VIII. — De la préparation des peaux
Voici la manière dont elles fannent, teignent et cousent les peaux easemble : Elles n’ont qu'une seule manière de préparer celles dont elles font des habits, telles que celles des bêtes fauves, des veaux marins, des chiens et des castors. Elles commencent par les mouiller et les étendre après quoi elles ratissent avec une pierre (racloir) la graisse et les vaisseaux qui s’y trouvent. Elles les frottent ensuite avec du caviar (œufs de poissons), et les foulent avec les pieds, jusqu'à ce qu’elles commencent à sentir ; elles les ratissent une seconde fois, continuant ainsi jusqu’à ce qu’elles soient bien nettes. La préparation est la même pour celles qu'elles veulent tanner. Elles les pendent ensuite à la fumée pendant une semaine ; et après les avoir trempées dans l’eau chaude, pour en faire tomber le poil, elles les frottent avec du caviar, elles les foulent et les râtissent avec des pierres, et les rendent très propres et très souples.
Si les travaux des hommes exigent une inlassable persévérance, on voit que ceux des femmes ne leur eèdent en rien. Il faut des semaines et des semaines pour préparer quelques peaux par ces procédés. Quant aux instruments, ils sont des plus primitifs : quelques lames d’obsidienne, et des racloirs appropriés aux diverses phases du travail ; voilà qui explique la grande abondance des racloirs dans les stations de toutes les époques. Dans les Kjoekkenmoeddingers de l'Égypte, les racloirs sont nombreux, alors qu'on n’en trouve pas en Susiane et en Chaldée et qu’ils sont rares
(1) T. IE, p. 128.
dans le nord de l’Afrique. En doit-on conclure qu’en Égypte on travaillait les peaux et pas en Chaldée et dans l’Élam? Il est impossible de suggérer quoi que ce soit à cet égard ; car lesraeloirs ont pu, comme au Mexique (1), être affectés à d'autres usages, mais il est à remarquer que dans tous les pays du Nord, c’est-à-dire dans les pays froids, les racloirs sont, à toutes les époques, infiniment plus nombreux que dans les contrées chaudes.
Elles teignent les peaux des bêtes fauves et des chiens avec de l'écorce d’aune bien pulvérisée, maïs elles ont une méthode particulière pour teindre celles des veaux marins, dont elles font des habits, des chaussures et des courroies pour lier leurs traîneaux, Après en avoir ôté le poil, elles en font des sacs dont le côté du poil est tourné en dehors. Elles mettent dedans une forte décoction d’écorce d’aune ; et, après qu'elle y est restée quelque temps, elles les pendent à un arbre, et les battent avec des bâtons, continuant cette opération jusqu'à ce que la couleur les ait entièrement pénétrées ; elles ouvrent les sacs, elles les font sécher à l’air, et les frottent jusqu’à ce que la peau soit bien souple. Ces peaux ressemblent à celles des chèvres. Elles teignent le poil des veaux marins dont elles ornent leurs robes et leurs souliers, avec de l'écorce d’aune, de l’alun et du lac lünae : ce qui donne une couleur très vive. Elles se servent d’aiguilles d’os, et au lieu de fil de fibres de bêtes fauves qu’elles amenuisent au point qu'elles veulent,
Elles se servent de la peau des poissons qu’elles ont fait sécher, et surtout de celle des baleines pour faire de la colle. Elles en mettent un morceau dans de l'écorce de bouleau, et la laïssent quelque temps sur la cendre chaude.
Nous ne possédons aucun renseignement sur l’usage que les hommes quaternaires de l’Europe faisaient des [peaux des animaux qu’ils tuaient à la chasse, l'existence des aiguilles dès l’industrie solutréenne indique qu'on employait ces peaux, c’est tout ce que nous pouvons dire, aussi n’ai-je reproduit ce que dit KRASHÉNINIKOFF à ce sujet que pour montrer, d’une façon générale, comment les primitifs ont tiré parti des pelleteries.
