CHAPITRE XI
De l'unité des conceptions innées.
Je me suis toujours élevé contre cette tendance, à mon sens très exagérée, de voir, en préhistoire, des manifestations d’influences, dès que dans deux civilisations on trouve quelques points communs, soit dans les industries, soit dans les arts, soit en toute autre manifestation de l’intelligence humaine. Il faut de bonnes et de nombreuses raisons pour qu’on .soit en droit d'affirmer que le développement d’un peuple sur lui-même a été « contaminé » par des influences extérieures; car l’esprit humain ne conçoit pas de bien nombreuses solutions des problèmes qui l’intéressent et, dans bien des cas, des gens, fort éloignés les uns des autres, n'ayant entre eux aucun contact, aucune communication, directe ou indirecte, ont la même pensée.
Pour être à même de se rendre compte de cette concordance dans les conceptions, il faut pouvoir mettre en parallèle les mœurs, les usages, les industries de deux peuples dont l’isolement absolu l’un par rapport à l’autre est certain; or, l’ancien monde n'offre pas de groupes humains qui, avec une certitude absolue, soient dans ces conditions : on pourra toujours supposer qu’en un temps des rapports ont existé entre eux et ce doute ne permettra pas de conclure (1).
Pour mieux faire comprendre la grande valeur de cette observation, l'importance qu'il est nécessaire d’accorder aux développements spontanés des civilisations, je m’étendrai quelque peu sur les similitudes qui existent entre la culture pré-colombienne en Amérique et celle du vieux monde. Ces
(1) J'ai donné les pages qui suivent dans la Revue de la synthèse historique (L. XXXV, 1993. Nouvelle série, t. IX, n°* 103-105, pp. 15 à 36) et dans le même numéro (pp. 37 à 54), a paru un intéressant article de M. Amersa HERTz, l'Egypte dans les quatre premières dynasties et l'Amérique centrale, dans lequel l'auteur, tout en entrant sur l'Égypte dans des considérations que je suis
très loin d'accepter, s'appuyant sur quelques faits épigraphiques et archéologiques, montre l'indépendance du développement des deux civilisations, fait qui ne m'a pas paru devoir être la peine de discuter en raison de l'éloignement des deux régions el des 4 ou 5 millénaires qui séparent l'éclosion des deux cultures.
ressemblances sont parfois si parfaites qu’on se demande si les deux foyers sont réellement restés sans communications entre eux.
Si l'Amérique a été peuplée par le Kamchatka et l'Alaska, comme bien dés ethnologues le pensent, cette colonisation remonte à des époques fort anciennes. Non'seulement les grandes civilisations de l'Amérique centrale n'avait pas encore débuté, maïs, asstürément, elles auraient laissé des traces de leur passage, ce qui n’est pas; et, de plus, il n’a jamais existé, en Asie septentrionale, de civilisation capable de fournir l’incubation des cultures de l'Amérique centrale.
Il en est de même si nous faisons venir Les pré-colombiens de la Polynésie qui, au xvir® et au xvini° siècle, était encore plongée dans les ténèbres néolithiques.
Veut-on voir, dans les pré-colombiens, des gens venus des pays méditerranéens, par des continents aujourd’hui disparus, Pobjection est encore la même; on ne trouve pas, soit en Espagne, soit dans l’Afrique du Nord et de l'Ouest, la moindre trace de culture quelque peu avancée.
L'existence de l’homme quaternaire en Amérique du Nord est encore discutée ; admettons qu’elle soit prouvée, et que nous puissions attribuer la présence de l’homme, dans ce continent, à une migration pleistocène par PAtlantide et d’autres terres, aujourd’hui effondrées, cette existence de l’homme quaternaire au nouveau monde n’aurait, dans tous les cas, rien à voir avec les civilisations du Mexique, de la Colombie et du Pérou.
Quelques ethnologues ont supposé que des gens venant soit du vieux continent, soit de la Micronésie, chassés par la tempête, sont venus enseigner aux pré-colombiens, comme jadis le dieu poisson en Chaldée, tous les principes civilisateurs. Cette explication prendrait quelque valeur si l'Égypte où la Chaldée se trouvaient au Maroc et l’Egéide aux Açores; mais, dans l’état de culture de l'Occident, de l’Europe et de l’Afrique, en ces temps, une telle hypothèse-doit être écartée (1).
Il semble donc certain que les pré-colombiens se sont développés sur eux-mêmes, qu'ils n’ont eu aucun contact avec des peuples étrangers. L'étude comparative de leur civilisation avec celle du proche Orient, offre donc toutes les garanties pour que nous puissions relever les deux côtés, le$ témoins des conceptions venues spontanément à l'esprit des hommes.
Il est bien entendu que ces comparaisons n’entrainent aucune apprécialion chronologique.
Pierre taillée. — En dehors des instruments grossiers qu’on rencontre dans les alluvions interglaciaires des États-Unis, outils qui, je l’ai dit, sont encore l’objet de discussions, le sol de l'Amérique du Nord est cou-
(1) S'il y a eu migration soit du côté de l'Asie, opérées, pour le plus tôt, aux temps quaternaires soit de celui de l'Europe, ces migrations se sont (Cf, J. DENIKER Races et peuples p: 584).
vert de pierres taillées, laissées par les Indiens et leurs pères. Ce sont des couteaux, des Nuclei, des pointes de lances et de javelots, des pointes de flèches et des haches en pierre polie.
Les pointes de flèches et de javelots affectent généralement une forme spéciale à l’Amérique : elles sont taillées en pointe ogivale et portent à la base une ou deux paires d’entailles très profondes, pour l’emmanchement, mais il en est aussi de triangulaires, d’autres munies d’un pédoncule qui ressemblent, à s’y méprendre, à celles de nos pays européens; d’autres, en feuille de laurier, sont pareilles à celles du tell de Suze; enfin, les pointes de lances et de javelines offrent les types les plus parfaits de la pointe solutréenne.
Les pré-colombiens avaient donc inventé l’arc, les flèches, ils taillaient des pointes de projectiles identiques à celles de nos pays (néolithique et énéolithique) et les formes solutréennes étaient dans leurs mains.
En Amérique du Nord, on rencontre peu de ces outils circulaires, retouchés sur une moitié environ de leur circonférence et auxquels nous donnons, très improprement d’ailleurs, le nom de racloirs, mais ces sortes d'instruments, en obsidienne, sont très abondants au Mexique. Là, je l’ai déjà dit, ces « racloirs » armaient de longs sabres de bois dur, on les fixait pointifs sur les tranches de l'arme, rendue très dangereuse, de ce fait. En langue indigène, ces sabres portaient le nom de Maquahuitl.
Voici donc un objet de pierre taillée qu'on rencontre en extrême abondance dans les gisements de nos pays, depuis l’Aurignacien jusqu’à l’apparition du métal, qu’on trouve en Égypte, en Afrique du Nord, et dans bien d’autres régions encore, que nous pensons avoir été en usage, pour räcler les peaux de bêtes, alors que les Mexicains en faisaient la partie tranchante de leurs sabres de bois. Pouvons-nous affirmer que beaucoup de ces racloirs européens n’ont pas joué le même rôle qu’au Mexique? Certes non.
