabie, à l’archéolithique de l'Occident de l’Europe, de la Tunisie et de l'Algérie.

Au Somal, comme en Égypte, comme en Mésopotamie, on constate un hiatus très important dans la succession des industries de la pierre, et cet hiatus ne parait pas s'étendre à la Palestine et à la Syrie, pays dans lesquels les recherches ont fâcheusement été guidées par le désir de trouver une succession régulière, calquée sur celle établie pour l’Europe occidentale. D’autre part, dans les iles de la mer Égée, en Grèce et en Asie Mineure occidentale, les plus anciennes civilisations montrent la pierre polie et, la plupart du temps, le métal. En Crète, mais en Crète seulement, on a placé dans le néolithique certains dépôts dans lesquels ne se rencontre pas de métal: mais cet argument négatif ne me semble pas être de valeur suffisante pour attribuer aux iles une culture purement néolithique, en se basant sur des preuves négatives aussi faibles et aussi localisées.

Quoi qu'il en soit, il paraît clairement que les iles de l’Égée, de même que les autres pays qui, depuis, ont formé PHellade, n’ont connu l’homme que tardivement, peut-être en même temps que se colonisait l'Égypte, si ce n’est plus tard. Quant aux régions syriennes elles n’ont pu rester en dehors du mouvement des Asiatiques vers la vallée du Nil.

A Suze, en Chaldée, dans toute la Perse, en Transcaucasie, la civilisation débute par une phase d'industrie énéolithique, et c’est cette culture que les Asiatiques ont introduite dans la vallée du Nil. Pourquoi l'ile de Crète seule, dans tout le Proche-Orient, aurait-elle connu lindustrie néolithique pure et ignoré le cuivre, quand tout le reste du vieux monde oriental n’est pas passé par cette phase ?

Cette question, dont je ne puis ici développer les détails, je l’expose ailleurs avec tous les soins qu’elle comporte ; on m'’excusera de n’en four-

nir ici que les principales lignes ; mais ces considérations m ont paru être nécessaires pour que je puisse entretenir le lecteur des premiers mouve-

ments des peuples de langue sémitique.

Quelques millénaires avant notre ère, les pays de Mésopotamie étaient encore inhabités, quand un flot humain envahit la Chaldée à peine sortie des eaux, et l’Élam. D'où venaient ces gens ? Ce n’était pas de la Perse, encore déserte, inhabitable ; c’était plutôt des montagnes qui ferment, au nord, la Mésopotamie depuis la mer Caspienne jusqu’à l'Égée; et, fait à remarquer, cette poussée de tribus n’eut lieu qu'après l’ouverture de la porte entre la Sibérie et l’Europe. Il se peut que les colons asiatiques (du groupe caucasien) qui sont descendus en Chaldée et en Elam aient été refoulés vers le sud par quelque invasion venue du Nord de l’Asie centrale, et parmi ces diverses vagues, peut-être auraient été celles des Hittites, des Mitanni, des Cosséens ; quoi qu'il en soit c’est à cette époque que débute le mélange des éléments ethniques et linguistiques dans l’Asie antérieure. À peine cette vaste région était-elle peuplée que la confusion commença; et ce désordre, tous les nombreux mouvements de peuples des temps historiques sont venus encore laggraver, de telle sorte que la question des provenances originelles de la population, en Asie antérieure, est l’un des problèmes les plus compliqués qu'il soit.

Nous ne savons rien des caractères ethniques ou linguistiques de ces populations très anciennes ; mais plus tard nous entendrons prononcer une foule de noms dont, certainement, beaucoup répondent à ces premiers mouvements ; cependant pour bien peu d’entre eux, nous pourrons faire la différence entre les Asianiques et les étrangers, entre ceux nés en Asie et les envahisseurs descendus du Nord, venus des steppes de la Sibérie, soit au travers du Caucase, soit en franchissant l’Hellespont, soit même en descendant du plateau iranien libéré de ses glaces.

On était convenu jusqu'ici de considérer les plus anciens flots sibériens brachycéphales, venus dans l'Occident de l'Europe, comme étant ceux des artisans des industries néolithiques, peut-être même mésolithiques. Il est naturel de penser que ces hordes, quand elles se trouvèrent dans la vallée du bas Danube, indécises, n'ayant pas de but précis à leur course, se partagèrent : que les uns poursuivirent leur chemin suivant la marche du soleil, alors que d’autres descendaient en Macédoine, passaient les détroits et s’avançaient en Asie, comme plus tard ont fait les métallurgistes du bronze, les Mycéniens, et ceux du fer, les Doriens. La présence, dès les temps fort anciens, de peuples d’origine douteuse et

d'usages spéciaux, dans le nord de l’Asie antérieure donnait un certain poids à cette hypothèse qui chaque jour le justifie de plus en plus par les découvertes dans les tells de Asie Mineure. Il ne faut pas oublier que les peuples asiatiques et européens de vieille souche, d’origine quaternaire, étaient dolichocéphales, alors que les envahisseurs sibériens, pour la plupart, étaient des brachycéphales, et que cette remarque peut être de quelque valeur dans la recherche des origines des diverses tribus que nous rencontrons dans la région montagneuse du nord de la Mésopotamie et dans le Caucase.