© Nos Occidentaux n’ont probablement pas employé les mêmes méthodes que les femmes kamtchadales, mais bien certainement la préparation des peaux a joué un très grand rôle dans leurs occupations.
En dehors du vêtement, les peaux de bêtes servaient à une multitude d’usages, on en pouvait faire des tentures pour fermer les abris naturels et se protéger contre le froid; des tentes, en les étendant sur des bois piqués dans le sol, on les transformait en outres, en sacs, en lanières, en bretelles pour porter des hottes ; coupées plus finement, elles servaient à faire des lacets, des filets de chasse et non de pêche,car dans l’eau le cuir se ramollit et devient cassant.
Les nerfs étaient d’un grand usage. Plus ou moins finement divisés, ils fournissaient un fil très solide pour coudre les peaux et ces mêmes fils tordus donnaient des cordelettes, alors que les cordes plus fortes s’obtenaient avec de fines lanières de peau qu’on pouvait faire très longues et
(1) Au Mexique, le sabre-massue de bois, nommé maqua-huitt, était armé d'obsidiennes taillées en forme de racloir.
dont plusieurs tordues ensemble offraient une très grande résistance ; bien graissées, de pareilles cordes donnent des lassos d’une grande souplesse ;: mais nous ne savons pas si les Européens préhistoriques usaient de cet engin de chasse.
Tous les travaux de cuir peuvent s’effectuer à l’aide d'outils de silex, il suffisait de travailler avec persévérance. La peau de l'éléphant, celle du rhinocéros traitées avec habileté se transformait en plats, en écuelles, auxquelles on donnait la forme recherchée à l’aide de galets chauflés au feu qui, en racornissant les bords, les relevait.
Aujourd'hui que nous disposons des métaux, nous n'avons plus de raisons pour tirer aussi grand parti du cuir que le faisaient nos lointains précurseurs et, sans aucun doute, ces gens savaient rendre utile cette matière pour répondre à mille besoins que nous ne soupçonnons même plus aujourd'hui.
IX. — Les peuplades voisines des Kamtchadales. — Afin de compléter le récit de KRASHÉNINIKOFF, je citerai quelques passages du célèbre ouvrage de PaLras paru en 1776, au sujet de la vie des peuplades voisines des Kamtchadales. Les mœurs qu’il décrit sont plus barbares encore que celles dont il vient d’être question. On a déjà fréquemment cité ces curieuses descriptions ; mais je pense que, malgré cela, le lecteur me saura gré de de les reproduire ici. * |
PaLLas, dans son voyage aux pays du Nord, vit les Wogoules, retirés dans des cavernes, vivre uniquement de chasse et de pêche et, en cas de disette, concasser les os pour en extraire par la cuisson une sorte de bouillon. Or, toutes nos cavernes renferment de prodigieuses quantités d'os concassés certainement dans un but analogue.
Les Tchoutches, habitant le promontoire sibérien le plus avancé vers l'Orient, celui qui confine au détroit de Béring, vivaient alors dans des tanières souterraines et dans les antres des rochers, dont ils bouchaient l’ouverture en suspendant des peaux de renne devant l'entrée. Ils n'avaient aucun instrument de fer, ni de métal ; leurs couteaux étaient des pierres tranchantes, leurs poinçons des os eflilés, leur vaisselle de bois ou de cuir ; leurs armes, l’arc, la flèche, la pique et la fronde; les piques étaient armées d’os pointus.
Les femmes traitaient les peaux de la même manière que les Kamtchadales et, pour les coudre, faisaient également usage de nerfs de quadrupèdes préparés à ceteffet,et d’aiguilles faites d'os ou d’arêtes de poissons.