Comme arme, les pré-colombiens faisaient usage du propulseur, instrument qu’on retrouve chez nos magdaléniens et dans la vallée du Nil. Ils employaient aussi le boumérang, tout comme les Égyptiens.
A côté des haches amygdaloïdes, analogues à nos haches polies du vieux monde, instruments qu’on trouve en abondance aux Antilles et aux États-Unis, généralement, on rencontre sur les deux parties du nouveau continent des instruments de forme particulière, munis d’une forte rainure pour l’emmanchement (Tennessee, Virginie, pueblos, etc., en Amérique du Nord; Pérou, Colombie, etc., en Amérique du Sud). L’'emmanchement se faisait au moyen d’une ligature (Araucans) entre deux bâtons, mode que nous retrouvons en Égypte; cette hache à gorge existe en Europe : on en connaît des types dans les Basses-Alpes, dans les cités lacustres du lac
du Bourget, dans la province de Cordoue (Espagne); enfin, dans les mines de sel de Koulpi, sur l’Araxe (Arménie).
Puis ce sont des instruments en forme de poire, à tranchant hémicirculaire (Saint-Vincent), dont le modèle se retrouve quelque peu modifié en Susiane, et des haches à grands ailerons d’emmanchements (dans les Andes), type dont se rapprochent certaines formes de la Basse-Égypte.
Ainsi, tous les types de haches du nouveau monde se retrouvent dans les pays méditerranéens ; nés de mêmes besoins, ces outils-armes ont pris les mêmes formes.
Il est à remarquer que le développement plus ou moins grand de l’industrie de la pierre n’est pas un indice du degré de civilisation. Les gens des iles Kouriles, des Aléoutiennes, de l'Alaska qui sont des sauvages dans toute l’acception du terme, taillent le silex, le quartz et l’obsidienne avec une rare perfection, alors que les Tasmaniens, beaucoup plus avancés en civilisation, vivant dans des conditions sociales relativement fort élevées, usaient d’outils plus grossiers que les plus rudimentaires de nos instruments paléolithiques.
Je ne parlerai pas de l’architecture, la discussion de sa technique m’entrainerait au delà du cadre que je me suis tracé, mais je dirai quelques mots de la céramique pré-colombienne, l’un des traits les plus remarquables de l’art autochtone de l'Amérique, tant au point de vue de la technique qu’à celui de la peinture décorative.
Céramique. — En Amérique du Nord, la poterie Fire rustique, et, tout comme celle du néolithique européen de l’Asie, elle est ornée soit par incisions, soit au brunissoir; c’est en approchant du Mexique qu’on commence à rencontrer la céramique peinte qui, plus au sud, devient très remarquable par les peintures qu’elle porte.
La plus intéressante de ces poteries est certainement celle des Péruviens ; on y voit de véritables chefs-d’œuvre. Assurément, les motifs de décoration de ces vases diffèrent du tout au tout de ce que nous sommes habitués à voir dans l’Orient méditerranéen, car le goût artistique qui a guidé la main du peintre témoigne d’une stylisation étrange, d’un conventionnel presque comparable, à certains points de vue, aux peintures céramiques susiennes. Tous ces vases sont conçus dans le même esprit que ceux de nos pays du proche Orient, aux temps les plus anciens. Les représentations stylisées qu'ils portent, tout comme dans la Grèce archaïque, ont trait à des scènes héroïques ou divines. Destinés comme les vases de Suse et de l'Égypte pré-pharaonique à figurer dans les sépultures, ils portent des sujets religieux. On sait combien les pré-colombiens étaient convaincus de la survivance après la mort et, à ce point de vue, étaient dans les mêmes idées que tous les peuples du vieux monde.
302 PRÉNISTOIRE ORIENTALE
Pour la technique, ces vases ne le cèdent en rien à ceux de l'Orient méditerranéen. Bien qu'ils fussent faits sans le secours du tour, ils sont d’une étonnante régularité ; Ja pâte en est bien malaxée, fine; les peintures sont solidement fixées, comme sur les vases grecs dipyliens; quant à la température de cuisson, des gens qui savaient fondre le platine, ne devaient pas être embarrassés pour en trouver le degré.
Comme les Mycéniens, les pré-colombiens fabriquaient de nombreux vases authropoïdes, figuraient des animaux, et faisaient grand usage du pastillage, principalement chezles Mayas, où certains vases semblent n'être que des suppports de reliefs.
Doimens, — Un autre point commun, entre le nouveau monde et l’ancien, est l'existence sur le sol de la Bolivie d’un grand nombre de monu ments mégalithiques. Ce sont de véritables dolmens, avec l’une des murailles latérales percées, comme on en voit en France, au Kouban et dans d’autres régions encore.
Boucliers, — Chez les Niquirans du Nicaragua, les guerriers portaient des boucliers de bois couverts de peau, et décorés de plumes ; ils Les ornaient de leur blason personnel. L'usage du bouclier était courant en Chaldée (stèle des Vautours) et en Égypte (soldats de Meïr, musée du Caire, XIe Dyn.) et, dans ce dernier pays, chaque combattant y peignait son blason.
Tissus. — Ce n’est pas que dans le yieux monde que le tissage des étoffes a été inventé; les Aztèques, comme les proto-lilamites (première ville de Suse) étaient d’habiles tisserands. Ils employaient les plantes textiles de Jeur pays : le coton, le fil d’Agave, celui d’un Palmier nain (iexotl) et du poil de Lapin ou du Lièvre, chez les Ineas, la laine du Lama. Us faisaient aussi, comme les Chaldéens et les Égyptiens, grand usage des peaux de bête ; mais, Coutume particulière au nouveau monde, leurs manteaux de cérémonies étaient couverts de plumes d'Oiseaux, eousues ou collées sur un tissu. ,
Métallurgie, — Lors de l’arrivée des Européens dans le nouveau continent, on rencontrait, en pleine action, chez les divers peuples, toutes les civilisations successives de nos pays, depuis la culture néolithique pure, jusqu’à l’industrie du bronze. C'était là Le produit du travail des peuples se perfectionnant sur eux-mêmes, suivant les ressources que la nature mettait à leur disposition, et suivant le développement de leur esprit, Aussi, en Amérique, pouvons-nous suivre, à brayers l’espace ce que dans nos pays nous nous eforçons de suivre à travers les âges; car les diverses régions montraient, dans le nouveau monde, les cultures Les plus arriérées au voisinage de civilisations vraiment raffinées,
Aux États-Unis, dans l'immense bassin de l’Amazone, chez les Pata-
LE
PRET rte
gons, à la Terre de Feu, nous sommes en plein néolithique. Dans l’Amérique du Nord, cependant, les métaux, l'or, l’argent, et surtout le cuivre étaient depuis longtemps eonnus des Indiens. L’or se rencontre à l’état de pépites dans les sables de la Californie, l'argent et le cuivre natif forment de grandes masses près du lac Supérieur, mais les Indiens ne considéraient ces métaux que comme des minéraux malléables qu’ils forgeaient, ne sachant pas les fondre ; l’Europe n’a jamais connu cette phase de l’emploi du métal, qui, d'ailleurs, parait n’avoir existé qu'aux États-Unis, seul pays au monde où il ait été, Jusqu'à ce jour, rencontré pareille abondance de métaux natifs.