Certainement les peuples indo-européens, dans leurs divers langages, présentent des parentés beaucoup moins étroites que le sont celles des Sémites entre eux ; mais chez les uns comme chez les autres, on ne peut nier l’existence très ancienne de foyers originels, et c’est de ces deux foyers qu'est sortie la grande eulfure du Monde moderne. L'origine et l’évolution de ces deux groupes humains sont donc les questions capitales de notre propre histoire. Aussi serait-il du plus haut intérêt de retrouver les traces des plus anciennes invasions aryennes dans l’Asie antérieure, et de juger du rôle qu’ont joué les peuples de ce groupe. Nous savions que les Phrygiens, les Arméniens et quelques autres nations de l'Asie Mineure très anciennes appartenaient à la famille indo-européenne, aux Phrygiens dont ils n'étaient qu’une tribu, et voiei que des pré-Phrygiens (?) paraissent, aujourd’hui. C’est un nouvel horizon qui paraît, car il se peut fort bien que le rôle des Aryens, ou des Proto-Aryens dans le Proche-Orient, soit beaucoup plus ancien et bien plus important qu’on ne le pense généralement.

Je n’ai pas à entrer ici dans les interminables discussions qui ont eu lieu entre savants, au sujet des éléments constitutifs des plus antiques couches humaines de la Chaldée (1) ; l’existence d’un fond non sémitique, est aujourd’hui parfaitement établie, entrevue seulement jadis d’après les données linguistiques, elle repose non seulement sur les inscriptions, mais aussi sur les découvertes archéologiques qui viennent à l'appui de cette théorie, hypothèse que confirment encore les considérations historiques d'ordre général. Il est certain que les premiers colons du sud de l'Asie antérieure n'étaient pas des Sémites, mais bien des gens, très mélangés d'origine, et que ces hommes, auxquels on a donné le nom de Sumértens, possédaient déjà un degré fort avancé de civilisation.

(1) On trouvera dans le Tome II du Miliew bi suis pas à même d'apprécier la valeur des tra-

blique av. J.-C. (IL, Littérature), Paris, 1923, de CHarLes F. JEAN, 534 pages de textes variës, de toutes les époques qui permettront au lecteur de pénétrer dans l'esprit mésopotamien (Chaldée, Assyrie) et dans celui de l'Egypte (p. 115). Les cent premières pages sont particulièrement intéressantes pour le bul que nous poursuivons.Je ne

duclisns; mais la très haute valeur scientifique de l’auteur, el sa répulation parmi ses confrères en assyriologie, me sont garant que ces lraduclions peuvent et doivent èlie acceptées les yeux fermés C'est un juste hommage que je suis heureux de rendre ici au savant linguiste,

Les Sumériens se partageaient assurément en un grand nombre de tribus, plus ou moins apparentées entre elles, soit au point de vue ethnique, soit à celui du parler; mais la vie personnelle de ces divers, éléments est si ancienne qu’elle se perd aujourd’hui dans la nuit des temps, et qu’il est bien difficile de distinguer ce qui, dans la civilisation suméroakkadienne, est leur héritage. Il paraît certain, toutefois, que la connaissance du métal, du tissage, de la poterie, que la notion de l’écriture sont d’origine sumérienne. Shumir et Akkad ont pris dans la suite une valeur géographique, certainement en raison de la prépondérance de l’un de ces éléments dans des districts divers ; mais, dans les débuts, ces deux termes ne présentaient probablement qu’une signification linguistique et de culture. Les parlers des diverses tribus, certainement très variées et dissemblables ont disparu de très bonne heure devant le Sémitisme, partout sauf en Elam, et ne se sont conservés que dans la littérature religieuse de la Chaldée.

