‹ La première cause, ou, Le jeune avocatChapitre 8 sur 19 · LADY EVELYN, ALPHONSE · texte numérisé non relu

LADY EVELYN, ALPHONSE

ALPHONSE, approchant un fauteuil.

Si madame daigne s'asseoir....

LADY EVELYN, hésitant.

Monsieur {à part , a^ec inlcrct) il le faut bien... Sa première cause !

[Elle s'assied. Alphonse se place dans son fauteuil de bureau. Un silence. Elle tient ses yeuu baissés. Il la regarde a la dérobée.

ALPHONSE

Madame, ce procès.... y a-t- il long-temps?

LADY EVEL\N.

Depuis que je suis à Paris... voilà —

ALPHONSE, virement.

Près de trois mois.

LADY EVELYN, afcc naïi'etc.

Oui , monsieur.

{Elle baisse les veux , comme honteuse de ce moment d'abandon. Mouvement d'Alphonse qui s'aperçoit de son étourderie. — JYoui>eau silence.)

ALPHONSE

J'attends que madame

LADY EVELYN

Bîon Dieu, je crains de m'expliqucr mal... Etrangère aux procès... si je vais vous fatiguer par des détails sans importance.

ALPHONSE

Jamais sans intérêt pour m pour votre avocat — De

Prâce , madame , ne me taisez rien... et d'abord, c\ qui ai-je honneur de parler?

^>o ii 0^ LADY EVELIN.

Je me iiomiue lady Evelyn,

ALPHONSE

Madame est Anglaise ?

lAdy evelyn.

Française, monsieur... ce nom est celui de mon mari.

ALPHONSE , à part, ai'ec la plus grande émotion. Son mari !... Ah ! mes illusions , mes espe'rances !... {Haut, af^ec un calme forcé. ) Parlez , madame, parlez : je vous écoute , et je suis tout entier à mes devoirs.

LADY ÉVELYN.

Eh bien ! je commence : Mon père était un riche négociant de Verdun. A la rupture de la paix d'Amiens , il cautionna , il accueillit chez lui un voyageur anglais retenu prisonnier, lord Evelvu, qui trouva une famille dans la nôtre... J'étais un enfant, lorsqu'eii 1814, ce respectable hôte nous quitta pour rentrer dans sa patrie... A ers cette époque , mes parens éprouvèrent des perles imprévues... et pour sauver l'honneur de leur maison , ils vendirent des propriétés considérables. Ils ne survécurent pas à leur ruine... Je restai à treize ans , orpheline , pauvre , à la merci d'une pitié dédaigneuse... Lord Evelyn en fut instruit... il accourut, m'emmena à Londres , fit prendre soin de mon éducation , et forma le projet de m'unir à l'unique héritier de sa fortune, sir Arthur, son cousin , et aujourd'hui mon adversaire.

ALPHONSE

Ah ! c'est lui...

LADY ÉVELYN.

Peut-être, j.'eus tort de dédaigner sa main... Quelques manies, quelques prétentions... le ridicule de ne s'en croire aucun... Mais ce cpii m'etfraya surtout , c'est la l'éputation que ce jeune baronet s'est acquise par son adresse aux armes... Trois duels heureux... malheureux, devrais-je dire!... Je n'osai pas être sa femme... Ce refus ne refroidit pas la générosité do lord Evelin, de mon protecteur... Il vint en France , tout exprès pour racheter les biens de ma famille... il eut même alors à soutenir un procès qu'il gagna par l'éloquence de votre père, dont il se louait beaucoup... enfin, un jour... il y a deux ans , je le vis paraître toutà-coup devant moi , au parloir de ma pension. « Mademoi- « selle, me dit-il, je suis un vieux marin ; mon pays s'allie « avec le vôtre pour délivrer la Grèce... Je vais combattre ;

• je puis être tué... Que deviendriez-vous?... Puisque vous ne voulez pour mari , de mon cousin , qui est jeune , vou- « lez-vous de moi , qui ai quatre fois votre âge? » Air de Caleb.

Alors , je n'aurai plus , ma fille , D'alarmes sur vos destins.

Les biens de votre famille Retourneront dans vos mains.

Soyei mon hëritièrej "Votre père opulent Soulagea ma misère ; Acceptez maintenant:

Ce n'est pas moi, c'est ce bon pèce Qui dote son enfant.

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