Chez les Diagnites de la République Argentine nous sommes en présence d’une véritable industrie du cuivre ; car beaucoup d’objets métalliques de cette région ne renferment qu’une proportion infime d’étain, sans effet sur la consistance moléculaire de l’alliage. D’après les archéologues argentins, les minerais étaient des chrysocolles, silicate double de fer et de cuivre, qu'on traitait dans des sortes de bas-foyers, méthode également employée en Europe et en Asie.
En Amérique £entrale et au Pérou, nous entrons dans un monde vraiment métallurgique.
Chez les Azièques, on trouve le cuivre, le zine, l'argent, le plomb et l'or, des bronzes de teneur variée, suivant les usages auxquels on les destinait, peut-être même le laiton qui, dans l’Occident,est un alliage de très basse époque. Tous ces métaux et ces alliages étaient travaillés, soit au bas-foyer, soit au creuset, comme dans nos pays, puis moulés et martelés, repoussés et ciselés.
En Colombie, les ouvriers travaillaient fort habilement les métaux précieux, mais ne savaient pas les affiner; l’or est toujours mélangé de cuivre (jusqu'à 3 p. 100 et d'argent, formant ainsi une sorte d’électrum. La même ignorance de l’affinage existait également en Occident, et l'or, pendant bien longtemps, est resté tel qu’on le trouvait dans les sables des rivières. Les plus anciennes monnaies grecques (vire siècle, aw. J.-C.), sont en électrum, et les feuilles d’or qui ornaient le sarcophage du roi Ra-Fou-Ab, à Dachchour (XI+ dynastie) contenaient 17 p. 100 d'argent.
Chez les Ineas et dans les Andes, on voit l'or, l’argent, Le euivre, l’étain et le bronze.
De tous des peuples du nouveau monde, les Péruviens étaient les métallurgistes les plus habiles, Mineurs, ils avaient ouvert des galeries atteignant parfois 50 mètres de longueur, dans les filons métalliques, fondeurs, is traitaient l'or, l'argent, le plomb, l’étain, le cuivre, le mercure, Ils fabriquaient divers alliages de cuivre et d’étain, dont ils savaient varier la teneur en étain, suivant l’usage auquel ils destinaient l’alliage, faisaient
des laitons, des mélanges de cuivre et d'or ; mais ne paraissent pas avoir découvert les procédés pour séparer l’or de l’argent.
De toutes ces variétés métalliques, ils faisaient leurs armes, cassetète, haches de formes diverses, souvent inspirées par les types de pierre, et les métaux précieux étaient employés pour les bijoux et les ustensiles de toilette, bagues, bracelets, épingles, pinces à épiler, miroirs, cureoreilles, bandeaux de front, grains et pendeloques de colliers, pectoraux, amulettes, etc. Tous objets présentant des caractères locaux très nets, qui trouvent leurs correspondants, d’autres styles artistiques, dans nos industries préhistoriques du bronze et du fer.
Mais le fait le plus marquant dans ces usages métallurgiques pré-colombiens, est que les Esméraldas et les Caraques, populations cotières de l'Equateur étaient parvenus à traiter par le feu les minerais aurifères de platine, qu’on trouve dans leur pays (1), minerais qui exigent une température très élevée et dont, en Europe, nous n’avons découvert les procédés de traitement que dans les temps modernes. Assurément, la présence de l’or dans les pépites de platine, abaissait sensiblement la température de fusion de l’ensemble, il n’en est pas moins vrai que l’habileté de ces métallurgistes était très supérieure à celle de nos artisans du vieux monde, non seulement avant notre ère, mais au cours du moyen âge.
Cependant, les pré-colombiens, s’ils étaient très avancés dans l’art du fondeur, se montraient moins habiles que nos gens du bronze pour la fabrication des armes ; peut-être n’éprouvaient-ils pas le besoin de couler de grandes épées et des poignards, car ils paraissaient ne s’être jamais préoccupés de ces sortes d'armes, auxquelles nos fondeurs attachaient tant d'importance. D’ailleurs, les proto-élamites et les Égyptiens pré-dynastiques, n’ont pas, non plus, songé à ce genre d’armes.
Dans tout le nouveau monde, on n’a jamais, avant la conquête, connu le fer métallurgique, ce métal ne parait pas autrement qu’à l’état météorique (Ohio). Les Indiens en tiraient parti, de même manière qu'ils en usaient avec les autres matières minérales, ils en faisaient des haches et des ornements (2). L’hématite, tant employée dans le vieux monde, était, en Amérique, traitée comme toute autre pierre.
Tandis que certaines régions de l'Amérique centrale et méridionale se développaient, et conduisaient à grands pas les peuples vers le grand progrès, les instruments de pierre restaient en usage courant, même dans les pays les plus avancés, soit par tradition, pour certaines cérémonies religieuses, telles que l’ouverture du corps de la victime dans les sacrifices humains, soit parce que le métal était encore rare et de grande valeur. Les
(1) Tu. Wozr, Mem. sobre la Georgr. y la Geolog. (2) Purnam, Icon. from Ohio mounds T. À. AS. del ecuador, p. vol. 11, 1803, p. 349 sq. <
maquahuitls, les flèches, les lances, etc., étaient encore armés d’obsidienne ou de silex.
Si nous en jugeons par les arts métallurgiques, ainsi que par l'emploi des métaux, il y aurait eu, en Amérique, deux centres, sinon deux foyers d'origine de la métallurgie; l'un situé sur la côte du Pacifique, vers le Pérou actuel, l’autre, au Mexique ou dans l’Amérique centrale, mais on ne saurait encore se prononcer. 3
L'écriture (1). — L'un des traits caractéristiques de la culture pré-colombienne, trait qui rapproche cette civilisation de celle de l’ancien continent, est l'usage de l'écriture. Rares de parle monde sont les points où l’homme a réussi à sortir de la pictographie. L'Amérique centrale, la Chine et le proche Orient sont les seuls pays où l’intelligence humaine ait trouvé sa voie. Ailleurs, les procédés pictographiques n'ont pas eu de lendemain.
L'écriture mexicaine est composée de trois éléments distincts : l’élément purement figuratif qu’on trouve dans l’hiéroglyphe égyptien, et qui, certainement a existé dans le système pré-cunéiforme, l’élément idéographique, qui forme l’une des principales bases des systèmes chaldéen, proto-anzanite, égyptien, chinois, et, vraisemblablement aussi, hittite et crétois. Enfin, vient l’élément phonétique, timide en Mexicain, très développé dans l’ancien monde.
L’écriture yucatène est semi-figurative, semi-phonétique, alors que celle des Mayas paraît avoir été purement figurative, et que chez les Incas,
aucune écriture n’était en usage, malgré le degré très avancé de la civilisation péruvienne. Chez les Indiens de l'Amérique du Nord, la pictographie est restée en usage jusqu’à nos jours.
Ainsi, l’on trouve dans le nouveau monde, les divers stades de lécriture depuis sa forme primitive, la pictographie, jusqu’à l'hiéroglyphe avec ses valeurs figuratives, idéographiques et phonétiques, et avec ses déterminants : mais les pré-colombiens se sont arrêtés là ; car ils ne paraissent pas avoir eu de simplifications cursives des hiéroglyphes, telle que l’hiératique et le démotique en Égypte. Les Chinois en sont restés à peu près à la même phase que les pré-colombiens. C’est au Japon que le système chinois est devenu cursif.