En Susiane où, mieux qu'en Chaldée, les couches anciennes de la population ont été à même de résister avec plus de succès à l’emprise sémitique parce que ce pays était peu accessible et appuyé sur les montagnes (du Louristan et des Bakkyaris), nous voyons ce peuple conserver, pendant longtemps encore, bon nombre de ses caractères nationaux, entre autres sa langue et son écriture particulières, alors qu’en Chaldée le mélange devint rapidement intime, entre Choumir et Akkad. Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moins certain qu'après être demeuré inhabité pendant de longs siècles, le sud de l’Asie antérieure, dans son ensemble, a reçu des colons non sémites. La Chaldée et la plaine élamite sortaient alors à peine des eaux, et l'humidité atmosphérique était encore intense; partout, en Mésopotamie, en Arabie, coulaient des rivières abondantes, de nombreuses sources sortaient du sol, les vallées et bien des plaines étaient verdoyantes, le gibier abondait dans ces foréts et ces prairies où paissaient l’éléphant, le rhinocéros, le cerf, l’'antilope, dans les régions fertiles et boisées, tandis que la gazelle, l'autruche parcouraient Les districts arides, et que tous les oiseaux aquatiques s'étaient donné rendez-vous dans les marais. Dans les eaux, c'étaient des poissons sans nombre, qui, tout comme dans la vallée du Nil, voisinaient avec le crocodile et l’hippo potame, et le roi des animaux, le lion (noir, sans crinière) était alors le plus grand ennemi des hommes.

Mais voici que, peu à peu, les condensations atmosphériques diminuant d'intensité, la sécheresse survint, contraignant les hommes à quitter bien des districts, pour gagner des pays plus favorisés par les eaux, territoires qu'il leur fallut conquérir, car, assurément, ils étaient habités déjà. A l'existence facile et plantureuse des premiers temps succéda la lutte pour

la vie, lutte très âpre de tribus contre tribus, de peuples contre peuples, d'hommes contre le climat. Beaucoup disparurent, soit qu’ils fussent victimes de la famine, soit qu’ils eussent été exterminés, soit encore par fusion avec leurs vainqueurs.

Partout en Mésopotamie, comme en Égypte, comme dans le nord de l'Afrique, nous rencontrons les traces de ces exodes forcés, des témoignages de cette implacable volonté de la nature; et les pays demeurés fertiles reçurent une grande partie de ces émigrants. En Chaldée, en Égypte, la population s’accrut, dans des proportions inouïes, d'éléments ethniques assurément fort mélangés.

Mais le fléau de la sécheresse ne s’abattit pas seulement sur la Mésopotamie du Nord et sur l’Afrique, elle fut générale et frappa de même le versant méridional de la grande dépression chaldéenne, cette grande plaine inclinée qui, jadis, portait au golfe Persique les eaux du Hedjaz, du Yémen, de l'Hadramant.

Chassée des basses régions, une partie de la population remonta les vallées en même temps que les eaux de ses rivières s’arrêtaient de plus en plus haut, et peu à peu, elle atteignit les hauts plateaux de l’Arabie, où elle vit encore; très nombreux alors étaient les clans qui habitaient auprès des sources et, l’eau venant à manquer dans des régions immenses, les gens qui les habitaient cherchèrent leur vie près des côtes. Là, le fléau les poursuivit encore, et les petits districts demeurés fertiles, diminuant chaque jour de superficie, ne suffisant plus aux besoins des populations qui s’y étaient concentrées, 1l fallut encore émigrer.

Ce ne fut pas l’affaire d’un jour, cette transformation que subit le climat de la péninsule arabique ; elle dura des millénaires et dure encore ; pendant des siècles et des siècles l’homme lutta, diminua ses exigences, réduisit ses besoins, combattit pour la possession de l’eau. Il dut enfin céder devant les volontés supérieures, et ne conservant plus d’espoir dans les changements des campements sur cette terre désolée, il se lança sur les chemins de la mer. |

Cependant, la nécessité de s’expatrier n’affecta pas tout d’un coup les tribus entières, et l’émigration se produisit par petits groupes, par familles ; <’est ainsi que, peu à peu, les côtes des pays voisins de l’Arabie, tant en Afrique qu’en Asie, reçurent des colonies de Sémites.

Dans leurs pérégrinations maritimes, ces gens atteignirent vite la Chaldée en formation et, sans nul doute, quelques bandes y parvinrent aussi par terre. C'était un Eden que les Sémites du désert venaient de découvrir, et les traditions lui ont conservé ce nom. Les nouveaux venus y rencontrèrent des peuples d'agriculteurs, de chasseurs et de pêcheurs, avec lesquels ils se mélangèrent lentement, par le sang comme par les usages,

les uns et les autres mettant en commun leurs connaissances ; c’est ainsi que se forma ce peuple Suméro-Akkadien que l'Histoire nous montre complètement constitué dès longtemps avant le quatrième millénaire.

Mais, avant que se constituât l’unité, la lutte fut âpre entre les divers éléments ; car à la barbarie des débuts qui privait les Sumériens de cohésion et permit l’infiltration sémitique succéda, pendant de longs siècles. la guerre entre petits Etats déjà très développés : Kich, Ourouk, Our- Lagach, Adad, Mari, et beaucoup d’autres principautés dont nous ignorons encore les noms entrent en scène dès l’aurore de l’histoire : les unes sont Sumériennes, les autres Akkadiennes, d’autres dépendantes comme l’'Élam : et tout ce monde se bat avec acharnement.

