‹ La Prehistoire orientaleChapitre 68 sur 308 · NT) D · texte numérisé non relu

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FiG. 45. — Hache amygdaloïde du type chelléen [Wadi el Ghouroud, près de Thèbes, Haute-“gypte]. Recherches Henri ce Morgan.

ceux dont la taille est la plus soignée qu'avec les pièces les plus grossières, S'il y a prédominance dans certaines stations, c’est donc uniquement parce que les exigences de la vie dans ces districts obligeaient les

habitants à tailler plus de pointes ou de racloirs de type moustiérien que d'instruments amygdaloïdes.

Peut-être en est-il de même en ce qui regarde les diverses variétés des coups de poing, et les types grossiers sont-ils contemporains des types les plus achevés, chacune des variités correspondant à des nécessités plutôt locales que successives ; car les hommes qui taillaient en même temps des haches chelléennes et des racloirs moustiériens étaient bien capables de fabriquer des coups de poing acheuléens, instruments plus fins, destinés à d’autres usages que ceux de type chelléen.

L'antériorité du type chelléen sur le type acheuléen n’est indiquée que ptr la position qu'occupent les instruments paléolithiques dans certaines

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F1G. 46. — Hache amygdaloïde de type moustiérien, El Mekla (Tunisie).

couches alluviales, mais cette position n’est pas une cause péremptoire; car si dans une localité on trouve des superpositions qui paraissent être concluantes, cette stratigraphie locale ne permet pas d'affirmer qu’il n’existait pas en synchronisme avec les stations de type chelléen d’autres campements où le type acheuléen était employé. Pour créer des périodes chelléenne, acheuléenne et moustiérienne les alluvions ne suffisent pas, vues les incertitudes qui planent sur le mode de transport et la direction de ces formations alluviales.

On a constaté que le type chelléen n'existe pour ainsi dire pas dans les cavernes, c’est ce qui fait dire à Dechelette : « Quelques familles occupuent déjà des grottes ou des abris rocheux, comme lindiquent les décou-

vertes dé Menton; mais le troglodytisme n’était encore qu’un mode d’ha: bitat exceptionnel ». Or, si nous examinons l’industrie des niveaux inférieurs de la grotte du Prince qui sont donnés comme moustiériens (CarrarLHAC), nous voyons que par suite de la mauvaise qualité de la roche employée, certaines pièces sont franchement de type chelléen. Je suis done porté à croire que l’industrie paléolithique constitue, depuis ses débuts, jusqu'au commencement de la culture archéolithique, un ensemble homogène

Fig. #7. — Types d'emmanchement des haches paléolithiques.

dans lequel les types chelléen, acheuléen et moustiérien ont surtout une valeur locale.

Dans les grottes de Menton, dont je viens de parler, on a constaté que « les chasseurs d’éléphant antique ou d’hippopotame et leurs lointains successeurs ou descendants, les chasseurs de mammouth et de renne, avaient le même outillage et partant la même civilisation malgré le changement de climat (1) ». Le même outillage, sans doute, puisque c’est un fait dûment constaté, mais la même civilisation, c’est loin d’être prouvé; car les usages sont en dépendance bien plus directe du climat que l'outillage. Aux mêmes mœurs peuvent correspondre les mêmes instruments ; mais ce n’est pas une raison pour qu'aux mêmes instruments correspondent les mêmes mœurs.

(1) CARTAILHAC, les Grottes de Grimaldi, t. Il, fase. 2, 1912, p. 225. e

La hache amygdaloïde, si tant est qu'on puisse donner à cet instrument le nom de hache, est répandue sur une grande surface du globe; on la trouve non pas seulement en Europe, dans toute l’Afrique et dans l'Asie Antérieure (Mésopotamie) mais aussi aux Indes, en Amérique du Nord, et elle est encore usitée par les indigènes de l’Australie, toujours accompagnée d'instruments cireulaires ou de forme elliptique.

Il n’est pas admissible que cette forme, partie d’un foyer originel, se soit ainsi répandue sur la moitié du globe, gagnant jusqu’à des contrées très lointaines et isolées de notre continent. La diffusion peut étre acceptée pour bien des régions, mais pas pour toutes, il est beaucoup plus probable que ce type, répondant à des besoins semblables, est né dans un grand nombre de foyers parce que ses formes étaient voulues

F1&. 48. — Racloirs dentelés.