(4) Pendant plusieurs milliers d'années, les peuples du proche Orient n'ont envisagé que le côté utilitaire de leurs efforts. Sculptaient-ils, peignaient-ils, c'élait soit pour se rendre la divinité plus favorable, soit pour apaiser les colères que pouvait avoir un mort dans sa seconde vie. Et il en était dé même pour les morceaux écrits, qu'à tort nous considérons comme composés dans une intention littéraire. Le but était de conserver les vieux documents et le copiste avait grand soin de noter : « copie conforme à l'original ». (Kima labiri-shu shatir). On ne cherchait pas à exprimer des idées nou-
velles ou des formes neuves. L'effort principal, sinon exclusif consistait, à conserver les souvenirs de l'antiquité. Toute œuvre paraissant être nouvelle n’est donc que la répétition, la réédition des idées traditionnelles sur le monde, sur la religion, en général sur la vie, ou bien l'adaptation des conceptions anciennes aux besoins du moment (a). De même que pour les arts, ce sont les Indo-Européens qui ont été les créateurs de la littérature.
(a) Cf. Cuares F. JEAN, Milieu biblique, t. If, p. 2.
Bien que Terrien de la Couperie ait tenté jadis de rattacher les origines de l'écriture chinoise à celles du système cunéiforme, 1l parait certain que l'extrême Orient a évolué sur lui-même, en suivant, comme les pré-colombiens, le processus normal qu’impose le bon sens.
Je dois ajouter, qu’au Pérou, existait un mode mnémonique, de retenir les nombres, celui de Quipous, qu'on a pris, à tort, pour un système d'écriture ; le Quipous servait uniquement, chez les Incas, à la comptabilité, et les teneurs de comptes étaient désignés sous le nom de Qquipuçcamayocs ; ce procédé, fort simple, a été, sous diverses formes, en usage dans tous les pays et en tous les temps ; les bâtonnets à encoches des boulangers, dans les campagnes, ne sont autres que les Quipous.
Il serait aisé d'écrire un volume entier sur les rapprochements de conceptions qu’on peut faire entre le nouveau monde et l’ancien, en s’appuyant seulement sur des faits matériels; mais, je pense en avoir dit assez pour inciter le lecteur à visiter dans cette idée les musées d’antiquités et ceux d’ethnographie ; l'examen des vitrines sera plus éloquent que tout ce que je pourrais dire des détails. D'ailleurs je consacre un chapitre tout entier à l’évolution de l'écriture dans l’ancien monde.
Mais, à côté des similitudes matérielles, il en est d’autres, uniquement d'ordre intellectuel, qui montrent combien la nature humaine est, par son essence même, portée à suivre les mêmes chemins. Quelques exemples suffiront, je pense.
Héros éponyme. — De même que dans toutes les légendes relatives aux origines des peuples du vieux monde, nous rencontrons chez les Incas, Manco Ccapac, ancêtre fabuleux de la race royale, sur la tête de qui ont été rapportés tous les progrès, toutes les améliorations survenues dans le pays.
= Zoolatrie. — Les Caraques et bien d’autres peuplades indiennes adoraient les éléments et surtout les animaux. La mer, les poissons, les tigres, les lions, les serpents, etc., étaient des dieux, comme en Égypte pharaonique ; peut-être les Caraques étaient-ils totémistes, on n’en a pas la preuve certaine, comme pour les Indiens des États-Unis et du Canada.
Rites funéraires. — Chez tous les peuples du nouveau continent, on
trouve la croyance à la vie d'outre-tombe. La mort n’est qu’un changement de vie, et les morts conservent une grande influence sur les vivants ; c’est ce que sous de multiples formes, nous rencontrons dans l’ancien monde. Il s’ensuit que de l’un et de l’autre côté de l'Atlantique, les rites funéraires sont semblables, sinon dans les détails, du moins dans leur ensemble.
Hérodote nous a laissé une description très curieuse des funérailles d’un chef Scythe: son cadavre est placé dans un dolmen de bois (la pierre faisant défaut dans la steppe) recouvert d’un tumulus (Kourgans de Rus-
sie), et, dans sa tombe, on place à ses côtés ses armes, ses richesses, des provisions, ses femmes, ses serviteurs étranglés ou égorgés; puis on immole toute une garde à cheval, dont on place les cadavres en cercle, autour du Tumulus.
Le récit de ces funérailles sanguinaires a trouvé une preuve éclatante dans mes fouilles du Nord-Est de la Perse ; là, comme on le verra en détail dans le chapitre consacré à ce sujet, dans bien des dolmens de l’industrie du bronze, j’ai reconnu la présence de squelettes de femmes, accompagnant celui de leur seigneur (1). Les corps étaient entourés d'armes, de bijoux, de vases ayant contenu des aliments, de cruches pour la boisson; et l’ordre qui régnait dans la sépulture montrait que les femmes avaient été mises à mort avant que leur corps fut placé dans la tombe. Or, voyons ce qui, en pareilles circonstances, se passait au nouveau monde. CrEzA DE Léon (2) et d’autres chroniqueurs nous en ont laissé de terrifiants récits.
Lorsqu'un Cacique mourait chez les Indiens cunas de J’Isthme de Panama, on tuait les femmes qu'il avait préférées, et on lui faisait une sépulture « grande comme une petite colline ». A l’intérieur de ce tumulus, étaient une chambre et un couloir ménagé au ras du sol. Le cadavre y était introduit, paré de ses plus riches vêtements ; on plaçait auprès de lui ses trésors, et une grande quantité de vivres et de boissons, on enfermait également les corps de femmes du mort et de quelques jeunes garçons pour le servir dans l’autre monde.
Il en était de même chez les Esméraldas et les Caraques (Équateur),
mais, chez ces peuples, la sépulture se faisait dans des puits analogues à ceux de l'Égypte et de Chypre, et non dans des tumuli.
Au Pérou, ces cérémonies étaient plus barbares encore. On enterrait, avec l’Inca, la plupart des femmes de son harem, et un grand nombre de serviteurs, qu'on enfermait vivants, dans une chambre spéciale, à ceteffet. La légende dit qu'aux funérailles de Auayna-Ccapac, le nombre des victimes aurait été de quatre mille.
Sacrifices humains et anthropophagie. — On sait combien étaient inhumaines les cérémonies qui se pratiquaient à Mexico, chez les Caraques (côtes de l'Équateur) ; on sacrifiait en grand nombre des animaux et l’on choisissait aussi pour victimes des enfants, des femmes et des prisonniers de guerre. Les cadavres étaient ensuite écorchés et leur peau bourrée de cendres étaient pendues à la porte des temples et. dans les lieux où se célébraient ces fêtes. Dans certaines de ces tueries rituelles, le prêtre revétait la peau de la première de ses victimes (3).
(4) J. pe MorGan, l'Hwmanilé préhistorique, (3) Cf. VeLrasco, Hislor. del Reino de Quito, 1921, p. 258 et fig. 151 à 153. vol. II et Creza pe LEoN, Cronica del Perw., cap. (2) Cronica del Peru. LXVI.