Jene reviendrai pas sur les vieilles traditions chaldéennes que tout le monde connait, sur l’histoire fabuleuse de ces héros des premiers âges, de ces dieux, qui tous furent des hommes, sur lesquels l’imagination chaldéenne a concentré tous les progrès qui se sont réalisés au cours de ces siècles éloignés. Je ferai remarquer seulement que les plus anciens documents historiques montrent qu'en Chaldée, comme en Élam, ont existé, dès cette époque, de puissants empires féodaux, et qu’il a fallu bien des siècles pour que s'établisse un pareil régime gouvernemental. À

Quand les premiers colons sumériens sont arrivés en Chaldée, le sol des embouchures du Tigre et de l’Euphrate sortait à peine des eaux; ce n'étaient encore qu'iles boueuses, que bancs de vase découverts seulement à marée basse, qu’étangs et lagunes. C’est sur ce terrain si morcelé que se sont établis les nouveaux venus, partagés eux-mêmes en groupes, en tribus, et il en est résulté que ces clans, peu à peu, se transformèrent en principautés. Là, dans les conditions naturelles de la colonisation voulues par les progrès du sol sur la mer, est l’origine de la féodalité que nous voyons sous Sargon d’'Agadé, sous Naram-Sin, alors que sous Hammourabi l’unification de l’autorité a déjà fait de grands progrès; peu à peu le gouvernement tend vers le pouvoir absolu d’un seul, forme de la royauté, qui, quelques millénaires après Sargon l'Ancien, fera la force de lP’Assyrie.

Ainsi c’est à des phénomènes naturels, à l’asséchement du sol arabe qu'est bien certainement due la conquête de la Chaldée par les Sémites, : fait d'importance capitale dans l’histoire du monde, dont les conséquences ont dominé pendant des milliers d’années et dominent encore au point de vue moral la marche de l’humanité. À quelle époque s’est produite cette invasion pacifique, pendant combien de siècles, de millénaires, peut-être, a-t-elle duré ? Nous l’ignorons ; mais le début de ce mouvement doit être prodigieusement ancien, car c’est de la Chaldée suméro-akkadienne qu’est assurément partie la vague civilisatrice qui a couvert l'Égypte et, quand

les Asiatiques se sont présentés dans la vallée du Nil, ils possédaient déjà une culture très avancée. |

Une hypothèse plus récente, qui rencontre un certain nombre d’adeptes, place dans la région méditerranéenne de la Palestine et de la Syrie, le berceau de la famille sémitique, s’appuyant uniquement sur ce que le pays d’Akkad est situé sur l’Euphrate en aval de celui de Choumir et à l'appui de cette opinion l’on peut joindre, qu'après les cataclysmes quaternaires, la Syrie a peut-être joué le rôle de « district de survivance »; mais ces deux raisons ne paraissent pas être suffisantes, quand on les met en opposition avec celles en faveur de la thèse arabe ; il se peut que les bandes de Sémites arrivant de la péninsule, soient venues à Akkad par terre aussi bien que par mer.

Si les Akkadiens étaient descendus de la région amorrhéenne leur migration se serait produite postérieurement à l’apparition du métal en Syrie, sans quoi l’on rencontrerait en Babylonie des restes d'une civilisation néolithique pure, et l’on trouverait dans le Liban et le Haurân des traces de leur séjour et de leur passage, tout au moins dans les traditions ; or, nous ne possédons rien de ce genre.

De plus, dans cette hypothèse, les plus anciens habitants de Kich et d’Ourouk, venus très barbares en Chaldée, se seraient affinés au contact des Sumériens ; puis longtemps après leur exode seraient’retournés en Amourrou pour, de là, passer en Égypte; car l’affinité chaldéenne de la culture prépharaonique ne peut faire aucun doute. Il en résulterait aussi que la civilisation israélite ne dépendrait plus uniquement de la Babylonie mais que les vieilles traditions de la Genèse pourraient, au contraire, être d’origine sumérienne, c'est à-dire asianiques, plutôt même qu’amorrhéennes.

J’arrêterai là ces considérations sur les mouvements des peuples de parler sémitique et indo-européen, après avoir montré que ces grands déplacements de masses humaines sont les conséquences de phénomènes naturels et complètement indépendants de la volonté des hommes. Il n'était pas possible de m’étendre ici sur tous les détails de ees importantes questions. Toutefois, j’en ai dit assez, je l'espère, pour que le lecteur se rende compte de la valeur scientifique des faits sur lesquels je m’appuie; car ce sont des faits réels, indiscutables, pour la plupart tirés d'observations géologiques et métérologiques qui m'ont servi de base, et non des hypothèses.