4a et1» Chabet-Réchada (Tunisie); — 2 et 3. Abydos (d'après W. M. FLINDERS PETRIE).

par l’emploi auquel il était destiné. Ne s’est-1l pas produit spontanément en Australie et au Japon, en des tcmps postérieurs de milliers et de milliers d'années au quaternaire de 1.cs régicns? Pourquoi refuser aux autres peuples ce que les faits nous obligent à concéder aux Australiens et’aux Japonais? Pourquoi chercher à synchroniser des phénomenes se produisant dans des contrées aussi éloignées les unes des autres? Certainement les formes paléolithiques sont les plus anciennes de l'industrie lithique dans un grand nombre de pays, la stratigraphie en fait foi dans nos pays; mais on n’est pas en droit de généraliser des déductions tirées de phénomènes locaux. Les grossiers instruments de l'Amérique du Sud, entre autres, se rencontrent dans des couches dont la stratigraphie n’est pas encore synchronisée, et il en «st de même dans bien des régions. Au Japon les types paléolithiques se rencontrent avec les instruments néolithiques et la poterie au même niveau dans les

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sables d> la station de Cashiwara. Ces divers instruments de pierres sout contemporains. Nulle part encore, dans ce pays, on a rencontré de restes pleistocènes (1). Les archéologues japonais pensent qu'il existe des analogies entre le Néolithique de leur pays, celui de la Corée et celui de l’Indo-Chine.

On se base, en Europe occidentale, sur la faune qui accompagne les instruments préhistoriques, et eette méthode de chronométrie relative est assurément la meilleure, mais elle ne possède d’ellicacité réelle que pour nos régions strictement limitées dans lesquelles se sont fait sentir les mêmes modifications climatériques. Ailleurs, aux Indes, dans l’Afrique méridionale, en Amérique du Nord, quels étaient les climats correspondant aux temps où le coup de poing était en usage ? Ne serait-il pas extraordinaire que le fait que nous relevons en Australie soit unique? N’est-il pas d’autres pays où les indigènes en sont encore à des industries plus primitives encore que celles du Chelléomoustiérien ?

Nous sommes donc obligés d'admettre que la forme du coup de poing s’est imposée par suite de l’usage qu’on en devait faire. Mais c'est cet usage même qui demeure problématique.

Je ne parlerai pas de la

pointe chelléenne, qui ne = LION ë

peut avoir pour but que de frapper, et par suite, consti-

FiG. 49. — Pointe de type mousliérien (Somal, tue la seule arme qui soit musée de Saint-Germain, don Seton Karr).

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parvenue jusqu’à nous, arme de chasse ou de guerre, si instrument est emmanché, mais qui parait être de bien peu d'usage s’il est tenu à la main.

Quant aux deux côtés de l'instrument, ils peuvent être employés à scier des matières dures, comme le bois, la corne, mais un grand éclat retouché pouvant rendre les mêmes services, il était inutile de fabriquer un tel outil si c'était seulement pour entamer le bois.

Ces considérations me portent à penser que l'instrument amygdaloïde

(1) CF. R2p. up. Arch. research, etc. Kioto, Imp. University, II, mars 1918. PP. 1-19, pl. I-XVIII.

était emnranché par sa base, dans le cas où le talon est brut, et qu’il formait ainsi une sorte de hache d’arme munie d’une pointe, comme le sont certaines armes de bronze, et que les pièces achevées à la pointe et au talon étaient emmanchées par le milieu au moyen d’une lanière de cuir épais ou prises entre deux tiges de bois;-et qu’elles servaient d'arme autant par leur pointe que par leur partie ronde. C’est là même ce qui aurait fait choisir cette forme amygdaloïde de préférence à toute autre, et cette idée très naturelle serait venue à l’esprit dans des pays très divers. Un tel instrument ne réclamait pas une taille très soignée, puisqu'il était destiné à frapper. Nous verrons plus loin que certains outils qui n’exigeaient pas de grands frais de taille pour répondre aux besoins auxquels on les desti-

HANINSSNNNN

Fe. 50. — Types d'emmanchements des haches quaternaires.

nait, sont cependant devenus de véritables œuvres d’art. Ceci explique pourquoi, à côté de haches très grossières, nous en voyons d'autres d’un travail achevé.