Ces sortes de sacrifices avaient lieu au Mexique, chez les Pipiles, les Niquiranes, les Mayas, les Güetares, les Cunas, les Chitchas, les Caraques au Pérou ; ils n’existaient pas chez les Indiens de l'Amérique du Nord ni, parait-il, dans le bassin de Amazone.
Les Cunas, indiens de listhme de Panama, pratiquaient les sacrifices humains, comme d’ailleurs presque tous les peuples du nouveau monde central, mais ils se livraient à l’anthropophagie rituelle. Les voyageurs espagnols racontent qu’on voyait, devant la maison du chef, les crânes des victimes sacrifiées et mangées (1).
La Polynésie nous montre les mêmes coutumes et, en Europe, M.Srope, savant suédois, qui a étudié une caverne de l’ile Stora-Carlso (Gotland) a constaté que les habitants de cette île, aux temps néolithiques, étaient cannibales, on trouve, d’ailleurs encore mention de cannibalisme en Europe, à l’époque historique (2).
Le sang divin des rois. — Les Incas, au Pérou, fils du Soleil comme les Pharaons, avaient comme les Ptolémées, l’usage d’épouser leur sœur et, dans ces deux milieux, si éloignés, si différents, le but de cette coutume était en Égypte comme au Pérou, de conserver pur le sang divin de la lignée royale. Certes, l'Orient et l'Amérique n’ont pas eu d'échanges de pensées ; et cependant le résultat a été le même dans les deux régions. Cette conception de l'essence royale et de sa conservation est donc née spontanément à des époques différentes, et chez des gens inconnus les uns des autres.
On voit, par les pages qui précèdent, combien est accusée l’unité de la pensée chez les hommes, quelle que soit leur race, quel que soit leur habitat : les lignes principales demeurent souvent même dans leurs détails, et s’il existe des différences, elles sont uniquement dues à l’ambiance dans laquelle les civilisations se sont développées.
Devant des analogies aussi frappantes que celles dont je viens de parler, les partisans des contacts invoqueront des relations inconnues encore, entre les gens du vieux monde et ceux du nouveau, rappelléront l’his. toire du Fu-Sang, des Chinois, de ce prêtre bouddhiste qui, en 499 de notre ère, serait revenu en Chine, après avoir visité un pays qu’on a eru être l'Amérique (3) et dans lequel il aurait vu une civilisation déjà très avancée; mais, dans ce pays, il y avait des chevaux et des chars, ce n’était done pas l'Amérique (4).
On parlera des objets rejetés sur les côtes de l’Europe et des navigateurs indiens chassés par la tempête sur nos côtes. En l’an 62 avant notre ère, un bateau, monté par des hommes de race inconnue, est venu atterrir
(1) CrezA DE LEON, Cronica del Peru, cap. XII. HetERL1, Urgesch. der Sehweiz, p. 160. p. 366. (3) Cf. H. Beucmar, Man. Arch. américaine,
(2) O0. MonreLius, les Temps préhistoriques en 1912 p. 4 sq. Suède. Trad. fr. par S. Reinach., p. 20. — (4) Id., p. 40.
sur la côte de Germanie. Ce pouvait être des Lapons. En 1508, un navire français rencontra, non loin de nos côtes, une barque montée par sept hommes, dont six moururent. Le septième, un jeune homme, fut conduit à Louis XIL alors dans le Maine.
Certainement, on ne peut affirmer que des vaisseaux, partis du vieux monde, n’ont pas, à une époque quelconque, abordé l'Amérique, sans espoir de retour; mais il ne suffisait pas de ces relations passagères, accidentelles, si elles ont eu lieu, pour faire éclore une culture telle que la civilisation américaine. Nous pouvons, très certainement, sans crainte d’erreur, considérer la culture des pré-colombiens comme autochtone.
En Tasmanie, en Australie, dans toute la Polynésie, nous nous trouvons également en face de cultures que nous pouvons aussi considérer comme locales et indépendantes. Certes, nous ne rencontrons pas là des arts et une industrie aussi avancée que chez les pré-colombiens. Tout le Pacifique en était encore à la culture néolithique, quand les navigateurs du xvir* siècle y ont pénétré. Mais cette culture néolithique présentait une foule de variétés locales, de degrés sans nombre, bien que les peuplades des Iles fussent en communications constantes entre elles.
Un fait important se dégage de l’examen des civilisations, dans les diverses régions de l’Amérique et dans les divers groupes d’iles de la Polynésie. On voit clairement que des cultures très primitives peuvent être en contact direct avec des peuples très avancés, sans profiter de ce voisinage. La grande civilisation du Pérou, de l’Équateur, de l'Amérique centrale n’a eu aucune influence sur les tribus indiennes des Guyanes, du Brésil, de la Patagonie ; et la culture très développée de Mexico n’a pas fait avancer d’un pas les tribus indiennes des États-Unis, à peine trouvet-on, dans le Nord du Mexique et dans l'État du Colorado quelques indices d’une industrie supérieure à celle des « mounds ».
Il est donc démontré de la manière la plus claire, que, dans le nouveau monde comme en Océanie, les contacts, le voisinage, n’ont pas eu une influence notable sur 1e développement des tribus inférieures, développement qui s’est surtout trouvé en dépendance de l’affinité personnelle, plus ou moins grande, des peuplades diverses pour le progrès.
Ce n’est pas seulement chez les tribus primitives que l’on peut constater cette inégalité dans la réceptivité des notions sociales, philosophiques et matérielles ; parmi les peuples qui passent pour être civilisés, il en est beaucoup qui, tout en profitant des découvertes matérielles, faites par leurs voisins, sont incapables de s’assimiler les conceptions d'ordre plus élevé, et cela, au milieu de ce grand courant qui entraine l'humanité tout entière vers cette amélioration de la vie, qui, dans la forme que nous lui accordons, n’est peut-être, somme toute, qu’une utopie.
Chez les peuples primitifs, les côtés matériels de l’existence présentent une influence prépondérante, on peut même dire unique, l’homme s’y trouve en dépendance absolue, des conditions de l’ambiance, des ressources qu'offre la nature, des difficultés indépendantes de sa volonté, c’est dans ces conditions, qu’à toutes les époques, et en tous lieux, ont vécu les gens des industries de la pierre.