Ainsi,en ce qui regarde les débuts de l'humanité sur notre globe, c’est aux phénomènes naturels qu'il faut s'adresser pour expliquer la conduite des peuples ; parce que plus l’homme est primitif, et moins il lui est aisé de se soustraire aux lois de la nature. Plus tard, quand il a évolué, sa résis-

tance à ces lois devient pour lui d'autant moins ardue que sa culture est plus développée, et ses propres volontés jouent, en même temps, un rôle de plus en plus important, jusqu’à devenir en bien des circonstances la! seule cause de ses actes. Si les Sémites ont conquis la Chaldée, si les Indo-Européens ont envahi l'Europe, la Perse et les Indes, c’est qu’une volonté surhumaine les y obligeait : mais si les Macédoniens se sont rendus maitres de toute l’Asie antérieure, c’est que le monde hellénique avait à défendre ses libertés contre la soif de pouvoir des Asiatiques, c’est qu’ils avaient à venger l’incendie du sanctuaire d’Athéna, c’est parce qu’Alexandre le Grand personnifiant les volontés de son peuple, l’a voulu. Si de nos jours les’ nations européennes s'emparent des colonies et anéantissent leurs légitimes possesseurs, c’est pour satisfaire leur cupidité; aucune excuse ne peut être trouvée dans les lois naturelles pour leurs attentats contre la plus élémentaire morale. On alléguera qu'il est nécessaire de fournir des débouchés à la surpopulation, des nations prolifiques, mais cette surpopulation, elle-même est voulue, calculée; elle est l’un des moyens politiques les plus sûrs, pour en arriver à déposséder ses semblables de leurs biens, pour parvenir à l’hégémonie mondiale.

Depuis quelques siècles à peine qu’elle est connue des Européens, l'Amérique du Nord a vu sa population s’accroitre de cent millions d’habitants; dans un siècle ou deux, il lui faudra, après avoir été le réceptacle du surplus de l’ancien monde, chercher elle-même à déverser au dehors son excès de population, de nombreuses nations plus faibles qu’elle disparaitront alors, et le jour viendra, où les continents habitables pour des gens de notre état physique ne seront pas assez vastes pour contenir l'humanité, pour la nourrir. Dès lors, s’il ne survient pas de cataclysmes, comparables, pour leurs effets, à ceux des temps quaternaires, surgiront de nouvelles nécessités naturelles, inéluctables, d’une autre nature que celles qui ont été la cause des premières mêlées des peuples, mais dont les résultats seront encore de précipiter les masses humaines les unes contre les autres. Les horreurs de la Grande Guerre, dans laquelle vingt millions d'êtres ont perdu la vie, ne sont que des avant-coureurs des effroyables tueries que ménage à l'humanité ce que nous sommes convenus d’appeler le Progrès. L'Histoire n’est qu'un perpétuel renouveau, parce que les lois de la nature sont immuables ; et quand l’homme parvient à les vaincre, cette victoire n’est qu'apparente, passagère, les difficultés, les dangers, les menaces se représentent, et se représenteront toujours, quelque temps après leur prétendue défaite, se montrant plus impérieuses que jamais.

Mais le bon sens, l'examen du passé, l'étude des phases diverses de l’évolution humaine, des effets et de leurs causes, se répandant de plus en

plus, il est à espérer que l’homme lui-même, prévenu, averti par les exemples des siècles écoulés, saura faire naître les moyens de détourner de sa tête les périls dont il sera menacé.

Quoi qu'il en advienne, n'est-il pas bien curieux de voir que les grandes lignes de l’évolution humaine sont dues à deux grands phénomènes naturels : à la sécheresse qui a contraint les Sémites à sortir de leur péninsule, et au refroidissement de la Sibérie, obligeant les Indo-Européens à quitter leurs steppes. De nombreux millénaires se sont écoulés depuis les temps auxquels ont débutéces mouvements et, malæré les siècles, le monde moderne est encore régi par ces phénomènes, dont le souvenir s'était perdu dans la nuit des temps, et qu'aujourd'hui seulement les progrès de la science permettent de tirer de l'oubli.