Non loin des Tchoutches et des Kamtchadales vivaient sur de petites iles, dans la mer de Béring, des populations encore plus sauvages, que PazLas désigne sous le nom d’insulaires orientaux. Ces hommes se nouris-
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saient de gibier et de poisson à la façon des précédents, et les femmes tannaient de même les peaux et les fourrures. Ils ne possédaient aucun animal domestique, pas même le chien, l’exiguité de leur domaine ne leur permettant pas l'usage du traineau. Leurs armes étaient garnies d’os pointus.
Mais là où ils diffèrent le plus des peuplades continentales est dans leur habitation, tanières souterraines longues de 20 à 100 mètres, larges de 6 à 10 mètres, divisées en compartiments, Là s’entassaient jusqu’à 300 personnes. D’autres passaient leur vie dans les antres des rochers ou dans des cavernes qu’ils s’efforçaient d’arranger de leur mieux, avec du bois flotté recueilli sur les plages (1), des peaux et des nattes.
À. — De l'habillement des Kamtchadales (2). — Nous n'avons pas à entrer 1c1 dans la forme du costume, parce que nous ne connaissons pas celle de nos précurseurs sur le sol de la Gaule, nous n’avons même pas de preuves matérielles qu’ils fussent vêtus avant le temps de l’industrie néolithique ; le bon sens, cependant, indique qu'ils ne restaient pas nus sous un climat aussi rigoureux, alors que la chasse mettait à leur disposition les peaux des animaux qu’ils tuaient. L'existence d’aiguilles, dès l’industrie solutréenne ne permet que des présomptions; car on pouvait coudre les peaux ensemble pour tout autre usage que pour s’en revêtir, mais augmente les probabilités. Tous les peuples des pays froids, sauf les Patagons sont chaudement vêtus, nous avons donc tout lieu de penser que les archéolithiques de l’Europe l’étaient également.
Ces peuples, dit notre missionnaire, sont tellement endurcis au froid, qu'ils dorment en plein air, et se réveillent aussi gais et aussi dispos que s’ils avaient couché dans un bon lit. Cela est si commun dans le pays, que j'en ai vu quelques-uns qui, s'étant couchés le dos découvert, vis-à-vis du feu, ont continué de dormir plusieurs heures, après même qu'il était éteint, sans en être incommodés (3). Ils ne pourraient cependant pas se passer de vêtements.
Leurs habits sont faits, pour la plupart de peaux de bêtes fauves, de chiens et d'animaux marins et mème d'oiseaux qu'ils mêlent avec les autres. |
Ils cousent, sur le dos de petites bandes de peau de différentes couleurs. [ls portent ordinairement deux habits ; celui de dessous a le poil en dehors. Ils choisissent pour celui-ci les peaux noires, blanches ou tachetée et dont le poil est le plus estimé, pour la beauté de ses couleurs.
Leurs habits d'été sont faits de peaux sans poil,ceux d'hiver. de peaux de bêtes fauves ou de bélier sauvage avec leur poil. Les Kouriles font leurs habits de peaux d'oiseaux marins et de bêtes sauvages et les Korékis de peaux de rennes.
e Les gens de l'Europe avaient à leur disposition les mêmes fourrures que les Kamtchadales, ou peu s’en faut.
(4) Les plages du Kamlichatka, de l'Alaska soul peu à peu entraînés vers le Nord. et des Îles sont couvertes de Lroncs d'arbres (2) T° LI, chap: var, p.132: apporlés par les courants marins. Ces arbres, (3) T. 1, p. 154.
arrachés par les fleuves débordés d'Amérique.
Leur chaussure est faite de différentes sortes de penax. En été et dans les temps de pluie, ils se servent de peau de veau marin, dont ils mettent le poil en dehors ; mais ils emploient communément la peau des jambes des rennes, et quelquefois celle d’autres animaux qu'ils choisissent les plus velus qu’ils peuvent, pour mieux se garantir du froid. La semelle est faite de peau de veau marin blanc, l'empeigne de cuir teint et la partie qui couvre la jambe, de cuir ou de peau de veau marin teinte (1).