L’emmanchement pouvait se faire de bien des manières, soit en creusant dans un morceau de bois la place du talon de la hache, soit en l’engageant entre deux tiges de bois, soit en le maintenant au bout du manche à l’aide d’une bande de cuir. Dans tous les cas, des nerfs d'animaux ou des boyaux tordus servaient de liens; en les posant humides, ils procuraient en séchant un serrage intense. E. P. Weigall (1) a trouvé, à Gebe-

(4) E. P. Weicazr, À report of some objets (2) Jonn Evans, les Ages de la pierre, l'ad. fr. recently found in sebakh, elc..…., ds. Ann. serv. an- 1878, pp. 163, 165, fig. 106 el 107. tig de l'Egypte, 1907, t. VIL pp. 42 et 43.

lein, dans un kjoekkenmoedding, une sorte de hache emmanchée, et à Sakkarah, une grossière pièce de grès, destinée à armer une massue, et portant gravée sur la partie plate l’image d’un captif sémite (fig. 50, 2).: Ces deux objets sont, il est vrai, de beaucoup postérieurs à l’usage du coup de poing ; mais ils montrent qu’un simple caillou, à peine dégrossi, pouvait être efficacement employé comme arme. Le type d’'emmanchement sigualé par M. E. P. Weigall se retrouve chez les Australiens (note 2, p. 283), chez les sauvages, et encore dans bien d’autres pays.

Grattoirs. — Outre les coups de poing dont nous venons de parler, l’industrie paléolithique, dès ses débuts nous l’avons vu, comprenait, en plus des simples éclats, des lames plus ou moins régulières retouchées, toujours sur une seule face, celle opposée aux arêtes résultant de l’enlèvement successif des éclats sur le nucleus, et les retouches portent sur un seul côté (racloirs) ou sur les deux (pointes).

Ces grattoirs sont encore en usage, ou du moins Pétaient il n’y a pas un siècle, chez beaucoup de peuplades sauvages; nous les voyons emmanchés chez les Esquimaux (1), la partie destinée à servir de poignée est faite de bois, d'os ou d'ivoire. Ailleurs, le talon du silex est simplement pris dans une partie résineuse. Ces instruments sont très variables de forme et leur mode d’emmanchement n’est pas moins varié que leur type, c’est qu’ils étaient destinés à une foule d’usages différents ; dans certains cas, ils remplissaient l'office de rabots ; dans d’autres, on les employait à gratter les peaux, comme chez les Kamtchadales, ou bien ils étaient employés comme scies (2).

Nous désignons sous le nom de racloir des éclats de silex relativement circulaires, dont généralement la moitié de la circonférence est retouchée d’éclats très fins et très réguliers qui, à première vue, semblent avoir été destinés à servir de grattoirs ou de rabots; mais, bien certainement, beaucoup de ces objets étaient emmanchés dans du bois qui, ayant disparu, ne nous permet plus de nous rendre compte des multiples usages auxquels étaient employés ces racloirs. Une arme mexicaine, le maqguahuitl, nous montre l’un des usages de ces instruments d'obsidienne. Ces racloirs étaient enchâssés les uns à côté des autres sur les deux tranches d’une planchette de bois allongée, et munie à l’une de ses extrémités d’une poignée, et formaient ainsi une sorte de sabre-massue semblable à la batte d’Arlequin, mais qui devait être une arme fort dangereuse.

Cette adaptation des racloirs d’obsidienne ou de silex à l’armement peut nous donner une idée des erreurs que forcément nous commettons en cherchant à expliquer l’usage d’un outil de silex par Paspect de l'outil lui-

(1) Joux Evans, les Ages de la pierre, p. 292, (2) J. Evans, op cit., p. 285, fig: 197. (Nussdorf, fig 203. cités lacustres de Suisse.)

méme. Il en est de même pour les scies de silex, dont personne n’eût osé jadis faire la partie tranchante des faucilles.

Le maquahuitl était en usage au Mexique et chez les Naquirans du Guatélama.

Grattoirs à dents. — On trouve en Égypte et en Tunisie, assez rarement d’ailleurs, des instruments en forme de racloir, mais munis sur la partie retaillée d’une série de dents proéminentes ; aucun de ces curieux instruments n’a été trouvé emmanché, peut-être d’ailleurs étaient-ils employés tels quels. Mais nous ignorons quel pouvait être leur usage; peutêtre jouaient-ils le rôle de peigne à carder la laine, ou mieux le coton, car à l’époque de leur emploi, le coton était la-seule matière textile qui pût être en usage dans la vallée du Nil.