Avant d’en finir avec ce chapitre déjà trop long à mon gré mais qui, je crois, était indispensable dans tous ses détails, il me parait utile de rappeler en quelques lignes les principaux résultats acquis dans les pages qui précèdent puis de parler sommairement de quelques peuples et de régions dont il n’a pas été question ci-dessus. Le lecteur sera, je le crains, quelque peu fatigué par certaines redites, mais l'importance du repeuplement du Globe est si grande que je le prie de m’excuser des détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer. |

J'ai dit que certains auteurs ont fait des Sémites des peuples venus du Nord, alors que d’autres les considèrent comme aborigènes de la péninsule arabe et je partage cette dernière opinion, parce que les pays du Nord de l’Arabie, la Mésopotamie et le plateau iranien ne me semblent pas avoir été propices au passage d’un peuple se rendant du Nord dans le Midi du Proche-Orient. 11 a fallu bien des siècles, des millénaires, pour que le plateau iranien devint habitable après le départ des neiges et, comme la Mésopotamie, la Chaldée et l’'Elam, ce qui en place la colonisation à une époque très tardive, la Perse a reçu pour premiers colons des gens en possession du cuivre.

Si les Sémites étaient venus du Nord, ce n’eût pu étre qu'au temps de l’industrie paléolithique, or cette industrie n’existe pas dans ces régions, puisqu’à cette époque le plateau iranien, celui de l’Arménie et le Grand Caucase étaient, nous l’avons vu, couverts de neige. Il y a donc, comme on le voit, des impossibilités matérielles pour une migration s’opérant du nord au sud à moins que ce mouvement soit antérieur aux phénomènes glaciaires, c’est-à-dire pliocène.

Dans l’Asie antérieure, comme partout ailleurs, les grandes inondations quaternaires ont complètement transformé la surface du globe, les

‘forêts ont été arrachées, les habitants et les animaux dispersés ou noyés, les prairies se sont recouvertes d’une couche plus ou moins épaisse de

galets ; bref, les pays envahis par les eaux sont, pour la plupart, devenus

inhabitables.

Mais, en Arabie, comme en Europe occidentale, comme dans la région

de l’Atlas, les contreforts des chaines montagneuses avaient échappé au

cataclysme et conservé les avantages qu’ils possédaient jadis, quant à l'habitat de l’homme et des animaux. C’est là que se sont développées les tribus des survivants qui, peu à peu, ont formé les divers groupes humains dont nous descendons, d’où descendaient les Asianites, les Sémites, les Ibères, les Africains du Nord, etc.

Or il advint que lentement le climat du Nord de F ne! de l'Égypte, de la Mésopotamie, de l’Asie centrale (1), s’est modifié, la sécheresse a gagné (2), j'en ai cent fois rencontré les preuves dans les régions que je viens de citer ; les ruisseaux se sont lentement asséchés, et l’homme, après avoir remonté leur vallée, pour se procurer l’eau, après s’être établi de plus en plus haut dans les ravins, a dù chercher ailleurs sa vie, et finalement s’est exilé, quand la source s’est définitivement tarie. Innombrables sont les points où l’on voit les vestiges des campements néolithiques et énéolithiques dans les vallons et près des sources aujourd’hui asséchées.

C’est cette pénurie d’eau qui, dans bien des cas, a été la cause de migration de tribus entières et, bien certainement, l'invasion lente de la Chaldée par les Akkadiens n’a pas eu d'autre cause. Suivant les traditions conservées par les textes cunéiformes, c'est par mer que seraient arrivés les envahisseurs, apportant avec eux, aux Sumériens, des notions nouvelles. C’est done des côtes méridionales du golle Persique que seraient venus les Akkadiens.

La pénétration semble avoir été très pacilique. Sumériens et Akkadiens réunirent leurs connaissances pour former cette civilisation chaldéenne qui, vraisemblablement, fut la plus ancienne du monde. Et l'Arabie s’asséchait toujours, elle s’assèche encore aujourd’hui, en sorte que les territoires habitables de la péninsule diminuant peu à peu d'importance, l’émigration vers les districts de l’Euphrate et du Tigre se poursuivit, prenant d'années en années plus d'importance.

C'était un pays merveilleux que la plaine des deux fleuves, plus merveilleux encore pour les Sémites privés d’eau dans leur patrie, que pour les Sumériens et les Élamites, accoutumés à recevoir de si grands biens : aussi les Sémites en ont-ils l'ait le Paradis terrestre. De nos jours encore,

(1) Sur l'asséchement de l'Asie centrale : con- sion des forêts et l'abandon d'une foule de points, sulter ELLSWORrT-HuNTINGTON (The rivers of chi- jadis habités, mais d'où l'eau a disparu, situés nese Turkestan and the dessicalion of Asia, ds. dans des régions qui, au moyen âge encore,

Geogr. Journ., XX VIII, 1905, p. 361 sq.), voyageur étaient très fertiles. dont les conclusions sont basées sur la régres- (2) Pline (ist. Vat., VI, 28 S 145).

les poëêtes orientaux chantent la fraicheur de ses eaux, la douceur de ses ombrages, l'abondance de ses fruits.