Nos préhistoriques, sauf ceux établis sur les côtes, ne disposaient pas de peaux d'animaux marins pour faire les semelles de leurs chaussures, mais la peau d’éléphant et de rhinocéros pouvait avantageusement remplir le même but.
En hiver ils portent des bonnets de fourrure, en été des espèces de chapeaux d'écorce
de bouleau qu'ils lient autour de leur tête. Ceux des Kouriles sont faits de paille batlue. Les femmes portaient des perruques.
Je n’ai pas besoin de dire que nous ignorons quelle était la coiffure de nos précurseurs. Le seul document que nous ayons à cet égard est la joke tête d'ivoire de Brassempouy (Landes) (2) portant soit une perruque à la mode égyplieane, soit les cheveux calamistrés.
XI. — De la pêche (3). — La pêche est la grande ressource d’uné multitude de peuplades primitives, et toujours il en a été ainsi, elle est même d’un grand secours pour les populations dans beaucoup de pays civilisés, telle la Chine ; mais beaucoup d’États ne protégeant pas le poisson, aussi bien le poisson de mer que celui des rivières, il-s’en suit un appauvrissement très regrettable de cette précieuse ressource; en France, aujourd’hui les cours d’eau sont ravagés, et quelques-uns complètement dépeuplés, les côtes elles-mêmes se ressentent fortement de l’insouciance des pouvoirs publics à cet égard. Je l’ai dit plus haut en parlant des poissons, les personnes qui n’ont pas vu les rivières des pays où les habitants péchent peu, souvent même pas, ne peuvent se faire une idée de ce qu’étaient les cours d’eau de nos pays aux temps préhistoriques.
On a écrit bien des volumes sur la pèche, aussi ne citerais-je pour ainsi dire que des notes prises dans l'Histoire de Kamtchatka sur des procédés qui ont pu être employés par nos lointains précurseurs et je ne parlerai que de la pêche dans les rivières.
Les Kamtchadales chassent les gros poissons au harpon, à la lance et à l’arc avec des armes dont la pointe est empoisonnée, sauf celle des harpons et usent à cet effet du suc des anémones et des renoncules. Les baleines elles-mêmes succombent quand elles ont été blessées.
(4) De même que les peuples de l'Amérique, ils (2) Cf. Pierre, dans l'Anthrop., 1895, pl. I, fig. 1, se font des chemises avec les inteslins des ba- b; pl. VII, fig. 1, 1 6; pl. V, fig. 2, 2 a, pl. VI. leines (Hist. nat , t. II, p. 6). (3) T. 11, chap. 1x. Des poissons.
Les harpons des Kamtchadales sont en os ou en ivoire de Morse, ils sont semblables à ceux de notre industrie magdalénienne, mais barbelés d’un seul côté, et souvent, comme dans l’énéolithique de l'Egypte, ne portent qu'une seule barbelure. Le harpon d'os ou d'ivoire qui apparaît vers la fin des industries archéolithiques, peut avoir été précédé par la pointe solutréenne de silex dite à cran qui parait en avoir été le modèle primitif.
Les lances, les javelots et les flèches dont se servaient les Kamtchadales pour le gros poisson sont les mêmes qu’ils employaient à la chasse et pour la guerre.
Les filets kamtchadales étaient semblables à ceux dont nous faisons usage, ils étaient faits de ficelle plus ou moins forte tirée de lortie et les mailles étaient variables de grandeur suivant la taille du poisson à prendre. J’ai dit plus haut que les lanières de peau ne peuveit être employées pour la pêche, parce que le cuir se ramollit dans l’eau et devient très cassant, on doit donc se servir de ficelles végétales. En Europe, les préhistoriques avaient à leur disposition de très bonnes plantes textiles et le crin des chevaux, si nombreux au temps de l’industrie solutréenne (1).
