‹ La Prehistoire orientaleChapitre 95 sur 308 · MI · texte numérisé non relu

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F16. 61. — Pointes de flèches en silex. Nécropole d'Abydos (les deux figures à gauche) et station d'Hélouan. Grandeur naturelle.

petits silex géométriques se retrouvent en Palestine (2), il n’est donc pas surprenant de les rencontrer également en Basse-Égypte, ces deux régions n'étant pas éloignées l’une de l’autre. Il est à remarquer, d’ailleurs, que la station d’Hélouan étant unique en son genre, peut fort bien être la trace laissée par des gens venus en un temps de la Palestine, puis s’étant fondus avec le peuple d'Égypte, ou étant repartis.

Les premiers villages. — Les plus anciens centres d’habitation dont, jusqu’à ce jour, nous ayons rencontré les traces en Égypte, sont représentés aujourd’hui par des buttes peu étendues, d'aspect noirâtre, qui se détachent à première vue sur le ton jaune d’or des sables du désert. Ces buttes sont, comme toutes celles du même genre, dans la vallée du Nil, composées de détritus de la vie de l’homme; mais, contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des cas, elles montrent à leur surface une quantité d’éclats de silex et d'instruments de pierre taillée, des débris d’os et des tessons de poterie : ce sont de véritables kjoekenmoeddingers, comparables à ceux qu’on rencontre sur les côtes danoïises, françaises, ibériques, cali-

(1) Voir les figures publiées par CHaBas, op. cit. from near Bethleem, ds.Journ. of Anthrop. Inst (2) R. F. Borron, Coll. of flint Implements of Great Britain, 1871, vol. I, p. 337.

70 ‘ PRÈS TOIRE ORIENTALE forniennes, australiennes, etc..., et dont l’origine et la composition “+ les mêmes que celles des couches que renferment les cavernes jadis habitées. Cette terre noire, très riche en azotates, par suite de la décomposition des matières organiques, porte en Égypte le nom de sébakh. Tous les sites antiques en sont pourvus de quantités considérables paree que le climat de l'Égypte ne permet pas da décomposition complète des substances organiques, ni le lavage par les pluies des produits en résultant. Il existe en Égypte d'énormes buttes de sébakh de tous les âges, le vieux Caire à ses “énormes koms qui datent de l’époque des khalifes. Presque tous les sites antiques ayant.été habités dès les temps les plus anciens, beaucoup de villages arabes possèdent leurs kjækenmæddingers .

LÉGENDE-

O Paléchthique

[rs] Paléchithique roule.

-E © Hockenmæd ing.

Ë © Wécropolerarchaique Æ © Wécropole historique.

Fire. 62. — Carte archéologique des environs d’'Esnèh, par Henri pe MorGax.

préhistoriques, mais ces couches sont aujourd’hui recouvertes par une succession d’autres lits d’origine plus récente, en sorte qu’on ne les peut atteindre qu’en opérant des fouilles jusqu’à de grandes profondeurs. La ville de Hiérakonpolis (1), entre autres, reposait sur une couche de sébakh à silex taillés. Les restes d'habitations préhistoriques ne sont donc visibles sans travaux que dans les sites qui ont été abandonnés par l'homme, pour toujours, avant que les instruments de pierre eussent cessé d'être en usage.

Mais à cette cause de disparition des restes préhistoriques, il en faut ajouter une autre bien plus importante encore. Toutes les stations de la

(1) Egyptian Research: account Hierahowpolis, par J.ÆE. Quisezcel F. W. GREEN, 1900, 1902.

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vallée du «Nil ontété recouvertes par les limons et, par suite de l’exhaussement du .sol et du fond du lit du fleuve, se trouvent aujourd'hui non seulement profondément enfoncés, mais au-dessous du niveau des eaux les

plus basses, elles sont done pour toujours inabordables. Quand j'ai pra-

tiqué des fouilles dans les ruines du temple de Memphis (Mit-Rahineh), bien que cefüt en pleine saison sèche, j'ai été arrêté par les eaux au moment où j'atteignais les dallages posés sous la XII dynastie. 11 restait donc au-dessous encore les restes des constructions de l'Ancien Empire, période de la plus grande splendeur de Memphis, si nous en jugeons par sa nécropole de ce temps et, au-dessous encore, les couches prédynastiques.