Nous avons vu combien, dans le nouveau monde, le travail de la pierre a joué un rôle important dans les destinées des peuples : il en a été de même sur les vieux continents, la pierre étant, là aussi, la seule matière première dont disposait l’homme pour lutter contre les difficultés qu’à chaque instant il rencontrait sous ses pas; mais, dans notre vieux monde, les conséquences de l’ambiance n’apparaissent pas aussi clairement que dans les pays isolés comme les deux Amériques, comme l'Australie, et, dans une certaine mesure, la Polynésie, contrées où il est très certain que les contacts n’ont joué qu'un rôle très atténué. |
« L'Australie, dit MaRGELLIN Boure, dans son magistral ouvrage Les Hommes fossiles (1), est le plus petit, mais lé plus singulier des continents. Tout y parait étrange et archaïque aux yeux du naturaliste. Sa végétation de fougères arborescentes, de Cycadés, d’araucarias, de palmiers, de mimosas, d’eucalyptus, de buissons épineux, rappelle celle de Père secondaire. Dans les mers qui l’entourent, on retrouve les coraux, les trigonies, les nautiles de nos mers jurassiques et crétacées. Dans les rivières, vit encore le Ceratodus, ce curieux poisson amphibie qui fut découvert d’abord dans les terrains du Trias européen. La terre ferme est peuplée d’une faune de Mammifères très spéciale, ne comprenant guère, avec le type tout à fait primitif, encore reptilien, des Monotrèmes, que des formes restées presque toutes à l’état de Marsupiaux. Cette faune représente aussi un legs des temps secondaires, d’ailleurs considérablement accru et diversifié. Les populations humaines indigènes appartiennent également à l’une des races actuelles les plus primitives », et plus loin l’auteur ajoute : « Il est bien difficile d'expliquer le peuplement de l'Australie, par l’homme; celui-ei ne saurait être qu’un des derniers venus (dans la faune) à moins de croire, avec ScHœTENsACK, que l'Australie est le lieu d’origine de notre espèce, ee qui ne paraît guère admissible. »
Ces hommes, dont l’origine nous est inconnue, mais dont la venue en Australie ne parait pas être extrêmement ancienne (2), ont toujours véeu sur cette grande terre, dans des conditions misérables. Ils ont laissé de très nombreux instruments de pierre, les uns polis, les autres éclatés ; on
(1) P. 364. ploitations des alluvions aurifères de la grande (2) Aucune trace de l'Australien pleistocène n'a île, ni dans les cavernes où abondent les restes élé rencontrée jusqu'ici dans les immenses ex- de la faune éteinte.
ÿ voit tous les types que nous sommes accoutumés, en Europe, à considérer comme successifs et qui, là, sont contemporains; tous sont encore en usage de nos jours. Ce sont des galets simplement adaptés (éolithes), des outils grossiers, sans forme définie, des coups de poing chelléens, acheuléens, moustiériens, racloirs, de type moustiérien, aurignacien, pointes solutréennes, couteaux magdaléniens, silex pygmées (Tardenoisien), haches polies de notre néolithique.
Toutes ces formes correspondent à des besoins et, il n’est pas nécessaire de le dire, elles sont nées spontanément, sans le concours d’influences extérieures.
En Océanie, certaines îles ont connu la poterie, d’autres l’ont toujours ignorée, jusqu’à notre époque; partout, on rencontre la pierre polie, plus rarement la pierre éclatée et encore est-elle toujours néolithique.
Dans cet immense domaine océanien, nulle part on ne rencontre trace de la connaissance du métal; c’est que, pour la plupart, ces îles sont de <omposition volcanique, c’est-à-dire privées de minerais. Les grandes terres cependant, telles que la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie, la Nouvelle-Calédonie sont riches en filons et, dans le sud du continent asiatique, le métal était connu, tout au moins, depuis les débuts de notre ère. Sa connaissance aurait pu se propager par voie maritime; car les insulaires, comme les gens des côtes asiatiques, ont toujours été d’intrépides marins : il n’en à rien été, cependant.
Quand on lit les récits des voyageurs chez les populations primitives, on est surpris de voir que des tribus peuvent vivre côte à côte, se toucher par leurs territoires et, cependant, différer par la langue, l'armement, les ustensiles et les usages. Cette remarque peut être faite pour les populations du Nord-Est de la Sibérie : Kamtchadales, Toungouses, Koréki, Tchoukes, Kouriles, etc., pour les Indiens du Haut Amazone, des Guyanes. J'ai fait la même constatation dans la presqu'ile de Malacca pour les Sakayes et les Seumangs et, dans nos gisements des industries de la pierre, on retrouve des traces évidentes du même fait; c’est ce que me faisait remarquer M. de Villeneuve à propos de-la caverne de Monaco dont l’industrie est si différente de celle des grottes de Menton, bien que toutes deux soient contemporaines et très différentes de ce qu’on rencontre dans le Centre et le Sud-Ouest de la France. Cette observation mérite grande considération; car, Si dans un espace aussi réduit qu'est la Gaule, on trouve des caractères régionaux, que doit-on penser des stations éloignées du Centre considéré comme typique, ne doit-on pas, à priori, rejeter toute idée de parenté et de relations entre tribus et mettre les similitudes sur le compte de besoins semblables.
De ce qui précède, il résulte, non seulement que, guidés par les
mêmes nécessités, les hommes, quoi qu’ils fussent indépendants les uns des autres, ont eu les mêmes pensées, mais aussi que le progrès n’a qu’une seule voie où fatalement l'humanité est obligée de s’engager et qu’elle est contrainte de la suivre, quels que soient les lieux, quels que soient les temps. Dès lors, il devient contraire aux lois de l’évolution des industries de chercher, sauf dans des cas bien définis, l’expansion d’un usage, d’une pensée, d'un instrument, dans sa propagation par influence, par contact des peuples entre eux, surtout quand il s’agit d’idées simples.
Les préhistoriens se sont évertués à trouver les voies de propagation des industries en partant du principe, faux dans bien des cas, du foyer unique.
L'industrie paléolithique (1) (sensu stricto) qui couvre toute l'Afrique, l'Occident de l’Europe, la Mésopotamie, qu’on retrouve aux Indes, en Australie, aux États-Unis et jusqu’au Mexique, peut-elle être considérée comme étant issue d’un foyer unique ? Certainement non, pour cent raisons. Doit-on lui accorder une valeur chronologique? Oui, dans certains cas, non d’une manière générale.
Pour ces temps, la faune qui accompagne les instruments de pierre est notre seul guide en chronologie relative, et ce guide est bien vague, quand il s’agit de pays éloignés de l'Occident de l’Europe, car les faunes ont, au quaternaire, varié comme elles varient de nos jours, suivant les points du globe, et les concordances sont, dans la plupart des cas, très indécises : Nous ne savons pas, en effet, à quel âge exact attribuer les Notherium, Diprotodon, Thylacoleo, Marsupiaux géants de l’Australie, les Megatherium, Mylodon, Glyptodon, Édentés énormes des pampas, quelle époque il faut assigner aux Megalonyx, au Bison occidentalis, à l'Elephas Colombi de l'Amérique du Nord, que conclure de la présence d’ossements de Pachydermes dans les alluvions de l’Ile de Délos, quand nous savons, par des documents indiscutables, que l’Éléphant vivait encore à l’état sauvage chez les Cananéens, sous les Ramessides ?
Il est hors de doute que les districts paléolithiques des États-Unis, de l’'Hindoustan, de l’Australie doivent être considérés comme étant étrangers à la grande province de la même industrie qui comprend l’Afrique, l'Ouest de l’Europe et l’Asie antérieure, et rien ne permet d'affirmer que ces in- * dustries puissent être contemporaines de nos cultures paléolithiques (S. S.); et, dans la grande province elle-même, il semble bien difficile d'admettre l'existence d’un foyer unique, d’où cette industrie se serait répandue jusqu'aux confins des glaciers scandinaves. Une telle expansion eût exigé un temps considérable et, assurément, pendant ce temps, il se serait produit
(1) Chelléen, Acheuléen et Moustiérien
quelque progrès, quelque changement : cette industrie n’aurait pas conservé l’homogénéité que nous constatons.