KRASHÉNINIKOFF ne donne presque pas de détails sur les procédés de pêche et n’indique ni la forme des filets, ni la manière de les tendre, il ne dit pas non plus si les Kamtchadales employaient le hameçon (2), même pour prendre un certain poisson à larges écailles, nommé maïkisi par les indigènes, et dont la grande voracité a frappé le voyageur.
Il avale toutes sortes d’ordures et attrape souvent les rats de terre, qui nagent dans les rivières. Il aime si passionnément les baies que lorsqu'il en voit sur le rivage, il s’élance dessus et emportent la baie, où la feuille de la plante.
La pêche dans les lagunes n’est pas moins productive que celle dans les rivières, c’est là qu’ils prennent en quantité les harengs.
On les trouve dans.l’automne dans les grands lacs (lagunes côtières), où ils passent l'hiver et retournent au printemps dans la mer. L'endroit où on en pêche le plus est le lac Vilintchin, qui est éloigné de cinquante brasses de la mer {et séparé par une dune) avec laquelle il communique par une petite issue. Après que les harengs y sont entrés, ce passage est fermé par les sables qui s’y amassent, et qui y restent jusqu'au mois de mars, que les eaux provenues de la fonte des neiges les emportent, ce qui arrive régulièrement toutes les années. Les harengs se rendent tous les jours à l'embouchure de ce passage, comme pour voir s’il est ouvert ou non ; ils y restent du mätin jusqu'au soir, puis ils retournent dans l’endroit le plus profond du lac. Les Kamtchadales qui s’en aper-
(4) Le crin de cheval fournit d'excellentes lignes et est encore très employé de nos jours.
(2) M. Lewis ABBor considère les petits silex tardenoisiens à deux pointes comme ayant servi d’hameçons (DECHELETTE, Manuel, t. I, p 509). — Les plus anciens hamecons reconnaissables à leur forme sont de l'industrie énéolithique; ils
sont en mélal (bronze ou cuivre), mais il en est aussi en nacre (Indo-Chine, Californie) et, chez les primitifs modernes on en voit en bois durci. « En Polynésie on utilise, pour la confection des hamecons et des harpons, les grandes et lourdes coquilles bivalves des Pinladines el aulres Méléagrines perlières. » (L. Germain.)
çoivent percent la glace, près de l'embouchure de ce passage, et y tendent des filets où il s’en prend quantité. Cette pêche continue tant qu'il y a de la glace sur le lac. Ils les prennent aussi en été avec des filets dans les embouchures des rivières.
Il n’est pas question dans tout le récit du missionnaire russe des barrages en clayonnages si usités dans tous les pays, dont j'ai vu cent exemples en Indo-Malaisie, et qu’on trouve encore en Normandie sous le nom de « pêcheries ». Certainement nos précurseurs barraïent les cours d’eau.
XII. — De la chasse. — KRASHÉNINIKOFF ne consacre pas à la chasse un chapitre spécial (1), il en parle pour chaque sorte de gibier, indiquant la manière dont on s’en empare, je suivrai donc moi-même cet ordre.
&. Diverses variétés de renards.
Les moyens qu’on emploie communément pour les attraper sont le poison, les pièges et l'arc. On met le poison dans les sentiers nouvellement frayés, les pièges sur le penchant des montagnes et on les amorce avec quelque animal vivant; et, pour plus grande sûreté, on met deux ou frois (assommoirs ou lacets), afin que de quelque côté qu’ils viennent, ils donnent dans l’un ou dans l’autre, et cela est nécessaire, car ceux qui ont couru risque d'y être pris se tiennent si bien sur leurs gardes qu'ils mangent l’amorce sans se prendre ; mais, malgré leur finesse, ils ont grand peine à éviter les pièges qu’on leur tend, et qui les saisissent tantôt par la tête, tantôt par les paltes. Voici la manière dont on se sert de l’arc pour les tuer : les chasseurs observent la hauteur à laquelle il doit être placé après l'avoir bandé, ils l’attachent à un pieu qu'ils plantent en terre dans l'endroit que le renard a coutume de fréquenter; ils tendent une corde qui tient à celle de l'arc sur sa piste, de manière qu’elle n’a pas plus tôt mis le pied dessus que la flèche part et lui perce le cœur.