Scies. — La scie, bien caractérisée, se montre, en Occident, à Bruniquel, aux Eyzies, à Laugerie basse, dans l’industrie magdalénienne : mais elle existait auparavant, le racloir droit manié dans le sens longitudinal, la hache amygdaloïde acheuléenne, la pointe moustiérienne en tenaient lieu; mais c’est surtout avec la pierre polie que cet instrument prend une réelle importance. On connait au Fayoum de superbes types de scies, les pays scandinaves et l’Occident de l’Europe en ont également fourni bon nombre. Mais, en Orient, le modèle le plus abondant est celui des scies destinées à former le tranchant des faucilles.

Partout où on les rencontre, ces petits silex présentent la même forme, ils se composent d’une lame coupée carrément ou obliquement aux deux extrémités, retouchée au dos, sur toute sa longueur, de telle sorte que cette partie devienne épaisse et rectilhigne ; l’autre tranchant est régulièrement dentelé. Ces éléments, encastrés dans le manche de bois et maintenus par une pâte de bitume, se juxtaposent l’un après l’autre et, grâce au soin avec lequel les joints ont été préparés, les raccords ne causent pas de solution de continuité dans la succession des dents. Le manche de la faucille étant légèrement courbé, le tranchant suit cette courbure. Le dernier élément, généralement plus long que les autres, n’est coupé qu'à l’une de ses extrémités, à celle qui se raccorde avec les autres éléments, et il présente presque toujours une courbure plus accentuée que celle de linstrument.

Toutes les armatures de faucilles étaient probablement semblables et de même taille, si nous en jugeons par les éléments de tranchants qu’on rencontre en très grande abondance, et ces petites scies sont polies par l'usage, les arêtes des éclats de la retouche sont presque effacées, non pas comme si l'instrument avait été frotté sur une matière solide et dure, mais bien par une substance souple. Ce polissage se rapproche beaucoud de celui que produit, dans le désert égyptien, l’action du sable mu par le

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vent, mais ilest plus brillant, plus fin. On ne peut faire aucune confusion entre les scies proprement dites et les élé:

ments de faucilles.

En Égypte, comme en Mésopotamie, comme en Elam et dans toutel’Asieantérieure, la faucille armée de silex(fig. 41)appartientà l'industrieénéolithique et son usage s’est perpétué très longtemps.

On trouve parlois enChaldée(Yokha)des

scies doubles, c’est-à-

dire dentelées sur les deux tranchants de la

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ii 2 Les porntes.— Les EX pointes, nous l’avons à vu, paraissent dans enr 7717577 ;7- NN l'Occident de l’Europe avec l’industrie paléo- Fi6. 51. — Pointes de silex de la Haute-Égypte. hthique (S. S.); elles 1et 2, Adimiyeh (Rech. HENRI DE MorGan); ‘112 3 à 5, Négadah (Rech. FLINDERS PETRIE). ne sont alors retaillées

quesur la facede l'éclat portant des arêtes. Certains auteurs pensent qu’elles armaient soit des lances, soit des javelots ; d’autres, que leur manche était très court, ana-

- Jogue à

celui des racloirs de Patagonie, et qu’elles servaient en même temps à

à percer et à trancher.

Puis, viennent les pointes en forme de feuille de Jaurier qui, en Tunisie et en Égypte, dérivent de la hache amygdaloïde acheuléenne et, en France, sont caractéristiques d’une industrie archéolithique spéciale, l’industrie solutréenne. Mais cette forme est de tous les temps et de tous les pays, elle. abonde dans le Néolithique du nouveau monde. G. et A. de Mortillet (1) déclarent que « les pointes moustiériennes étaient maniées à la main et non emmanchées », et à côté, ils figurent une pointe mexicaine de type solutréen, emmanchée en poignard. Or ce n’est pas la négligence dans la taille au talon qui s’opposait à lem-

manchement, bien au contraire. Les Néo-Calédontens ont armé la tête de leurs sagayes de pointes extrêmmement grossières (2). Nous ne pouvons donc pas aïlirmer que ces instruments étaient tous maniés à la main sans manche ; et il est à croire qu’ils satisfaisaient à de multiples besoins.

