‹ La Prehistoire orientaleChapitre 63 sur 308 · VII. — Des occupations des hommes et des femmes · texte numérisé non relu

VII. — Des occupations des hommes et des femmes

Les hommes s'occupent, dans l’été, à pècher le poisson, et à le transporter dans leurs habitations, à préparer des arêtes et du poisson gâté pour la nourriture des chiens. Les femmes le vident et le font sécher ; quelquefois même elles accempagnent leurs maris à la pêche et, après qu’elle est finie, elles s'occupent à cueillir des herbes, des racines et des baies, tant pour leurs aliments que pour la médecine.

Dans l'automne, les hommes passent le temps à pêcher du poisson, à tuer des oies, des canards, des cygnes; ils dressent leurs chiens âu charroi, et préparent le bois dont ils

(1) T. IL, chap. vi, p. 125.

ont besoin pour leurs traineaux et pour d’autres usages. Les femmes s'occupent, pen-

dant ce temps-là, à cueillir leur ortie, à la monder, à la piler et à l’enfermer dans leurs balagans.

Dans l'hiver, les hommes vont à la chasse des renards et des martres : ils font leurs filets, leurs traineaux, fendent du bois, et vont chercher les provisions qu'ils ont préparées pendant l'été, et qu'ils n’ont pu emporter chez eux dans l'automne. L'occupation des femmes est de filer du fil pour faire des filets.

On admet généralement que le tissage date de l’industrie néolithique, parce qu’on a trouvé des fragments d’étoffes dans les palalittes ; mais ces découvertes ne prouvent d'aucune manière que le filage de la laine, du poil des bêtes et des plantes textiles n’était pas connu bien longtemps avant l’époque des cités lacustres. Nous voyons les femmes kamtchadales faire des fils d’orties pour les filets de pêche, pourquoi ne pas admettre que les Occidentaux mésolithiques; et même archéolithiques, n’ont pas eu également la pensée de tirer parti de l’ortie, du lin sauvage, d’autres plantes textiles encore, et du poil des animaux que les hommes tuaient à la chasse : ours, bisons et autres bêtes, chaudement vêtues par la nature, en ces temps de grand froid. La présence des étoffes dans les palalittes n’est donc, très vraisemblablement, que la première page de ce qu’il nous reste de l’histoire du tissage, tout le commencement du Hvre étant déchiré.

Il y a peu de plantes d’un usage plus général que l'ortie; car, n'ayant pas de chanvre, ils ne pourraient sans elle avoir des filets pour pêcher, et ils mourraient de faim. Ils la cueilleut dans les mois d'août et de septembre, el la mettent sécher à l'ombre. Pour la préparer, ils la coupent d’abord avec les dents, ils la pèlent et la battent ; ils la cardent ensuite et la filent entre leurs mains, entortillant le fil autour d'un fuseau. Ils se servent : de ce fil pour coudre, mais ils le doublent etle tordent pour faire leurs filets ; avec toute

cette précaution, il est rare qu'ils durent plus d’un été. Il est vrai qu’ils ne savent pas la préparer, et qu'ils ne font ni rouir l’ortie ni bouillir le fil qu'ils en tirent (1).

Nous ne possédons pas de renseignements sur la nature des provisions que pouvaient emmagasiner pour l'hiver les gens de nos cavernes. Cependant les amas de coquilles de certaines cavernes du Nord de l'Afrique et du Midi de la France sont probablement des restes, des détritus de provisions alimentaires ; mais il tombe sous le sens que, comme les Kamicha-

-dales, ils ne s’exposaient pas à mourir de faim. Viande boucanée et fumée, poisson séché ou également fumé, baies et fruits, noix, graines, herbes comestibles, oignons, tubercules, racines qui, à l’état frais, entraient dans la nourriture, devaient forcément être mis de côté pour le temps où la nature est endormie : c'était pour une part le travail des femmes, mais aussi celui des hommes qui, revenant de la chasse, ne rapportaient que les parties utiles du gibier : la peau, le râble, les cuisses

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et les épaules; tout le reste de la bête, ils l'avaient laissé sur le terrain de chasse, l’abandonnant aux loups.

Seuls les peuples habitant les contrées sans hiver peuvent négliger de faire des provisions ; mais ce n'était pas le cas dans nos régions où depuis la disparition des glaciers, le froid sévissait très rudement.

Au printemps, lorsque le dégel vient et que le poisson, qui avait passé l'hiver dans les rivières, commence à regagner la mer, les hommes s’occupent à le prendre, ou à donner la chasse aux animaux marins qui ont continué de fréquenter les baies dans ces temps-là. £e

Toutes les femmes vont aux champs pour cueillir de l'ail sauvage et d'autres plantes, non seulement pour suppléer aux provisions qui leur manquent, mais même pour s’en régaler. Elles wiment si fort les herbages que pendant tout le printemps elles en ont toujours dans la bouche, et quoiqu’elles les rapportent chez elles par brassées, à peine en ont-elles pour un jour.

Outre les occupations dont je viens de parler, les hommes sont obligés de construire leurs huttes et leurs balagans, d'allumer du feu, d'apprêter leurs vivres, de donner à manger à leurs chiens, d'écorcher les animaux, dont les peaux leur servent d’habits, de préparer leurs ustensiles (de pêche et de chasse) et leurs armes. Les femmes font à la fois l'office de tailleur et de cordonnier ; elles préparent les peaux, font les habits, les bas et les souliers. Les hommes tiennent à déshonneur de s’en mêler ; et cela est si vrai qu’ils méprisèrent les Russes lorsqu'ils les virent manier l'aiguille et l’alêne.

Ce sont aussi les femmes qui teignent les peaux, qui font les sortilèges et qui pansent les malades.

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