Mais de très sérieux indices, fournis par l’étude des langues, montrent que dès les temps fort anciens, l'Arabie elle-même avait subi une contamination de la part de gens venus de la Mésopotamie. On trouve, en effet, dans l'Hadramant, des traces linguistiques asianiques nombreuses et indiscutables. Il existait donc des relations très anciennes entre la Chaldée et les côtes de l'Arabie, relations dont nous ne pouvons pas encore préciser

ST Maximum de l'expansion sémrtique.

| Habitat oe /2 race sémitique Zone d'influence sémitigue.

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l’époque ni la nature. D’ailleurs, il apparaît de plus en plus clairement, aujourd’hui, que pendant une longue succession de siècles, les Asianites sont sortis de leur milieu pour se répandre vers l'Orient et vers les pays méditerranéens (1). Ces révélations, que nous devons aux belles études linguistiques de M. C. Autran sont encore malheureusement bien incomplètes, mais elles font pressentir l'existence de mélanges qui compliquent singulièrement les études sur les origines.

D'où venaient les Choumériens, quand ils ont colonisé la Chaldée à peine sortie des flots de la mer; d’où venaient les premiers Élamites? Nous l’ignorons encore ; mais un jour viendra où, dans les régions de l'Asie an-

(1) Cf. C. AuTran, Tarkondémos.

térieure, où la vie a pu se conserver au cours des cataclysmes quaternaires, l’on trouvera les premiers essais de cette fameuse poterie susienne qui étonne par l’habileté, le goût et la stylisation dont elle témoigne chez des peuples aussi anciens et, en réalité, si peu primitifs.

A quelle époque a commencé la migration des Sémites vers la Chaldée; nous ne pouvons nous en faire aucune idée, parce que larchéologie de l’Arabie est encore complètement inconnue. Mais cette date ne peut être que fort ancienne, on la doit évaluer en millénaires.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la plaine des deux fleuves, les Sémites rencontrèrent des populations asianiques possédant déjà un degré de eulture très avancé, mais d’une civilisation différente de la leur. Elles étaient nombreuses les tribus qui avaient colonisé la Mésopotamie et la Chaldée, les Susiens et peut-être déjà les Cosséens habitant le pied des montagnes et les contreforts mêmes des grandes chaînes iraniennes. Toutes ces tribus, d'origines probablement diverses, venaient du nord, puisque le plateau persan était encore inhabitable, Elles furent d'abord subjuguées pacifiquement, semble-t-il; mais les Sémites apportaient avec eux l'esprit de conquête et de domination, ils s’emparèrent du pouvoir sur la Chaldée. Il se forma une foule de principautés autonomes, et les querelles entre roitelets causèrent de fréquents recours aux armes.

Ce régime demeura jusqu’au moment où un chef plus puissant que les autres, plus ambitieux, ayant réduit les principautés sauméro-akkädiennes à son obéissance, l'empire chaldéen s'est fondé. Le premier de ces empereurs dont le nom soit parvenu jusqu’à nous est Sargon d’Agadé, dit « l'Ancien », qui régnait au xxxvin® siècle avant notre ère. Peut-être a-t-il eu des prédécesseurs que de nouveaux travaux de fouilles nous feront connaître.

Quoi qu’il en soit, en Chaldée comme dans la vallée du Nil, l’incubation du régime impérial fut certainement de très longue durée, et ne se fit pas sans allumer des guerres et des conflits sans nombre. Bien des roiletets sémites, régnant sur de petits États suméro-akkadiens, s’efforcèrent de conserver leur indépendance, et c'est probablement à la suite de ces luttes sans merci, que certaines tribus, abandonnant leur patrimoine, remontèrent le cours de l’'Euphrate, et gagnèrent la vallée du Nil.

Chemin faisant partout, en Asie, ils rencontrèrent des Asianites. Dans la vallée du Nil ils trouvèrent un mélange dans lequel entraient probablement des Libyens, d’autres Africains, des Asianites, peut-être quelques Sémites, très barbares. Là, les Suméro-Akkadiens se seraient, peu à peu, soudés avec l’ancien fond pour établir en haute Égypte les mœurs et les usages précurseurs des gens qui devaient préparer le régime pharaonique ; c’est là probablement qu'ils entrèrent en contact avec les

Cha-sou-Ha qui paraissent n’avoir été qu’une tribu indigène, plus puissante que les autres et plus avancée, mais non pas un peuple venu de loin.

D'un autre côté, il ne fait pas de doutes qu’à bien des reprises les émigrés choumero-akkadiens se sont présentés aussi bien dans la vallée du Nil, que sur les rivages du Liban et que là, en Syrie, ils ont fondé plusieurs autonomies. Nous reviendrons plus tard sur l'importance désignée pour nous, sous le nom historique de Phéniciens (gcvixec), mot qui ne se rattache à aucun vocabulaire des langues connues et par conséquent n'apportant aucun horizon à cette question si ardue des origines.

