‹ La Prehistoire orientaleChapitre 59 sur 308 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le

Les Kamtchadales et les peuplades préhistoriques.

Kamtchadales et Magdaléniens.

Introduction. — Dans la plupart des ouvrages traitant des mœurs et des industries des peuples préhistoriques, on trouve des comparaisons fort instructives entre les usages de jadis et ceux des primitifs qui vivent encore de nos jours; mais, dans ces livres, le motif principal étant la pré- ‘histoire, les auteurs ne parlent que des faits modernes se rapprochant de ceux des temps passés, laissant ainsi de côté une foule de questions, parce qu'ils n’ont pas trouvé motif d’en parler. Dans l’étude qui suit, je prends, au contraire, pour base une peuplade moderne, dans les mœurs et usages de laquelle je cherche les survivances des temps antérieurs à l’histoire.

E. CarraizHac, en terminant les conelusions de son beau mémoire sur les Grottes de Grimaldi (Baoussé-Roussé) [t. IT, fase. Il, 1912, p. 319, dit avec regrets : « Les sauvages ne manquent pas, dans le monde, mais nulle part ce ne sont vraiment nos primitifs. Un immense passé est à jamais perdu. » Je ne partage qu’en partie l’avis de mon regretté confrère : certainement les sauvages modernes ne sont pas en tous points semblables à nos primitifs préhistoriques, mais en choisissant judicieusement les peuplades, les pays et le degré de. culture, on peut établir des parallèles capables de faire comprendre quelle était la vie aux temps passés.

J'ai choisi les tribus kamtchadales, parce que ces gens, quand pour la première fois on est entré chez eux, n'étaient ni agriculteurs, ni éleveurs; ils vivaient uniquement de leur chasse et de leur pêche, ne connaissaient ni l'usage des métaux, ni le tissage, ni la poterie, tout comme nos devanciers de l’industrie archéolithique, et parce que les conditions naturelles de leur vie, par suite du climat de leur pays, les rapproche le plus qu’il est possible des temps où dans l'Occident de l’Europe florissait la culture magdalénienne.

Je n'ai pas pris pour base de mon étude le célèbre ouvrage de Parras | Description de toutes les nations de l'empire de Russie, 1776] mais bien

le compte rendu de l’expédition de KRASHENINIKOFF et STELLER, paru sous le titre d'Histoire de Kamtchatka, parce que cette expédition est d’environ cinquante ans antérieure à celle de PaLLAs et, par conséquent, a relevé des faits beaucoup plus rapprochés de l’état dans lequel vivaient les Kamtchadales, avant que leur pays fût découvert et envahi par les Russes.

Dans cette étude, je me suis attaché à extraire de l'Histoire de Kamtchatka tous les passages de nature à faire comprendre au lecteur quelle a été la vie de nos précurseurs archéolithiques dans l’occident de l’Europe, et j'ai joint à ces citations mes appréciations personnelles ; mais, afin de rendre cet exposé plus clair et plus complet, j'ai prié mes amis qui portent intérêt aux temps préhistoriques, d’y joindre de temps à autre leurs propres observations. Malheureusement 1l en est peu qui répondirent à mon appel. On trouvera ces remarques fondues dans le corps du travail, mais placées entre crochets et portant le nom de leur auteur, que je me fais ici un plaisir et un devoir de remercier très cordialement, en mon nom et au nom des lecteurs.

En 1733, l’impératrice Anne de Russie envoya, par voie de terre, plusieurs savants pour explorer les côtes de la mer Glaciale et Pextrême pointe septentrionale de la Sibérie Orientale, c’est-à-dire le Kamtchatka, et de tous : les membres de la mission, un seul survécut, Érienxe Kaasuexinikorr. Les autres ou bien moururent en route, ou bien s’installèrent à Yénissei et n’en bougèrent plus. Un autre jeune homme se dévoua, mais à peine était-1l de retour en Russie, qu’il mourut de la fièvre, à Toumen, en 1745, n'ayant pas encore eu le temps d'écrire les résultats de son expédition, mais laissant toutes ses notes à son camarade KRasHENINIKOrr. Ce jeune explorateur se nommait GEORGE Wizciam SELLER. Les notes des deux missionnaires, mises en ordre, ont été publiées en langue russe par l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg ; puis, en 1767, a paru, à Lyon, chez Benoit Duplain, libraire, rue Mercière, à l'enseigne de l’Aigle, une traduction française anonyme, en deux petits volumes in-12, sous le titre d'Histoire de Kamtchatka, des îles Kurilski et des contrées voisines. KRASHENINIKOFF lui-même est mort très Jeune, à la suite des fatigues causées par cette longue, épuisante et dangereuse mission.

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