Les premiers colons de l'Égypte se sont établis partout où les crues du Nil n'étaient pas à craindre, sur les buttes naturelles de la vallée; mais plutôt sur la lisière du désert, au bord des terres qui, recevant l'humidité

du Nil, étaient couvertes de végétation, et c’est là que nous rencontrons

aujourd’hui les traces de leur vie, au-dessus de la zone conquise par les limons. |

J'ai fouillé quelques-unes de ces buttes (1); toutes présentaient les mêmes caractères, offraient les mêmes séries d'instruments, les ossements des mêmes espèces animales. Je ne parlerai que de celle de Toukh. Voici ce que je disais en 1896 (2) :

Le village arabe de Toukh est situé au voisinage de celui de Négadah, dont il dépend au point de vue administratif. Au nord du village, à proximité des terrains de culture, est un kom renfermant les ruines d’un temple de l’époque des Ramessides ; plus au nord, on trouve une surface importante, en partie cachée par les sables, couverte de sébakh sur une épaisseur variant entre O0 m. 50 et 1 m. 50. Des restes de constructions en briques crues, très simples, couvraient toute cette surface et étaient enfouies dans le sébakh. ;

C’est là qu’on rencontre les silex taillés. Ils sont extrêmement abondants et sont mélangés avec des os brisés, souvent calcinés, des fragments de vases semblables à ceux qu’on voit dans les nécropoles archaïques, de petits poinçons d’os, des coquilles marines et nilotiques, des nucléi, des percuteurs et une foule d’éclats plus ou moins retouchés.

Les objets de cuivre sont d’une extrême rareté, mais il s’en rencontre et.ce sont généralement de très petits objets.

Dans les dépôts de ce genre, je n’ai jamais trouvé le moindre vestige des temps pharaoniques.

Ges buttes de Toukh sont de véritables kjoekkenmoeddingers, ce sont les

(1) Æhattarah, Zanaïidan, Toukh, Gebelein, etc. (2) Rech.s. es omigimes de l'Égypte, 1896, p. :87.

restes du village où vivaient les gens qui reposent dans la nécropole située non loin de là, au sud-ouest, près des montagnes. Cette nécropole, extrémement vaste, a été explorée par M. W. M. Flinders Petrie (1) et renfermait des milliers et des milliers de sépultures. C’est certainement dans ces collines qu’on portait les morts non seulement des villages des sables, mais aussi de tous ceux de la vallée dont les traces ont disparu.

Le terrain compris entre le village dont j’ai fouillé les restes et la nécropole et celui qui se trouve plus au sud, vers Négadah, est couvert

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Fic. 63. — Os d'animaux sciés et incisés. Koejkkenmæddingers de Toukh. 1/2 grandeur naturelle.

d'instruments en silex semblables à ceux qu’on rencontre dans les kjoekkenmoeddingers. C’est là une immense station de surface.

Le kom du Nord, je l'ai dit, renferme des ruines de monuments dus aux Ramessides; on y rencontre, dans le sébakh, des briques estampillées au cartouche royal, mais il ne contient pas le moindre éclat de silex taillé.

Ces amas de sébakh renfermaient une quantité considérable de débris et de résidus de cuisine, ces restes m’ont permis de me rendre compte de ce qui composait la nourriture des gens de ce temps; on y voit toutes les ressources que fournissaient les parages du Nil, tant comme animaux que comme végétaux. Les os sont d’une extrême abondance; quelquefois ils portent encore les stries laissées par les lames de silex lors de leur décharnement (fig. 63). Dans tous les cas, les os longs des quadrupèdes et des Oiseaux avaient été brisés pour en extraire la moelle; beaucoup étaient plus ou moins calcinés.

Le kom de Toukh m'a fourni bon nombre d’ossements déterminables,

(1) W. M. Funpers PerTRie and J, E. Quisezc, Nagada and Ballas. 1896, pl, LXXX VI.

parmi lesquels M. le docteur Lorrer, doyen de la Faculté de médecine de Lyon, a reconnu les espèces suivantes :

Mammifères. — Canis familiaris, plusieurs variétés dont on voit des représentations nombreuses sur les bas-reliefs de l'Ancien Empire; Lepus, espèce indéterminée. Le Lièvre est encore abondant en Égypte ;

Fre. 64. — Lions et Chiens de chasse. Bas-reliet du tombeau de Méra, à Saqqarah. (VI: dynastie).

Bos taurus, Bos bubalus. Cette dernière espèce atteint la taille du Bison d'Europe;

Capra hyrcus. Deux variétés différentes par leur taille : l’une analogue à Capra mambrica, l’autre de la taille de l’Égagre;

Gazella isabella, espèce africaine ;

Hippotragus Bakeri, vivant encore au Fayoum, dans les marais voisins du Birket-el-Karoun;

Une grande Antilope, analogue à celle qui vit aujourd’hui dans la région de Khartoum;

Sus scrofa. |

Quelques fragments de noyaux osseux de Chèvre peuvent se rapporter

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