Mais l’auteur assure que ce genre de piège a été inventé par les Cosaques, et que jadis les Kamtchadales n’allaient pas à la chasse des renards, ne faisant aucun cas de leur peau. Cette affirmation me parait être sujette à caution, parce que les fourrures de renards étaient fort appréciées des Chinois et des Japonais qui venaient les chercher principalement par mer, sur les côtes du Kamtchatka. |
Les Kouriles de Loprtka ont une manière parliculière de prendre les renards. Ils ont un filet fait de poils de moustaches (sic) de baleines, composé de plusieurs mailles. Ils l'étendent par terre- et mettent dans la maille une pie vivante. Il y a tout autour du filet une corde qu'un homme caché dans une fosse tient par le bout, et qui, saisissant le moment que le renard se jette sur l'oiseau, fa tire à lui et l'enveloppe dans le filet.
Procédé très connu en Europe pour prendre les petits oiseaux.
Martres zibelines, — Leur bagage, lorsqu'ils vont à la chasse, consiste dans un filet, un arc et des flèches, un briquet, des pierres à fusil et de l’amadou (plus anciennement, l'appareil à faire du feu). Lorsqu'ils trouvent une martre cachée dans la terre, ou sous la racine d’un arbre, ils tendent leur filet tout autour, et elle s’y prend en sortant. Ils
(1) T. 1, chap vi, p. 219. Des animaux terrestres.
les tuent à coups de flèches lorsqu'elles grimpent sur les arbres et ils les enfument pour les obliger à sortir de leurs trous. Les chasseurs qui entendent leur métier, pour être plus à portée du gibier, se retirent dans les montagnes avec leurs familles et y construisent des huttes dans lesquelles ils passent tout l'hiver.
Marmottes (Marmotta minor, Guer, M. vulgaris, GueL). — Les marmottes'sont très communes dans tout le pays de Kamlchatka. Les Kouriles s’habillent de leurs peaux.
On les prend au lacet ou on les tue à Pare.
Hermines (Ermineum majus, Guer, E. minor, Gu&r). Les indigènes
ne les cherchent pas, et ne les tuent que quand ils les rencontrent par hasard.
Gloutons (Mustella). Les indigènes les prennent au filet ou au piège et souvent les apprivoisent.
Les ours sont si nombreux au Kamlchatka qu'ils vout par bandes dans les bois comme des troupeaux. Les Kamtchadales”les enfermaient dans leurs cavernes et les tuaient à coups de lances.
Les Koureki se servent pour les attraper de l’expédient suivant : ils cherchent un arbre fourchu sur lequel ils tendent un laqs (lacet), derrière lequel ils mettent quelques amorces ; l’ours voulant la prendre, il demeure pris par la tête ou par la patte. Ils placent de gros madriers de manière que pour peu que l'ours y touche, ils tombent sur lui et l’écrasent. Is mettent encore sur son chemin un gros ais garni de crochets, et tout auprès, quelque chose dont l'assiette n’est point ferme, laquelle épouvantant l’ours par sa chute, l’oblige à s'enfuir sur la pianche; maïs, se sentant pris par la patte de devant, il cherche à se dépêtrer ave l'autre, qui s'accroche à son tour. Il se dresse alors sur celles de derrière et, la planche lui donnant sur les yeux, il entre en fureur, et se: débat si longtemps qu’il meurt à la fin. ?
Les peuples qui habitent dans les environs de la Léna et de l’{bime ont encore une autre manière de les attraper. Ils placent un uœud coulant sur le chemin de l’ours, et à l'entrée de sa tanière, lequel est attaché à un gros madrier. L’ours se sentant pris et voyant que le madrier l'empêche de marcher, il le prend et l'emporte en haut d’un pré— cipice où il le jette avec force ; il l’entraîne après lui, et il se débat tant qu’à la fin il se tue lui-même.
