‹ La Prehistoire orientaleChapitre 8 sur 308 · VI .. AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI .. AVANT-PROPOS

tions lentes, bref tout un cortège d’hypothèses dont il est fort peu qui soient basées sur des raisons sérieuses.

Je ne citerai aucun auteur parce qu'il n’entre pas dans mes habitudes de diminuer la valeur personnelle de mes confrères ; mais chacun se reconnaîtra, pour peu qu’il fasse un examen de conscience, tout en relisant ses propres écrits. J'avoue, moi-même, qu’en bien des occasions je suis tombé dans le même travers : si donc je suis sévère pour mes collègues, ils m’excuseront, car je ne le suis pas moins pour moi.

L'origine de cette tendance, si peu scientifique, doit être cherchée dans les traditions des études d’ethnographie préhistorique. Peu après les découvertes de Boucher de Perthes, qui datent des environs de 1836, les maîtres de l’époque, avec juste raison, ont cherché à établir une chronologie relative des phases diverses de l’industrie de la pierre et, naturellement, ils étaient obligés de s'appuyer sur les documents qu'ils possédaient alors. Ces documents provenant d’une zone très limitée, les classifications prirent immédiatement un caractère régional fort accentué. Jusque-là, tout se passait d’une manière parfaitement rationnelle, done scientifique.

Mais, en quelques années, les découvertes sortirent de leur petit district initial et, bientôt, le problème se compliqua.

C’est alors que fut commise cette grande faute dont les conséquences se font encore sévèrement sentir de nos jours : on pensa qu'il était légitime de généraliser la chronologie relative établie pour l'Occident européen, que dis-je ? pour la France, et de l'appliquer à l’univers entier. La faiblesse humaine, dès lors, fit une sorte d’orthodoxie de cette échelle des industries typiques et c’est dans cette orthodoxie que nous avons grandi. La tradition s’est propagée de génération en génération et personne n’a songé que cette arche sainte renfermait des lois qui pouvaient bien ne plus être acceptables en raison des connaissances qui venaient s'ajouter chaque jour à notre documentation. Le principe de l’évolution était appliqué aux origines humaines, mais pas aux décrets des fondateurs de la préhistoire. Il y eut bien des indépendants, mais étaient-ils complètement libres ? Non, car il restait toujours dans leur esprit une sorte de crainte mystique doublée du respect pour les maitres et, sans qu’ils en eussent conscience, ces sentiments les ramenaient vers la généralisation de nos classifications locales.

En parcourant done, les dernières publications, du xix° siècle voire même celles du xx*, on rencontre, presque partout, cette tendance poussée parfois jusqu'au comique. J'ai entendu parler de l’influence de l'Égypte et de la Grèce sur le monde chinois préhistorique, voire même sur la civilisation de l'Amérique pré-colombienne. J'ai lu de graves discussions sur l’origine magdalénienne des Esquimaux, sur la migration des gens de la Tunisie (Capsiens) vers le penchant septentrional des Pyrénées, sur la

Page 1