Poignards. — En Égypte, comme en Scandinavie, comme au nouveau monde, la pointe de type solutréen passe au poignard, et nous savons que ces armes étaient munies d’une poignée. Quelques-unes de ces lames, en Égypte, sont, sur leurs deux tranchants, taillées en scies à dents assez fortes. Mais, en général, dans les armes soignées, ces dents sont extrêmement petites, très fines et d'une régularité merveilleuse. La pratique avait amené les pré dynastiques de la vallée du Nil à remarquer qu’un tranchant, pour être parfait, doit être muni de dents infiniment petites : c’est ce que nous observons au-

jourd'hui quand nous étudions au microscope le taillant d’une lame très affilée. La même observation Fi. 52. — Pointes semble avoir été faite par les Scandinaves, mais RL À LUS quoique ces gens du Nord fussent de très habiles tailleurs de silex, ils ne parvinrent jamais à la maitrise des riverains du Nil. Les poignards égyptiens ne sont presque jamais terminés en pointe aiguë, comme ceux du Danemark; ils sont arrondis, mais extrêmement tranchants, non seulement par leur peu d'épaisseur au sommet, mais aussi

par les petites dents de scie que porte leur taïllant.

(1) Musée préhistorique, pl. XVI, n° 90 (légende). (2) Jon Evans, op. cit., p. 282, fig. 195.

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Cette extraordinaire perfection de taille, basée sur le besoin que les pré-dynastiques avaient reconnu par la pratique ne se manifeste pas seulement dans les lam2s de poigaards ; nous la retrouvons dans les couteaux les plus perfectionnés, dans les lames à pointe bifide, et aussi dans ces admirables pointes de flèches qui nous ont été livrées par les tombes royales de la [re dynastie. Pour les pointes de flèches, nous retrouvons à Suse la même technique, les mêmes retouches en dents de scie, bien que ces armes présentent en Asie une forme spéciale inconnue dans la vallée du Nil.

On ne trouve jamais en Égypte de ces beaux poignards dont la poignée faisant corps avec la lame sort d’un même bloc de silex. Cette forme est spéciale à [a Scandinavie.

. Couperets. — Mais un type qni semble être particulier aux pays nilotiques est le couperet muni de son manche de silex. Ces instruments sont taillés sur les deux faces, et leur fabrication est relativement négligée ; quant à leur usage, il n’est pas discutable. Le manche de ces instruments était probablement garni de peau ou d’étoffe ; car, à moins qu'il soit poli, aucun outil de silex ne peut être tenu sans protection, sous peine de blesser la main qui l’emploie. ;

Grands couteaux droits. — Ces lames, les plus remarquables qui jamais soient sorties des mains de tailleurs de silex, sont polies sur une face, taillées par pression sur l’autre avec une régularité presque mathématique. Je pense que l’ouvrier a tout d’abord achevé la face taillée, puisqu'il a poli l’autre côté, se réservani de faire quelques retouches pour achever son œuvre. Le dos de ces couteaux est taillé carrément. Quant au tranchant, il est garni de dents minuscules; mais, tout comme dans les poignards, cette disposition en dents de scie s’arrête au point jusqu'où devait venir la garniture tenant lieu de manche, et tout le talon de l'objet montre une taille relativement très négligée. Le manche était formé soit par un morceau d'ivoire sculpté, dans lequel s’engageait la lame, soit par une feuille d’or estampée assez épaisse pour garantir la main contre les arêtes tranchantes laissées par la fabrication, soit par un enveloppement.

Ces couteaux sont relativement rares dans les sépultures de la Haute- Égypte, et plus rares encore sont ceux qu'on trouve emmanchés. Quel était leur usage, je ne saurais me prononcer ; mais par la richesse de leur emmanchement et leur rareté relative, je suis amené à croire que ces instruments jouaient un rôle religieux. S'ils avaient été d'usage courant et journalier, on les aurait revêtus d'une protection plus eflicace et plus durable que celle que pouvait offrir une mince feuille d’or.

Lames bifides. — En 1896 (1), j'avais rencontré quelques-unes. de ces

(1) Recherches, 1896, p. 124, fig. 180-182.

curieuses lames, et je les avais considérées comme des têtes de lance ou

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