Si nous envisageons la distribution générale de la hache en pierre polie, nous voyons que cet instrument, en des temps divers, a couvert le monde entier, depuis les rives de la Baltique, jusqu'aux îles de la Société, jusqu’au littoral de la baie d'Hutson, jusqu’à la Chine et au Japon. On ne peut pas admettre que cet instrument si simple ne soit pas né spontanément dans vingt pays différents et en des temps divers.
Les silex pygmées (Tardenoisien de G. de Mortillet) si remarquables par leurs formes géométriques, que certains auteurs attribuent à l’archéologique, d’autres ,au mésolithique, voire même au néolithique, se rencontrent dans presque tous les pays du monde, en Europe, en Russie, en Syrie, en Égypte, en Tunisie, en Algérie, aux Indes, à Ceylan, en Australie, ces petits outils qui, pense-t-on, servaient à la pêche, ont eu, à coup sür, maints foyers dans des pays très différents, et à des époques fort diverses. Il se peut qu'il y ait eu, en Europe, une province homogène de cette iudustrie; mais, ne devons-nous pas cette opinion à ce que nos pays sont mieux explorés que les autres parties du monde, n’est-il pas plus probable que ces formes convenant à un mode spécial de vie, ont été adoptées dans la plupart des districts, dans lesquels ce mode était imposé par la nature.
Que dire des dolmens qui, non seulement couvrent l’ancien monde, mais existent aussi en Amérique méridionale, alors qu’on en construit encore à Madagascar et dans l’Assam.
Nous avons vu jusqu'où peuvent aller les similitudes de conceptions de tout genre, chez des peuples privés de tous rapports entre eux, que le voisinage, le contact même des tribus n’entraine pas forcément la trans- “mission des idées du groupe humain le plus cultivé à celui qui l’est moins que dans chaque province de l'habitat de notre race, les mêmes besoins ont amené les mêmes usages, pourquoi chercher à expliquer par des déplacements de populations, des faits aussi naturels que l’invention de quelques formes d'instruments voulues par l’ambiance, par les conditions naturelles de la vie ?
Certes, il est loin de mon esprit de refuser aux migrations leur pouvoir
-propagateur; mais j'estime qu’il ne faut pas « voir au cours des temps préhistoriques des tribus sans cesse en mouvement » qu'il faut faire une très large part, non seulement aux exigences locales ; mais à cette grande loi de l’évolution que nous montre la comparaison des civilisations du vieux monde avec celles du nouveau, tout en tenant compte du rôle que, dans certains cas, ont certainement joué les migrations.
Les préhistoriens cherchent aujourd’hui quel a pu être le foyer des débuts des industries archéolithiques ; ils conviennent que la culture dite
314 PRÉINSTOIRE ORIENTALE
aurignacienne dérive de celle dite moustiérienne et, confondant dans un même cycle toutes les industries du même ordre, parce qu’elles renferment des instruments répondant à des besoins semblables, ils n'hésitent pas à faire venir de l’Afrique du Nord, de la Syrie, des tribus entières, pour expliquer ces analogies, ils cherchent les routes par lesquelles ces mouvements auraient pu se produire, rétablissent des ponts naturels, pour la traversée des mers, tout cela, parce que les gens de Gafsa ou d’Adloun, au sortir du paléolithique, ont eu besoin d’un burin ou d’un racloir, semblable à ceux dont faisaient alors usage les hommes d’Aurignac.
Pour décréter qu'un changement d'industrie s’est produit à la suite d’une migration, il faut autre chose que l'apparition de quelques formes nouvelles dans l'outillage, il faut un ensemble de conceptions encore inédites, une nouvelle orientation, je me trouve ainsi amené, à revenir sur le début de cette étude, à parler des Kjæœkkenmæddings danois et de nos huttes du Campigny.
Dans le nord de la France. comme sur les côtes du Danemark et en Scanie, se montre, au début de l’industrie néolithique, une culture spéciale, nouvelle, nous voyons alors paraitre des formes inusitées, le tranchet, entre autres, la hache en silex, poli (Campigny), la poterie qu’on rencontre pour la première fois, et un animal domestique, le chien (Danemark).
Jusqu'ici nous n’avons pas rencontré la transition entre les industries archéolithiques et celle du Campignien; l’Azilien de Piette paraît bien être un dérivé du Magdalénien, mais, tout d’abord, il n’appartient pas au même pays que le Campignien, ensuite, cette industrie n’annonce pas la venue de celle du Campigny. Il ÿ à done là de multiples raisons pour accorder à cette dernière phase du mésolithique, ou première du néolithique, une origine étrangère. L'industrie campignienne, d’ailleurs, paraît être localisée au bassin de la Seine, au nord de la France, aux rives allemandes de la mer du Nord, au Danemark et à la Suède méridionale.
Des mouvements de peuples très anciens, dans nos pays, migrations contemporaines des cultures archéolithiques, nous ne connaissons rien en dehors des hypothèses tendant à unifier les industries de même allure, ce n’est, au plus tôt, qu’à la fin du magdalénien, que nous commençons à pressentir les inväsions venues de l'Orient, invasions qui paraissent probables, au cours du mésolithique et deviennent certaines avec le néolithique, plus encore avec les métaux ; et ces mouvements sont de grande importance pour l’ancien continent, car ce sont eux qui ont répandu de par le monde, les peuples de parler aryen.
Mais soyons d’une extrême prudence dans nos hypothèses relatives aux temps plus anciens, si vous ne voulons pas de parti délibéré, jeter le trouble dans l’ethnographie archéolithique et mésolithique. A cette époqué
que nous désignons dans l’Occident de l’Europe, sous le nom d’Aurignacienne, les hommes, au sortir du dépeuplement quaternaire, vivaient dans les districts de survivance, ils étaient peu nombreux et vraisemblablement, peu enclins à se lancer dans des expéditions lointaines: il est à croire qu'ils se sont développés sur eux-mêmes, modifiant leurs industries sui-
vant les besoins que leur imposait la nature, par ses variations de climat, et par suite de la flore et de la faune.
Il y a quelques mois seulement que j’ai appelé l’attention des préhistoriens sur le dépeuplement quaternaire (1) et sur la formation des districts archéolithiques de survivance, aucune recherche spéciale pour retrouver ces districts n'ayant encore été tentée, nous en sommes réduits à nos connaissances passées, c’est-à-dire à la liste des cavernes, abris et stations en plein air de la première industrie archéolithique. Pour l’Occident de l’Europe et le nord de l'Afrique, nous sommes assez bien renseignés ; mais, il n’en est pas de même pour le reste des continents.
Certainement, les points de survivance ont été très nombreux, il est à croire même, que des pays entiers ont échappé aux phénomènes naturels qui ont été cause du dépeuplement; mais les populations alors fort réduites, disposant d’immenses espaces libres ne se sont bien certainement, dans la plupart des cas, étendues que très lentement, sont restées cantonnées dans leur milieu ancestral et, au fur et à mesure que se modifiaient les conditions de la vie, ont elles-mêmes modifié leur outillage, sans, pour cela, communiquer forcément entre elles.
