‹ La Prehistoire orientaleChapitre 7 sur 308 · AVANT-PROPOS V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS V

Si l’ethnographie a, sans discussion, droit de cité, il n’en est pas de même de la préhistoire dans l’opinion d’une grande partie du monde savant et c’est là une inconcevable distinction. Dès les débuts de cette science, les personnes qui s’y consacraient ont été l’objet de la risée des classiques ; on ne voulait pas croire, dans les milieux enseignants, qu’il faut posséder des connaissances très variées et très étendues pour se permettre d'aborder d'aussi délicates questions, considérations dont l’importance domine de toute sa hauteur les sciences historiques; car le problème, celui de nos origines, quand il sera résolu, entrainera des conséquences d'une gravité dont on peut à peine se faire idée. Les croyances religieuses en dépendent et, par suite, tout le système philosophique et moral sur lequel est basée toute notre civilisation.

En un sens, les détracteurs de la préhistoire n'étaient pas complètement dans leur tort; car une multitude d’ignorants s'étaient précipités sur cette science d'aspect superficiel facile et, aujourd’hui encore, les adeptes du caillou taillé sont innombrables; mais, bien que ce ne soient pas ces ignorants qui puissent s'attaquer au grand problème des origines humaines, leur utilité n’est pas à nier; ce sont eux qui fournissent les documents, qui découvrent les sites capables de renseigner quant à la vie de l’homme dans les temps qui ont précédé l’histoire. Le collectionneur de monnaies est-il plus intéressant, certes non, dans la plupart des cas. |

Il faut distinguer, entre les amateurs de pierres taillées et les hommes qui méritent le titre de préhistoriens, ceux qui, s’appuyant sur toutes les données que peuvent fournir les sciences diverses, cherchent à percer le mystère des premiers temps de l’homme.

Malheureusement, les véritables préhistoriens eux-mêmes manquent, pour la plupart, de méthode, ou du moins ont forgé de toutes pièces et de leurs propres mains les chaînes qui les tiennent attachés loin de la vérité. Quand on a la patience de relire toutes les revues et les principaux ouvrages publiés dans ces quinze ou vingt dernières années, on est surpris de constater que la tendance générale, chez les préhistoriens, est de chercher à faire entrer toutes les découvertes qui se font de par le monde, dans le cadre établi pour les régions occidentales de l’Europe, il y à un demi- “siècle environ. Ce ne sont, dans tous les pays, dans tous les travaux en toutes langues, qu’efforts d'imagination pour en arriver à des assimilations, plus ou moins heureuses, des industries des pays les plus éloignés avec celles dont l'existence a été reconnue dans nos contrées.

Dès lors, pour légitimer ces rapprochements, les auteurs n'hésitent pas à supposer des migrations sans nombre, des mouvements de peuples dans tous les sens, des mélanges de races, des conquêtes brutales, des imfiltra-

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