Ils enivrent les ours pour les tuer, les font tomber dans des fosses, et emploient contre eux tous les procédés en usage dans les autres pays
Les loups sont très nombreux et très dangereux, ils rôdent par bandes autour des villages, on les chasse à l’are.
Les béliers sauvages habitent les lieux inaccessibles, on les chasse à l'arc, mais ils sont très craintifs, et ne se laissent que très difficilement approcher.
Pour prendre divers animaux les Kamtchadales creusent des fosses de quatre à cinq pieds de profondeur et en garnissent le fond de piquets pointus, y disposent des lacets, des assommoirs. C’est le procédé des chaussetrapes, très en usage plus tard dans l’art militaire.
N'ayant aucun renseignement sur les procédés de chasse qu’employaient les gens d'industrie archéolithique et mésolithique, nous ne
pouvons faire aucune comparaison; mais les méthodes dont nous venons de parler étant d’usage chez tous les primitifs, il y a lieu de croire qu’elles ont été appliquées de tout temps. Il est bien certain que l’homme, très pauvrement armé, comme 1} l'était aux temps archéolithiques, même en supposant qu’il fit usage d’épieux dureis au feu, ne pouvait pas vaincre de haute lutte l'éléphant, le rhinocéros, le lion, l’ours, mème le bison, et qu'il suppléait à La force par la ruse. Certainement il disposait de pièges variés : l'énorme quantité d’os de gibier qu'on trouve autour de ses foyers prouve qu'il était un chasseur fort habile, bien que dans le mobilier lithique des cavernes, à partir de l’Aurignacien, jusqu’à celui des huttes da Campinien nous ne voyons pas une seule arme qui püt permettre à l’homme de s'attaquer de front à ses terribles adversaires.
Le gibier était alors d’une extrême abondance ; c’est ainsi qu'avant l’arrivée des Européens dans l'Amérique du Nord, la Savane nourrissait d'immenses troupeaux de bisons ; mais les armes à feu ont eu vite raison de ces légions de ruminants.
« Il existait au moins 30 millions de têtes de bisons lors de la découverte de l'Amérique ; 800 individus seulement vivaient encore en 1898 ; on a dù protéger leur reproduction, et il en reste aujourd’hui environ 4.000 dans les réserves de l’État. Pour le bison d'Europe, les deux seuls troupeaux restant en 1914, l’un au Caucase, l’autre en Lithuanie, possédaient environ 1.300 têtes. Ils sont probablement anéantis aujourd’hui ou tout au
. moins très diminués.
« Un mammifère marin, le Rhytina Stelleri à disparu à la fin du xvine siècle des côtes du Kamtchatka et des iles du détroit de Behring où il habitait.
« [l'en est de même pour les oiseaux : l’A/ca impennis des côtes de l'Atlantique Nord a été détruit, à ka suite de véritables massacres entre 1844 et 1846. Le pigeon voyageur de Amérique du Nord (Æctopistes migratorius), qui y vivait par millions, a été entièrement anéanti par des chasses exagérées. Le dernier exemplaire connu est mort en 4914 et il n'en a Jamais été retrouvé depuis ». (L. Germain.)
De même en Afrique les forêts se dépeuplent d’éléphants, les plaines de girafes à tel point que le Gouvernement anglais a dû prendre de sévères mesures de protection. Moi-même en 1891 j'ai vu le Louristan très giboyeux, et, en 1910 j'ai constaté un appauvrissement très réel eu bouquetins, quand les fusils à pierre des nomades ont été remplacés par des carabines à tir rapide. Il en est donc du gibier comme du poisson. Nous ne pouvons que difficilement nous faire idée de ce qu'était son abondance
aux temps quaternaires. À Solutré l’on à trouvé les restes de plus de cent mille chevaux