Certains préhistoriens pensent que si l’industrie paléolithique (S.S.), dans sa phase moustiérienne, a fait place à l’archéolithique, représentée par le type aurignacien, c’est que sont survenues des substitutions de groupes humains; cette hypothèse serait à envisager dans le cas où la substitution se serait produite dans tous les pays occupés par les gens de l’ancienne industrie, ou dans celui où, à côté des nouvelles civilisations, seraient restés des espaces encore occupés par l’ancienne ; mais ce n’est pas le cas: la nouvelle industrie n’occupe que des espaces restreints, et de vastes surfaces paraissent avoir été inhabitées; c’est donc que l’ancienne population s’est retirée, ou bien a été détruite ; la présence ‘de ses restes, dans les alluvions, montre qu’elle a disparu devant des phénomènes naturels, inondations ou extinction des moyens de vivre; nous savons, par contre, que dans les régions où elle s’est maintenue, les ‘conditions de la vie ayant changé, les hommes ont modifié leurs industries pour être à même de faire face à leurs nouveaux besoins.
En cas de survivance aux cataclysmes, deux genres de preuves
(1) Ce fait avait déjà été signalé par H. Douvizcé en 1910 (C. R. Acad. Sciences, t. CLI, p. 630, 10 octobre 1910),
Hi
Grotte de Castillo Isturitz La Ferrassie Laussel (Espagne) (Basses-Pyrénées) (Dordogne) (Dordogne) Enéolithique.
Azilien.
Magdalénien supér'. III. Magdalénien supér'. 11I. — moyen. Il. — moyen. II.
— infér”. 11 — infér. 1e . — Couche stérile.
. Solutréen moyen. III. Solutréen moyen. III. 4 ( Traces solutréennes. Solutréen supérieur. . — Couche stérile. Aurignacien final. IV. & ) Aurignacien final. IV. Proto solutréen. . Aurignacien supér'. III. — supér'. III. * | Aurignacien supér'. Ill Aurignacien final. — moyen. Il. — moyen. Il. — moyen. Il- — moyen. — infér'. I. — infér”. ï- — infér”. E — infér”, . Moustiérien supér. Ill. Moustiérien supér'. Ill. € { Moustiérien supér”. IV. Moustiérien supér'. — moyen. Il. — ancien. 11: F. — ancien, IL. — ancien. . — Stalactites. — ayec coups — ayec coups . Acheuléen, ? depoing. I. de poing.
—"Ours,
EN
de cette survivance peuvent se présenter: ou bien la première industrie archéolithique, l’aurignacien (Europe occidentale) se rencontre dans les habitats, superposée au moustiérien; ou bien c’est dans les alluvions qu’on la trouve, mais dans des alluvions moins anciennes que celles renfermant des restes paléolithiques. Dans le premier cas, la survivance peut être prolongée au delà de l’aurignacien ; dans le second, cette prolongation ne peut être affirmée ; car, ou bien ces vestiges abandonnés sur le sol ont été entrainés par les courants, sans qu'il y ait mort d'homme, ou bien ce sont les campements eux-mêmes qui ont été dévastés, pendant que leurs habitants étaient noyés. Les alluvions de Gafsa sont un exemple du premier cas, celles de Saint-Acheul appartiennent au second.
M. l'abbé H. Breurc (été. 10 janv. 1923), dont on connaît la haute compétence et les beaux travaux en préhistoire, a bien voulu, sur ma demande, m'indiquer la coupe du remplissage de quelques cavernes, dans lesquelles les industries archéolithiques suceèdent à celles du paléolithique : ces coupes, extrêmement suggestives, d’une authenticité rigoureuse, montrent comment s’est produite l’évolution des civilisations dans certains districts de survivance de l’Europe occidentale :
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Roc géologique.
(Lire de bas en haut.)
Ces quatre coupes suffisent pour montrer la continuité de la vie humaine dans les districts de survivance de l’occident européen ; on y relève quelques solutions de continuité, mais ces interruptions n'affectent en rien l’enchainement général.
J’ai fait observer (/’Anthropologie, 1907, p. 380) qu’on ne peut pas compter, d’une manière absolue, sur les successions des couches alluviales pour déterminer la chronologie relative des industries qu’elles contiennent ; cependant, dans bien des circonstances, cette succession paraît être régu-
lière : elle indique, dans tous les cas, que les inondations ont été nom-
Ne [le IN FE:
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breuses, variables d’entensité, sans relations entre elles, et que les plus importantes ont eu lieu au cours de la période paléolithique. Le départ définitif des glaciers a certainement été la cause de l’une des plus graves, quant à son pouvoir destructeur ; et, cependant, c’est celle qui, dans nos pays, semble avoir été la moins brutale.
Partout où l’on rencontre un hiatus, c’est-à-dire l’absence de l’aurignacien ou des industries archéolithiques en tenant lieu, il est certain que le dépeuplement a été complet à partir du moustiérien ; tel est le cas de l'Égypte, de la Mésopotamie, de la péninsule hindoue, de bien des districts européens, de la majeure partie de l'Amérique du Nord, régions dans lesquelles la colonisation s’est produite plus tard, à des époques très diverses d’ailleurs; mais il est aussi des contrées qui n'ont pas connu l’homme paléolithique pour différentes raisons, soit qu’elles fussent couvertes parles glaces, telles le plateau iranien, l'Asie centrale, la Scandinavie, le nord de l'Allemagne, la majeure partie dela Russie, soit pour d’autres causes qui nous échappent, telles la Chine, l’Indochine, l’'Egéide (?), le sud de lItalie, la Sicile, etc... Ce n’est que très tardivement, et à des époques très diverses, que ces régions se sont peuplées, les stations archéolithiques de la Suisse en font foi.
Certainement, les points de survivance ont été très nombreux ; il est à croire même que des pays entiers ont échappé aux phénomènes naturels qui ont éte cause du dépeuplement; mais les populations alors fort réduites, disposant d'immenses espaces libres ne se sont bien certainement, dans la plupart des cas, étendues que très lentement, sont restées cantonnées dans leur milieu ancestral (1) et, au fur et à mesure que se modifiaient les conditions de la vie, ont elles-mêmes modifié leur outillage, sans, pour cela, communiquer forcément entre elles.
Pour la plupart les observations et les constatations qui précèdent, sortent du domaine de la préhistoire, en dépassent largement les limites, et les conclusions qu’on est amené à en tirer, prennent force de lois mondiales; car elles montrent que l’évolution humaine s’est produite suivant des règles précises, immuables, dont nous étions loin de soupçonner même l'existence, lois qui apparaissent d’une manière lumineuse quand on
“met en parallèle deux grandes civilisations étrangères l’une à l’autre, comme celle du nouveau monde et celle de l’ancien, mais dont il n’est pas une seule culture qui ne porte les traces.
(1) Dans le haut bassin de l'Amazone (bassin du avaient été signalées et dont on ne retrouve plus Purüs, du Jurnä et dans les régions limitrophes de traces. Les langages nombreux chez ces tribus on ne comple pas moins de 148 noms de peu- paraissent se partager en quatre groupes principlades, sans compter celles qui sont disparues paux. (P. River et C. Tasrevin, {a Géographie, depuis la conquête, une dizaine au moins qui 1921, pp. 449-482).