MONSIEUR LE DIRECTEUR
« Le voyage que, selon vos ordres, j'ai fait à l’oasis d'El-Khargieh s’est effectué en quatre étapes. Voici les grands traits de mon itinéraire :
« 1° Route de Thèbes à l’Oasis par Rizagat. Ce tracé aboutit à Kasr-el- Aïn Ezzaian, près de Boulaq. Sa longueur est de plus de 200 kilomètres, il exige 55 heures de chameau ;
« 2° De Kasr-el-Aïn Ezzaïan à Kharghieh, puis à Deïr Rhanimeh ;
« 30 De Deir Rhanimeh à Abydos;
« 4° D’Abydos à Thèbes en passant par Hoou.
«I. — Route de Thèbes à l'Oasis. — D’après le dire d'Hérodote, Cambyse aurait envoyé de Thèbes une armée vers la ville de l’Oasis afin d’aller soumettre les habitants de Siouah et probablement piller le célèbre temple d’Ammon.
« La route qui dut être prise ne part pas précisément de Thèbes, car les points où la montagne peut être escaladée, les Agabah par où les animaux peuvent parvenir au sommet de la haute falaise lybique sont fort difficiles à pratiquer tant à Bibân el Molouk, qu’à Deir el Bahari et à Medinet Habou.
« On doit descendre plus au sud et passer Erment pour trouver à l’ouest de Rizagat une gorge qui s’enfonce dans le désert entre Ghcbel Rüizagat et Ghebel Mohamid. En huit heures on arrive à l’Aqabah. Mais les sentiers en cet endroit sont peu praticables pour les gros bagages, en sorte que nous dûmes marcher encore vers le sud, jusqu’à un point où la montagne étant très accessible, nous parvinmes sans difficultés sur le
grand plateau lybique.
« Je n’ai su que plus tard, quand j'étais trop loin pour revenir sur mes pas, qu'au sommet de l’Aqabah de Rizagat se rencontrait une grande quantité de silex. D’après des considérations que j'aurai l'honneur de dé-
velopper plus loin, je puis avancer avec certitude qu’en cet endroit, sur la montagne, existe une station préhistorique.
« Dans la vallée j'ai trouvé quelques éclats de silex démontrant la présence de l’homme en cet endroit dès l’âge de la pierre. Mais le site où abonde le silex, les ateliers de taille se trouvent au sommet de l’Aqabah, à peu de distance de la falaise.
« Parvenus sur la montagne nous gagnâmes l’Oued el Garig, route de l'Oasis. La direction constante marque à la boussole ouest 4° sud. Les hauteurs sont entièrement formées de calcaire recoupé par de longs filons de carbonate de chaux ceristallisé. Parfois, çà et là, au milieu de cet immense plateau sont de petites vallées, de légères dépressions où, après les pluies, croissent de rares plantes; parfois" aussi comme à Ouadi Salam, on voit quelques Acacias épineux.
« J'ai constaté que ces dépressions se comblent peu à peu par suite de l'apport qu'y font les pluies des sables et des limons. Il est permis de supposer qu'autrefois existaient là divers ouadis où, grâce aux pluies, croissaient des arbres et des plantes permettant aux hommes d’alors de mener en ces lieux une existence sinon sédentaire, du moins nomade.
« De fait, j'ai observé que c'était toujours près des points encore fertiles que je rencontrais les silex taillés, indiquant par leur présence en ces endroits seulement, la présence de l'homme dans ces solitudes aux temps préhistoriques. |
« J’ai trouvé sur cette route un grand nombre de haches ou coups de poing chelléens. La taille en est large et habile et rappelle absolument les types européens. Les grattoirs et couteaux sont aussi très nombreux et, en peu d’heures, on en peut recueillir une grande quantité.
« Les stations sont absolument délimitées. Les ateliers ont été établis aux points où le silex est abondant. Le vent, le sable et les pluies ont parfois émoussé les arêtes des silex que l’homme travailla jadis; mais leur taille est indéniable.
« Les endroits où j'ai trouvé les stations riches et nombreuses sont vers Gébelein-el-Moufarig où la route se joint avec celle de Matana et Ga: raat-el-Hoçan près de Gébel-Bayayid.
« Enfin, en beaucoup d’endroits, j’ai trouvé de nombreux débris de vases, dont je ne saurais préciser l’âge, mais qui en tout état de cause ne sont pas fort anciens, l’état dans lequel ils se trouvent ne permet de rien préciser; mais il est à remarquer que je n’ai jamais rencontré de silex taillés dans les sites renfermant des débris de poterie.
« Après 49 heures de route, nous parvinmes à l’Aqabah de Kasr-e!- Aïn Ezzaiïad.
« Là, les silex taillés abondent, Cette station est l’une des plus riches