Parmi ces peuples anaryens et non sémites dont, dans les récits de campagnes des rois de Ninive, on retrouve les noms et dont nous parlent les écrivains hellènes, ceux qui nous sont le plus connus sont les Lydiens, les Lelèges, les Cariens, et enfin les Troyens. Tous, géographiquement, très voisins et congénères de Priam s'étaient rangés sous l'autorité du roi troyen pour lutter contre l’attaque des Achéens. Il s'était formé une véritable confédération dans le but de sauver la liberté des peuples asianiques (1).

Si nous en croyons Athénée (2), Aristote (3), Didyme (4), les Cariens étaient des gens fort industrieux et déjà très avancés dans le progrès, quand ils entrèrent en contact avec les Hellènes. Ils exploitaient les plages riches en coquilles de pourpre et tiraient de ce produit des teintures renommées (3). Ce sont eux à qui l’on accorde la construction des premiers navires légers pour les transports, mais leur principale occupation était celle des travaux de luxe qu'ils exécutaient avec beaucoup de goût, les armes qui sortaient de leurs ateliers étaient réputées; leurs sculptures en ivoire faisaient prime sur les marchés, de même que les beaux harnais et les pierres précieuses qu’ils taillaient fort habilement. Cette nation était guerrière, maritime, savante, artiste, commerçante, métallurgiste et versée dans la connaissance des étoiles.

C'était le degré de civilisation des Cariens et, par suite, de beaucoup des Asianites à l’époque de la guerre de Troye, mais certainement cette culture était déjà fort ancienne, et l’on est amené à penser que les Sémites, quand ils se présentèrent en Syrie, rencontrèrent des autochtones presque aussi développés qu’eux-mèmes, peut-être même beaucoup plus; mais ils apportèrent des idées nouvelles.

Est-il admissible de penser que la première étape de civilisation des

(1) Voir au sujet des Asianiques le remarquable Assyriens. La date de la publication, 1889, fera

mémoire de M. C. AUTRAN, les Phéniciens, Paris, excuser les nombreux passages qui méritent la 1920, et mon étude sur les peuples du Caucase critique.

(Mission scientifique au Caucase, t. Il, 1889, Re- (2) ATHÉNÉE, I, 28 c., XIII, 560. d.

cherches sur les origines des peuples du C'aucase) (3) AristToTE, De Anim. Hist., liv. XV, chap. xy, ouvrage écrit dans le même esprit, mais en m'ap- S547 a el S 548 b.

puyant surtout sur les récits de campagnes des (4) Dinyme, Comm. in Zliad., IV, v. 142.

Asianites s’est trouvée dans l’Asie antérieure, et qu'en colonisant ces immenses régions dévastées par les grandes inondations quaternaires, ils aient rencontré quelques habitants disséminés çà et là dans les districts où leurs pères avaient été sauvés ? Nous avons vu qu’en Égypte, en Mésopotamie, le désert s’était fait après le cataclysme, alors qu’en Tunisie la survivance de l’homme s’affirmait par la présence d’industries archéolithiques. Peut-être en est-il de même pour la Syrie : mais il est aujourd hui avéré que les colons de l'Asie mineure, de l'Égypte et de la Mésopotamie ont trouvé la solitude dans ces pays.

Qu’étaient ces colons asianiques, et comment sont-ils venus, nous

l’ignorons. Au point de vue anthropologique, c’étaient des Méditerranéens dont la migration a été de beaucoup antérieure aux grands mouvements des peuples sur mer comme sur terre, opposé aux apparitions très fréquentes des Sémites dans le nord-ouest de l’Asie antérieure, et à fortiori à celle des Indo-Européens.

Les mouvements des peuples indo-européens et sémites ont donc, à mon sens, été imposés par les lois de la nature, et ces lois, il serait, je crois, nécessaire d’en préciser les erreurs dans les phénomènes astronomiques, météorologiques et magnétiques, dans le changement du nord vrai, par celui du nord magnétique et par le transport du pôle du froid à 115° du point où il se trouvait aux temps glaciaires, mais une semblable étude entrainerait au delà des limites que j’assigne à cet ouvrage.

Dans cette étude sur le repeuplement de la terre, j'ai été obligé bien des fois de me redire, de parler de questions qui seront traitées à fond au cours des pages qui vont suivre, en aborder bien d’autres qui paraissaient ne devoir jamais figurer dans une discussion de cette nature, mais je n'ai pas reculé devant ces répétitions, pour éviter au lecteur le soin de faire des recherches dans les autres parties de cet ouvrage. Le thème est fort ardu et il me fallait user de tous les moyens pour éclairer le lecteur.

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